Archives pour l'étiquette merlin

Le Merlin en prose – Robert de Boron

Merlin - Timbre anglaisLe Merlin en prose est attribué à Robert de Boron. Il semble avoir été composé au tout début du XIII°s.

Il fait partie d’une trilogie (de Robert de Boron), L’estoire du Graal Le Merlin en prose et le Perceval en prose…

Eude vieux manuscritsC’est un peu plus compliqué: Ce qui nous reste de l’oeuvre de Robert de Boron comprend un roman de l’Estoire du Graal, qui compte 3500 vers, et le début d’un roman de Merlin, interrompu au vers 502, au milieu d’une phrase . Mais le tout fut mis en prose, et dans ce deuxième état le  »Merlin » est complet.

Joseph d’Arimathie, raconte la première consécration du mystérieux Graal et annonce qu’il sera plus tard porté en Occident et trouvé par un chevalier de la famille de Joseph d’Arimathie.

Dans le second, Merlin, la scène est transportée dans la Grande-Bretagne; le célèbre enchanteur nous est présenté comme un enfant du diable, engendré par lui pour combattre le Christ, mais trompant l’attente de son père et servant la bonne cause par sa connaissance du passé et de l’avenir.

la conception de Merlin 2
La conception de Merlin

Dans le dernier poème Perceval, l’auteur raconte comment ce chevalier trouva le Graal perdu depuis longtemps et mit fin ainsi aux « merveilles de Bretagne ».

Histoire de Merlin L'enfer et le conseil des démons Angers, vers 1450-
Histoire de Merlin – L’enfer et le conseil des démons Angers, vers 1450

Lorsqu’il rédige le Merlin , Robert de Boron cherche à christianiser la figure de Merlin qui existe depuis le IXème siècle. En tant que ‘clerc’, il veut illustrer une morale : celle du rachat, à travers le personnage de Merlin. Cette volonté, fréquente dans la littérature arthurienne de cette époque, permet de faire entrer dans l’histoire païenne la présence de Dieu. Il s’agit aussi de trouver comment intégrer la figure du  »diable » au mythe.

Le « Merlin en prose » est le roman des origines du royaume arthurien.

a souvenir program from the 19th century play King Arthur by J.Comyns Carr, starring Henry Irving as Merlin

Le Merlin en prose s’ouvre sur le conseil des démons qui, au lendemain de la Passion, s’efforcent de créer un antéchrist et d’annihiler l’œuvre de rédemption. Il est centré sur la figure du fils du diable racheté par Dieu. Dans ce récit, où s’entremêlent chronique historique, discours didactique et moralisant, merveilles et sortilèges de la matière de Bretagne, geste épique des fils de Constant ou encore la passion amoureuse d’Uterpandragon, Merlin multiplie les fonctions.

Merlin and Arthur by alanlathwell
Merlin and Arthur by alanlathwell

Il inspire, soutient et organise les efforts de la dynastie légitime des fils de Constant, Uter et Pandragon, pour reprendre leur royaume à l’usurpateur Vertigier et en assurer définitivement, lors de la bataille de Salesbieres, l’indépendance face aux Saxons. Il persuade le nouveau roi d’établir à sa cour la Table Ronde, mais brise le cercle parfait en laissant vacant le fameux « siège périlleux », siège laissé vide par Judas à la Table de la Cène.

Par ses dons d’enchanteur et de magicien, Merlin le prophète est également celui qui, se jouant des passions et des faiblesses humaines, assure la naissance d’Arthur. Il n’hésite pas à reprendre tout aussitôt l’enfant à ses parents légitimes et à en faire, à son image, un « fils sans père », qui devra faire ses preuves, s’imposer comme l’élu de Dieu pour retrouver son Royaume et obtenir une certaine maîtrise du monde.

histoire-de-merlin-merlin-dictant-ses-prophécties-à-blaise-roman-du-xiiic
Merlin-dictant-ses-prophécties-à-blaise roman-du-xiiic

Enfin, Merlin dicte à Blaise le Livre du Graal, ce livre qui relate le passé (Joseph d’Arimathie avec le Joseph en Prose), le présent (le temps du Merlin en prose) et l’avenir (le temps du Perceval en prose).

Concernant toute la partie historique du texte – la chronique des rois bretons et leur lutte contre les Saxons- le Merlin s’inspire très largement du Roman de Brut de Wace

****************

Bedd-Arthur-bw

Après la mort de Vertigier, brûlé dans un incendie, le devin se met au service des rois légitimes de Grande-Bretagne et les aide à repousser les envahisseurs saxons. Lorsque Pendragon est tué sur le champ de bataille de Salisbury, Merlin transporte et érige des pierres d’Irlande sur le lieu du combat, en l’honneur du souverain défunt. Il assiste alors le frère de ce dernier Uter, à qui il suggère de fonder la Table Ronde..

Merlin et les pierres de Salisbury (extrait)

Lorsque grands seigneurs et prélats furent rassemblés, il [Uter] se fit couronner et sacrer et succéda à son frère sur le trône. Quinze jours après son sacre et son couronnement, Merlin parut à la cour, accueilli avec joie par Uter et, quinze jours plus tard, il vint trouver le nouveau roi.
-Il faut que vous disiez à votre peuple tout ce que je vous avais prédit: l’invasion de ce pays par les Saxons, l’accord passé entre moi, votre frère et vous, le serment que vous avez échangé entre vous.
Uter exposa à ses sujets les actions accomplies par son frère et par lui-même d’après les indications de Merlin, mais ne parla pas du dragon dont, tout comme les autres, il ne savait rien. À la suite du rapport d’Uter Merlin dévoila la signification du dragon: il représentait la mort du roi, l’élévation d’Uter en dignité, une impérissable marque d’honneur pour son frère. En raison du dragon miraculeux qui planait dans les airs Uter se fit appeler Uterpandragon.

Les barons découvrirent ainsi le fidèle dévouement du devin et Merlin fut le maître écouté d’Uter et de son conseil.
Il régnait depuis longtemps en maintenant le royaume en paix, lorsque Merlin vint lui parler.
-Quoi! lui dit-il. C’est tout ce que vous faites pour votre frère qui repose dans la terre de Salisbury?
-Que veux-tu que je fasse? Je ferai tout ce que tu voudras et que tu me suggéreras.
-Vous lui avez juré, et moi aussi je lui ai promis, de lui consacrer un monument aussi durable que la chrétienté; respectez votre serment et je ne manquerai pas à ma parole.
-Dis-moi ce que je peux faire et je l’accomplirai de grand coeur.
-Entreprendre une oeuvre immortelle et qui à jamais résiste au temps.
-Très bien, j’y consens.
Envoyez chercher d’énormes pierres qui sont en Irlande et des bateaux pour les transporter. Si énormes soient-elles, je saurai les dresser; j’irai montrer à vos gens celles qu’ils doivent apporter.
Uter approuva cette expédition et envoya hommes et bateaux en grand nombre; quand ils furent là-bas, Merlin leur montra des pierres colossales pour leur longueur et leur largeur.
-Voici, dit-il, les pierres que vous êtes venus chercher et que vous emporterez.
En les voyant, les hommes jugèrent que c’était une folie et déclarèrent que personne au monde ne pour­rait même en faire bouger une et ils refusaient de les embarquer. Merlin leur répondit que dans ces condi­tions ils étaient venus pour rien. Alors ils s’en retour­nèrent chez le roi, lui exposèrent la besogne inouïe que Merlin leur avait commandée et qui à leur avis était au-dessus de toute force humaine.
-Attendez qu’il revienne, dit le roi.
Quand Merlin fut de retour, Uter lui rapporta les paroles de ses gens.
-Puisqu’ils me font défaut, répondit Merlin, je tiendrai ma promesse.
Il eut recours aux ressources de son art magique et fit venir les pierres d’Irlande qui sont encore aujourd’hui au cimetière de Salisbury Swinside stone circle, in the Lake District, England et quand elles furent en place, il invita Uterpandragon et une grande partie de son peuple à venir admirer le prodigieux amas. Arrivés sur les lieux et en pré­sence de ce spectacle, ils avouèrent qu’aucun être humain n’était assez fort pour en soulever une seule et qu’il aurait fallu beaucoup d’audace pour embar­quer pareilles masses. Ils se demandèrent, éberlués, comment Merlin les avait transportées à l’insu de tous. Merlin leur ordonna de les dresser, car elles seraient plus belles debout que couchées sur le sol.
-Personne, dit Uter, n’en serait capable sauf Dieu et toi-même.
-Allez-vous-en, dit Merlin, je m’en chargerai et j’aurai tenu la promesse faite à Pandragon, j’aurai entrepris pour lui une oeuvre que personne ne pourrait mener à bien.
C’est ainsi que Merlin érigea les pierres d’Irlande qui sont au cimetière de Salisbury et qui y resteront aussi longtemps que durera la chrétienté.

Robert de Boron, Merlin, traduction Alexandre Micha, éd Garnier-Flammarion, 1994

Idylles du Roi – Viviane –

« Idylles du Roi »; Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead. Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

Sophie Busson - La rencontre de Merlin et de Vivianne
Sophie Busson – La rencontre de Merlin et de Vivianne

Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

« Merlin et Vivien ( Viviane) « 

Viviane et Merlin 2
Viviane et Merlin – Gaston Bussiere (French, 1862-1929)

Merlin a succombé, lui aussi. La séduction du vieillard est la page la plus hardie des Idylles. Ce grand sujet n’a été traité jusqu’ici qu’en farce grossière ou en photographie libidineuse. Goethe, avant de jeter Marguerite dans les bras de Faust, rend la jeunesse au docteur. Le chaste Tennyson a osé nous montrer Viviane, en robe collante de satin blanc, assise sur les genoux de Merlin, et plongeant ses bras roses dans la barbe neigeuse de l’enchanteur. Cette fois, Faust a gardé ses quatre-vingts ans, et Méphisto est entré dans le corps de Marguerite.Idylls Of The King merlin et Viviane

Tantôt Viviane est une femme du monde buvant les paroles d’un professeur célèbre, tantôt une fille entretenue caressant « son vieux. » Ne croyez pas que Merlin cède à un vulgaire accès de sensualité. Viviane est son élève, son sujet, son monstre favori. Il la connaît si bien ! Il se croit si sûr de la dominer ! Il éprouve pour elle des alternatives de dégoût et de complaisance ; et c’est au moment où il vient de déchiffrer sa perversité qu’il devient sa victime.

viviane enserre MerlinElle obtient de lui, sans les comprendre, les paroles magiques, et le premier usage qu’elle fait de cette puissance est de transformer en une léthargie éternelle le sommeil dans lequel est tombé le vieillard, après son ivresse passagère. Légère, triomphante, elle s’échappe en murmurant : « L’imbécile ! » Et l’écho du bois répète, après elle : « Imbécile ! » Lorsque l’homme a vaincu la femme, il l’oublie ; lorsque la femme a vaincu l’homme, elle le méprise.

