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Le véritable Chevalier au Lion, Seigneur de Lastours en Limousin.

L’Eglise du Chalard (87), érigé à la fin du XIe siècle contient une chasse de Saint-Geoffroy, mais également la dépouille de Goulfier de Lastours surnommé le chevalier au lion.Eglise_du_Chalard

Le seigneur de Lastours, en Limousin, près de Nexon., qui participa à la Première Croisade, est resté célèbre sous le nom de « Chevalier au Lion ». Voici un extrait d’un texte très édifiant sur cette légende attaché à ce chevalier qui accompagna Raymond de Saint-Gilles jusqu’en Terre Sainte et qui participa notamment à la bataille d’Antioche:

 » Pendant qu’il faisait de célèbres excursions contre les ennemis, il arriva qu’il fut attiré par les  rugissements d’un lion qu’un énorme serpent serrait dans ses replis. Ses compagnons d’armes le dissuadèrent en vain; G…s’élance avec audace, et coupant le reptile de son épée, il délivra le lion. Cet animal, chose admirable à raconter! reconnaissant du bienfait qu’il venait de recevoir, suivit Geoffroi comme un lièvre, sicut lepus, et ne le quitta point pendant toute la croisade. Il lui fut plusieurs fois utile, soit à la chasse, soit à la guerre, et lui  fournit abondamment de la venaison. Toutes les fois que le lion voyait son maître attaqué par les ennemis, il se précipitait sur eux et les renversait. Lorsque Geoffroi monta sur un vaisseau pour s’en retourner dans son pays,  le lion ne voulut pas l’abandonner ; mais les nautonniers refusant de le recevoir sur le bâtiment,parce qu’ils le regardaient comme un animal cruel, le lion suivit son maître à la nage jusqu’à ce qu’il succomba de fatigue et périt dans les flots de la mer. » (1)

(1) Bibliothèque des croisades, Volume 3, par Joseph Toussaint Reinaud ( source :Magnum chronicum belgicum, par un chanoine régulier de l’ordre des Augustins, chronique qui s’achève en 1474)

Saint Urbain II prêchant la croisade
Saint Urbain II prêchant la croisade

Le départ de Goulfier de Lastours pour la 1ère croisade est attesté en 1096, d’après les chroniques de Grandmont. Selon Geoffroy de Vigeois, il se distingua par ses exploits militaires durant la Guerre Sainte, surtout devant la ville de Marrah. Plusieurs chroniqueurs, présents sur les lieux, ont relaté cet épisode héroïque où le chevalier limousin s’était hissé sur un rempart par une échelle et ensuite, debout sur la muraille, avait combattu victorieusement ses ennemis « à coups de lance »…

Tombeau tardif du XIIIème de Gouffier de Lastours et d'Agnès d'Aubusson en la salle capitulaire de l'abbaye du Chalard
Tombeau tardif du XIIIème de Gouffier de Lastours et d’Agnès d’Aubusson en la salle capitulaire de l’abbaye du Chalard

Sur la tombe de Goulfier de Lastours, conservée au Chalard (Haute-Vienne), on y découvre les dessins suivants : Un chevalier tient un écu orné de trois tours et de fleurs de lys, à ses côtés sa femme, Agnès d’Aubusson. A ses pieds est représenté probablement le lion de la légende ( notez qu’il est représenté par un chien puisque la légende veut qu’il suivait son maître « comme un chien fidèle »). Chrétien de Troyes a repris le thème. Un chercheur périgourdin, Jean-François Gareyte, a confirmé par ses travaux récents qu’une version « occitane » de cette légende avait bel et bien été relatée antérieurement à celle de Chrétien de Troyes, rédigée en langue d’oïl.

Le premier monastère du Chalard fut érigé en 801 sous le règne de Charlemagne. En 846 il est détruit par les Normands qui massacrent les prêtres et la population. Geoffroy, qui enseignait pour un négociant florentin installé à Limoges, découvre le site du Chalard en revenant de Périgueux où il vient d’être ordonné prêtre. En 1088, avec deux compagnons il revient en ces lieux pour mener une vie d’ermite, il fait construire une chapelle au sommet du promontoire, puis il fonde un monastère.

