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Lancelot ou le chevalier à la charrette – Chrétien de Troyes

LanGauvain et Hector arrivent devant l'ïle Perdue, où Lancelot est emprisonné dans une tourcelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Troyes, écrit à la fin du XII°s, à la demande de Marie de Champagne. Le roman ne comportait pas de titre à l’origine.

 Lancelot est le chantre de l’amour courtois. Ce sera d’ailleurs sa plus grande faiblesse, ce qui nous le rend d’autant plus attachant. Son amour est sans limite pour la reine Guenièvre, l’épouse du roi Arthur, son suzerain. Il oublie souvent l’objet de sa quête pour se soumettre à tous les caprices de sa dame.La reine Guenièvre interroge Lancelot sur ​​son amour pour elle

Par étourderie, il se retrouve dans les situations les plus embarrassantes qui soient pour un homme de son rang.
Un jour, un chevalier inconnu enlève la reine et l’emmène dans un pays d’où nul ne revient. Le preux chevalier ne pense plus qu’à délivrer la belle captive. Pour l’amour de la reine, il est prêt à accepter la pire humiliation: monter dans une charrette. Celle-ci appartenait à un nain qui disait connaître le lieu où se trouvait la reine disparue.
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On comprend mieux le titre donnée à ce roman en vers octosyllabiques. En effet, un proverbe de l’époque disait: « Quand charrette rencontreras, fais-toi le signe de croix afin qu’il ne t’arrive pas malheur« . Celle-ci était réservée aux félons, aux meurtriers ou aux voleurs. Lancelot savait en tout état de cause que cela lui couterait cher et qu’il allait y laisser une bonne partie de sa réputation de chevalier. De ce fait, il hésitera un court instant avant d’y monter, ce qui lui sera reproché assez vertement par la reine dont les exigences courtoises sont démesurées. Pour elle, il a failli aux règles courtoises en hésitant puisque la vie de sa dame était en danger.Lancelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Tr
La personnalité attachante, mais néanmoins complexe, de Lancelot n’a pas échappé aux successeurs de Chrétien de Troyes. En effet, si personne n’a songé à reprendre le personnage d’Erec, chevalier attachant également par ses faiblesses (n’oublie -t-il pas ses devoirs de chevalier pour une belle jeune fille?), beaucoup se sont attachés à compléter le personnage de Lancelot, devenu ainsi le chevalier le plus connu de la table ronde.
lancelot-et-vivianeDès le début du XIII°s, on lui imagine une enfance féérique dans le palais de Viviane, au fond d’un lac.
On le rattache également à la quête du Graal (qui n’intéressait pas encore Chrétien lors de l’écriture du Lancelot) en le faisant père de Galaad, le chevalier le plus pur qu’il soit. Il fait également partie des trois chevaliers désignés pour rencontrer le Graal et en percer son mystère.
Ce roman, avec l’accord de Chrétien, sera fini par un clerc, Godefroi de Lagny. Ainsi, il est dit, à la fin du texte:
« Seigneurs, si j’en disais davantage,
Je dépasserais l’étendue de mon sujet,
C’est pourquoi je vais mettre un terme à mon travail;
Ici même s’arrête le récit.
Godefroi de Leigni, le clerc,
A terminé La charrette;
Que nul ne songe à le blâmer
S’il a continué Chrétien,
Car il l’a fait avec l’approbation
De Chrétien, qui commença l’œuvre:
Lui est responsable de tout ce qui suit
Le moment où Lancelot fut emmuré,
C’est-à-dire jusqu’à la fin du conte.
Voilà son œuvre à lui; il ne veut rien y ajouter,
Ni retrancher, par crainte d’endommager le conte.
Lancelot et l'Humiliation de la Charrette (enluminure, vers 1475) qui a donné le fameux titre Le Chevalier à la Charrette.
Voici un extrait de l’épisode de la charrette:
Le Chevalier, à pied et sans lance,
S’avance vers la charrette
Et voit sur les limons un nain
Qui, en bon charretier, tenait
Dans sa main une longue baguette.
Et le Chevalier dit au nain:
Nain, fait-il, pour Dieu, dis-moi tout de suite
Si tu as vu par ici
Passer ma dame la reine.
Le nain perfide et de vile extraction
Ne voulut point lui en conter des nouvelles,
Mais se contenta de dire: Si tu veux monter
Sur la charrette que je conduis,
D’ici demain tu pourras savoir
Ce qu’est devenue la reine.
Sur ce, il a maintenu sa marche en avant
Sans attendre l’autre l’espace d’un instant.
Le temps seulement de deux pas
Le Chevalier hésite à y monter.
Quel malheur qu’il ait hésité, qu’il eût honte de monter,
Et qu’il ne sautât sans tarder dans la charrette!
Cela lui causera des souffrances bien pénibles!
Mais Raison, qui s’oppose à Amour,
Lui dit de bien se garder de monter;
Elle l’exhorte et lui enjoint
De ne rien faire ni entreprendre
Qui puisse lui attirer honte ou reproche.
Ce n’est point dans le cœur mais plutôt sur les lèvres
Que réside Raison en osant lui dire pareille chose;
Mais Amour est dans le cœur enclos
Lorsqu’il lui ordonne et semonce
De monter sans délai dans la charrette.
Amour le veut, et le Chevalier y bondit,
Car la honte le laisse indifférent
Puisqu’Amour le commande et veut.
Et messire Gauvain se met à la poursuite
De la charrette en galopant,
Et lorsqu’il y trouve assis
Le Chevalier, il s’en étonne beaucoup;
Alors il dit au nain: Instruis-moi
Au sujet de la reine, si tu sais le faire.
Le nain dit: Si tu te détestes autant
Que ce Chevalier assis ici,
Monte aec lui, si cela te convient,
Et je t’emmènerai avec lui.
Quand messire Gauvain l’eut entendu,
Il jugea qu’accepter la proposition serait insensé
Et il dit qu’il n’y monterait point,
Qu’échanger son cheval contre la charrette
Serait n échange par trop infâme.
Mais où que tu veuilles aller
J’irai là où tu iras.
Si bien qu’ils se mettent tous les trois en route,
L’un d’eux à cheval, les deux autres sur la charrette,
Et ensemble ils gardèrent le même chemin.
À l’heure des vêpres, ils atteignirent un château,
Et sachez que ce château
Était fort puissant et beau.
Ils entrent tous les trois par une porte.
La vue du Chevalier que le nain transporte
Dans la charrette frappe les habitants d’étonnement,
Mais ils ne cherchent nullement à se renseigner davantage;
Tous se mettent à le conspuer,
Grands t petits, vieillards et enfants,
Par les rues, en poussant des huées;
Le Chevalier entendit ainsi dire
À son sujet de viles injures et des paroles de mépris.
Tous demandent: À quel martyre
Ce Chevalier sera-t-il condamné?
Sera-t-il écorché vif ou pendu,
Noyé ou brûlé vif sur un bûcher d’épines?
Dis-le-nous, nain, dis, toi qui le traînes ainsi,
De quel forfait fut-il trouvé coupable?
L’a-t-on jugé pour vol? Serait-ce un assassin
Ou est-il le vaincu d’un combat judiciaire?
Et le nain garde un silence absolu,
En ne répondant ni une chose ni l’autre.
Il conduit le Chevalier là où il sera hébergé,
Et Gauvain suit de près le nain
Qui se dirige vers une tour, laquelle, de plain-pied
Avec la ville, se trouvait à la limite de celle-ci.
Au-delà il y avait des près,
Tandis qu’en face la tour s’élevait
Sur la cime d’un rocher gris,
Haut et taillé à pic.
Derrière la charrette, toujours à cheval,
Gauvain pénètre dans la tour.
Dans la salle, ils ont rencontré, élégamment mise,
Une demoiselle
Dont la beauté n’avait pas de rivale au pays;
Et ils voient s’approcher deux pucelles
Avec elle, gentes et belles.
Dès qu’elles virent
Messire Gauvain, elles lui firent
Un accueil joyeux et le saluèrent;
Et elles voulurent s’informer du Chevalier:
Nain, quel crime ce Chevalier a-t-il commis
Que tu conduis là comme s’il était impotent?
Il ne veut leur offrir aucune explication,
Mais se contente de faire descendre le Chevalier
De la charrette, et puis s’en va;
On ne sut point où il alla.