Extrait de la Revue des Deux Mondes tome 71, 1885. Ecrit par
Auguste Filon, sur Lord Tennyson

T.H. White – Le Livre de Merlin, posthume (The Book of Merlyn)

The Book of Merlyn - dessins de Trevor StubleyDans cet ouvrage posthume, le Roi Arthur est un vieil homme fatigué et découragé… Nous sommes à la veille de la dernière bataille du roi Arthur, au cours de laquelle il devra affronter Mordred, son fils incestueux.

C’est alors que Merlin apparaît. Il décide de terminer l’éducation d’Arthur en lui parlant de politique et même de philosophie. Afin de parfaire les connaissances d’Arthur, Merlin n’hésite pas à le transformer en divers animaux.T.H. White wrote The Book of Merlyn as the fifth and final book in his ...

Ce court roman de T.H. White est une sorte de conclusion à la série de  »The Once and Future King », consacrée à la légende arthurienne.

Ce cote n’est pas seulement une histoire qui se voudrait distrayante, il s’agit d’un texte ‘sérieux ‘ , et même sombre … T.H. White utilise The Book of Merlyn pour faire passer certaines de ses idées.

Urchin Illustration par Trevor Stubley, de TH White, «Le Livre de MerlynThe book of Merlyn, se situe pour l’essentiel dans l’antre d’un blaireau philosophe, ami de Merlin et d’un Arthur déprimé par l’évolution du monde. Il s’agit d’une mélancolique réflexion sur les risques et les responsabilités du pouvoir…

Les transformations d’Arthur, en effet, servent à expliquer au vieux roi les différences fondamentales entre les différents animaux et l’homme ainsi que la distinction entre le bien et le mal. Pour Merlin, l’homme est le plus cruel des animaux, tuant pour son plaisir et sacrifiant la vie de ses semblables sans aucun remords ; alors que les animaux ne tuent que pour se nourrir ou se défendre. Tout au long de l’histoire, Merlin semble avoir une bien piètre opinion de l’homme et de sa passion pour la guerre.TH White. Le Livre de Merlyn The night before Arthur's last battle. Illustrations par Trevor Stubley book of merlyn 3

Chez White, Merlin voyage à travers les siècles et il a donc connu de nombreuses guerres. The Book of Merlyn a été rédigé durant la Seconde Guerre mondiale (il fut proposé par White à son éditeur en 1941, mais la maison d’édition a refusé de le publier à cause de la pénurie de papier). Et cela se sent. Merlin semble très pessimiste quant à l’avenir de l’humanité. Un peu comme s’il était le reflet de l’écrivain qui lui a donné vie, lequel craignait ce conflit mondial.Merlin 10

Ainsi, le monde des fourmis et celui des oies (Arthur est changé en fourmi et en oie par Merlin) sont lugubres et inquiétants. La société des fourmis m’a semblé tout particulièrement désespérée. Les fourmis ne pensent plus par elles-mêmes et sont devenues des automates au service d’une cause qu’elles ne comprennent même pas.

The Book of Merlyn explore les recoins sombres de l’humanité. Certains passages du roman sont donc très philosophiques, mais toujours abordables et faciles à comprendre. Car White est aussi un excellent conteur et n’oublie pas le caractère « magique » de son personnage principal, Merlin. Ce dernier fait plus d’une fois preuve d’humour (je me rappelle particulièrement du début de l’histoire, où Merlin avale sa barbe), ce qui allège quelque peu ses réflexions sur l’être humain, qu’il décide de rebaptiser Homo ferox, homme cruel.

The Once And Future King TH White Cover

Tarot – 1 – Le Bateleur, Merlin.

Le Tarot de la Quête du Graal:

– Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs » ( suite )

1-bateleur– 1 – Le Bateleur, Merlin.

Divers instruments sont à la disposition du bateleur : la coupe ( le féminin, l’amour), la baguette ( affirmation de soi) le denier ( les pieds sur terre), le poignard ( prendre ses responsabilités..). Astucieux, le bateleur capte notre attention, et nous montre que nous avons tous les éléments pour atteindre notre objectif.

Merlin, adepte des transformations, est éternellement jeune. Il est le médiateur entre les réalités de ce monde et celles de l’autre…

Merlin_0001Merlin se tient devant une table de pierre sur laquelle est posée une carte du monde dans lequel nous vivons… Les quatre  »Objets Sacrés » : le Graal, l’Épée, la Lance et l’échiquier de Pierre, sont posés devant lui. Au-dessus de lui, un dragon rouge et un dragon blanc sont entrelacés. A sa droite apparaît la tour croulante de Vortigern ; à sa gauche, domine sa demeure de l’Autre-Monde, avec beaucoup de portes et de fenêtres.

Je vous invite à connaître la légende ancienne, dans laquelle Merlin enfant est amené devant Vortigern, merlin dragons 2l’indigne roi de Bretagne, qui essaie – en vain – d’édifier une tour … En fait, deux dragons l’en empêchaient…

A lire, également, l’emprisonnement volontaire de Merlin, pour l’amour de Viviane ( ou Nimüe)…

Merlin est le héraut intérieur de rêves, dispensant les messages de l’Autre-Monde sous une forme symbolique… Il a la maîtrise sur les quatre éléments, mais il ne manipule pas les événements. Sa  »magie » consiste en sa méditation équilibrée des deux mondes, l’intérieur et l’extérieur.

– La Question du Graal : Quelle  »connaissance » peut améliorer votre vie ?

Sources : Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews

Voir ici :

LA LÉGENDE DE MERLIN L’ENCHANTEUR. – 1/3 –

Merlin l’Enchanteur Il était une fois, en Bretagne, une jeune femme qui mit au monde un bébé si velu qu’on n’en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l’assistaient de le porter immédiatement à l’église pour qu’il reçût le baptême. – Quel nom voulez-vous lui donner ? – Celui de son aïeul 

LA LÉGENDE DE MERLIN L’ENCHANTEUR. – 2/3 –

La pierre merveilleuse Seize années s’écoulèrent. Uter Pendragon mourut, deux ans après Ygerne. Comme il n’avait point d’héritier direct, les barons du royaume trouvèrent une solution très simple : demander à Merlin de leur en désigner un. – Attendez le jour de Noël, répondit Merlin. Donc, la veille de Noël, les barons se réunirent à …

LA LÉGENDE DE MERLIN L’ENCHANTEUR. – 3/3 –

Artus et les chevaliers Après avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n’en sortirent que pour s’apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, …

Yvonne Gilbert: illustratrice

Yvonne Gilbert - King Arthur Knighting a Young Soldier Yvonne Gilbert  Merlin and Infant Arthur Yvonne Gilbert - Arthur Pulling Sword from Anvil Yvonne Gilbert - Arthur and Guinevere

Yvonne Gilbert est née à Wallsend, Northumberland, en Angleterre, le 4 Juillet 1951 . Anne Yvonne Gilbert a reçu sa formation artistique à Newcastle-on-Tyne  et au College of Art de Liverpool .

Depuis 1978, elle est une illustratrice indépendante, travaillant pour tous les grands éditeurs britanniques. Depuis plusieurs années, les peintures d’Yvonne Gilbert sont exposées dans des expositions de groupe et one-man-shows… elle donne également des conférences.

En 1985, elle a créé les superbes illustrations reprises en timbres-poste et produites par la Royal Mail représentant des thèmes de Noël et de la mythologie arthurienne.

Anne Yvonne Gilbert Relax CouvSa conception de la couverture controversée de Frankie Goes To Hollywood 1983 single « Relax » est devenue célèbre..

 

Si Anne Yvonne Gilbert a aussi travaillé pour des magasines adultes, elle est surtout connue pour ses illustrations de contes.

Yvonne Gilbert merlin Affiche

Anne Yvonne Gilbert - Merlin Anne Yvonne Gilbert - The Witch Of Endor

 

Yvonne Gilbert deborah

The Wild Swans illustrated by Anne Yvonne Gilbert Yvonne Gilbert kingandqueen

 

Anne Yvonne Gilbert 8 Anne Yvonne Gilbert 9 Anne Yvonne Gilbert 10 Anne Yvonne Gilbert Robin Hood

 

La Légende des chevaliers de la Table Ronde – résumé – 2/9

Merlin 4– Tout commence avec la naissance de Merlin. Fils d’un démon et d’une vierge, à la fois homme des bois et sage possédant tout le savoir du monde, il est un personnage qui fait la transition entre l’ancien monde des druides, de la magie et des croyances ancestrales et la future société féodale, ordonnée, civilisée et régie par les valeurs chrétiennes. Il a un pied dans les deux univers. Merlin sait tout, il voit l’avenir et anticipe les événements futurs. Il sait dès son plus jeune âge qu’il doit aider les rois de Bretagne à accomplir une mission importante : unifier et civiliser le royaume.

A l’âge de sept ans, il se rapproche de l’usurpateur Vortigern qui a chassé du trône l’héritier légitime Uter Pendragon. Merlin fait mine d’aider Vortigern, mais grâce à sa clairvoyance, il prédit sa chute et le retour d’Uter. Cela se produit seulement quelques mois après. Le jeune Uter revient réclamer son trône, entre en guerre contre Vortigern et sort vainqueur lors d’une ultime bataille. Il devient donc roi de Bretagne.

Ile de Tintagel Ruines de Tintagel
Île de Tintagel Ruines du château de Tintagel, où Arthur aurait été conçu 
Arrivée d'Uterpandragon à Tintagel  Conception d'Arthur
Arrivée d’Uter Pandragon à Tintagel – Conception d’Arthur

– Quelques années plus tard, Uter tombe amoureux d’une femme mariée. Elle se nomme Ygerne et est l’épouse du duc Gorlois de Cornouailles. Elle a deux filles : Morgause, qui épousera le roi Lot d’Orcanie, et Morgane, qui deviendra une grande magicienne. En dépit de toute morale, Uter veut à tout prix conquérir Ygerne. Il n’hésite pas pour cela à assiéger le château de Tintagel où vivent Gorlois et sa famille. Merlin condamne l’attitude du roi, mais comme il devine l’avenir, il décide malgré tout de l’aider.

Grâce à un sortilège, il permet à Uter de prendre l’apparence du duc. Sous les traits de son rival, Uter passe la nuit avec Ygerne et engendre un enfant. Ce sera Arthur.

