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Lancelot ou le chevalier à la charrette – Chrétien de Troyes

LanGauvain et Hector arrivent devant l'ïle Perdue, où Lancelot est emprisonné dans une tourcelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Troyes, écrit à la fin du XII°s, à la demande de Marie de Champagne. Le roman ne comportait pas de titre à l’origine.

 Lancelot est le chantre de l’amour courtois. Ce sera d’ailleurs sa plus grande faiblesse, ce qui nous le rend d’autant plus attachant. Son amour est sans limite pour la reine Guenièvre, l’épouse du roi Arthur, son suzerain. Il oublie souvent l’objet de sa quête pour se soumettre à tous les caprices de sa dame.La reine Guenièvre interroge Lancelot sur ​​son amour pour elle

Par étourderie, il se retrouve dans les situations les plus embarrassantes qui soient pour un homme de son rang.
Un jour, un chevalier inconnu enlève la reine et l’emmène dans un pays d’où nul ne revient. Le preux chevalier ne pense plus qu’à délivrer la belle captive. Pour l’amour de la reine, il est prêt à accepter la pire humiliation: monter dans une charrette. Celle-ci appartenait à un nain qui disait connaître le lieu où se trouvait la reine disparue.
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On comprend mieux le titre donnée à ce roman en vers octosyllabiques. En effet, un proverbe de l’époque disait: « Quand charrette rencontreras, fais-toi le signe de croix afin qu’il ne t’arrive pas malheur« . Celle-ci était réservée aux félons, aux meurtriers ou aux voleurs. Lancelot savait en tout état de cause que cela lui couterait cher et qu’il allait y laisser une bonne partie de sa réputation de chevalier. De ce fait, il hésitera un court instant avant d’y monter, ce qui lui sera reproché assez vertement par la reine dont les exigences courtoises sont démesurées. Pour elle, il a failli aux règles courtoises en hésitant puisque la vie de sa dame était en danger.Lancelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Tr
La personnalité attachante, mais néanmoins complexe, de Lancelot n’a pas échappé aux successeurs de Chrétien de Troyes. En effet, si personne n’a songé à reprendre le personnage d’Erec, chevalier attachant également par ses faiblesses (n’oublie -t-il pas ses devoirs de chevalier pour une belle jeune fille?), beaucoup se sont attachés à compléter le personnage de Lancelot, devenu ainsi le chevalier le plus connu de la table ronde.
lancelot-et-vivianeDès le début du XIII°s, on lui imagine une enfance féérique dans le palais de Viviane, au fond d’un lac.
On le rattache également à la quête du Graal (qui n’intéressait pas encore Chrétien lors de l’écriture du Lancelot) en le faisant père de Galaad, le chevalier le plus pur qu’il soit. Il fait également partie des trois chevaliers désignés pour rencontrer le Graal et en percer son mystère.
Ce roman, avec l’accord de Chrétien, sera fini par un clerc, Godefroi de Lagny. Ainsi, il est dit, à la fin du texte:
« Seigneurs, si j’en disais davantage,
Je dépasserais l’étendue de mon sujet,
C’est pourquoi je vais mettre un terme à mon travail;
Ici même s’arrête le récit.
Godefroi de Leigni, le clerc,
A terminé La charrette;
Que nul ne songe à le blâmer
S’il a continué Chrétien,
Car il l’a fait avec l’approbation
De Chrétien, qui commença l’œuvre:
Lui est responsable de tout ce qui suit
Le moment où Lancelot fut emmuré,
C’est-à-dire jusqu’à la fin du conte.
Voilà son œuvre à lui; il ne veut rien y ajouter,
Ni retrancher, par crainte d’endommager le conte.
Lancelot et l'Humiliation de la Charrette (enluminure, vers 1475) qui a donné le fameux titre Le Chevalier à la Charrette.
Voici un extrait de l’épisode de la charrette:
Le Chevalier, à pied et sans lance,
S’avance vers la charrette
Et voit sur les limons un nain
Qui, en bon charretier, tenait
Dans sa main une longue baguette.
Et le Chevalier dit au nain:
Nain, fait-il, pour Dieu, dis-moi tout de suite
Si tu as vu par ici
Passer ma dame la reine.
Le nain perfide et de vile extraction
Ne voulut point lui en conter des nouvelles,
Mais se contenta de dire: Si tu veux monter
Sur la charrette que je conduis,
D’ici demain tu pourras savoir
Ce qu’est devenue la reine.
Sur ce, il a maintenu sa marche en avant
Sans attendre l’autre l’espace d’un instant.
Le temps seulement de deux pas
Le Chevalier hésite à y monter.
Quel malheur qu’il ait hésité, qu’il eût honte de monter,
Et qu’il ne sautât sans tarder dans la charrette!
Cela lui causera des souffrances bien pénibles!
Mais Raison, qui s’oppose à Amour,
Lui dit de bien se garder de monter;
Elle l’exhorte et lui enjoint
De ne rien faire ni entreprendre
Qui puisse lui attirer honte ou reproche.
Ce n’est point dans le cœur mais plutôt sur les lèvres
Que réside Raison en osant lui dire pareille chose;
Mais Amour est dans le cœur enclos
Lorsqu’il lui ordonne et semonce
De monter sans délai dans la charrette.
Amour le veut, et le Chevalier y bondit,
Car la honte le laisse indifférent
Puisqu’Amour le commande et veut.
Et messire Gauvain se met à la poursuite
De la charrette en galopant,
Et lorsqu’il y trouve assis
Le Chevalier, il s’en étonne beaucoup;
Alors il dit au nain: Instruis-moi
Au sujet de la reine, si tu sais le faire.
Le nain dit: Si tu te détestes autant
Que ce Chevalier assis ici,
Monte aec lui, si cela te convient,
Et je t’emmènerai avec lui.
Quand messire Gauvain l’eut entendu,
Il jugea qu’accepter la proposition serait insensé
Et il dit qu’il n’y monterait point,
Qu’échanger son cheval contre la charrette
Serait n échange par trop infâme.
Mais où que tu veuilles aller
J’irai là où tu iras.
Si bien qu’ils se mettent tous les trois en route,
L’un d’eux à cheval, les deux autres sur la charrette,
Et ensemble ils gardèrent le même chemin.
À l’heure des vêpres, ils atteignirent un château,
Et sachez que ce château
Était fort puissant et beau.
Ils entrent tous les trois par une porte.
La vue du Chevalier que le nain transporte
Dans la charrette frappe les habitants d’étonnement,
Mais ils ne cherchent nullement à se renseigner davantage;
Tous se mettent à le conspuer,
Grands t petits, vieillards et enfants,
Par les rues, en poussant des huées;
Le Chevalier entendit ainsi dire
À son sujet de viles injures et des paroles de mépris.
Tous demandent: À quel martyre
Ce Chevalier sera-t-il condamné?
Sera-t-il écorché vif ou pendu,
Noyé ou brûlé vif sur un bûcher d’épines?
Dis-le-nous, nain, dis, toi qui le traînes ainsi,
De quel forfait fut-il trouvé coupable?
L’a-t-on jugé pour vol? Serait-ce un assassin
Ou est-il le vaincu d’un combat judiciaire?
Et le nain garde un silence absolu,
En ne répondant ni une chose ni l’autre.
Il conduit le Chevalier là où il sera hébergé,
Et Gauvain suit de près le nain
Qui se dirige vers une tour, laquelle, de plain-pied
Avec la ville, se trouvait à la limite de celle-ci.
Au-delà il y avait des près,
Tandis qu’en face la tour s’élevait
Sur la cime d’un rocher gris,
Haut et taillé à pic.
Derrière la charrette, toujours à cheval,
Gauvain pénètre dans la tour.
Dans la salle, ils ont rencontré, élégamment mise,
Une demoiselle
Dont la beauté n’avait pas de rivale au pays;
Et ils voient s’approcher deux pucelles
Avec elle, gentes et belles.
Dès qu’elles virent
Messire Gauvain, elles lui firent
Un accueil joyeux et le saluèrent;
Et elles voulurent s’informer du Chevalier:
Nain, quel crime ce Chevalier a-t-il commis
Que tu conduis là comme s’il était impotent?
Il ne veut leur offrir aucune explication,
Mais se contente de faire descendre le Chevalier
De la charrette, et puis s’en va;
On ne sut point où il alla.

Source:  , une passionnée par la littérature, et notamment la littérature médiévale…

 

Elaine, ou la dame de Shalott

Selon les auteurs, Elaine d’Astolat, peut aussi s’appeler la Dame de Shalott, ou la Demoiselle d’Escalot.