Source:  , une passionnée par la littérature, et notamment la littérature médiévale…

 

« Perceval ou le Conte du Graal « , est-il un mythe ?

Citer «  Perceval » ( et la quête du Graal ), comme un mythe, est peut-être un raccourci, que des spécialistes pourraient contester… ? Cette histoire étant rattachée à une œuvre littéraire, peut-être est-il plus exact de parler de «  mythe littéraire » .. ? L’histoire est de plus relativement récente …

Parsifal-Odilon-Redon.jpgRevenons donc à la définition du Mythe et, j’en retiens de la part de spécialiste, quelques unes qui vont dans le sens de ce que j’entrevois…, comme :

– Mircéa Eliade :  « Le mythe raconte une histoire sacrée : il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements »

– Gilbert Durand « Nous entendons par mythe un système dynamique de symboles, d’archétypes et de schèmes, système dynamique qui, sous l’impulsion d’un schème, tend à se constituer en récit ».

– Marc Eigeldinger « Le mythe n’est pas uniquement récit, mais aussi discours du désir et de l’affectivité. Il ne s’exprime pas à l’aide d’idées ou de concepts et se développe en marge de la rationalité ; il se consacre à dire la vérité psychique […], à suggérer l’affleurement de l’irrationnel et de l’inconscient, à traduire le contenu du désir et ses relations avec le sentiment »

– Jean-Pierre Vernant : le mythe ne se réfère pas à un genre particulier… Il serait « l’envers, l’autre du discours vrai, du logos »

– Campbell : « Non, le mythe n’est pas un mensonge. Une mythologie complète est constituée d’une organisation d’images symboliques et narratives, métaphoriques des potentialités de l’expérience humaine, et de l’accomplissement d’une culture donnée à un moment donné. »

parsifal_Odilon-Redon.jpgEt forcément, je dirai que le mythe littéraire, contrairement peut-être au mythe ethno-religieux, ne fonde ni n’instaure plus rien. Les oeuvres qui l’illustrent sont d’abord écrites, signées par une (ou quelques) personnalité singulière. Évidemment, le mythe littéraire n’est pas tenu pour vrai.