Au cours de cette nuit, non seulement Ygerne n’y vit que du feu, mais par surcroît, son propre mari trouva la mort dans un combat. Uter finit par épouser Ygerne, mais en contrepartie de ces actes condamnables, Merlin exige que le nourrisson lui soit remis dès sa naissance. Sans en révéler l’identité, il le confie ensuite à l’épouse d’un petit seigneur, Antor, qui l’élève comme son fils. Il reçoit ainsi l’éducation d’un chevalier.

Uter n’a pas d’autres enfants avec Ygerne.  A la mort d’Uter, quinze années plus tard, la Grande-Bretagne se retrouve sans héritier légitime…

Arthur EpéeLes barons ne parviennent pas à trouver un moyen pour sortir de cette crise, aussi s’en remettent-ils à l’archevêque de Londres, qui leur recommande, au cours d’une messe plénière, d’attendre un signe de Dieu. C’est Merlin ( il connaît seul l’existence d’Arthur) qui met en œuvre le signe attendu :

C’est à la sortie de l’Eglise, sur le perron on découvre un curieux prodige : une épée profondément fichée dans une enclume, sur le perron de pierre. Sur sa lame, on peut lire l’inscription suivante : seul le roi légitime pourra arracher l’épée. Tous les barons tentent en vain de retirer la lame, jusqu’à ce que survienne un jeune homme de quinze ans, qui demande à passer l’épreuve — et à la stupéfaction générale, Arthur tire l’épée sans effort. Car ce jeune chevalier de quinze ans, c’était lui, venu à Londres avec son père adoptif.

Le Roi Arthur  par Charles Ernest Butler
Le Roi Arthur par Charles Ernest Butler

Arthur reçoit aussitôt le soutien de l’archevêque, mais une partie de la noblesse refuse de reconnaître pour roi cet homme inconnu de tous. Ils s’opposent au couronnement, qui est plusieurs fois repoussé, ce qui laisse aux barons le temps de mettre le jeune Arthur à l’épreuve ; mais tous doivent s’incliner devant sa force et sa sagesse. L’élection d’Arthur est enfin admise — et Merlin peut alors révéler l’origine du futur roi : il est bel est bien le fils d’Uter Pandragon.

Histoire de la légende de Merlin.

Merlin enluminureLes textes anciens ( de Gildas (VIe s.), Bède (VIIIe s.) …), parle d'un enfant prophète, originaire de Camarthen dans le Dyved, il était le fils d'une vierge, fille du roi de Démétie / Dyved et d'un incube (démon masculin). Son nom complet était MERLINUS Ambrosius … c'est à dire MERLIN.

Ce Merlin accompagnera Uther Pendragon, et lui permettra notamment de passer une nuit d'amour avec Ygerne, la femme de Gorlois de Tintagel, dont il est tombé amoureux, et lui faire un enfant : le futur ARTHUR.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn gallois, Merlin se dit Myrddin / Merddin (ce qui se prononce "Meurzinn"). En breton et en cornique il est appelé Merzinn / Morzhin ou Merzhin.

Geoffroy de Monmouth (vers 1148 ou 1151), dans "Vita merlini", identifie Ambrosius Merlinus à un personnage complètement différent à l'origine : un certain Merlinus de Dyved (Myrddin Mereynum) qui était le barde de Gwennolus (Gwendoleu) seigneur de Carwinley dans le nord de la Bretagne. Lorsque Gwendoleu a été tué à la bataille d'Arderyd (Arthuret) vers 533 ou 576 (ou 573 selon les annales de Cambrie), Merlinus est devenu fou et est parti vivre en ermite dans la forêt de Caledonia (Kalydon dans le sud de l'Écosse).

Merlin et Morgane par Frank Schoonover de King Arthur , 1932
Merlin et Morgane par Frank Schoonover de King Arthur , 1932

Il délaissa sa femme Guendoloena (Gwendolyn) mais resta en correspondance avec sa soeur Ganieda (Gwendydd) qui deviendra une prophétesse comme lui. Son élève était le célèbre barde Thelgesinus (Taliesin) qui avait étudié en Bretagne armoricaine à l'ermitage de Gildas et avait même rapporté des nouvelles de la mystérieuse île des pommes (insula pomorum) gouvernée par Morgen (Morgane / Morgain) et ses 8 soeurs.

Selon Robert de Thorigny (au 12ème siècle) il y avait bien deux personnages appelés Merlin :

-Merlinus Ambrosius (= Merlin Ambroise, l'enfant prophète).

-Merlinus sylvester (= Merlin des bois, le fou Llailoken).

Les "Triades de l'Île de Bretagne" (Trioedd Ynys Prydein) rassemblées dans le "Livre Noir de Carmarthen" et le "Livre Rouge de Hergest" parlent aussi de Merlin (aprés 1115).

Ensuite Chrétien de Troyes (1135-1185) passe de l'histoire au Roman en ajoutant de nombreux chevaliers dans ses romans arthuriens. Par compte, il ne parle pratiquement pas de Merlin.

épée sword fond blanc 600

L'Assemblée des démons, conception de Merlin
La conception de Merlin d'après un manuscrit français attribué à Robert de Boron, XIIIe siècle

Robert de Boron écrit ensuite "Joseph d'Arimathie" vers 1160-1170, puis l'"Estoire dou Graal" vers 1186, ou il reparle de Merlin (celui qui est né d'une vierge). C'est lui qui dirige la Table Ronde et envoie les chevaliers chercher le Graal en Avalon. Cette fois le Graal est décrit comme étant le calice de la cène, et seul Galaad, le fils de Lancelot, arrivera à voir ce qu'il y a dedans.

Dans ce livre est introduit le personnage de Blaise qui est le confesseur de la mère de Merlin.

Howard Pyle ~ The Enchanter Merlin ~ The Story of King Arthur and His Knights by Howard Pyle ~ Charles Scribner’s Sons ~ 1903Vers 1190-1215 Robert de Boron écrit le Didot-Perceval ou l'on voit Merlin se retirer du monde avec son maître l'ermite Blaise (Bleidd en gallois et Bleiz en breton = "loup". Ce nom vient probablement du loup gris qui accompagnait Merlin dans sa retraite forestière selon la "Vita Merlinis"). Blaise écrit les textes que lui dicte Merlin.

Vers 1225-1228 est écrit la "Vulgate" qui regroupe l'"Histoire du Graal", "Merlin" et le "Lancelot en prose / Lancelot-Graal" (lui-même subdivisé en "Lancelot du Lac", "La quête du Saint Graal" et "La mort le roi Artu". Ce cycle est parfois considéré comme la traduction en prose d'un original latin du à Gautier Map (1137-1209).

Greg Hildebrandt - Merlin Calendar 1984 - 10Merlin y réapparaît (le fils du diable et d'une vierge). Dans sa prophétie, le combat des deux dragons ne symbolise plus la victoire des anglo-saxons sur les bretons mais celle d'Uther sur Vortigern. On apprend que Uther est né à Bourges et qu'il a combattu le roi Claudas de Bourges. Plus tard, Merlin fait couronner Arthur, crée les chevaliers de la table ronde et les envoie chercher le Graal (assiette dans laquelle Jésus a mangé).

Viviane et merlinFinalement Merlin est enfermé dans une tour d'air par la fée Viviane ( Nymenche ..), la Dame du Lac dont il est amoureux (et qui est la mère adoptive de Lancelot).. Quand à Morgane elle commence à devenir malfaisante envers Arthur et son épouse (qui s'était opposée à son amour avec un chevalier). Après sa mort, Morgane emportera le corps d'Arthur sur l’Île d'Avalon.

Dans la "Suite de Merlin" dans le "Cycle post-Vulgate" (vers 1245) qui développe un des textes de la Vulgate, on apprend que l'épée d'Arthur s'appelait "Escalibor" et qu'elle lui avait été donnée par la Dame du lac. On apprend aussi que Viviane, la Dame du lac, a protégé Arthur contre Morgane qui voulait le faire périr.

En 1270 Richard d’Irlande traduit les "Prophécies de Merlin".

Vers 1469, Sir Thomas Malory écrit "la morte d'Arthus". Il explique que le roi pêcheur qui garde le Graal s'appelle Pellam et qu'il a été blessé par Balin. Ce dernier avait été banni par Arthur pour avoir décapité la première Dame du lac (qui voulait sa tête et celle de l'envoyée de Morgane d'Avalon). On apprend que l'épée Excalibur avait été donnée par cette première Dame du lac à Arthur pour remplacer l'épée Caliburn qu'il avait cassée. Elle lui sera reprise à sa mort par Nimue, la nouvelle Dame du lac, qui emportera son corps à Avalon avec Morgane et les reines du Wasteland et de Northgales. Merlin_(illustration_from_middle_ages)Quand à Merlin il s'est retiré au Northumberland avec son maître et biographe Bleise. Il disparaîtra enfermé sous une pierre par Nimue ( la Dame du lac de Diane dans la forêt de Brosque en Bretagne armoricaine) dont il était amoureux.

Dans le "Huth-Merlin" ( continuation de la Post-Vulgate ) on reparle de Blaise, confesseur de la mère de Merlin, puis ami et biographe de Merlin. On dit aussi que Niviène a enfermé Merlin sous une pierre tombale. On parle aussi de Viviane et des femmes d'Avalon et on reparle de Balin qui a blessé Pellehan le roi pêcheur.

La légende de Merlin l’enchanteur. – 3/3 –

Artus et les chevaliers

Le roi tableAprès avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n’en sortirent que pour s’apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, les regardaient. Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus.
Aussitôt désigné, le roi les vit s’agenouiller devant lui pour lui dire qu’ils désiraient tous recevoir de lui l’ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs.
L’air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d’abord : c’était Gauvain, fils du roi d’Orcanie. Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.

– Je vous octroie la charge de connétable, lui dit-il.

Et il l’investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres. Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa 1’éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d’or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l’accolade. Il adouba de même, c’est-à-dire revêtit d’une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l’un d’eux, Sagremor, neveu de l’Empereur de Constantinople, ne voulut point d’autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe.
Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l’histoire du Graal. Pour finir, il dit, s’adressant à Artus :
– Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d’où il adviendra quantité de merveilles.
– La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j’élirai les chevaliers qui auront droit d’y siéger.