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John Williams Waterhouse « I am half-sick of shadows » said the Lady of Shalott (« Comme je suis lasse des ombres » dit la Dame de Shalott)

Dans l’un des poèmes les plus populaires de Tennyson (1) , et que les préraphaélites ont aimé représenté, Elaine, fille de Bernard d’Astolat, est la belle damoiselle qui aime Lancelot d’un amour non partagé. D’après la légende, Elaine ne peut pas regarder directement le monde extérieur, elle regarde par le truchement d’un miroir et tisse ce qu’elle y voit sur une tapisserie, qui va plus tard lui servir de linceul. La malédiction de la dame de Shalott, tient à ce qu’elle préfère fuir la vérité, au travers d’un miroir qui modifie la réalité : elle admire un Camelot idéalisé, où siège un Lancelot qui lui préfère Guenièvre… Quand, finalement, elle regarde le vrai Lancelot par la fenêtre : elle n’a plus qu’à subir la malédiction, et se laisse périr de langueur…

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William Maw Egley ( 1826 – 1916) était un artiste britannique de l’époque victorienne.

Dans la Queste del Saint Graal ( Vulgate ) apparaît le personnage de Galaad, fils de Lancelot.

Brickdale, Eleanor Fortescue Elaine

Eleanor Fortescue Brickdale

Anglais  1871-1945

Elaine est la fille de Pellès, le Roi Pêcheur, gardien du Saint Graal. Lorsque Lancelot arrive au château du Graal, il est victime d’un enchantement qui lui fait croire qu’Elaine est Guenièvre. Ils conçoivent Galaad durant la nuit. 

Dans le « Mort Artu » (Lancelot-Graal -1230-), Elaine tente de convaincre Lancelot, par la ruse, de porter ses couleurs au tournoi, et elle lui déclare hardiment sa flamme. Elle y est dépeinte comme une femme volontaire et obstinée, ce qui rend le récit très favorable à Lancelot, qui a su trouver la force de résister à ses charmes et à ses avances.

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Elaine The Fair (c. 1911), illustrating Tennyson’s Idylls of the King - William Ladd Taylor Elaine de Astolat Lancelot donne son bouclier à Elaine
Lancelot et Elaine_Eleanor Fortescue Brickdale Arthur A. Dixon Sir Lancelot gives his Shield into Elaine's keeping

frise celte

Brickdale, Eleanor Fortescue Elaine avec le bouclier de Lancelot
Brickdale 

Dans le « Morte d’Arthur » (Malory (1470)) , Lancelot est conscient de l’amour que lui porte Elaine, et il la suit dans sa chambre pour la réconforter. Là, il se refuse toujours à lui rendre son amour, mais il accepte de porter ses couleurs au tournoi pour ne pas plus l’affliger.

Elaine d’Astolat, connue comme la Dame de Shalott, aime d’un amour sans retour … Elle meurt de chagrin et son corps est envoyé vers Camelot dans un bateau, avec une fleur de lys blanc et une lettre qu’elle a écrite avant sa mort.

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Elaine floats down to Camelot  by  Briton Riviere

Au 19e siècle, Lord Alfred Tennyson écrit un célèbre poème «La Dame de Shalott»

Voici la fin de la lettre que Tennyson fait lire au roi Arthur.

Très-noble seigneur, Sire Lancelot du Lac,
Moi qu’on appelait quelquefois la vierge d’Astolat,
Je viens ici, car vous m’avez quittée sans prendre congé de moi ;
Je viens ici afin de prendre pour la dernière fois congé de vous.
Je vous aimais, et mon amour n’a point eu de retour.
C’est pourquoi mon fidèle amour a été ma mort.
C’est pourquoi, devant notre dame Guenièvre
Et devant toutes les autres dames, je fais ma plainte.
Priez pour mon âme et accordez-moi la sépulture.
Prie pour mon âme, Toi aussi, sire Lancelot,
Car Tu es un chevalier sans égal.

(1) Alfred Tennyson, baron ( – ), est l’un des poètes britanniques les plus célèbres de l’époque victorienne. L’un des plus célèbres ouvrages de Tennyson est Les Idylles du Roi (1885), une série de poèmes narratifs basés entièrement sur le Roi Arthur et la Légende arthurienne et influencés, dans ses thèmes, par les premiers récits de Sir Thomas Malory sur ce roi légendaire.