– Jean Pouillon ajoute, que « ni l’opposition du vrai et du faux, ni celle du croire et du ne pas croire ne sont pertinentes pour situer le mythe ».. !

 Sans doute, pouvons nous admettre que la littérature, si elle ne le crée pas, est un « conservatoire des mythes ». De plus, comme le dit Véronique Gély, « la littérature n’est pas seulement le conservatoire des mythes, elle est leur laboratoire, et le lieu de leur épiphanie »

Pour ce qui est du « mythe de Perceval », il nous est donc parvenu tout enrobé de littérature », il ne nous est accessible qu’en tant que « mythe littéraire ». Il a cette particularité que sa première rédaction est caractérisée, par l’absence de clôture. Le « Conte du Graal » de Chrétien de Troyes est inachevé… !

Odilon-Redon-17.jpgEnsuite, ce corpus est à l’image d’un arbre dont le tronc serait constitué de la tradition médiévale, à partir de laquelle les multiples ramifications modernes s’élanceraient vers le ciel, toujours plus éloignées de la souche première, mais puisant leur sève dans un réseau de canaux toujours plus vaste et plus complexe….

Effectivement, si le mythe de Perceval est extrêmement présent dans le demi-siècle qui suit son entrée en littérature, c’est le silence presque total du début de la Renaissance à la fin du siècle des Lumières. Après un timide renouveau au tournant des XVIIIème et XIXème siècles, c’est le drame wagnérien qui le ramène sur le devant de la scène artistico-littéraire. Au cours du XXème siècle également, la fortune de ce mythe varie considérablement : après avoir connu une certaine vogue jusqu’à la seconde guerre mondiale, il se fait beaucoup plus discret pendant les années qui suivent, pour resurgir avec une vigueur inattendue dans les années 1980.

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Sources: en partie Thèse de doctorat présentée par Christophe Imperiali  » En quête de Perceval – Étude sur un mythe littéraire « , et le peintures sont d’Odilon Redon.

L’origine de l’histoire de ‘Tristan et Iseult’

44393f9ab218935b941515e0baf4d84dLa plupart des critiques s’accordent aujourd’hui pour dire que des récits celtiques sont à l’origine de cette histoire… Un récit irlandais intitulé La fuite de Diarmaid et Grainne, attesté dès le Xe siècle, contient ainsi un certain nombre d’éléments qui annoncent les versions postérieures de Tristan et Iseut : Diarmuid and Gráinneun roi irlandais Finn a pour épouse Grainne ; elle jette un sort (geis) sur le neveu du roi, Diarmaid, et l’oblige à l’enlever et à se réfugier avec elle dans la forêt. D’abord chaste, Diarmaid laisse chaque matin un morceau de viande crue à l’endroit où ils ont dormi. GrainneD’autres récits celtiques font allusion à des combats contre un dragon, à des philtres magiques préparés par des femmes expertes en enchantements. Certains rapprochements ont été faits avec des récits persans, mais aussi avec des thèmes développés dans les textes antiques et les récits mythologiques : on a comparé la figure du Morholt et celle du Minotaure, l’évocation des deux voiles, blanche et noire, du bateau qui amène Iseut auprès de Tristan mourant rappelle la traversée de la mer Égée par Thésée après qu’il a réussi à sortir du labyrinthe…

L’histoire de Tristan et Iseult s’est diffusée à partir du XIIe s. dans toute l’Europe chrétienne. Aujourd’hui, elle n’est plus confinée à l’époque médiévale.

Tristan et Iseut - manuscrit de Gottfried von Strassburg (1210)

Les textes qui – aujourd’hui – nous révèlent ce mythe sont :

  • Tristan und Isolde 10Deux romans en vers, l’un écrit en Angleterre par Thomas en 1170 : défini comme une version courtoise, il n’en reste qu’environ le quart ; et l’autre composé vers 1180 par le poète normand, Béroul, dont il ne reste qu’un fragment de 4485 vers.
  • S’y ajoutent trois nouvelles en vers : Folies de Tristan …
  • Un lai de Marie de France, le Lai de chèvrefeuille.
  • On peut y ajouter une saga scandinave composée par frère Robert en 1226
  • Tristan und Isolde 12Une réécriture vers 1230 : le Tristan en prose, influencé par le Lancelot en prose ; le récit se passe à la fois à la cour du roi Marc, et celle du roi Arthur. Tristan devient un chevalier de la Table Ronde …
  • Des adaptations en moyen haut allemand de Gottfried de Strasbourg et ses continuateurs vers 1200, 1210…
  • Vers 1300, en Angleterre : Sir Tristrem d’un auteur anonyme.
  • Fin du XIIIe s. une version italienne Tristano Riccardiano.