épée sword fond blanc 600

Merlin et Viviane

Merlin et Viviane (la Dame du Lac), peint par Gustave DoréUne seconde fois, Merlin s’en alla rejoindre Viviane, ainsi qu’il le lui avait promis. Vous devez croire qu’il avait grand désir de s’y rendre très vite. Pourtant, il fit un détour au royaume de Bénoïc, en Petite Bretagne, puis au royaume de Gannes, où il conta ce qui s’était passé en Carmélide. Et sachant toutes choses, il demanda aux rois de ces pays de prendre la mer avec des soldats afin d’aider Artus à chasser les Saines du royaume de Logres.
Alors, satisfait de leur réponse, il s’en fut donc en forêt de Brocéliande. Quand Viviane l’aperçut, elle courut à lui, et tous deux éprouvèrent une grande joie à se retrouver.
Sans plus tarder, Viviane voulut connaître de nouveaux jeux.
– Beau Sire, lui dit-elle, dites-moi comment je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps qu’il me plairait…
Elle se garda bien de lui révéler pour qui elle désirait cette science, car elle croyait que Merlin ne la lui aurait pas enseignée. Mais Merlin lisait dans sa pensée. Et il savait qu’elle invoquait une fausse raison quand elle ajouta :
– J’aimerais endormir mon père Dyonas, et ma mère, quand vous viendrez me voir, pour être tout à fait libre.
Merlin refusa. Viviane n’en parut que peu contrariée. Déjà, elle était sûre d’elle-même et de son pouvoir sur Merlin, et, quand arriva le dernier jour, ainsi qu’elle le prévoyait, Merlin céda. Ils se trouvaient alors tous deux dans le verger nommé « Repaire de joie et de liesse », et Merlin lui apprit non seulement ce qu’elle désirait, mais beaucoup d’autres choses encore, par exemple trois mots qu’elle prit par écrit et qui avaient cette vertu de l’empêcher d’appartenir à un homme lorsqu’elle les portait sur elle. Merlin se munissait ainsi contre lui-même, mais il se savait si amoureux de Viviane qu’il lui céderait toujours.
Alors qu’il s’en revenait à Logres, il prit l’aspect d’un vieillard affublé d’un costume démodé, mais pimpant. Or, le jour était extrêmement beau, et Gauvain, dans le dessein d’en profiter, avait demandé son cheval et avait pris le chemin de la forêt.
C’est ainsi qu’il rencontra Merlin monté sur un palefroi blanc. Celui-ci l’aborda et le ramena à la réalité :
– Messire Gauvain, lui dit-il, si tu m’en croyais, tu laisserais là promenade et rêverie, car il vaudrait mieux pour ton honneur faire la guerre aux ennemis de ton roi.
Gauvain éberlué, allait répondre, mais Merlin avait déjà disparu.

épée sword fond blanc 600

La guerre aux Saines

Flint, Sir W. Russell (1880 - 1969) combatC’est qu’en effet l’instant était grave. Les Saines, redoutables guerriers, plus nombreux que les flots de la mer, assiégeaient alors la ville de Clarence.
Or, un jour où le ciel était couleur de plomb, enveloppé de brume, les Saines furent réveillés par une multitude de lances qui, telle des bêtes sauvages, se jetèrent avec fureur sur leurs tentes, abattant les mâts, renversant les pavillons et massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage. L’armée des chevaliers, qui avait pour enseigne la bannière blanche à croix rouge, avançait ainsi inexorablement, chassant les Saines, qui tentaient vainement de se rallier au son de leurs cornes et de leurs buccins.
Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval, le « gringalet », qui pouvait courir dix lieues sans connaître la fatigue. Les rois Artus, Ban et Bohor, et combien d’autres, firent merveille. Merlin jeta des enchantements, si bien que les Saines cédèrent et s’enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux, s’embarquant sur des bateaux pour une destination inconnue.
Alors Artus partagea entre les chevaliers le riche butin laissé par l’ennemi, puis il fit duc de Clarence, Gasselin, l’un de ses chevaliers. Et il y eut cinq jours de grande liesse.

épée sword fond blanc 600
Mariage d’Artus

guinevere and Arthur mariageLe sixième jour, ils partirent pour la Carmélide, où Guenièvre attendait Artus.
Le jour du mariage, il y eut plus de joie que jamais en un jour de fête. La salle fut couverte de joncs, d’herbes vertes et de fleurs qui embaumaient. L’été débutait, et un vent chaud avait lustré le ciel qui débordait de soleil.
Guenièvre apparut aux yeux éblouis de tous, le visage découvert, ses cheveux blonds couronnés d’or et de pierreries, vêtue d’une robe lamée d’or, si longue qu’elle traînait à plus d’une demi-toise. En cortège, les fiancés, les rois et leur cour, les barons du royaume de Carmélide, les nobles et les bourgeois se rendirent à l’église pour la bénédiction nuptiale. Ensuite, tout ce monde fit bombance, après avoir entendu les ménestriers jouer du violon, de la flûte et des chalumeaux, puis les chevaliers se divertirent à l’escrime et autres jeux, et tous dansèrent et prolongèrent ces plaisirs fort tard dans la nuit. Pas un convive n’oublia de sa vie une aussi belle journée.
Une semaine après, les rois Ban et Bohor prenaient congé d’Artus, qu’ils n’avaient pas quitté depuis qu’ils guerroyaient contre les Saines, et regagnèrent leurs terres. Ils partirent en compagnie de Merlin et, ensemble, ils traversèrent la mer pour arriver en Petite Bretagne, où ils furent accueillis avec des transports d’allégresse.
Cependant, Merlin poursuivit son chemin pour aller voir Viviane, dans la forêt de Brocéliande.

épée sword fond blanc 600

Le lac de Diane

Ford, H. J. (1860 - 1941) Merlin et VivianeViviane reçut son ami avec beaucoup de tendresse, si bien qu’il en tomba plus amoureux encore, si la chose se pouvait. Ayant pris la peine de lui expliquer la plupart de ses jeux, c’était elle maintenant qui lisait dans ses yeux et dans sa pensée, de telle façon qu’il n’eût jamais aucun secret pour elle.
Un après-midi qu’ils se promenaient tous deux dans la forêt, Merlin conduisit Viviane au lac de Diane. Il lui fit remarquer une tombe, en marbre, où l’on voyait en lettres d’or ces mots : Ci-gît Faunus, l’ami de Diane.
Puis il lui conta cette histoire : Faunus aimait loyalement Diane, la déesse des bois. Hélas ! celle-ci lui préféra Félix et elle n’hésita point, un jour que Faunus blessé voulut se baigner dans l’eau enchantée qui se trouvait alors à la place même de la tombe, à faire renverser une pierre sur lui, celle-là même qui fermait à présent le tombeau, où gisait écrasé le pauvre Faunus. Alors Félix, indigné par l’acte criminel de Diane, la prit par sa tresse, et lui coupa la tête de son épée.
– Et qu’est donc devenu le manoir que Diane avait fait bâtir ? demanda Viviane, après un grand moment de silence.
– Le père de Faunus le détruisit dès qu’il connut la mort de son fils.
Or, devinez quelle idée vint brusquement à Viviane ? Elle émit le désir d’avoir un manoir aussi beau et aussi riche que celui de Diane.
Et aussitôt, pour lui complaire, Merlin faisait jaillir, à la place du lac, un château, si merveilleux qu’il ne s’en trouvait point de semblable dans toute la Petite Bretagne.
– C’est votre manoir, ma mie, lui dit-il. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre et aux yeux de tous, il n’y a là que de l’eau. Si, par envie ou par traîtrise, quelqu’un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaîtrait pour lui, et il se noierait en y croyant entrer.
– Mon Dieu ! fit Viviane éblouie, jamais on n’entendit parler d’une demeure plus secrète et plus belle.
À la voir si heureuse s’augmenta encore la joie de Merlin, qui lui apprit plusieurs autres enchantements, au point qu’il devint d’une imprudence folle.
– Beau Sire, lui dit-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais savoir. C’est comment je pourrais enserrer un homme sans tours, sans murs, sans fers, de manière qu’il ne pût jamais s’échapper sans mon consentement…
Merlin, qui lisait dans sa pensée, répondit :
– Ma belle amie, de grâce, ne me demandez plus rien. Vous voulez m’enfermer ici pour toujours, et je vous aime si fort qu’il me faudra faire votre volonté.
Viviane lui sourit tendrement :
– Je n’ai sans vous ni joie ni biens, dit-elle, et j’attends tout de vous. Puisque je vous aime autant que vous m’aimez, ne devez-vous pas faire ma volonté et moi la vôtre ?
– La prochaine fois que je viendrai vous voir, je vous enseignerai ce que vous désirez.
Il y avait obligation pour Merlin de retourner, à présent, au royaume de Logres, auprès du roi Artus qui réunissait beaucoup de monde à Carduel, au moment de Noël.

épée sword fond blanc 600

Fondation des Chevaliers de la Table ronde

L'épée et les chevaliers de la table rondeEt il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles.
Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l’histoire du Graal ou l’histoire de ce vase contenant le sang du Christ. Or, d’après la légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.
– Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s’y asseoir ne jouiront d’aucune préséance. À la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l’élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura conquis le Graal.
– Qu’il en soit ainsi ! déclara Artus.
Et aussitôt qu’il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois. Et sur la plupart d’entre eux, on lisait en lettres d’or : Ici doit s’asseoir Un Tel Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n’était inscrit.
Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. On remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l’absence du roi.
Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l’obtenir, et que, si l’un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour.
Tous les Chevaliers de la Table ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu’avait fait pour eux messire Gauvain.
Ensuite, la reine Guenièvre proposa que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers.
Le roi Artus l’approuva. Et à l’unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.

épée sword fond blanc 600

Quête de Merlin

le tombeau de Merlin La Forêt de BrocéliandePour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande.
Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d’autant plus que Merlin leur avait dit qu’il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaître au loin, sur un cheval superbement harnaché.
Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d’amour pour toujours. Mais cela, on l’ignorait à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :
– Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour.
Et tous les chevaliers l’imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins.
Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d’une selle d’ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie, passa auprès d’elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave.
Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoisie. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu’il rencontrerait.
Gauvain s’inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s »arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d’une Damoiselle. Se rappelant la leçon qu’il venait de s’attirer, il s’empressa de la saluer.
À quelque distance, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles. Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu’il n’était plus qu’un nain, dont les pieds n’atteignaient pas les étriers et la tête son écu… Sa peine fut si vive, qu’il se demanda, un moment, s’il n’allait pas en finir avec la vie.
Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d’un chevalier qui n’aurait su faire face à l’épreuve ? Et déjà, s’aidant d’un tronc d’arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment.
Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l’avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l’angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.
Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande, et c’est là qu’il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur… Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d’avancer… Et, soudain, il s’entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.
– Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m’apparaître…
– Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n’adresserai la parole qu’à ma mie, Viviane. Le monde n’a pas de tour si forte que la prison d’air où elle m’a enserré.
Et il raconta comment, alors qu’il dormait, Viviane avait fait un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s’éveilla, il comprit qu’il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté où Viviane le retenait prisonnier. Il dit encore :
– Saluez pour moi le roi, et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et contez-leur mon aventure. Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n’oubliez pas de la saluer, car ce serait folie.
À tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux. Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s’était montré, pour la première fois, plus fol que sage.
Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu’il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l’aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal. Gauvain s’élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu’il les mit en déroute.
En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu’il lui fît d’être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu’il était avant leur première rencontre.
Alors messire Gauvain chevaucha si vite qu’il arrive en même temps que les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour. Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain de raconter l’enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse.
Des clercs mirent ces récits par écrit. Grâce à eux, nous les connaissons aujourd’hui.