Elaine John Atkinson Grimshaw Huile sur toile, 1877

Elaine par John Atkinson Grimshaw Huile sur toile, 1877

Qui est Sir Galahad, ou Galaad ?

Le premier chevalier du Graal était Perceval, mais c’est Galaad (Galahad) qui finalement remporte seul, la Quête…

Sir Galahad of the Grail

Sir Galahad ( Galaad, Galeas, ou Galath) dans la légende arthurienne, est un chevalier du Roi Arthur, chevalier de la  »Table Ronde », et l’un des trois qui s’approchent du Saint-Graal.

Il est le fils illégitime de Sir Lancelot et de la Reine Élaine, il est renommé pour sa bravoure et sa pureté. Émergeant assez tard dans la tradition arthurienne médiévale, Sir Galaad apparaît d’abord dans le  cycle du  »Lancelot-Graal  », et son histoire est repris dans des œuvres ultérieures comme la Post-Vulgate et Le  »Morte d’Arthur » de Sir Thomas Malory…

Sir Joseph Noel Paton - Sir Galahad and the Angel
Sir Joseph Noel Paton – Sir Galahad and the Angel

Galaad est le fils de Lancelot, et de la fille du roi Pellès, Ellan( ou Elaine) . C’est d’ailleurs ce même roi qui détient le Graal. Ellan est connue pour être la jeune fille vierge porteuse du calice lors de ses apparitions. L’histoire de sa conception est particulière : Lancelot est victime d’un enchantement à son arrivée au château du Graal, il prend alors Ellan pour la Reine Guenièvre. Ils passent alors une nuit ensemble pendant laquelle la fille du roi Pellès tombe enceinte.The Nun and Galahad

Douze nonnes élevèrent le jeune Galaad, à ses quinze ans, un ermite vient à sa rencontre afin de lui annoncer qu’il doit devenir chevalier, les religieuses demandèrent à son père de le faire chevalier, car il n’y a point d’homme sur la terre plus méritant que lui. Pur de corps et d’esprit, totalement désintéressé, lui seul pourra occuper le Siège Périlleux de la Table Ronde ( on dit de celui-ci que quiconque s’assoit sur ce siège qui ne soit pas assez pur se voit engloutir dans les méandres de la terre…). Dès que Galaad prend la place qui lui revient autour de la Table Ronde, la présence du Graal se fait sentir.Le siège perilleux

Comme Arthur, Galaad retire aisément une épée fichée dans un roc. Il reçoit un bouclier magique et arrive au Château des Pucelles où sept chevaliers abusent de jeunes femmes, et il libère ces prisonnières. Avec ses amis et « Celle qui jamais ne mentit », il voyage dans une nef merveilleuse et y reçoit une épée fabriquée par Salomon pour laquelle la dame confectionne d’étranges attaches, (les renges), avec ses propres cheveux.Sir Galahad est présenté à a Cour du roi arthur - W Crane

Key to the castle (Galahad Receiving the Keys to the Castle of the Maidens)
Galahad Receiving the Keys to the Castle of the Maidens

Galaad est l’un des trois chevaliers avec Perceval et Bohort qui parviennent le plus loin dans cette quête : les aventures qui se présentent à lui sont autant de signes démontrant qu’il combat pour Dieu. Ainsi il peut avec ses compagnons contempler la coupe qui a contenu le sang du Christ, recevoir la communion de la main même du Christ en personne. Galaad guérit le Roi Mehaignié en touchant ses plaies avec le sang tombant goutte à goutte de la lance sacrée.

Galaad est le seul à pouvoir achever l’aventure : vierge et totalement abstinent, il incarne la pureté et l’humilité prônées par l’Eglise. Il se rend à Sarras sur les ordres de Dieu et séjourne dans cette cité, nouvelle Jérusalem céleste, où se multiplient miracles et merveilles. Après avoir régné un an comme roi de Corbénic, il peut enfin contempler à l’intérieur du Saint Vase « les mystères célestes » et meurt, heureux de passer  » de cette vie terrestre à la vie céleste ». Emporté par les anges, il monte aux Cieux en pleine contemplation du mystère divin et le Graal est lui aussi emporté au ciel. En lui s’incarne enfin la rédemption de la chevalerie, alors que le monde arthurien s’écroule à cause de la déchéance morale et religieuse de la chevalerie de Bretagne.