August Spiess. Muerte de Isolda. 1883

Le Roman de Tristan et Iseut, a été renouvelé par Joseph Bédier, médiéviste de la fin du XIXe siècle qui a reconstitué le récit que nous ne possédons que par fragments : ceux de Thomas et de Béroul du XIIe siècle, celui d’Eilhart d’Oberg, celui de Gotfried de Starsbourg.

Le Mythe de la  » La Belle dame sans merci  »

La Belle Dame Sans Merci est devenue un mythe depuis le Moyen Âge, en particulier depuis le poème d’Alain Chartier écrit en 1424, qui a été notamment repris par le poète John Keats. Les peintres, en particuliers les Préraphaélites, se sont emparés de ce sujet avec délice, puisque les figures féminines fortes sont les sujets de presque toutes leurs oeuvres.

« I saw pale kings and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried—‘La Belle Dame sans Merci

Thee hath in thrall » de John Keats

(Les rois, les princes, les guerriers, tous pâles comme la mort lui crient : la belle dame sans merci te tient en esclavage.)

Ici la Belle Dame est située dans le contexte de l’amour courtois médiéval… Dans l’idéal, l’amour courtois fait l’apologie d’un amour chaste que le chevalier doit gagner auprès de la dame de son cœur. Pour cela, il est prêt à affronter maintes épreuves, jusqu’à ce que la belle… cède.

On retrouve évidemment ce thème dans la légende arthurienne, et les romans de chevalerie qui mette l’accent sur la conquête de la Dame, d’autres s’orientant plutôt vers un certain mysticisme (la quête du Graal et de la pureté). D’autres textes sont plus emprunts de folklorisme (les fées, lutins etc), ou de magie (fée Morgane, Merlin); au fur et à mesure la Belle Dame, celle pour qui se meurent d’amour les chevaliers, se transforme en une sorte de fée, qui vient toujours à la rencontre du cavalier errant, comme le ferait une Viviane ou Morgane.

Ainsi, cet homme plein de bravoure, découvre cette étrange femme dans des endroits toujours inappropriés – dans les bois, près de ruines, dans un château – et toujours au début ou à la fin d’une aventure…

 

Le chevalier rencontre toujours la fée dans les bois, passage d’ombre et des désirs refoulés par excellence.

Mais cette fée est « sans merci », repoussant sans cesse les avances du prétendant. On peut donc comprendre, au sens figuré, que lorsqu’il arrive dans les bois, atteignant alors presque son but, la Dame le repousse une dernière fois, l’assassinant par le même coup.

L’amour peut être meurtrier, et l’espoir, une fois vaincu, vient à bout de tous les héros. Il s’agit d’un retournement total de la matière courtoise. L’homme ne triomphe plus, il courbe l’échine devant le pouvoir féminin. 

Il s’agit d’un grand fantasme masculin. Les Salomé, Judith, Lilith et autres femmes castratrices ont toujours été à la fois attirantes et monstrueuses pour nombres d’artistes.

 

La belle dame sans merci.

Ah ! Cœur plus dur que le marbre noir

et qui ne laisse pas merci entrer,

cœur plus inflexible qu’un gros arbre,

que gagnez-vous à montrer tant de rigueur ?

Préférez-vous me voir vaincu,

mort devant vous, pour vous divertir,

plutôt qu’avec un peu de réconfort

imposer un répit à la mort qui m’abat ?

Vous pourrez bien guérir de votre mal ;

pour le mien, je vous en tiens quitte ;

je n’ai nullement envie que vous mourriez,

mais je me rendrai pas malade pour vous guérir !

Je ne veux pas, pour d’autres, nuire à mon cœur,

qu’ils crient, pleurent, rient ou chantent ;

mais, si je puis, je ferai en sorte

que ni vous ni d’autres ne puissent s’en vanter.

Alain Chartier.

T.H. White – Le Livre de Merlin, posthume (The Book of Merlyn)

The Book of Merlyn - dessins de Trevor StubleyDans cet ouvrage posthume, le Roi Arthur est un vieil homme fatigué et découragé… Nous sommes à la veille de la dernière bataille du roi Arthur, au cours de laquelle il devra affronter Mordred, son fils incestueux.

C’est alors que Merlin apparaît. Il décide de terminer l’éducation d’Arthur en lui parlant de politique et même de philosophie. Afin de parfaire les connaissances d’Arthur, Merlin n’hésite pas à le transformer en divers animaux.T.H. White wrote The Book of Merlyn as the fifth and final book in his ...

Ce court roman de T.H. White est une sorte de conclusion à la série de  »The Once and Future King », consacrée à la légende arthurienne.

Ce cote n’est pas seulement une histoire qui se voudrait distrayante, il s’agit d’un texte ‘sérieux ‘ , et même sombre … T.H. White utilise The Book of Merlyn pour faire passer certaines de ses idées.