*** Bien sûr tous ces textes sont des adaptations modernes, recueillies comme des  » Contes et Légendes de Merlin « , inspirées par les textes anciens ….

La légende de Merlin l’enchanteur. – 2/3 –

La pierre merveilleuse

arthur15 L'épée dans l'enclumeSeize années s'écoulèrent. Uter Pendragon mourut, deux ans après Ygerne. Comme il n'avait point d'héritier direct, les barons du royaume trouvèrent une solution très simple : demander à Merlin de leur en désigner un.
– Attendez le jour de Noël, répondit Merlin.
Donc, la veille de Noël, les barons se réunirent à Londres et parmi eux se trouvait Antor avec Keu et Artus, ses deux enfants dont il ne savait à présent lequel il préférait.
En procession, ils allèrent tous à la messe de minuit, puis, selon la coutume, à la messe du jour. Quand ils sortirent de l'église, ils entendirent des cris, tout un brouhaha et ils demandèrent ce qui se passait d'extraordinaire.
On leur montra une grosse pierre au milieu de la place, venue on ne sait d'où, qui ne ressemblait à rien, avec à son sommet une enclume de fer dans laquelle une épée se trouvait fichée jusqu'à la garde. Vous pensez si les langues allaient bon train. Chacun cherchait une explication à ce phénomène.
Comment Arthur retire l'épée
– Cela vient du ciel, disaient les uns.
– Du ciel ou de l'enfer, répliquaient les autres.
– D'où qu'elle soit, il nous faut bénir cette pierre, dit l'évêque.
Tout en s'apprêtant à accomplir ce geste pieux, il se baissa et fronça les sourcils : ce qu'il venait de découvrir le laissa quelques secondes sans voix. Puis il lut clairement, de telle façon qu'ils fussent entendus de tous, ces mots inscrits en lettres d'or sur la pierre :
Celui qui ôtera cette épée sera le roi.
Il y eut alors une véritable bousculade. Tous les barons, puissants et hauts seigneurs, se précipitèrent pour lire à leur tour ces mots magiques et certains voulurent tirer au sort pour décider qui en ferait les premiers l'essai. Une querelle s'ensuivit et l'on entendait déjà le cliquetis des armes, quand l'évêque intervint en choisissant lui-même deux cent cinquante chevaliers pour tenter l'aventure.
Or, pas un, malgré beaucoup de force, d'adresse et de bonne volonté, non, pas un ne parvint à faire bouger l'épée.
Qui en fut amusé ? Keu et Artus, ces deux grands adolescents de seize ans qui observaient la scène d'un oeil critique. Estimant qu'eux aussi avaient droit à cette étrange « course à l'épée », la prenant comme un jeu, ils s'approchèrent de la pierre fabuleuse. Artus dit :
– Voyons si je pourrai…
Mais avant qu'il eût achevé sa phrase, il tirait 1'épée par la poignée et la montrait à Keu et à Antor médusés.
– Beau fils, est-ce toi qui serais désigné… ? murmurait Antor.
Déjà des barons accouraient, déjà des protestations véhémentes s'élevaient. Avait-on jamais vu un homme de naissance obscure devenir roi de Bretagne ?
Il fallut, une fois encore, l'intervention de l'évêque pour calmer les esprits.
– Or ça, Messieurs, que diriez-vous de la Chandeleur pour recommencer l'expérience ? fit le prélat.

Galaad retire l'épée du bloc de marbre vermeilLa proposition fut adoptée, et, avec quelle impatience, tous attendirent la Chandeleur. Quand ils purent de nouveau tenter leur chance, il n'y en eut aucun qui ne montra joyeux visage.
Seul Artus tira, avec autant de facilité que si elle avait été enfoncée dans une motte de beurre, la fameuse épée…
Pouvait-on imaginer, dès lors, qu'il n'était pas l'élu de Dieu ?
Artus fut donc sacré roi de Bretagne et la pierre merveilleuse disparut.
Cependant, à cette lointaine époque comme aujourd'hui, l'unanimité n'était pas facile à faire. Et des esprits chagrins contestèrent la légitimité du roi Artus. Voilà pourquoi onze des plus puissants barons s'assemblèrent bientôt ; ils décidèrent alors de lui déclarer la guerre.
Déterminés à vaincre ou à mourir, ils firent le siège du château de Kerléon où Artus s'était enfermé. Ils allaient lancer un dernier assaut contre la forteresse, quand Merlin intervint, les regardant de travers comme quelqu'un qui est très mécontent.
Du haut d'une tour, il leur expliqua qu'Artus n'était pas le fils d'Antor, ni le frère de Keu, mais qu'il appartenait, par sa naissance, à un rang beaucoup plus élevé qu'aucun d'entre eux… Et pour confirmer ce qu'il avançait, il leur conta l'histoire d'Uter Pendragon et d'Ygerne.
Allez donc convaincre des barons bretons ! Ceux-ci s'entêtèrent à déclarer qu'ils ne voulaient pas d'Artus pour roi, car c'était un bâtard.
Merlin, qui les voyait réunissant déjà leurs bannières pour reprendre le combat, fit alors un grand geste, jetant ainsi un enchantement. Instantanément, toutes les tentes des barons rebelles se mirent à flamber. L'incendie crépitait pendant que dans une terrible mêlée, les gens d'Artus et les gens des barons luttaient et s'entretuaient. Artus eut sa lance rompue. Et quoiqu'il fût assez mal en point, il tira aussitôt son épée, celle qu'il avait arrachée à la pierre merveilleuse. Elle portait un nom : Escalibor, ce qui signifie en hébreu « tranche fer et acier », et elle jetait autant de clarté que deux gros cierges allumés. Tout ragaillardi, Artus s'élança de nouveau dans le combat et tailla en pièces l'armée des rebelles, aidé de Keu devenu son sénéchal, d'Antor, et de beaucoup d'autres de ses fidèles, si bien qu'à la fin de la journée, les barons avaient fui, si honteux que plus ne se peut, laissant armes et vaisselles d'or et d'argent sur le terrain.

épée sword fond blanc 600
 

Départ pour la Carmélide

Quand le roi Artus constata les grands pouvoirs de Merlin, songeant qu'il ne pouvait se passer d'un aussi précieux concours, il l'invita à venir vivre à la cour, laquelle se tenait alors à Londres.
Merlin lui conseilla de faire don, en quantité, de vêtements, d'argent et de chevaux, et d'armer nombre de nouveaux chevaliers. Artus se rendit à cet avis et ainsi se gagna les coeurs. Tous acquirent alors la conviction qu'ils ne pouvaient vivre ailleurs.

Combat de Lancelot et de Tristan lancelot du Lac vers 1470
Un jour, Merlin, qui connaissait l'avenir, dit a Artus :
– Sire, le moment est venu de vous engager comme simple chevalier au service du roi Léodagan de Carmélide. Vous en tirerez grand avantage.
Il se garda bien d'en dire plus, bien que le roi poussât de grands cris. Quoi ! Laisser sa terre pour prêter main-forte au vieillard qu'était Léodagan, lequel avait maille à partir avec de redoutables voisins… Merlin n'y pensait pas. Or, Merlin s'obstina.
– Partez, Sire, sans tant vous inquiéter, et vous verrez ce qui arrivera. Cependant…
Il s'interrompit, se lissa la barbe, et lorsque Artus lui eut demandé de poursuivre, il dit :
– Cependant, emmenez donc avec vous le roi Ban de Bénoïc et le roi Bohor de Gannes, qui sont du reste en route, à cette heure, pour vous rendre hommage. Ces deux frères, rois de Petite Bretagne, ont toutes les qualités de chevaliers.
Combat de Gauvain et d'un chevalier
Artus fut sage et vit bien que son intérêt était de faire ce que lui conseillait Merlin. Aussi se réjouit-il de la visite des deux rois et il annonça qu'il allait immédiatement donner des ordres pour qu'il y eût en leur honneur fêtes et tournois.
Merlin, cependant, soupira.
– Eh bien, dit Artus, ne dois-je point faire tendre de soieries et de tapisseries, et joncher d'herbe et de fleurs les rues de Londres ?
– Certes, répondit Merlin. Il vous sied de recevoir magnifiquement. Et je gage qu'il ne manquera à votre accueil qu'une reine…
Artus ne dit mot, se demandant vaguement pourquoi Merlin regrettait aujourd'hui l'absence d'une reine, et s'il était vraiment urgent d'en donner une au royaume de Bretagne.
Quelques semaines plus tard, quarante preux, parmi lesquels se trouvaient Artus, Ban de Bénoïc et Bohor de Gannes, parvenaient en Carmélide et se présentaient, en se tenant par la main, au roi Léodagan, qu'ils saluèrent l'un après l'autre.
Le roi Ban, qui était le plus éloquent et le plus bavard de tous, dit à Léodagan que ses compagnons et lui-même lui offraient leur service, mais à une condition.
– Messire, fit Léodagan intrigué, quelle est cette condition ?
Alors Ban lui demanda de promettre de ne jamais chercher à savoir leurs noms véritables. Comme c'était là coutume assez courante, Léodagan s'inclina.
Bientôt, les guetteurs donnaient le signal, apercevant au loin les premiers coureurs ennemis et la fumée des incendies. Il y eut grand branle-bas de combat. Artus et ses compagnons s'assemblèrent sous la bannière de Merlin, où un petit dragon à longue queue et une tortue semblaient lancer des flammes.