Abbaye Chalard

Le chevalier Goulfier de Lastours parti pour la Croisade avait fait promettre à Geoffroy qu’une église soit édifiée, à son retour son voeu fut réalisé. L’édifice religieux fut érigé à la fin du XIème siècle en pur style roman.

La Légende des chevaliers de la Table Ronde – résumé – 4/9 – Yvain

Manuscript Illumination of Percival and Lancelot Attacking Galaad From the Romance of Saint GraalA partir de la Table Ronde, point central de son pouvoir, Arthur envoie ses chevaliers partout dans le royaume pour y accomplir prouesses et exploits. Leur mission est d’apporter la justice, l’ordre et la civilisation aux quatre coins de la Bretagne. Pour cela, Gauvain, Yvain, Lancelot et les autres vont devoir affronter maléfices et sortilèges, géants et dragons, créatures monstrueuses, chevaliers félons et magiciennes, nains malfaisants, etc. Ils devront traverser des forêts sauvages et hantées, des châteaux merveilleux aux mille dangers, des lieux déserts susceptibles de les conduire aux frontières de l’Autre Monde et beaucoup d’autres épreuves. A travers toutes ces aventures, les chevaliers diffusent partout l’idéal de la Table Ronde et les valeurs chevaleresques au nom du roi Arthur. Ils contribuent ainsi à amener le progrès et la lumière de la civilisation dans toute la Bretagne.

lancelot Elaine chevalier dameChacun des chevaliers a fait le serment solennel qui les relient tous les uns aux autres jusqu’à la mort : « Que jamais Dame, Damoiselle ou Homme ne viendrait demander aide à la cour sans l’obtenir, et que, si l’un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour ».

En parallèle de leurs prouesses, la plupart des chevaliers vivent également de belles histoires d’amour, souvent tourmentées. Conformément aux règles de l’amour courtois, les femmes qu’ils courtisent sont de noble naissance, toujours très belles, mais pas toujours disponibles. Ces idylles conjuguent de grands bonheurs et de terribles déceptions qui conduisent parfois les chevaliers aux limites de la folie.

yvainAinsi, Yvain ( le fils de Morgane et du roi Urien ) pour sa première aventure se dirige vers ce que l’on appelle la Fontaine Merveilleuse… Il suffit de verser de l’eau du bassin sur la pierre formant la fontaine et le tonnerre se fait entendre, les nuages noirs s’amoncellent juste au dessus du malheureux qui a provoqué cette tempête. Yvain-et-la-tempête-de-la-fontaine-merveilleusePlus aucun animal ne reste dans les parages car en plus du tonnerre, la pluie et la foudre envahissent la forêt. Celui qui arrive à laisser passer cette tempête magique sans avoir de dommages se rend compte alors que le bruit fracassant du tonnerre a réveillé le gardien de cette fontaine…. Vêtu de noir de la tête aux pieds, il s’avance vers Yvain l’épée sortie de son fourreau.yvain combat chateau lion

Le combat dure un long moment, chacun cherchant les faiblesses de l’autre. Yvain se rend compte que plus le gardien s’éloignait de la fontaine, plus ses forces diminuent. Lorsqu’il comprit cela, le chevalier s’efforce d’éloigner le gardien petit à petit et finit par le transpercer de sa lame.

Yvain n’a pas à l’esprit à ce moment là, qu’il vient de tuer le gardien, et comme dans beaucoup de légendes, il doit prendre cette place devenue vacante. ….Dame de la Fontaine (Lunete et Yvain (Owain) sont sur ​​la gauche)

Yvain tombe amoureux de la dame, maîtresse des lieux qui pleure son époux…. Avec la complicité de sa servante, il épouse la belle Laudine… Mais il n’est pas dans le destin d’un chevalier de mener une « vie bourgeoise » … Yvain repart pour d’autres combats : « Si vous voulez conserver mon amour et si vous tenez vraiment à moi, pensez à revenir bien vite, dans un an au plus tard, huit jours après la Saint-Jean. » Hélas, comment un chevalier pourrait-il ne pas dévier son chemin lorsqu’on l’appelle au secours, par exemple trois cents pucelles prisonnières car il ne peut dans sa vaillance laisser quiconque dans la souffrance, mais le terme approche et il le dépasse… Yvain devient à moitié fou lorsque Laudine se détourne de lui.

