Archives pour l'étiquette Mythe et Légende

Autres légendes

La Légende arthurienne compose ce que l’on appelle La Matière de Bretagne, de tradition celtique… Au Moyen-âge, d’autres traditions et en particulier la tradition Carolingienne compose la Matière de France, et les traditions latines et antiques composent la Matière de Rome …

Le poète Jean Bodel (1165-1210) a écrit qu’il existait trois matières : « Celles de France, de Bretagne et de Rome. Ces trois matières ne se ressemblent pas. Les contes de Bretagne sont tellement irréels et séduisants ! Tandis que ceux de Rome sont savants et chargés de signification et que ceux de France voient chaque jour leur authenticité confirmée ! »

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Les légendes ci-dessous, sont soit plus tardives, soit tirées de la matière française, ou celtique…

Elles alimentent le répertoire des Contes Merveilleux…

Dans ce type de littérature interviennent des éléments surnaturels ou féeriques, des opérations magiques, des événements miraculeux propres à enchanter le lecteur, ou l’auditeur…

cavalier avec dame

On peut distinguer le mythe de la légende. Ainsi, une légende tient – dans le contexte de l’histoire de faits ou de lieux réels – ; cette histoire est racontée puis est transmise par oral d’où les modifications. On pourrait la définir comme un récit qui mêle le vrai et le faux…

Par exemple, ci-dessous : quelques liens ….

Bonne Visite !

Lady_Godiva_by_John_Collier

La légende de Lady Godiva

La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la …

Mélusine

melusine la fée serpentLa légende de Mélusine. 1/3

Cette légende s’enchasse dans une histoire plus large qui commencerait dans le royaume d’Albany ( Ecosse en celte ) avec la rencontre du roi …

The Fall of Arthur, by J R R Tolkien 2

Tolkien | La Quête du Graal

Si JRR Tolkien délaisse par la suite la légende arthurienne, il n’en retient pas moins quelques traits essentiels à l’élaboration de sa propre mythologie.

Ivanhoé de Walter ScottIvanhoé de Walter Scott -1/2-

Avec Ivanhoé l’écrivain fait revivre l’Angleterre au temps de Richard Ier coeur de Lion. Il s’appuie sur une éventuelle haine qui existerait entre …

Ivanhoé de Walter Scott -2/2-

Ivanhoé de Walter Scott – Ill Henri Coninx 1953 L’influence de Walter Scott a été grande sur les écrivains du XIX siècle et sur le romantisme …

Le chevalier au cygne apparaît dans les chansons de geste au XIIe siècleLe Chevalier au Cygne.

Fées détail 1Les fées, ça n’existe pas ! -1/3-

« Perceval ou le Conte du Graal « , est-il un mythe ?

Citer «  Perceval » ( et la quête du Graal ), comme un mythe, est peut-être un raccourci, que des spécialistes pourraient contester… ? Cette histoire étant rattachée à une œuvre littéraire, peut-être est-il plus exact de parler de «  mythe littéraire » .. ? L’histoire est de plus relativement récente …

Parsifal-Odilon-Redon.jpgRevenons donc à la définition du Mythe et, j’en retiens de la part de spécialiste, quelques unes qui vont dans le sens de ce que j’entrevois…, comme :

– Mircéa Eliade :  « Le mythe raconte une histoire sacrée : il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements »

– Gilbert Durand « Nous entendons par mythe un système dynamique de symboles, d’archétypes et de schèmes, système dynamique qui, sous l’impulsion d’un schème, tend à se constituer en récit ».

– Marc Eigeldinger « Le mythe n’est pas uniquement récit, mais aussi discours du désir et de l’affectivité. Il ne s’exprime pas à l’aide d’idées ou de concepts et se développe en marge de la rationalité ; il se consacre à dire la vérité psychique […], à suggérer l’affleurement de l’irrationnel et de l’inconscient, à traduire le contenu du désir et ses relations avec le sentiment »

– Jean-Pierre Vernant : le mythe ne se réfère pas à un genre particulier… Il serait « l’envers, l’autre du discours vrai, du logos »

– Campbell : « Non, le mythe n’est pas un mensonge. Une mythologie complète est constituée d’une organisation d’images symboliques et narratives, métaphoriques des potentialités de l’expérience humaine, et de l’accomplissement d’une culture donnée à un moment donné. »

parsifal_Odilon-Redon.jpgEt forcément, je dirai que le mythe littéraire, contrairement peut-être au mythe ethno-religieux, ne fonde ni n’instaure plus rien. Les oeuvres qui l’illustrent sont d’abord écrites, signées par une (ou quelques) personnalité singulière. Évidemment, le mythe littéraire n’est pas tenu pour vrai.