Urchin Illustration par Trevor Stubley, de TH White, «Le Livre de MerlynThe book of Merlyn, se situe pour l’essentiel dans l’antre d’un blaireau philosophe, ami de Merlin et d’un Arthur déprimé par l’évolution du monde. Il s’agit d’une mélancolique réflexion sur les risques et les responsabilités du pouvoir…

Les transformations d’Arthur, en effet, servent à expliquer au vieux roi les différences fondamentales entre les différents animaux et l’homme ainsi que la distinction entre le bien et le mal. Pour Merlin, l’homme est le plus cruel des animaux, tuant pour son plaisir et sacrifiant la vie de ses semblables sans aucun remords ; alors que les animaux ne tuent que pour se nourrir ou se défendre. Tout au long de l’histoire, Merlin semble avoir une bien piètre opinion de l’homme et de sa passion pour la guerre.TH White. Le Livre de Merlyn The night before Arthur's last battle. Illustrations par Trevor Stubley book of merlyn 3

Chez White, Merlin voyage à travers les siècles et il a donc connu de nombreuses guerres. The Book of Merlyn a été rédigé durant la Seconde Guerre mondiale (il fut proposé par White à son éditeur en 1941, mais la maison d’édition a refusé de le publier à cause de la pénurie de papier). Et cela se sent. Merlin semble très pessimiste quant à l’avenir de l’humanité. Un peu comme s’il était le reflet de l’écrivain qui lui a donné vie, lequel craignait ce conflit mondial.Merlin 10

Ainsi, le monde des fourmis et celui des oies (Arthur est changé en fourmi et en oie par Merlin) sont lugubres et inquiétants. La société des fourmis m’a semblé tout particulièrement désespérée. Les fourmis ne pensent plus par elles-mêmes et sont devenues des automates au service d’une cause qu’elles ne comprennent même pas.

The Book of Merlyn explore les recoins sombres de l’humanité. Certains passages du roman sont donc très philosophiques, mais toujours abordables et faciles à comprendre. Car White est aussi un excellent conteur et n’oublie pas le caractère « magique » de son personnage principal, Merlin. Ce dernier fait plus d’une fois preuve d’humour (je me rappelle particulièrement du début de l’histoire, où Merlin avale sa barbe), ce qui allège quelque peu ses réflexions sur l’être humain, qu’il décide de rebaptiser Homo ferox, homme cruel.

The Once And Future King TH White Cover

Tristan et Yseult – Résumé -3/3-

Illuminated letter 'L ' - from The Romance of Tristram and Iseut. Illustration by Maurice Lalau. Published 1910.

Les seigneurs exigent cependant qu’Iseult ne rentre en grâce qu’à la condition qu’elle puisse prouver qu’elle n’a jamais trompé Marc.

Marc souffre d’être séparé de son neveu aussi Yseut lui propose-t-elle de faire serment devant les autorités de l’église qu’elle n’a jamais entretenu de relations coupables avec Tristan : les barons seront bien obligés de la croire et tout le monde vivra en paix. THE BEGGAR CARRIES ISEULT - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph BedierElle organise la cérémonie : pour se rendre au lieu dit, le « Mal Pas » elle traverse un marécage juchée sur les épaules de Tristan déguisé en Lépreux et jure que  » Jamais aucun homme ne pénétra entre [ses] cuisses, sauf le lépreux qui se fit bête de somme pour [la]faire passer le gué, et le roi Marc, son mari » Tristan peut rentrer à la cour et les amants peuvent s’aimer à nouveau.

Tristan et Iseult. - Anna Balbusso

Surpris par les seigneurs, Tristan en tue l’un puis l’autre en diverses circonstances. Et il poursuit ses visites à Iseut. Quand Tristan décide enfin de partir, il rencontre le roi Arthur en route pour Tintagel et celui-ci lui propose de se joindre à sa troupe pour passer du temps en compagnie d’Iseut. Tristan ne peut refuser; il se grime pour demeurer incognito. La fête à Tintagel est un bonheur pour tous sauf pour Marc jaloux de voir Iseut entourée de tant d’hommes et visiblement convoitée. Il organise alors un horrible traquenard : le tour du lit d’Iseut, au milieu de la chambre où tout le monde dort, est garni de fers de faux aiguisés plantés dans le sol en terre battue et cachés sous une jonchée de glaïeuls. Quand Tristan se lève pour rejoindre Iseut, il se blesse aux pieds; son écuyer réveille alors tous les dormeurs et déclenche une rixe au cours de laquelle tout le monde se blesse, escamotant ainsi l’acte de Tristan dans la confusion générale.

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Après cette sanglante entrevue, Tristan s’exile en petite Bretagne. Là il rencontre une autre Iseut, dite “aux Blanches Mains”; et la demande en mariage.

A noter : Retour de Tristan en Bretagne après de nombreuses aventures au service de l’empereur de Rome, et en Espagne. Il combat et lie amitié avec Kaherdin, fils du vieux duc de Bretagne, qui lui fait épouser sa sœur, Iseut aux Blanches Mains. Mais c’est toujours l’autre qu’il célébrait dans ses chants.