Bien des aventures plus tard, parmi lesquelles un extraordinaire compagnonnage avec un lion, Yvain reviendra et vivra heureux avec sa belle.Arthur A Dixon - Lancelot Gives His Shield Into Elaine's Keeping

Pour Lancelot, c’est pire encore car il a le malheur d’être amoureux de la reine elle-même. Il est donc toujours déchiré entre cette passion irrésistible pour Guenièvre et sa loyauté envers le roi. Quant à Gauvain, les choses sont plus simples pour lui car c’est un séducteur invétéré qui préfère conquérir une multitude de femmes plutôt que de s’attacher à une seule.
Toujours est-il que ces nombreuses intrigues amoureuses sont souvent le moteur d’extraordinaires aventures aux multiples rebondissements romanesques. Elles sont souvent le point de départ des quêtes entreprises par les chevaliers.

 

La fontaine magique de Barenton, ou, Laudine et Yvain.

Dans son roman Le Chevalier au Lion, Chrétien de Troyes met en scène une fontaine sans nom, que les critiques et les historiens s’accordent pour identifier à la fontaine de Barenton dépeinte dans le Roman de Rou de Wace. Chrétien utilise la magie de la fontaine qui déclenche la pluie lorsque l’on verse de son eau sur le perron.

Yvain et le lionL’histoire d’Yvain, le héros du Chevalier au Lion, est ici sommairement racontée à travers le rôle que joue la fontaine. Cette fontaine maléfique se trouve en forêt de Brocéliande, domaine dont la châtelaine est Laudine et dont Lunete est la fidèle suivante et la conseillère. Son mari, Esclados le Roux est un terrible chevalier qui surgit dès que quelqu’un verse l’eau qui met en péril la forêt et ses habitants.

Le roi Arthur réunit sa cour pour des festivités à Carduel, au pays de Galles. Calogrenant, un des  chevaliers, fait le récit d’un revers qui lui est arrivé six ans auparavant à une fontaine dans la forêt de Brocéliande. Armé de pied en cap, il part chercher l’aventure :

Je trouvai un chemin à ma droite
au milieu d’une forêt épaisse.
C’était une voie très pénible,
pleine de ronces et d’épines.
Non sans douleur, ni sans peine,
je suivis ce chemin et ce sentier.
Pendant presque toute la journée
je chevauchais de la sorte ;
puis je finis par sortir de la forêt :
c’était en Brocéliande. 

Vers 180-189 — Chrétien de Troyes (1176-1181).

la fontaine de Barenton brumeAu détour d’un chemin, un rustre indique à Calogrenant une fontaine dont il ne reviendra pas sans quelque difficulté ni avant de lui avoir payé son tribut. (v. 371) Le rustre décrit à sa manière la fontaine qui bout, plus froide que du marbre, l’ombrage de l’arbre auquel est attaché un bassin de fer, le perron sans pareil, la chapelle, petite mais très belle. Si tu veux prendre de l’eau dans le bassin/ et la répandre sur le perron (v. 393-394) dit-il : tu verras alors se déchaîner une telle tempête (v. 395) que les arbres de la forêt seront mis en pièces et que toutes les bêtes, y compris les oiseaux, la quitteront. Enfin, il met en garde Calogrenant d’arriver à sortir vivant d’une telle épreuve, chance qu’aucun chevalier qui y soit allé, n’a connue.