– Jean Pouillon ajoute, que « ni l’opposition du vrai et du faux, ni celle du croire et du ne pas croire ne sont pertinentes pour situer le mythe ».. !

 Sans doute, pouvons nous admettre que la littérature, si elle ne le crée pas, est un « conservatoire des mythes ». De plus, comme le dit Véronique Gély, « la littérature n’est pas seulement le conservatoire des mythes, elle est leur laboratoire, et le lieu de leur épiphanie »

Pour ce qui est du « mythe de Perceval », il nous est donc parvenu tout enrobé de littérature », il ne nous est accessible qu’en tant que « mythe littéraire ». Il a cette particularité que sa première rédaction est caractérisée, par l’absence de clôture. Le « Conte du Graal » de Chrétien de Troyes est inachevé… !

Odilon-Redon-17.jpgEnsuite, ce corpus est à l’image d’un arbre dont le tronc serait constitué de la tradition médiévale, à partir de laquelle les multiples ramifications modernes s’élanceraient vers le ciel, toujours plus éloignées de la souche première, mais puisant leur sève dans un réseau de canaux toujours plus vaste et plus complexe….

Effectivement, si le mythe de Perceval est extrêmement présent dans le demi-siècle qui suit son entrée en littérature, c’est le silence presque total du début de la Renaissance à la fin du siècle des Lumières. Après un timide renouveau au tournant des XVIIIème et XIXème siècles, c’est le drame wagnérien qui le ramène sur le devant de la scène artistico-littéraire. Au cours du XXème siècle également, la fortune de ce mythe varie considérablement : après avoir connu une certaine vogue jusqu’à la seconde guerre mondiale, il se fait beaucoup plus discret pendant les années qui suivent, pour resurgir avec une vigueur inattendue dans les années 1980.

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Sources: en partie Thèse de doctorat présentée par Christophe Imperiali  » En quête de Perceval – Étude sur un mythe littéraire « , et le peintures sont d’Odilon Redon.

Le Merlin en prose – Robert de Boron

Merlin - Timbre anglaisLe Merlin en prose est attribué à Robert de Boron. Il semble avoir été composé au tout début du XIII°s.

Il fait partie d’une trilogie (de Robert de Boron), L’estoire du Graal Le Merlin en prose et le Perceval en prose…

Eude vieux manuscritsC’est un peu plus compliqué: Ce qui nous reste de l’oeuvre de Robert de Boron comprend un roman de l’Estoire du Graal, qui compte 3500 vers, et le début d’un roman de Merlin, interrompu au vers 502, au milieu d’une phrase . Mais le tout fut mis en prose, et dans ce deuxième état le  »Merlin » est complet.

Joseph d’Arimathie, raconte la première consécration du mystérieux Graal et annonce qu’il sera plus tard porté en Occident et trouvé par un chevalier de la famille de Joseph d’Arimathie.

Dans le second, Merlin, la scène est transportée dans la Grande-Bretagne; le célèbre enchanteur nous est présenté comme un enfant du diable, engendré par lui pour combattre le Christ, mais trompant l’attente de son père et servant la bonne cause par sa connaissance du passé et de l’avenir.

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La conception de Merlin

Dans le dernier poème Perceval, l’auteur raconte comment ce chevalier trouva le Graal perdu depuis longtemps et mit fin ainsi aux « merveilles de Bretagne ».

Histoire de Merlin L'enfer et le conseil des démons Angers, vers 1450-
Histoire de Merlin – L’enfer et le conseil des démons Angers, vers 1450

Lorsqu’il rédige le Merlin , Robert de Boron cherche à christianiser la figure de Merlin qui existe depuis le IXème siècle. En tant que ‘clerc’, il veut illustrer une morale : celle du rachat, à travers le personnage de Merlin. Cette volonté, fréquente dans la littérature arthurienne de cette époque, permet de faire entrer dans l’histoire païenne la présence de Dieu. Il s’agit aussi de trouver comment intégrer la figure du  »diable » au mythe.