Des années passent. Un jour, un pauvre pèlerin fou qui cache son visage, se présente au palais et s’y répand en paroles insensées. On l’amène devant Iseut la blonde, entre grotesque et désespoir, il raconte leur histoire d’amour. Grâce à l’anneau de jaspe vert, Iseut finit par le reconnaître; et ils vivent de nouveau leur passion.… Pourtant… elle serait d’abord disposée le faire mettre à mort, car elle a appris qu’il avait, en Bretagne, épousé une autre Iseut, Iseut aux blanches mains…
Impardonnable félonie d’amour ! Si pourtant il ne l’avait commise que pour délivrer de lui Iseut la blonde, la seule aimée, l’Unique ? Il n’a jamais été le mari de l’autre : on n’aime qu’une fois.

Tristan retourne près de son épouse en Petite Bretagne. Tristan cherche dans les combats une diversion à sa mélancolie, à ses regrets. Lors d’un combat, il est mortellement blessé. Seule la magie d’Iseut peut le guérir. The Death of Tristan - Illustration from the 1927 edition of 'Tristan and Iseult' by Joseph BedierTristan envoie un messager la chercher à Tintagel, avec avis de hisser la voile blanche pour annoncer la venue d’Iseut, la noire pour signaler son absence. Et Tristan moribond attend. Quand arrive le navire, la voile blanche apparaît. Mais lorsque Tristan l’interroge, son épouse la dit noire, par vengeance de l’amour de Tristan pour l’autre Iseut. C’est alors que Tristan se laisse mourir. Quand Iseut débarque, elle trouve Tristan mort, s’étend contre lui et rend l’âme à son tour

The Death of Tristram marianne stokes 1902

On les enterra tous les deux ensemble dans la chapelle de la cour du roi Marc. Un chèvrefeuille avait poussé au-dessus de la tombe d’Iseult et une vigne sur celle de Tristan. Et les deux plantes s’étaient entrelacées, comme pour relier leur deux tombes ……

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De Amore – d’André Le Chapelain

15c86d433a96cce9a93020347e10d42c08 »De Amore » d’André le Chapelain, paraît vers 1186. Ce texte fournit des renseignements précis sur le rôle que l’amour et les débats sur les questions d’amour ont pu jouer dans la société aristocratique française du XIIe s. Imprégné lui-même de tradition cléricale, Le Chapelain était aussi familier de la Bible que d’Ovide et de Chrétien de Troyes. Sa définition de l’amour courtois est lapidaire : il s’agit d’ « un embellissement du désir érotique ».Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

André le Chapelain, un clerc intimement mêlé à la vie de la cour de Marie de Champagne, la célèbre inspiratrice de Chrétien de Troyes, prodigue d’abord à son disciple Gautier, les conseils les plus avertis dans la difficile technique de la conquête amoureuse, mais finalement, en un brusque retournement, il dénonce, avec la véhémence d’un sermonnaire, les méfaits de l’amour et accable d’opprobres la femme pourvue de tous les vices.

994891204Dans la première partie de son ouvrage, il définit l’amor purus, constituant « une source de perfectionnement » et s’opposant donc à tous les excès, notamment ceux de la concupiscence masculine. Il le différencie de l‘amor mixtus, où le désir parvient à sa réalisation. Même alors, cependant, la passion débridée se voit déniée toute valeur et est finalement ravalée au rang d’instinct bas et méprisable. Le mot clé du traité est sapiens, évoquant aussi bien la modération que la magnanimité qui devaient plus tard définir en partie l’idéal de l’honnête homme du XVIIe S.The Fountain of Life, detail of a couple embracing (15th century) Giacomo Jaquerio

Dans la première partie de son livre, Le Chapelain rend hommage à l’amour où la sexualité et l’adoration ne font qu’un. Dans la seconde, au contraire, il le représente soudain, au mépris de toute logique, comme le modèle abject de tout crime et de tout péché. Le clerc dut-il inopinément se plier à l’autorité morale de l’Église, pour qui tout amour hors norme constituait un danger ?

Foliate border with a medieval couple Book of Hours for the use of Rouen (France), ca. 1460-1470Le dernier chapitre de De Amore, où apparaissent des éléments nettement misogynes absents jusqu’alors de l’ouvrage, continue bien de célébrer l’amour courtois mais sous une forme  »domestiquée », conforme à la doctrine de l’Eglise. Après mûre réflexion, la passion se soumet à la raison, sans plus accorder aucune importance au désir ni au rêve. Dans cette seconde variante, l’amour courtois dédaigne la tentation des sens, dépasse son égocentrisme et réalise une union transfigurée avec l’être aimé. Une nouvelle fois, la femme est idéalisée : aussi parfaite qu’inaccessible, elle est l’objet d’une vénération constante mais sans espoir.

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumLa position de Le Chapelain, à la fois théoricien de l’amour courtois transgressif et représentant de l’enseignement répressif de l’Église, confère à son texte une dichotomie saisissante. Ce dualisme profond est caractéristique du Moyen-âge. La Fin’amor représentait une tentative pour échapper au temps, non dénuée d’une dimension utopique…

L’amour courtois, qui ne se réalisait qu’en dehors du mariage, avait beau se caractériser par des éléments cultuels, et même religieux, il n’avait au fond presque rien en commun avec la conception chrétienne de l’amour ….