Suivant le chemin indiqué par le rustre, Calogrenant découvre le pin, le plus beau de la terre, un perron d’émeraude, un bassin d’or… La vision qu’il en a est donc bien différente de celle du rustre. Ses yeux de chevalier ne voient pas un lieu d’épouvante, mais un lieu enchanteur qui l’émerveille :

Je vis pendu à l’arbre le bassin,
de l’or le plus fin qui ait jamais encore
été mis en vente sur quelque foire que ce soit.
Croyez-moi la fontaine 
bouillait comme de l’eau chaude.
Le perron était fait d’une seule émeraude
percée comme un tonneau,
et dessous il y avait quatre rubis,
plus flamboyants et plus vermeils
que le soleil au matin 
quand il paraît à l’orient.
Je vous assure que jamais, sciemment,
je ne vous mentirai d’un seul mot.
J’eus alors envie de voir la merveille
de la tempête et de l’orage,
ce dont je ne me tiens guère pour sage,
car je me serais bien volontiers repris,
si je l’avais pu, aussitôt que
j’eus arrosé la pierre creuse
avec l’eau du bassin.
Sans doute en versai-je trop, je le crains,
car alors je vis le ciel si perturbé
Que, de plus de quatorze points,
les éclairs me frappaient les yeux ;
et les nuages jetaient, pêle-mêle,
de la neige, de la pluie et de la grêle.
Il faisait un temps si mauvais et si violent
que je croyais bien que j’allais mourir
à cause de la foudre qui tombait autour de moi
et des arbres qui se brisaient. 

Vers 417-446 — Chrétien de Troyes (1176-1181).

Fontaine_barenton Yvain

Yvain à la fontaine de Barenton ( Tableau de l’église de Tréhorenteuc)

Brusquement tout s’arrête : c’est le calme absolu, laissant place au chant des d’oiseaux rassemblés sur le pin. Puis, dans un fracas de galop, surgit un chevalier en armure, Esclados le Roux, le seigneur du lieu qui fonce sur lui et le met en garde :

car vous m’avez chassé de ma maison
avec la foudre et la pluie.
[…] 
car vous m’avez livré un tel assaut
dans mon bois et dans mon château,
que rien n’eût pu me venir en aide,
hommes, armes, ou remparts.
Personne n’a été ici en sécurité,
dans quelque forteresse qui ait pu y exister,
qu’elle fût de pierre dure ou de bois.

Vers 502 et 506-512

La fontaine de Barenton petitLe combat engagé est violent et bref, laissant Calogrenant aplati au sol, humilié et vaincu. Esclados laisse cependant le chevalier s’en retourner à pied, couvert de honte.

Yvain, un des chevaliers d’Arthur est le cousin de Calogrenant. Le récit terminé, il ne peut laisser cette humiliation impunie et décide de se rendre à la fontaine, seul, à l’insu de tous, pour se venger de l’affront. Parvenu à la fontaine, comme Calogrenant, il asperge le perron afin de provoquer Esclados le Roux. Un terrible et très long combat a lieu entre les deux hommes. A la fin, monseigneur Yvain/fracasse le heaume du chevalier. (v. 860-861). Esclados blessé à mort, s’enfuit à toute bride jusqu’à son château, poursuivi par Yvain. Tous deux franchissent le pont-levis mais Yvain reste prisonnier entre deux herses. Lunete, la servante, assiste à la scène et décide de le secourir. Esclados meurt, laissant Laudine, son épouse, dans un profond chagrin. Lunete donne à Yvain un anneau qui le rend invisible. Il échappe aux barons qui cherchent l’intrus pour le mettre à mort. Yvain découvre alors Laudine. Il délire sur sa beauté et en tombe amoureux. Lunete, La demoiselle, qui était rusée comme une Bretonne, (v. 1580) présente Yvain à Laudine et persuade la veuve de lui faire appel pour défendre la fontaine et son domaine. Alors qu’ils se parlent d’amour, elle ignore qu’il s’agit du meurtrier de son mari. Suivent les noces avec la bénédiction des barons. A son tour, Yvain devient le défenseur de la fontaine.