Le « Merlin en prose » est le roman des origines du royaume arthurien.

a souvenir program from the 19th century play King Arthur by J.Comyns Carr, starring Henry Irving as Merlin

Le Merlin en prose s’ouvre sur le conseil des démons qui, au lendemain de la Passion, s’efforcent de créer un antéchrist et d’annihiler l’œuvre de rédemption. Il est centré sur la figure du fils du diable racheté par Dieu. Dans ce récit, où s’entremêlent chronique historique, discours didactique et moralisant, merveilles et sortilèges de la matière de Bretagne, geste épique des fils de Constant ou encore la passion amoureuse d’Uterpandragon, Merlin multiplie les fonctions.

Merlin and Arthur by alanlathwell
Merlin and Arthur by alanlathwell

Il inspire, soutient et organise les efforts de la dynastie légitime des fils de Constant, Uter et Pandragon, pour reprendre leur royaume à l’usurpateur Vertigier et en assurer définitivement, lors de la bataille de Salesbieres, l’indépendance face aux Saxons. Il persuade le nouveau roi d’établir à sa cour la Table Ronde, mais brise le cercle parfait en laissant vacant le fameux « siège périlleux », siège laissé vide par Judas à la Table de la Cène.

Par ses dons d’enchanteur et de magicien, Merlin le prophète est également celui qui, se jouant des passions et des faiblesses humaines, assure la naissance d’Arthur. Il n’hésite pas à reprendre tout aussitôt l’enfant à ses parents légitimes et à en faire, à son image, un « fils sans père », qui devra faire ses preuves, s’imposer comme l’élu de Dieu pour retrouver son Royaume et obtenir une certaine maîtrise du monde.

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Merlin-dictant-ses-prophécties-à-blaise roman-du-xiiic

Enfin, Merlin dicte à Blaise le Livre du Graal, ce livre qui relate le passé (Joseph d’Arimathie avec le Joseph en Prose), le présent (le temps du Merlin en prose) et l’avenir (le temps du Perceval en prose).

Concernant toute la partie historique du texte – la chronique des rois bretons et leur lutte contre les Saxons- le Merlin s’inspire très largement du Roman de Brut de Wace

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Après la mort de Vertigier, brûlé dans un incendie, le devin se met au service des rois légitimes de Grande-Bretagne et les aide à repousser les envahisseurs saxons. Lorsque Pendragon est tué sur le champ de bataille de Salisbury, Merlin transporte et érige des pierres d’Irlande sur le lieu du combat, en l’honneur du souverain défunt. Il assiste alors le frère de ce dernier Uter, à qui il suggère de fonder la Table Ronde..

Merlin et les pierres de Salisbury (extrait)

Lorsque grands seigneurs et prélats furent rassemblés, il [Uter] se fit couronner et sacrer et succéda à son frère sur le trône. Quinze jours après son sacre et son couronnement, Merlin parut à la cour, accueilli avec joie par Uter et, quinze jours plus tard, il vint trouver le nouveau roi.
-Il faut que vous disiez à votre peuple tout ce que je vous avais prédit: l’invasion de ce pays par les Saxons, l’accord passé entre moi, votre frère et vous, le serment que vous avez échangé entre vous.
Uter exposa à ses sujets les actions accomplies par son frère et par lui-même d’après les indications de Merlin, mais ne parla pas du dragon dont, tout comme les autres, il ne savait rien. À la suite du rapport d’Uter Merlin dévoila la signification du dragon: il représentait la mort du roi, l’élévation d’Uter en dignité, une impérissable marque d’honneur pour son frère. En raison du dragon miraculeux qui planait dans les airs Uter se fit appeler Uterpandragon.