The CombatLa bataille fut violente, les assaillants paraissant décidés à tout mettre en oeuvre pour obtenir la victoire : et les lances se heurtèrent et les épées frappèrent les heaumes et les écus, dans un tel tintamarre que le tonnerre n'eût pu se faire entendre.
Or, il advint que les gens de Léodagan furent, un moment, en mauvaise position, enfoncés par les gens du redoutable roi Claudias de la Déserte. Léodagan fut même renversé de son cheval et pris par ses ennemis. Merlin le sut dans le même instant.
– À moi, francs Chevaliers ! s'écria-t-il en apparaissant sur le champ de bataille et en levant son enseigne flamboyante.
Artus et ses compagnons, qui luttaient avec rage, arrivèrent aussitôt au grand galop.
– On verra qui preux sera ! cria encore Merlin.
Puis il donna un coup de sifflet, et un vent impétueux se leva qui fit tourbillonner un immense nuage de poussière derrière lequel nos quarante compagnons, lâchant le frein et piquant des deux, coururent sus aux ennemis aveuglés. Ceux-ci abandonnèrent le roi Léodagan sur le champ de bataille, et, têtes baissées, sous une grêle de traits, s'enfuirent à toutes jambes.
Les gens de Léodagan s'empressèrent alors de lui donner un cheval et de nouvelles armes, puis tous repartirent à bride abattue derrière leur porte-enseigne. À ce moment, le dragon de l'enseigne de Merlin se mit à vomir des brandons enflammés, si bien que tout s'embrasa et que les derniers résistants lâchèrent pied.
Seul un géant, le duc Frolle, eut encore le courage de prendre à deux mains sa masse de cuivre, si lourde que peu d'hommes eussent pu la soulever, et se mit à en asséner des coups autour de lui. Artus s'élança à sa poursuite, son épée Escalibor à la main. Frolle tira la sienne ; elle avait nom Marmiadoise. Dès qu'elle jaillit hors du fourreau, si grande était la clarté qu'elle répandait, que le champ de bataille en fut illuminé et qu'Artus fit un pas en arrière.
Combat chevaliers
– Sire chevalier, dit alors le géant, je ne sais qui tu es, mais pour ta bravoure, je te ferai grâce. Rentre ton arme et je te laisserai aller.
À ces mots, le roi Artus sentit le rouge de la honte lui monter au visage.
– C'est à toi de mettre bas cette épée, dit-il, et sache que le fils d'Uter Pendragon ne recule pas devant la mort.
– Serais-tu donc le roi Artus ?
Et aussitôt le géant se jeta sur lui, mais Artus sut adroitement 1'éviter et se défendit grâce à Escalibor ; il lui en donna un si grand coup sur le bras que Frolle laissa choir son épée. Étourdi, il fut emporté par son cheval dans la forêt immense. Quand la nuit s'installa, le calme régnait.
Les rois Ban et Bohor demandèrent à Artus s'il n'avait point trop de mal.
– J'ai réussi au-delà de toute espérance, dit-il. C'est ainsi qu'en plus de mon épée Escalibor, qui a fait merveille, j'ai pu ramasser Marmiadoise, 1'épée du géant Frolle, qui étincelle comme un diamant dans l'ombre.


épée sword fond blanc 600

Guenièvre de Carmélide

guenièvre pylDéjà les tables étaient mises pour le repas quand arrivèrent au palais de Léodagan nos trois rois et Merlin. Léodagan, les attendant, s'était appuyé à une fenêtre. Et dès qu'il les vit venir, il alla à leur devant et leur fit fête. On leur prit leurs chevaux, on les désarma, et on les conduisit par la main dans une salle richement ornée où une demoiselle d'une grande beauté leur présenta l'eau chaude dans un bassin d'argent. C'était la fille de Léodagan, Guenièvre, et on ne pouvait alors trouver plus belle personne en Bretagne. De sa main, elle leur lava le visage et le cou, qu'ils avaient couverts de poussière du champ de bataille, et elle leur passa à chacun un fort élégant manteau.
La reine Guenièvre par William MorrisDès l'instant où Artus en fut revêtu, il plut à Guenièvre, qui ne fut pas longue à comprendre que lui aussi l'observait à la dérobée, avec un intérêt mêlé d'admiration. Ses grands yeux bleus pétillèrent alors de gaieté, ce qui la rendit encore plus attrayante, si la chose se pouvait.
Léodagan conduisit ses hôtes à table, et il remarqua qu'Artus prenait place entre Bohor et Ban. Ignorant, d'après leurs conventions, qui ils étaient, il supposa qu'Artus était le seigneur des deux autres. « Plût à Dieu qu'il épousât ma fille, c'est un parfait chevalier et un homme de haut rang », songea-t-il.

Ruth Sanderson (1951) Arthur et GuenièvreCependant, Guenièvre offrait le vin à Artus dans la coupe du roi, agenouillée devant lui, et il la trouva si belle qu'il en oubliait de boire et de manger. Il se tourna légèrement pour que ses voisins ne vissent point son émoi, mais Guenièvre, elle, s'en aperçut très bien.
– Messire, buvez, lui dit-elle, et ne m'en veuillez pas si je ne vous appelle point par votre nom, car je l'ignore. Ne soyez pas distrait à table, ne l'étant point aux armes, comme nous avons pu le constater aujourd'hui.
Alors, il prit la coupe et but.

Fiancailles d'Arthur et GuenièvreLes nappes ôtées, Ban vint s'asseoir à côté de Léodagan. Et lui qui aimait tant discourir, il lui fit maints compliments de Guenièvre.
– Sire, lui dit-il encore, il arrive un moment où il nous faut songer à l'avenir. Or, vous n'avez pas d'autre enfant qui puisse hériter de vos terres. N'est-ce point imprudent de ne pas la marier ?
– Il y a sept ans que le roi Claudius de la Déserte me fait la guerre, répondit Leodagan en soupirant. Et je n'ai pas trouvé le temps de penser à ma fille. Mais s'il se présentait quelque gentilhomme qui puisse me défendre, je la lui donnerais volontiers et il aura ma terre après moi, je ne regarderai ni au lignage ni au rang.
En entendant ces propos, une lueur de malice passa dans les yeux de Merlin, qui émit un petit grognement amusé. Puis, ayant accompli sa mission, il partit.

épée sword fond blanc 600
 

Viviane

En ce temps-là, il y avait au coeur de l'Armorique une vaste forêt qui allait de FBrickdale, Eleanor Fortescue Enid, Guinevere, et Vivianeougères à Quentin, de Corlay à Camors, et de Faouët à Redon. C'était la forêt de Brocéliande. Le vent y jouait constamment et les arbres s'inclinaient en des révérences sans fin, sur une étendue qui mesurait bien trente lieues de longueur et vingt de largeur.
À travers cette forêt erraient des créatures extraordinaires comme fées et sylphes. Il y avait Dyonas, qui était filleul de Diane, la déesse des bois, et dont la fille, Viviane, rôdait jour et nuit parmi les arbres et s'amusait avec les papillons.
Un jour qu'elle se trouvait assise près d'une source où les korrigans et les fées venaient habituellement se mirer, elle vit passer un très beau jeune homme, haut de taille et brun de cheveux, qui allait à pas de promenade, fredonnant pour lui-même. Arrivé près d'elle, il s'arrêta, s'appuyant sur une branche, et la salua, mais sans ajouter un mot de plus.

Brickdale, Eleanor Fortescue VivianeC'était Merlin, qui sentait battre si fort son coeur devant la grande beauté de cette jeune fille, qu'il redoutait de perdre sa liberté d'esprit. Eh ! oui, Merlin savait qu'il venait de rencontrer Viviane, il savait qu'il était désigné pour l'aimer et être aimé d'elle, et qu'il lui serait soumis entièrement dès qu'ils se seraient entretenus tous deux.
Or, Viviane, comme toute femme, était curieuse, et elle lui demanda :
– Qui êtes-vous, beau Sire ?
– Je suis un valet errant qui cherche le maître qui m'apprenne mon métier.
– Peut-on savoir quel métier ?
Merlin s'assit au bord de la source, prenant place près de Viviane et répondit :
– Par exemple, à soulever un château fort, fût-il assiégé par des soldats. Ou bien à marcher sur un étang sans se mouiller les pieds, ou bien encore à faire naître une rivière et beaucoup d'autres choses…

Brickdale, Eleanor Fortescue Viviane et MerlinViviane battit des mains :
– Quel beau métier ! Ah ! je voudrais vous voir à l'oeuvre. Je serais alors votre amie, en tout bien tout honneur, ajouta-t-elle, coquette.
À ces mots s"augmenta 1'émoi de Merlin, qui accepta de lui montrer une partie de ses jeux et de ses talents. Il y mit pourtant une condition :
– Que j'aie votre amour, sans vous demander plus.
Viviane jura qu'elle y consentait. Alors, avec la branche sur laquelle il s'appuyait, Merlin traça un cercle sur le sol. Ce geste étonna Viviane ; elle promenait ses yeux autour d'elle et ne voyait rien d'extraordinaire, mais, quelques secondes plus tard, surgirent de belles dames et de beaux messieurs qui faisaient une grande ronde et chantaient joyeusement. Certains se mirent à danser sous les arbres soudainement chargés de fruits, tandis qu'au loin se profilait un château devant lequel s'étendait une pelouse avec de grands parterres de fleurs. On eût dit que Merlin avait fait naître le paradis.

Cannell, W. Otway (1883 - 1969) Merlin et VivianeFascinée, Viviane observait lentement toutes choses, s'arrêtant devant les danseurs, tentant de fredonner leurs refrains.
– Que vous en semble ? dit Merlin. Etes-vous toujours preste à tenir votre serment ?
– Certes, Messire, et de coeur je vous appartiens. Mais vous ne m'avez encore rien appris…
– Je le ferai un jour, c'est promis.
Dès que la lune brilla, les belles dames et leurs cavaliers disparurent, ainsi que le château, seul demeura le verger, à la prière de Viviane, qui le nomma « Repaire de joie et de liesse ».
– Maintenant, dit Merlin, je dois partir.
– Êtes-vous donc si pressé de me quitter ? Et sans m'avoir rien enseigné encore…
– Il faut du temps, gentille Damoiselle…
Mais Viviane voulait connaître tout de suite le secret de Merlin : elle était prête à demeurer là toute la nuit et même à consentir à tout ce que Merlin exigerait, quand elle saurait comment on accomplissait de tels prodiges.
Alors Merlin lui expliqua la manière de faire couler une rivière où il lui plairait. Viviane contemplait cette eau merveilleuse avec extase, après avoir écrit la recette sur un parchemin. À peine s'aperçut-elle que Merlin la saluait en lui promettant de revenir bientôt.