A la cour d’Arthur, personne ne sait où se trouve Yvain. Le roi qui avait entendu Calogrenant vanter la merveille de la fontaine décide de s’y rendre avec toute sa suite,le roi vint voir la merveille/de la fontaine et du perron (v. 2174-2175). Arrivé sur les lieux, Arthur verse un plein bassin d’eau sur le perron ce qui déclenche les foudres du ciel. Aussitôt, surgit le chevalier en armes. Aucun ne reconnaît Yvain sous son armure ; lui seul sait à qui il a à faire…

L’aventure manque à Yvain. Alors Laudine lui accorde d’aller courir les tournois avec ses anciens compagnons à condition qu’il s’engage à revenir au bout d’un an. Passé ce délai, elle considérera qu’il aura manqué à cet engagement. Yvain oubliera de tenir cette promesse faite à sa belle…

Répudié par Laudine, Yvain s’enfonce dans la forêt. Pris de folie, il vit un temps sous la protection d’un ermite. Sa rencontre avec trois demoiselles, dont l’une possède de quoi le guérir, lui permet de retrouver la raison et de reprendre son chemin. En forêt, Yvain prend la défense d’un lion aux prises avec un serpent… Chrétien se sert de cette symbolique du bien contre le mal pour montrer la voie que choisit Yvain. L’animal devient son compagnon dans les épreuves à venir pour défendre le bon droit. Yvain se fait appeler le « chevalier au lion ».

Quinze jours plus tard, le hasard veut qu’ils passent près de la fontaine. Yvain ressent une vive douleur d’avoir laissé passer l’année. Il se proclame mille fois malheureux et misérable. Alors qu’il s’en prend à lui-même, une voix féminine qui se lamente se fait entendre à l’intérieur de la chapelle proche de la fontaine ; Yvain ne le sait pas, mais Lunete y est retenue prisonnière…

D’autres épreuves attendent Yvain. En échange du mal qu’il a causé à Laudine, il cherche à faire le bien en luttant contre les mauvaises coutumes, en réglant des litiges et en réparant des injustices. C’est, croit-il, le prix qu’il doit payer pour se racheter. Yvain prend conscience qu’il ne peut continuer à vivre sans l’amour de Laudine. Il lui faut la revoir pour faire cesser sa souffrance. Encore faut-il qu’elle accepte de le rencontrer :

Voici ce qu’il envisage : il partira
de la cour tout seul et ira
guerroyer sa fontaine.
Là il fera tant gronder la foudre,
déchaîner les vents, et tomber la pluie
que, par force et par nécessité,
elle sera obligée de faire la paix avec lui
ou, sinon, il ne cessera jamais
de provoquer la fontaine
et continuera donc a déclencher pluie et vents. 

Vers 6507-6516 — Chrétien de Troyes (1176-1181).

En fait, Laudine n’a personne pour défendre son domaine contre un chevalier malveillant qui viendrait verser l’eau sur le perron. Yvain vient guerroyer la fontaine jusqu’à ce que la forêt entière dût s’effondrer dans le gouffre de l’enfer (v. 6529). Très inquiète, Laudine redoute que son château ne s’écroule d’un seul coup (v. 6531)…

De son côté, Lunete intervient auprès de Laudine pour qu’elle prenne à son service un chevalier capable d’assurer sa défense avant qu’il ne soit trop tard. Personne d’autre n’en étant capable, elle parvient non sans mal à décider Laudine à recevoir le « chevalier au lion ». Alors Lunete retrouve Yvain à la fontaine :

C’est que j’ai obtenu de ma dame,
pourvu qu’elle ne veuille pas se parjurer,
qu’elle sera votre femme, exactement comme elle l’était autrefois,
et vous son mari.Vers 6674 à 6677

Sources: Fontaine de Barenton 

Yvain ou le chevalier au lion – Chrétien de Troyes

yvain chevalier dragonYvain ou le chevalier au lion est le quatrième roman en vers octosyllabiques écrit par Chrétien, qui estimait qu'il s'agissait de son meilleur roman courtois.

Dans Le Chevalier au Lion, Chrétien de Troyes raconte les prouesses du plus entreprenant d'entre eux, Yvain, en quête d'aventure et d'amour dans un monde merveilleux, peuplé de dragons, de géants, où sévissent d'étranges et cruelles coutumes. Ce n'est que grâce à l'aide d'un lion, symbole de courage, de loyauté et de noblesse, qu'Yvain peut en venir à bout et, au terme d'un itinéraire initiatique tourmenté, devenir enfin pleinement lui-même.  