Les barons découvrirent ainsi le fidèle dévouement du devin et Merlin fut le maître écouté d’Uter et de son conseil.
Il régnait depuis longtemps en maintenant le royaume en paix, lorsque Merlin vint lui parler.
-Quoi! lui dit-il. C’est tout ce que vous faites pour votre frère qui repose dans la terre de Salisbury?
-Que veux-tu que je fasse? Je ferai tout ce que tu voudras et que tu me suggéreras.
-Vous lui avez juré, et moi aussi je lui ai promis, de lui consacrer un monument aussi durable que la chrétienté; respectez votre serment et je ne manquerai pas à ma parole.
-Dis-moi ce que je peux faire et je l’accomplirai de grand coeur.
-Entreprendre une oeuvre immortelle et qui à jamais résiste au temps.
-Très bien, j’y consens.
Envoyez chercher d’énormes pierres qui sont en Irlande et des bateaux pour les transporter. Si énormes soient-elles, je saurai les dresser; j’irai montrer à vos gens celles qu’ils doivent apporter.
Uter approuva cette expédition et envoya hommes et bateaux en grand nombre; quand ils furent là-bas, Merlin leur montra des pierres colossales pour leur longueur et leur largeur.
-Voici, dit-il, les pierres que vous êtes venus chercher et que vous emporterez.
En les voyant, les hommes jugèrent que c’était une folie et déclarèrent que personne au monde ne pour­rait même en faire bouger une et ils refusaient de les embarquer. Merlin leur répondit que dans ces condi­tions ils étaient venus pour rien. Alors ils s’en retour­nèrent chez le roi, lui exposèrent la besogne inouïe que Merlin leur avait commandée et qui à leur avis était au-dessus de toute force humaine.
-Attendez qu’il revienne, dit le roi.
Quand Merlin fut de retour, Uter lui rapporta les paroles de ses gens.
-Puisqu’ils me font défaut, répondit Merlin, je tiendrai ma promesse.
Il eut recours aux ressources de son art magique et fit venir les pierres d’Irlande qui sont encore aujourd’hui au cimetière de Salisbury Swinside stone circle, in the Lake District, England et quand elles furent en place, il invita Uterpandragon et une grande partie de son peuple à venir admirer le prodigieux amas. Arrivés sur les lieux et en pré­sence de ce spectacle, ils avouèrent qu’aucun être humain n’était assez fort pour en soulever une seule et qu’il aurait fallu beaucoup d’audace pour embar­quer pareilles masses. Ils se demandèrent, éberlués, comment Merlin les avait transportées à l’insu de tous. Merlin leur ordonna de les dresser, car elles seraient plus belles debout que couchées sur le sol.
-Personne, dit Uter, n’en serait capable sauf Dieu et toi-même.
-Allez-vous-en, dit Merlin, je m’en chargerai et j’aurai tenu la promesse faite à Pandragon, j’aurai entrepris pour lui une oeuvre que personne ne pourrait mener à bien.
C’est ainsi que Merlin érigea les pierres d’Irlande qui sont au cimetière de Salisbury et qui y resteront aussi longtemps que durera la chrétienté.

Robert de Boron, Merlin, traduction Alexandre Micha, éd Garnier-Flammarion, 1994

Idylles du Roi – Viviane –

« Idylles du Roi »; Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead. Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

Sophie Busson - La rencontre de Merlin et de Vivianne
Sophie Busson – La rencontre de Merlin et de Vivianne

Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

« Merlin et Vivien ( Viviane) « 

Viviane et Merlin 2
Viviane et Merlin – Gaston Bussiere (French, 1862-1929)

Merlin a succombé, lui aussi. La séduction du vieillard est la page la plus hardie des Idylles. Ce grand sujet n’a été traité jusqu’ici qu’en farce grossière ou en photographie libidineuse. Goethe, avant de jeter Marguerite dans les bras de Faust, rend la jeunesse au docteur. Le chaste Tennyson a osé nous montrer Viviane, en robe collante de satin blanc, assise sur les genoux de Merlin, et plongeant ses bras roses dans la barbe neigeuse de l’enchanteur. Cette fois, Faust a gardé ses quatre-vingts ans, et Méphisto est entré dans le corps de Marguerite.Idylls Of The King merlin et Viviane

Tantôt Viviane est une femme du monde buvant les paroles d’un professeur célèbre, tantôt une fille entretenue caressant « son vieux. » Ne croyez pas que Merlin cède à un vulgaire accès de sensualité. Viviane est son élève, son sujet, son monstre favori. Il la connaît si bien ! Il se croit si sûr de la dominer ! Il éprouve pour elle des alternatives de dégoût et de complaisance ; et c’est au moment où il vient de déchiffrer sa perversité qu’il devient sa victime.

viviane enserre MerlinElle obtient de lui, sans les comprendre, les paroles magiques, et le premier usage qu’elle fait de cette puissance est de transformer en une léthargie éternelle le sommeil dans lequel est tombé le vieillard, après son ivresse passagère. Légère, triomphante, elle s’échappe en murmurant : « L’imbécile ! » Et l’écho du bois répète, après elle : « Imbécile ! » Lorsque l’homme a vaincu la femme, il l’oublie ; lorsque la femme a vaincu l’homme, elle le méprise.