épée sword fond blanc 600

Fiançailles d'Artus

Merlin s'en retourna en Carmélide, où le roi Léodagan l'accueillit avec joie. Mais il se demandait toujours qui pouvaient bien être ceux qui l'avaient si courageusement aidé à vaincre ses ennemis. John Byam Shaw le mariage d'Arthur et GuenièvreLe seul moyen de faire taire sa légitime curiosité était, lui semblait-il, de poser la question à Merlin. Ce qu'il fit un beau jour.
– Sire, répondit Merlin, en désignant Artus, sachez que ce jeune homme est de plus haut rang que vous-même, qui êtes un roi couronné. Nous allons de par le monde pour le mieux connaître et en espérant trouver une épouse digne de ce jeune homme…

Arthur et Guenièvre dans des temps plus heureux, de la British Library, MS royale 14.E.iii, 89rVous vous doutez bien que Léodagan songea immédiatement à lui offrir sa fille, la plus belle et la plus sage qui fût… Comme Merlin l'assurait qu'elle serait acceptée de bon coeur, il la fit quérir à l'instant même.
Arthur-and-Guenievre-THE-LEGEND-arthur-and-gwen-20639571-1024-703Quand Guenièvre fut là, il manda tous les chevaliers qui étaient au palais et dit, en mettant la main de la jeune fille dans celle d'Artus :
– Messire, dont j'ignore encore le nom, recevez ma fille pour femme avec tout ce qu'elle aura d'honneurs et de biens après ma mort.
Artus, radieux, s'inclina.

the_wedding_of_arthur_and_guenievre_by_pegasusandcoMerlin révéla alors le nom des quarante preux, tous fïls de roi et de reine, qui avaient accompagné Artus, roi de Bretagne, celui-là même qui venait de se fiancer. À cette nouvelle, la joie de Léodagan et des assistants fut immense, et tous firent hommage au roi Artus.
Cependant, quelques jours après, Artus annonça qu'il se voyait dans l'obligation de s'éloigner quelque temps, car il lui restait encore des ennemis à vaincre.
Alors, Guenièvre lui donna un heaume pour se couvrir la tête, et il partit à cheval, suivi de ses quarante compagnons.

La légende de Merlin l’enchanteur. – 1/3 –

Merlin l’Enchanteur

Il était une fois, en Bretagne, une jeune femme qui mit au monde un bébé si velu qu’on n’en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l’assistaient de le porter immédiatement à l’église pour qu’il reçût le baptême.

– Quel nom voulez-vous lui donner ?
– Celui de son aïeul maternel, répondit la jeune femme.

La naissance et le baptême de Merlin ( par Blaise, pour le ramener à Dieu)

Parchemin, 435 x 315 mm. 1480-1485

Les seize premières miniatures ont été peintes en camaïeu par un artiste du Centre-Ouest de la France, le Maître de Charles de France. L’enluminure du folio 7 représente en une seule image plusieurs épisodes consécutifs à la naissance de Merlin : à gauche la naissance de Merlin, couvert de poils ; à droite son baptême, qui contrevient au projet du Diable de lutter grâce à lui contre l’action salvatrice de Jésus-Christ ; au centre le jugement de sa mère, tandis qu’on prépare déjà le bûcher pour son supplice.

C’est ainsi que le bébé fut appelé Merlin. Or, Merlin avait pour père un diable, ce que sa maman n’osait avouer. Tout en le berçant dans ses bras, elle l’embrassait malgré sa laideur et lui dit un jour :

– Parce que je ne peux désigner ton père, mon bébé chéri, tu seras appelé : « enfant sans père » et moi, selon la loi, je vais être condamnée et mise à mort. Pourtant, je ne l’ai pas mérité…

– Tu ne mourras certainement pas à cause de ma naissance. Merlin avait alors tout juste neuf mois. La stupéfaction de sa mère en l’entendant parler fut si grande qu’elle le laissa choir. Aussitôt, l’enfant se mit à hurler, ameutant tous les voisins qui voulurent connaître la cause de ce vacarme. La mère de Merlin aurait-elle voulu par hasard le tuer ?

– Figurez-vous que Merlin parle comme une grande personne, expliquait-elle à tous ceux qui l’interrogeaient. Comme Merlin gardait la bouche close, à présent, cela rendait la chose encore plus extraordinaire et plus mystérieuse. À la fin, certaines personnes, espérant l’entendre, le rudoyèrent.

– Ah ! dirent-elles, il eût mieux valu pour ta mère que tu ne fusses jamais né.

– Taisez-vous ! cria aussitôt le nourrisson, rouge de colère. Laissez ma mère en paix. Nul ne sera assez hardi, tant que je vivrai, pour lui faire du mal ou justice, hors Dieu. Si jamais gens connurent l’ébahissement, ce fut bien ceux qui entendirent ces mots. Et tous, sans exception, s’empressèrent de colporter la nouvelle à travers le village, tant et si bien, qu’elle parvint aux oreilles du juge. Or le juge se dit : « Peut-être ferais-je bien de me débarrasser de cette affaire que j’avais oubliée et de convoquer cette mère que je dois condamner à être brûlée vive. » Au demeurant, le juge ne croyait en rien tout ce qui se racontait. Aux questions gênantes qu’il lui posa, la mère ne put que baisser la tête jusqu’à ce que Merlin, qu’elle tenait dans ses bras, éternuât bruyamment et s’écriât :

merlin poilu naissance

– Ce n’est pas de si tôt que vous la condamnerez, monsieur le Juge…

– Ah ! fit le magistrat qui n’en croyait pas ses oreilles. Et tu vas me dire pourquoi, j’espère…

– Certainement, répondit Merlin imperturbable, car si l’on condamnait toutes les personnes qui ne peuvent avouer le nom du père de leur enfant, il y aurait ici quantité de gens qui seraient brûlés. Je le ferais bien voir, si je voulais. Et, ajouta le poupon belliqueux, je connais mieux mon père que vous le vôtre, monsieur le Juge, ne vous en déplaise… À ces mots, le magistrat, le rouge au front, se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »

– Qui donc est ton père ? dit-il enfin de sa voix la plus douce.

– Un de ces diables qui ont nom incubes et qui habitent l’air. De lui, j’ai la science infuse et celle des choses faites, dites, et passées. Je connais également celles qui doivent arriver…

– Les choses faites, dites et passées… répéta le juge en tremblant. Et comme il ne devait pas avoir la conscience bien tranquille, il décida de laisser la mère de Merlin en liberté. Celui-ci vécut heureux et choyé auprès d’elle jusqu’à l’âge de sept ans.

frise article 2

La tour croulante

Uther-Pendragon,-Aethelbert-_Arthur-Oswald-Paris-Epitome-Chronicles
Manuscrit enluminé ( XIIIe) montrant Uther Pendragon , Æthelbert [ homonymie nécessaire ] , le roi Arthur et Oswald de Northumbrie , de Epitome des Chroniques de Matthieu Paris

Il y avait alors en Bretagne un roi qui se nommait Constant. Il mourut bientôt en laissant deux enfants en bas âge : Moine et Uter Pendragon.
Or, le sénéchal du royaume, un certain Voltiger, homme féroce, plein d’ambition, et qui briguait le trône, donna l’ordre de tuer les enfants.
Uter Pendragon eut la chance d’échapper à cet ordre en partant clandestinement, avec de fidèles amis, pour une ville étrangère. Et Voltiger, se croyant sûr de pouvoir agir à sa guise, ne tarda guère à se faire couronner roi de Bretagne.
Mais il n’était pas digne d’une aussi haute charge. Il n’aimait que les honneurs et point du tout ses sujets. Et ses sujets le savaient bien, qui haïssaient ses petits yeux au regard méchant, et sa bouche large et mince qui ne s’ouvrait que pour blâmer et punir.
Voltiger, en dépit de cette impopularité qu’il sentait grandir autour de lui, était décidé à demeurer roi coûte que coûte. Aussi voulut-il, pour se protéger, faire bâtir aux portes de la ville une tour si haute et si forte qu’elle ne pût jamais être prise. Les maçons se mirent donc à l’oeuvre, mais à peine la tour commençait-elle de s’élever de trois ou quatre toises au-dessus du sol, qu’elle s’écroula. Voltiger convoqua ses maîtres maçons et contenant à peine son mécontentement, il leur commanda d’employer la meilleure chaux et le meilleur ciment qu’ils pourraient trouver. Et gare à eux si le travail ne s’accomplissait pas correctement ! Ainsi firent-ils, vous le pensez bien.
Hélas ! quand elle fut presque achevée, une seconde fois, la tour s’écroula. Puis une troisième, et une quatrième. Si bien que les châtiments tombaient drus sur les maçons et que le roi enrageait de plus en plus. Finalement, dans la crainte de ne jamais voir sa tour édifiée, Voltiger s’avisa qu’il valait mieux s’adresser aux mages et aux astronomes qu’aux maçons. Après onze jours de graves discussions, ceux-ci persuadèrent le roi que la tour ne tiendrait jamais si l’on ne mélangeait au mortier le sang d’un enfant de sept ans, né sans père.
– Que douze messagers partent immédiatement à travers la Bretagne et ramènent un enfant qui réponde à ces conditions, ordonna Voltiger.
Un beau matin, l’un de ces messagers rencontra sur sa route des jeunes garçons en train de s’amuser. Parmi eux se trouvait Merlin. Et Merlin, qui connaissait toutes choses, s’avança vers lui et dit :
– Je suis celui que tu cherches, Messager. Enfant sans père dont tu dois rapporter le sang a ton roi.
– Qui t’a dit cela ? demanda le messager interloqué.
Ce garçon ne ressemblait pas tout à fait aux autres garçons. Il n’avait pas le regard rieur et naïf des jeunes enfants.
– Si tu me certifies que tu ne me feras aucun mal, j’irai avec toi et je t’expliquerai pourquoi la tour ne tient pas, poursuivait Merlin. Mais je pourrais d’abord te montrer que je sais bien d’autres choses, ajouta-t-il négligemment.
– Vraiment ? dit le messager. Allons Parle…
Et il regardait Merlin avec une méfiance non déguisée.
– Eh bien, il s’agit d’une tour que le roi Voltiger voudrait bâtir, mais la tour s’écroule toujours. Alors il a réuni des mages…
Du geste, le messager l’interrompit. Il se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »
– Viens avec moi, ordonna-t-il à Merlin. Et, saisissant le bras de l’enfant, il ajouta plus doucement : n’aie pas peur.

Merlin, lisant dans sa pensée, accepta volontiers de le suivre. Auparavant, il alla embrasser sa mère qu’il rassura pleinement.
Tout au long du chemin, le messager acquit la conviction que Merlin était l’être le plus prodigieux qui eût jamais foulé le sol breton et qu’il se devait, en conséquence, de le maintenir en vie. Seulement, quand il arriva à quelques kilomètres du palais, il se demanda comment il s’y prendrait avec Voltiger. Merlin aurait-il une idée ?