Yvain , le chevalier au lion 1

1* Le roman commence par une narration: celle de Calogrenant. Il raconte avoir été dans un château et avoir fait la rencontre d'un paysan qui l'aurait informé de l'existence d'une fontaine magique faisant apparaître la pluie lorsque l'on renverse de l'eau sur son perron. Calogrenant déclenche une terrible tempête en versant de l'eau sur cette dernière, protégée par le chevalier Esclados le Roux. Tous deux se battent en duel, Calogrenant est vaincu.
2* Lorsque Messire Yvain entend cette histoire, il décide de venger son cousin en se rendant à la fontaine et en combattant le chevalier. Il le poursuit, pénètre dans son château et le tue. Apercevant à l’enterrement d’Esclados le Roux sa veuve éplorée, Dame Laudine, il tombe éperdument amoureux d’elle. Avec l’aide de Lunette, il échappe aux gardes et convainc Dame Laudine de l’épouser.Yvain , le chevalier au lion 2
3* Après la venue au château du roi Arthur, Yvain part combattre à ses cotés.
Sa dame lui donne un anneau pour symboliser leur pacte : Si dans un an jour pour jour Yvain n’est pas revenu au château, Laudine ne l’aimera plus. Il jure de revenir à temps mais manque à sa promesse. La folie et le désespoir s’emparent alors de lui. Il est sauvé, sans le savoir, par Lunette grâce à un onguent magique.
Remis sur pied, il part en quête d’aventures et sauve la vie d’un lion qui deviendra son protecteur. Il se fera donc, à partir de là, appeler « le Chevalier au Lion ». Ce n’est qu’après une longue série d’épreuves (dont un combat avec Gauvain) et de renoncements que le chevalier Yvain peut regagner l’amour de sa femme.
 
Ce roman fut composé à la même époque que Lancelot ou le Chevalier à la charrette, sur une formule que l'on peut qualifier d'emblématique : à la honte symbolisée par la charrette s'oppose ici la vertu paradoxale d'un lion courageux, humble et fidèle, un approfondissement de l'idéal chevaleresque en direction du Graal. L'amour est traité à partir du thème de la fée à la fontaine, ici présentée comme une châtelaine qui confie à un chevalier la garde de sa fontaine magique.
 
Voici l'épisode de la fontaine:
 
[Le vilain s’adresse à Calogrenant, à propos de la fontaine]
Près d’ici tu vas tout de suite trouver Un sentier qui t’y mènera.MONTCARET(24) -FONTAINE-DES-FEES
Va tout droit et suis-le bien, Si tu ne veux pas gaspiller tes pas,
Car tu pourrais facilement te fourvoyer
Il y a bien d’ autres chemins.
Tu verras la fontaine qui bout,
Et qui est pourtant plus froide que du marbre.
Le plus bel arbre que Nature
Ait jamais pu faire lui donne de l’ombre.
Il garde son feuillage par tous les temps,
Car nul hiver ne peut le lui faire perdre.
Il y pend un bassin en fer,
attaché à une chaîne qui est si longue
qu’elle va jusqu’à la fontaine.
Fontaine-des-Fees MoncaretA côté de la fontaine, tu trouveras
Un perron – tu verras bien de quelle sorte,
Mais je ne saurais te le décrire,
Car je n’en ai jamais vu de comparable –
Et, de l’ autre côté, une chapelle
Qui est petite mais très belle.
Si tu veux prendre de l’ eau dans le bassin
Et la répandre sur le perron,
Tu verras alors se déchaîner une telle tempête
Qu’aucune bête ne restera dans le bois,
Ni chevreuil, ni daim, ni cerf, ni sanglier.
Même les oiseaux le quitteront,
Car tu verras une turbulence si puissante –
Du vent, des arbres mis en pièces,
De la pluie, du tonnerre et des éclairs –
Que, si tu arrives à t’en sortir
Sans grande peine et sans douleur,
Tu auras plus de chance
Qu’ aucun chevalier qui y ait jamais été. »
 