Extrait de la Revue des Deux Mondes tome 71, 1885. Ecrit par
Auguste Filon, sur Lord Tennyson

L’origine de l’histoire de ‘Tristan et Iseult’

44393f9ab218935b941515e0baf4d84dLa plupart des critiques s’accordent aujourd’hui pour dire que des récits celtiques sont à l’origine de cette histoire… Un récit irlandais intitulé La fuite de Diarmaid et Grainne, attesté dès le Xe siècle, contient ainsi un certain nombre d’éléments qui annoncent les versions postérieures de Tristan et Iseut : Diarmuid and Gráinneun roi irlandais Finn a pour épouse Grainne ; elle jette un sort (geis) sur le neveu du roi, Diarmaid, et l’oblige à l’enlever et à se réfugier avec elle dans la forêt. D’abord chaste, Diarmaid laisse chaque matin un morceau de viande crue à l’endroit où ils ont dormi. GrainneD’autres récits celtiques font allusion à des combats contre un dragon, à des philtres magiques préparés par des femmes expertes en enchantements. Certains rapprochements ont été faits avec des récits persans, mais aussi avec des thèmes développés dans les textes antiques et les récits mythologiques : on a comparé la figure du Morholt et celle du Minotaure, l’évocation des deux voiles, blanche et noire, du bateau qui amène Iseut auprès de Tristan mourant rappelle la traversée de la mer Égée par Thésée après qu’il a réussi à sortir du labyrinthe…

L’histoire de Tristan et Iseult s’est diffusée à partir du XIIe s. dans toute l’Europe chrétienne. Aujourd’hui, elle n’est plus confinée à l’époque médiévale.

Tristan et Iseut - manuscrit de Gottfried von Strassburg (1210)

Les textes qui – aujourd’hui – nous révèlent ce mythe sont :

  • Tristan und Isolde 10Deux romans en vers, l’un écrit en Angleterre par Thomas en 1170 : défini comme une version courtoise, il n’en reste qu’environ le quart ; et l’autre composé vers 1180 par le poète normand, Béroul, dont il ne reste qu’un fragment de 4485 vers.
  • S’y ajoutent trois nouvelles en vers : Folies de Tristan …
  • Un lai de Marie de France, le Lai de chèvrefeuille.
  • On peut y ajouter une saga scandinave composée par frère Robert en 1226
  • Tristan und Isolde 12Une réécriture vers 1230 : le Tristan en prose, influencé par le Lancelot en prose ; le récit se passe à la fois à la cour du roi Marc, et celle du roi Arthur. Tristan devient un chevalier de la Table Ronde …
  • Des adaptations en moyen haut allemand de Gottfried de Strasbourg et ses continuateurs vers 1200, 1210…
  • Vers 1300, en Angleterre : Sir Tristrem d’un auteur anonyme.
  • Fin du XIIIe s. une version italienne Tristano Riccardiano.

August Spiess. Muerte de Isolda. 1883

Le Roman de Tristan et Iseut, a été renouvelé par Joseph Bédier, médiéviste de la fin du XIXe siècle qui a reconstitué le récit que nous ne possédons que par fragments : ceux de Thomas et de Béroul du XIIe siècle, celui d’Eilhart d’Oberg, celui de Gotfried de Starsbourg.

Robert de Boron et le Graal. -1/2-

Robert de Boron, né en territoire de Belfort, est au service de Gautier de Montbéliard. Gautier s’embarque pour la Croisade en 1201, et meurt en Terre sainte en 1212.

Robert de Boron découvre la littérature byzantine et syriaque… Il a le projet d’une grande synthèse poétique…

Il a l’intuition de rattacher les légendes celtiques, avec le mythe du Graal, ramené aux origines du christianisme et écrire une sorte d’allégorie chrétienne de la Rédemption.

 Joseph of Arimathea walks on water holding the holy grail
Joseph of Arimathea walks on water holding the holy grail

Ses sources sont dans la Bible, mais aussi dans des textes apocryphes comme l’Évangile de Nicodème et La Vengeance du Sauveur. On nous dit, en particulier, comment Joseph fut maintenu en vie dans sa prison grâce au « vaissel » dans lequel le Christ avait institué l’Eucharistie au cours de la Cène, vase qui est aussi le calice où fut recueilli son sang. Le transfert de cette relique à Glastonbury assure le lien entre les âges et les civilisations : le calice devient le Graal.boron-graal

Le  »Merlin » raconte l’histoire du Graal jusqu’à la fondation de la Table ronde annoncée sous forme de prophétie par ce curieux personnage, décrit précédemment par Geoffroy de Monmouth.