Merlin-Vortigern-web
Merlin et Vortigern

– Dis au roi la vérité, répondit Merlin. Donne-lui l’assurance que je lui expliquerai pourquoi il ne parvient pas à bâtir sa tour.
Ainsi fit le messager, si bien que le roi, intrigué au plus haut point, manda Merlin, lequel prononça alors ces mots :
– Sous les fondations de la tour, habitent deux dragons. L’un est rouge et l’autre est blanc. Quand le poids de la tour devient trop pesant pour eux, ils éprouvent le besoin de se retourner. C’est à ce moment que les murs s’écroulent.
– Dans ce cas, il ne reste qu’une chose à faire, dit le roi, creuser le sol.
Et aussitôt des ouvriers se mirent au travail. Dès qu’ils atteignirent la base des fondations, ils trouvèrent deux énormes dalles qu’ils soulevèrent. Merlin avait raison : deux dragons en sortirent qui se jetèrent sauvagement l’un contre l’autre.
Stupéfaits, intrigués, Voltiger, sa cour et tous les ouvriers suivirent la bataille, qui dura deux jours. Le dragon rouge parut d’abord avoir le dessus, mais le blanc, plus agile parce que plus jeune, finit par le tuer. Cependant, son triomphe fut bref, car il se coucha et mourut à son tour.
S’adressant à Voltiger, Merlin lui dit :
– Maintenant, tu peux faire édifier une tour.
Voltiger hocha la tête. Après un temps de réflexion, il demanda :
– Saurais-tu me dire ce que signifie la bataille des deux dragons ?
Merlin sourit :
– Promets-moi d’abord de ne point me malmener pour t’avoir dit la vérité.
– Je te le promets.
– Alors, écoute bien : le dragon rouge, c’est toi, Voltiger, le dragon blanc, c’est Uter Pendragon. Dans quelques jours, vous entrerez en lutte : toi pour garder, lui pour reconquérir son royaume usurpé. Et le dragon blanc sera vainqueur du dragon rouge.
À ces mots, le roi pâlit. Uter Pendragon était-il donc encore un vivant avec lequel il fallait compter ? Le coeur lourd d’angoisse, il décida par prudence d’envoyer une armée à Wenchester. Pouvait-il se douter que lorsque ses gens verraient luire au soleil les bannières d’Uter Pendragon sur le bateau qui l’amenait de Petite Bretagne au-devant de cette armée menaçante, ils le reconnaîtraient aussitôt pour leur roi légitime ? C’est ce qui arriva pourtant et Voltiger, abandonné de ses soldats et de ses amis, n’eut que le temps de s’enfuir dans un de ses châteaux forts.
Il y demeura quelques jours en proie à la peur, puis, ainsi que l’avait prédit Merlin, il mourut pendant l’assaut qu’Uter Pendragon donna à la forteresse.

frise article 2

Jeux de Merlin

Howard Pyle ~ L'Enchanteur Merlin ~ L'histoire du roi Arthur et ses chevaliers par les Fils de Howard Pyle ~ Charles Scribner ~ ~ 190Il advint qu’Uter Pendragon, devenu roi de Grande-Bretagne entendit parler de l’extraordinaire Merlin, qui non seulement connaissait toutes choses, mais possédait encore de singuliers pouvoirs.
Le roi décida donc de le faire vivre à sa cour, et envoya des messagers à sa recherche, sachant qu’il se cachait dans la forêt de Northumberland.
Un jour que l’un de ces messagers parcourait cette forêt épaisse et toute bruissante du murmure des feuilles, il aperçut, vêtu d’un bliaud élimé, les cheveux hirsutes, la barbe longue, et portant sur 1’épaule la cognée des bûcherons, un homme très maigre qui l’aborda en ces termes :
– Beau Sire, vous ne faites guère, me semble-t-il, la besogne dont vous a chargé votre seigneur…
Amusé autant que déconcerté par cette remarque, l’enquêteur s’arrêta et, d’un ton de plaisanterie, demanda au bûcheron de quoi il se mêlait.
Sans répondre directement à la question, celui-ci déclara :
– Si je cherchais Merlin, il y a belle lurette que je l’aurais trouvé ! Cependant, il m’a recommandé de vous dire qu’il se rendra au palais si le roi en personne vient le quérir en cette forêt.
Ce qui eut pour résultat de faire ouvrir des yeux tout ronds de stupéfaction à l’enquêteur.
– Merlin ! répétait-il. Tu connais donc Merlin… ?
Le bûcheron hocha la tête, puis il disparut dans un fourré après une pantomime compliquée autant qu’intraduisible.
Quand le roi Uter Pendragon apprit la chose, il n’hésita pas une seconde :
– Je pars au-devant de Merlin, dit-il.

Et c’est ainsi que le roi et ses gens chevauchaient, un beau matin d’automne, à travers feuilles et buissons odorants et jaunis. Parvenus a une clairière, ils virent un troupeau de moutons, puis le jeune berger qui les gardait. Ils l’interrogèrent.Pyle_Uther_Pendragon petit

– Connaîtrais-tu Merlin, par hasard ?
– Certes, répondit le berger.
– Tu es son ami ?
– J’attends un roi et si ce roi venait, je saurais bien le mener à Merlin.
– Eh bien, conduis-nous à lui…
Comme le berger se grattait la tête et paraissait hésiter, Uter Pendragon s’avança et se nomma.
– Je suis le roi lui-même, dit-il.
– Et moi je suis Merlin, dit le berger.
Les compagnons du roi poussèrent des cris d’indignation. Quoi ! Ce berger presque contrefait se prendre pour… Mais ils n’eurent pas le temps de terminer leur phrase : à la place du berger apparut le jeune enfant qui avait expliqué à Voltiger devant tous ses courtisans ce que signifiait la bataille des deux dragons. Alors, le roi et ses compagnons, fort impressionnés, le saluèrent et l’entourèrent.
C’est ainsi qu’on apprit, pour la première fois, en Grande-Bretagne, que Merlin possédait le pouvoir de se transformer à sa guise et de prendre l’apparence d’un autre.
Cependant, Uter Pendragon eut beau lui promettre monts et merveilles, Merlin refusa de vivre à sa cour. Comme c’était un sage, il se contenta de remercier le roi et de l’assurer de son aide, préférant laisser aller les choses et ne point donner aux courtisans des sujets de jalousie, ce dont il eût été le premier à pâtir.
Le roi s’inclina, mais dès qu’un problème se posait, qu’une question restait sans réponse, il appelait Merlin qui accourait. Ce fut ainsi que grâce à lui, Uter Pendragon put vaincre des ennemis redoutables, les Saines, et grâce à son pouvoir d’enchanteur, donner aux soldats morts, près de Salisbury, un cimetière aux pierres tombales venues d’Islande, si longues et si lourdes que nul homme n’aurait pu les soulever, même avec un engin.
Et tant que le monde durera, ces pierres seront là…

frise article 2

La duchesse de Tintagel

Uter Pendragon était maintenant fort et puissant ; cependant, au milieu de ses soldats, il lui arrivait de s’ennuyer. Il songeait alors à la présence d’une reine auprès de lui, mais aucune femme ne lui paraissait assez belle ni assez sage pour lui plaire.
Un jour, pourtant, il décida de rassembler pour une grande fête, dans son château de Carduel, au Pays de Galles, les seigneurs des environs, avec les dames et demoiselles.
Il vint beaucoup d’invités, et parmi eux, Ygerne, l’épouse du duc Hoel de Tintagel. Dès que le roi la vit, il en tomba amoureux. Mais il n’y avait place, dans le coeur de la belle Ygerne, que pour son mari, en dépit des amabilités de toutes sortes que lui prodigua son suzerain. Convaincu qu’il ne pourrait jamais la conquérir, Uter Pendra on en éprouva un si profond chagrin qu’il en serait peut-être mort, si Merlin…

Ygerne et PendragonOui, si Merlin l’enchanteur n’était accouru à son secours.
– Que faire ? Que faire ? gémissait le roi.
– Sire, pourriez-vous me promettre un don… ?
– Je n’ai rien à te refuser, Merlin…
Merlin souriait.
Le roi songeait déjà, à son intention, à quelque récompense, mais à sa grande surprise, Merlin fit simplement préparer les chevaux.
– Voudrais-tu voyager ? demanda le roi.
– Nous allons partir tout de suite pour Tintagel, répondit Merlin.
Peu avant d’arriver au château, Merlin descendit de son palefroi et cueillit une touffe d’herbe au bord du ruisseau. Puis, la donnant au roi :
– Il serait bon, sire, que vous vous en frottiez la figure, dit-il.
Se demandant ce qui allait bien lui arriver, le roi se hâta d’obéir et aussitôt, il prit la taille et les traits du duc Hoel de Tintagel. Quand il se regarda dans le ruisseau, il n’en croyait pas ses yeux.
À la porte du château, les guetteurs n’éprouvèrent aucun doute, et le firent entrer, le reconnaissant pour leur maître. Il était tard et la nuit ne se parait ni de lune ni d’étoiles.
Qui fut encore trompée par les apparences et accueillit Uter Pendragon en croyant recevoir son époux ? Ygerne, bien sûr, pour le plus grand bonheur du roi.
Hélas ! la semaine n’était pas terminée, qu’Ygerne apprenait que son mari avait été tué au cours d’un combat la nuit même où elle l’avait cru de retour. Jugez de son désarroi. La pauvre duchesse de Tintagel pleura toutes les larmes de son corps.
merlin-emportant-arthur
Cependant, Uter Pendragon l’aimait toujours et même davantage. Il s’empressa donc de solliciter sa main. Désemparée et libre désormais, Ygerne la lui accorda.
Mais, honnêtement, elle tint à ce que le roi sache ce qui lui était advenu, certaine nuit très sombre, comment elle avait cru voir son mari. Le roi hocha la tête et sourit mystérieusement.
– Ce n’est pas tout, dit Ygerne.
– Quoi donc, ma belle amie ?
Et Ygerne avoua qu’elle serait bientôt mère. Alors le roi soupira et dit doucement :
– Il ne faut en parler à personne. Quand votre enfant sera né, nous le confierons à quelqu’un qui s’en occupera.
Ce fut alors que Merlin rappela au roi la promesse qu’il lui avait faite, et sollicita, en guise de don, le nouveau-né.
– C’est entendu, dit Uter Pendragon, cet enfant est tien.
Et Merlin le remit à l’un des plus honnêtes chevaliers du royaume, Antor, qui le fît baptiser sous le nom d’Artus et qui l’éleva en compagnie de son propre fils que l’on appelait Keu.
Personne, sauf Merlin, ne se doutait du fabuleux destin qui attendait Artus.

Texte venu du web, auteur inconnu, merci à lui.