Sources: Verena Heyden-Rynsch, La passion de séduire

Les Préceptes d’Amour

1. Fuis l’avarice comme un fléau dangereux et, au contraire, sois généreux.Master of Guillebert de Mets, Tender Embrace  marginal decoration, c.1425-30

2. Evite toujours le mensonge.

3. Ne sois pas médisant.

4. Ne divulgue pas les secrets des amants.

5. Ne prends pas plusieurs confidents à ton amour.

6. Conserve-toi pur pour ton amante.

7. N’essaie pas sciemment de détourner l’amie d’un autre.

8. Ne recherche pas l’amour d’une femme que tu aurais quelque honte à épouser.medieval-couple

9. Sois toujours attentif à tous les commandements des dames.

10. Tâche toujours d’être digne d’appartenir à la chevalerie d’amour.

11. En toutes circonstances, montre-toi poli et courtois.

12. En t’adonnant aux plaisirs de l’amour, n’outrepasse pas le désir de ton amante.

13. Que tu donnes ou reçoives les plaisirs de l’amour, observe toujours une certaine pudeur.

Amour courtois détail

Les Règles

1. Le prétexte de mariage n’est pas une excuse valable contre l’amour.

2. Qui n’est pas jaloux ne peut pas aimer.

3. Personne ne peut avoir deux liaisons à la fois.

4. Toujours l’amour doit croître ou décroître.

5. Il n’y a point de saveur à ce que l’amant obtient sans le gré de son amante.rose_secrets

6. L’homme ne peut aimer qu’après la puberté.

7. A la mort de son amant, le survivant attendra deux ans.

8. Personne ne doit sans raison suffisante être privé de l’objet de son amour.

9. Personne ne peut aimer vraiment sans être poussé par l’espoir de l’amour.

10. L’amour est toujours étranger dans la maison de l’avarice

11. Il n’est pas bon d’aimer une femme qu’on aurait quelque honte à épouser.

12. L’amant véritable ne désire d’autres baisers que ceux de son amante.

13. Rendu public, l’amour résiste peu.Bibliothèque Nationale de France, lat. 14429, Folio 112v

14. Une conquête facile rend l’amour sans valeur, une conquête difficile lui donne du prix.

15. Tout amant doit pâlir en présence de son amante.

16. A la vue soudaine de son amante, le cœur d’un amant doit tressaillir.

17. Un nouvel amour fait oublier l’ancien.

18. Rien que le bon caractère rend l’homme digne d’amour.

19. Quand l’amour diminue, il diminue vite et se renforce rarement.

20. L’amoureux est toujours craintif.

21. Vraie jalousie fait toujours croître l’amour.

22. Un soupçon sur son amante, jalousie et ardeur d’aimer augmentent.Enluminure du Codex Manesse, Zurich, XIVe siècle

23. Il ne dort ni ne mange celui que passion d’amour démange.

24. N’importe quel acte de l’amant se termine dans la pensée de son amante.

25. L’amant véritable ne trouve rien de bien, qui à son amante ne plaise bien.

26. L’amant ne saurait rien refuser à son amante.

27. L’amant ne peut se rassasier des plaisirs de son amante.

28. La moindre présomption pousse l’amant à soupçonner le pire sur son amante.La-sexualite-au-Moyen-Age-c-etait-comment_w670_h372

29. Il n’aime pas vraiment celui qui possède une trop grande luxure.

30. L’amant véritable est toujours absorbé par l’image de son amante.

31. Rien ne défend à une femme d’être aimée de deux hommes, ni à un homme d’être aimé de deux femmes.

T.H. White – Lancelot, ‘le chevalier mal fet’

Lancelot - le chevalier mal fait Sona mour pour la Reine va détruire le Royaume d'Arthur - rossetti_lancelot_queen
Lancelot dans la chambre de la Reine – Rossetti

T.H. White : Le Chevalier mal adoubé, 1940 (The Ill-made Knight)Le chevalier mal adoubé Lancelot TH White Couv

Arthur, qui rêvait de voir sa Table Ronde établir à jamais le règne de la justice et du droit, déplore que ses chevaliers prennent encore tant de plaisir à utiliser la force. Lancelot, déchiré entre sa fascination pour Arthur et son attirance pour Guenièvre, tombe dans le piège que lui tend une jolie jeune fille. Affolé par une paternité non désirée, il ne lui reste plus qu’à fuir ses amours et à se jeter avec fièvre dans une nouvelle voie : la quête du Graal.