C’est à la cour des Plantagenets qu’il écrit son œuvre. Bien au fait des mythes de son temps, des légendes celtiques, Robert de Boron affirme qu’il tient la substance de son récit d’un texte latin appelé le Grand Livre, rattaché à la Table Ronde … Une histoire reliée à celle des roi anglais, puisque par Merlin, le Roi Arthur est reconnu, roi des Bretons…

Le saint Graal et Table ronde
Le saint Graal à la Table ronde

Le XIIe siècle, qui abrite le récit est fort agité par les querelles brûlantes autour du dogme de la Transsubstantiation, adopté en 1215 par le Concile de Latran.

C’est en vers que Robert de Boron a composé sa trilogie : le  »Joseph d’Arimathie ou Roman de l’estoire dou Graal  »,  »Merlin  » et  »Perceval ». Seuls le premier de ces trois textes et le début du deuxième nous ont été conservés dans un manuscrit, mais une ou plusieurs versions en prose (Merlin en prose, Perceval de Modène et Didot-Perceval) nous transmettent le contenu de l’œuvre.

La légende de Lady Godiva

Lady Godiva ( ou Godgyfu en saxon) est la très belle épouse de Léofric (968-1057), comte de Mercie et seigneur de Coventry. Elle est aussi une héroïne de la culture anglo-saxonne…

Son mari, pour financer ses guerres, harcèle violemment ses sujets et les couvre de taxes ; et Lady Godiva – sensible aux conditions difficiles d’existence des habitants de Coventry- régulièrement plaide auprès de son époux, une réduction des impôts. A chaque fois, près de l’oreiller, Léofric promet de supprimer des taxes ; mais ensuite le besoin d’argent se fait sentir … Par ailleurs, si lady Godiva est fort belle, elle est aussi fort prude ; et malgré la vigueur de son mari, elle refuse de se montrer entièrement déshabillée, la dame ne se livre que dans l’obscurité …

lady Godiva Edmund Leighton dépeint point de décision (1892)

Ce jour là, Léofric, exaspéré, fait comprendre à sa femme qu’il ne réduirait les impôts qu’à la condition, qu’elle-même traverse – nue à cheval – la ville de Conventry. Il pense qu’ainsi, lady Godiva ne l’ennuiera plus jamais avec cette question de taxes …

Après une longue réflexion, Godiva accepte le défi.

out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Lady_Godiva - Alfred Joseph Woolmer out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

La dame demande alors aux habitants de rester chez eux lors de son passage, pour que personne ne puisse la voir nue. L’annonce à la population ajoute que toute personne qui enfreindrait cette règle serait durement puni… Il n’est pas précisé si la punition serait divine, ou séculière …

Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865
Sir Edwin Landseer – La prière de Lady Godiva, 1865
Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847 http://www.tate.org.uk/art/work/N00390
Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847

Ainsi, vêtue uniquement de ses longs cheveux, qui cachent sa poitrine, lady Godiva passe à dos de cheval, accompagné d’une servante.

Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens
Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens
William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877
William Holmes Sullivan – Lady Godiva, 1877

On dit que seul un tailleur, du nom de  »Peeping Tom » a osé transgresser cette règle. Effectivement, le malheur s’est abattu sur lui… Il devint aveugle pour le restant de ses jours. C’est de là que vient l’expression anglaise « Peeping Tom », que nous connaissons sous l’expression « voyeur ».

On dit aussi, que le Conte lui aussi, a regardé ( enfin) sa femme nue… On ne sait quel malheur l’a frappé… Peut-être s’en est-il expliqué avec son épouse… Il tint parole, et l’on sait – documents historiques à l’appui, que le roi Édouard 1er (XIIIe ) lui-même, a pu vérifier dans les annales de Coventry, que l’impôt n’a plus été perçu à partir de 1057.

Une forme plus ancienne de cette histoire raconte la traversée du marché de Coventry par Godiva, alors que le peuple était rassemblé, surveillée seulement par deux cavalières (vêtues). Cette version est narrée dans Flores Historiarum de Roger de Wendover (mort en 1236)

Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586
Lady Godiva, tableau d’Adam van Noort, 1586

En 1586 : le peintre Adam van Noort a représenté l’épisode et a montré Léofric en train de regarder sa femme par la fenêtre…

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La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la jeune comtesse parcourt sur un cheval blanc les rues de la ville de Coventry. La seule condition, absolue, est d’avoir des cheveux longs et dorés.Godiva_statue_Broadgate_Oct_2011 petit

 

 

Une statue représentant Lady Godiva à également été élevée près de la place du marché de Coventry afin de rappeler l’événement.