[narration de Calogrenant]
Je quittai alors le rustre,
Qui m’ avait si bien indiqué le chemin.
Il était peut-être tierce passée,
Et il pouvait même être près de midi,
Quand je vis l’arbre et la chapelle.
Quant à l’ arbre, je peux vous assurer
Que c’était le plus beau pin
Qui ait jamais poussé sur terre,
Je ne crois pas
que, même lors de l’ averse la plus violente
une seule goutte d’eau passerait au travers ;
elle coulerait, au contraire, complètement par-dessus.
Je vis pendu à l’arbre le bassin,
De l’or le plus fin qui ait jamais encore
été mis en vente sur quelque foire que ce soit.
Croyez-moi, la fontaine
Bouillait comme de l’eau chaude.
Le perron était fait d’une seule émeraude
Percée comme un tonneau,
Et dessous il y avait quatre rubis,
Plus flamboyants et plus vermeils
que le soleil au matin
quand il paraît à l’orient.
Je vous assure que jamais, sciemment,
Je ne vous mentirai d’un seul mot.
J’ eus alors envie de voir la merveille
De la tempête et de l’orage,
Ce dont je ne me tiens guère pour sage,
Car je me serais bien volontiers repris,
Si je l’avais pu, aussitôt que
j’eus arrosé la pierre creuse
avec l’eau du bassin.
Sans doute en versai-je trop, je le crains,
Car alors je vis le ciel si perturbé
Que, de plus de quatorze points,
Les éclairs me frappaient les yeux ;
Et les nuages jetaient, pèle-mêle,
De la neige, de la pluie et de la grêle.
Il faisait un temps si mauvais et si violent
Que je croyais bien que j’ allais mourir
A cause de la foudre qui tombait autour de moi
Et des arbres qui se brisaient.
Sachez que je restai terrifié
Jusqu’au moment où le temps s’apaisa de nouveau.
Mais Dieu me rassura,
Car le mauvais temps ne dura guère,
Et tous les vents se calmèrent ;
Ils n’osèrent plus souffler dès que Dieu en décida ainsi.
Quand je vis l’air clair et pur,
La joie que j’ en eus me rassura tout à fait ;
Car la joie, si du moins je sais ce que c’ est,
Fait vite oublier un grand tourment.
Dès que l’orage fut tout à fait passé,
Je vis, rassemblés sur le pin,
Une telle quantité d’oiseaux, si on veut bien me croire
Que ni branche ni feuille n’ apparaissait
Qui ne fût complètement couverte d’oiseaux :
Et l’ arbre n’ en était que plus beau !
Tous les oiseaux sans exception chantaient,
De façon à former entre eux une harmonie parfaite
Et pourtant chacun chantait une mélodie différente,
Car celle que chantait l’un
Je ne l’ entendis point chanter à l’ autre.
Je me réjouis de la joie qu’ils faisaient,
Et j’écoutai jusqu'à ce qu’ils aient chanté leur office
jusqu’au bout.
Jamais je n’ avais entendu exprimer une telle joie,
Et je crois que personne n’ entendra jamais sa pareille,
s’ il ne va pas écouter celle-ci,
car elle me fit tant de plaisir, elle fut si agréable,
que je crus en devenir fou.

le chevalier au lion Yvain et Laudine BnfLe Chevalier au Lion: Deux tableaux.

1. Lunette conduit Yvain et son lion auprès de Laudine ; le chevalier se met genoux devant sa dame qui sort de son château.
2. Réconciliés, Yvain et Laudine se prennent dans les bras, tandis qu'une servante leur apporte du vin ; les amoureux se retrouvent dans leur chambre, le lion couché au pied du lit.