Lancelot - The Ill Made Knight by Daaakota ...Avec The Ill-Made Knight, c’est Lancelot qui entre en scène. Mais, attention, ici le portrait qui se dégage du héros est inhabituelle: Lancelot n’a pas la beauté virile généralement représentée, il est laid et de plus il est socialement maladroit… Il est surnommé « Le Chevalier Mal Fet » (en français d’époque dans le texte…)… Mais surtout, Lancelot est sans cesse accablé par le sentiment de sa propre imperfection et par le péché permanent qu’il ressent en lui-même… Péché que ses instincts de sauvagerie qu’il réprime en étant le plus miséricordieux des chevaliers, et péché que son amour pour la femme du roi Arthur, qu’il admire plus que tout homme au monde.

Lancelot and Guinevere's Parting Kiss rhead

C’est le ménage à trois qui retient l’attention de T. H. White. Sir Launcelot confideth his Shield to Elaine the Fair, illustration from 'The Story of Sir Launcelot and his Companions', 1907Bien sûr, il y a les quêtes, il y a le Graal ; mais, détail que tout cela, en fin de compte, si Lancelot quitte Camaalot, c’est toujours à cause de Guenièvre, qui n’est pas une femme commode — au début, il s’exile pour lutter contre la tentation d’un amour interdit ; par la suite, c’est Guenièvre qui le congédie et lui fait perdre la raison.

 

The Lady Elaine the Fair, illustration from 'The Story of Sir Launcelot and his Companions', 1907 Fine Art Print by Howard PyleElle se montre maladivement jalouse de l’unique nuit d’amour de son chevalier servant avec la perfide Elaine (qui en concevra quand même Galaad). Un homme moins exceptionnel que Lancelot ne s’en relèverait pas, mais le Chevalier Mal Fait reviendra, et vivra des années d’un amour paisible tandis qu’Arthur, cocu généreux, fera, tant qu’il pourra, semblant de ne rien voir…

Guinevere's Jealousy
La jalousie de Guenièvre – Rhead

Rappelons, que de parents anglais, T.H. White est né en 1906 à Bombay. Il a fait ses études en Angleterre et a exercé de hautes fonctions à l’université. Cependant, mal à l’aise dans une époque dont il n’approuvait ni les modes ni les systèmes de valeurs, il s’isola en Irlande et s’adonna à la pêche au saumon…

Et Lancelot augure un peu, jusqu'à ce qu'il a vu qui étaient les plus faibles

L’Art d’aimer au Moyen-Age- 2/2 –

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumL’art d’aimer au Moyen-âge, c’est plus que les arts d’aimer d’Ovide ; Ovide infiniment copié, imité , traduit à cette époque… Le Moyen-âge s’est fait de l’amour une idée originale et neuve. Il a lié l’amour et la poésie, et a pris au sérieux le désir, au point d’y voir, par la médiation de l’art littéraire, la clé de toute révélation de soi et le moteur de tout dépassement de soi.Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

Dans les dernières années du XIe siècle apparaissent des formes littéraires originales, promises à un développement rapide et spectaculaire : la chanson de geste en langue d’oïl, la poésie lyrique et amoureuse des troubadours en langue d’oc.

Les troubadours proposent un art d’aimer : la fin’amor, l’amour affiné, parfait, épuré, non pas dans le sens qu’il serait platonique, mais comme un métal en fusion qui coule du creuset, pur de tout alliage et de toute scorie. C’est cet amour que nous appelons communément aujourd’hui l’amour courtois, l’amour tel qu’il se pratique dans le milieu raffiné des cours.

On a souligné la parenté formelle qui unit les chansons de Guillaume IX aux genres poétiques cultivés par les arabes de l’Espagne andalouse, l’amour courtois et l’amour odhrite des poètes arabes…

L’art d’aimer médiéval découle de l’effort pour faire vivre le désir, pour lui éviter la satiété comme le désespoir…

En effet : L’amour est par nature paradoxal et contradictoire. L’amour c’est le désir. Le désir désire son assouvissement. Assouvi, il meurt. La nature du désir est de désirer la mort. Et s’il désire vivre sa vie de désir, il désire la frustration, non la satisfaction…

André le Chapelain, a écrit au XIIe siècle un traité intitulé ordinairement De Amore, et souvent traduit, de façon quelque peu fautive, Traité de l’Amour courtois… De Amore a été écrit à la demande de Marie de France, fille du roi Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine.

Dans la seconde partie du traité, « Comment maintenir l’amour ? », l’auteur expose vingt et un « jugements d’amour » qui auraient été prononcés par certaines des plus grandes dames du royaume de France : sept de ces jugements sont attribués à Marie de France, comtesse de Champagne, trois à sa mère, Aliénor d’Aquitaine, trois autres à sa belle-sœur, la reine de France Adèle de Champagne, deux à sa cousine germaine, Élisabeth de Vermandois, comtesse de Flandre, un à l’« assemblée des dames de Gascogne » et cinq à Ermengarde de Narbonne (jugements 8, 9, 10, 11 et 15), qui est la seule dame nommément désignée par l’auteur qui ne soit pas apparentée aux autres. En dépit du caractère probablement fictif de ces jugements, ils attestent de la renommée acquise par Ermengarde dans le domaine de l’amour courtois, même dans l’ère culturelle de la langue d’oïl.

Sources : L’Art d’aimer au Moyen-âge – Michel Zink