 

Chrétien de Troyes (ca. 1135-ca. 1185), Yvain ou Le Chevalier au Lion

Roman écrit entre 1177 et 1181
Manuscrit copié dans le Nord de la France, vers 1325
Vélin, 118 folios (25,5 x 19 cm)

BnF, Manuscrits, Français 1433 fol. 118 ( Une très belle présentation du manuscrit, et de l'oeuvre…)

 

 

 
« Scène courtoise »

(Traduction Pascal Michelucci)
 
La demoiselle par la main Emmène Monseigneur Yvain
Là où il est très chèrement tenu.
Lui craint d'être mal reçu, Et s'il le croit, c'est naturel.
Sur un grand coussin vermeil, Ils trouvent la dame assise.
Grand peur, je vous l'assure, Messire Yvain a eu à l'entrée
De la chambre où ils ont trouvé La dame qui ne lui disait rien.
Ce silence l'effraya fort :
Il fut de peur si ébahi Qu'il pensa bien être trahi ;
Et il se tint debout loin d'elle Jusqu'au moment où la pucelle
Lui dit : « Qu'elle aille au diable Celle qui apporte à une dame
Un chevalier qui ne s'en approche pas
Et qui n'a ni langue, ni bouche, Ni esprit qui lui permette de penser
Et de commencer à parler ! »
A ces mots, elle lui tire le bras Et elle lui dit : « Çà, avancez,
Chevalier, et n'ayez pas peur Que ma dame aille vous mordre !…
Demandez-lui la paix et la concorde, Je la prierai avec vous
De vous pardonner la mort D'Esclados le Roux, son époux.
Jusqu'à ce qu'il soit tué par vous. »
Monseigneur Yvain joint aussitôt Les mains et tombe à genoux
Et, comme un vrai ami, il dit : « Je ne vous demanderai pas le pardon
Mais je vous dirai merci Pour tout ce que vous me direz de faire ;
Et rien de cela ne pourrait me déplaire. »
« Non, Seigneur ? Et si je demande votre mort ? »
« Dame ! grand merci à vous, C'est tout ce que vous entendrez de moi »
« Jamais, dit-elle, je n'ai entendu rien de tel : Vous vous mettez sous mes ordres,
Complètement soumis à mes désirs, Sans que je vous y force ? »
« Dame ! Il n'y a pas de force Plus forte, sans mentir,
Que celle qui me commande à consentir En tout à vos moindres désirs.
Je ne redoute rien du tout De ce que vous voudrez me commander.
Et si je peux réparer cette mort, Que j'ai provoquée par mégarde,
Je la réparerai sans discuter. »
« Comment ? dit-elle, Dites-moi donc, Et nous serons quittes,
Si vous n'avez pas mal agi En tuant mon époux ? »
« Dame, fait-il, par votre grâce, Quand votre seigneur m'attaqua,
Quel tort ai-je eu de me défendre ?
Celui qui veut tuer, ou prendre, Si l'homme qui se défend le tue,
Dites-moi quelle faute a-t-il faite ? »
« Aucune, si l'on regarde le droit. Et je crois que cela ne servirait à rien
Que de vous faire tuer. Mais je voudrais volontiers savoir
D'où peut bien venir cette force, Qui vous commande d'obéir
A ma volonté sans réserve. Des torts et des méfaits je vous fais grâce,
Mais asseyez-vous et racontez-moi Comment vous avez été ainsi dompté. »Yvain , le chevalier au lion 1
« Dame ! fait-il, la force vient De mon cœur qui de vous dépend :
C'est dans cette volonté que m'a mis mon cœur. »
« Et qui vous a mis le cœur dans cette disposition, beau doux ami ? »
« Dame ! mes yeux. »
« Et vos yeux ? »
« La grande beauté que j'ai vue en vous. »
« Et la beauté qu'a-t-elle donc fait ? »
« Dame ! elle m'a fait aimer. »
« Aimer ? et qui ? »
« Vous, dame très chère. »
« Moi ? »
« Vraiment, oui. »
« De quelle manière ? »
« Si fort qu'un plus grand amour est impossible.
Si fort que mon cœur ne peut s'éloigner de vous
Et qu'il ne vous quittera jamais,
Si fort que je ne puis penser à rien d'autre,
Si fort qu'à vous entièrement je me donne,
Si fort que je vous aime plus que moi-même,
Si fort que, selon votre désir, désormais
Pour vous je veux mourir ou vivre. »
Publié par Lydia   
Laudine prend Yvain comme époux. marradi-reconciliation-romaLaudine prend Yvain comme époux. marradi-reconciliation-roma​