How Sir Galahad Came to the Castle of Maidens - Chapter Heading

Idylles du Roi – Guenièvre –

« Idylles du Roi »; Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead. Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

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Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

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– Guenièvre –

Une douleur bien plus amère pour Arthur est la chute de Guenièvre et de Lancelot. Cette vieille histoire, qui a passé par tant de mains, d’Eschyle à Dumas fils, a rarement été traitée avec plus de vigueur et de franchise par un Anglais. A nos yeux, l’excuse de Guenièvre, c’est qu’elle a donné son cœur à Lancelot avant de donner sa main à Arthur. Mais elle ne cherche pas un instant à se justifier ; elle a le courage de l’adultère. Lorsque Lancelot, dans un de ces élans de repentir un peu niais auxquels certains hommes se laissent aller dans les entr’actes de la faute, lui rappelle les vertus de son mari, avec quelle ironie elle répond : « Arthur ! cet enfant vertueux, sans force pour dominer une femme ! .. Arthur, cette perfection vivante, ce roi sans défauts, ce soleil sans tache ! Mais est-ce qu’on peut regarder le soleil ? N’est-ce pas avoir tous les défauts que n’en avoir aucun ? Celui qui m’aime doit avoir en lui quelque élément terrestre… C’est à toi que j’appartiens, non à lui. » Elle veut que Lancelot gagne encore une fois le prix du tournoi. « Par ce baiser, dit-elle, tu vaincras ! »

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A ce moment, la destinée place sur le chemin de Lancelot cet amour vierge, sans lequel, suivant Arthur, il n’est point de vraie joie ni de réelle grandeur. C’est Élaine, si blanche et si pure qu’on l’a surnommée le Lys d’Astolat. « Le baiser d’un de ses frères suffit à colorer ses joues pâles. » Lancelot a « deux fois son âge et plus ; » une large cicatrice sillonne sa joue bronzée, et son visage, prématurément vieilli, porte la trace « de ce grand et coupable amour qu’il porte à la reine. » N’importe ! Elle l’aime, et pour jamais, dès qu’elle l’a aperçu. Les hommes du grand monde, qui ont vécu dans une atmosphère de passion élégante, ont une certaine manière mélancolique de regarder les jeunes filles, une certaine façon pénétrante de laisser tomber un compliment sans conséquence. Elaine est prise à cet attrait, n’étant, après tout, qu’une pensionnaire et une provinciale idéalisée par la poésie. Un moment elle s’abuse, parce que Lancelot, pour n’être pas reconnu, a porté ses couleurs dans le tournoi. Elle est enfin détrompée, et il ne lui reste plus qu’à exhaler sa vie dans un dernier chant.

Lancelot apporte à sa royale maîtresse le diamant inestimable, prix du tournoi. La reine le refuse et le pose froidement sur la table : « Ce diamant n’est pas pour moi, dit-elle ; il appartient à cette jeune fille sous les couleurs de laquelle vous avez combattu. » Puis, tout à coup, sous la reine offensée reparaît la femme jalouse. « Elle ne l’aura pas ! » crie-t-elle, et, en même temps, elle jette le diamant par la fenêtre ouverte. Au moment où il tombe dans la rivière, une barque y passe lentement, une barque tendue de noir, conduite par un vieillard muet, « semblable à ces rudes figures taillées dans le roc. » Sur les draperies sombres repose la vierge d’Astolat, vêtue de blanc et enveloppée de ses cheveux blonds. La mort l’a faite plus pâle, mais l’a laissée aussi belle. Dans la main droite elle tient un lis et dans la main gauche une lettre pour Lancelot. La morte vient dire adieu à celui qui s’est enfui sans prendre congé d’elle.

L’utopie chevaleresque touche à sa fin. Le paradis créé par Arthur se remplit de désordre ; les passions recommencent à ravager la terre, en même temps que les fauves sortent des bois. Pendant qu’Arthur est allé combattre les révoltés, Guenièvre et Lancelot ont résolu de se séparer. Mais ils ont voulu se voir une dernière fois. « La main dans la main, le regard rivé au regard, ils sont assis sur le bord de sa couche, bégayant, l’œil fixe : c’était leur dernière heure d’amour, leur adieu désespéré… » La trahison, sous les traits de Modred, épie cette suprême entrevue ; bientôt leur honte est publique. Quand Arthur revient, il est seul, et c’est la nuit. Aucune lumière n’éclaire la chambre nuptiale ; tout est silencieux, triste et mort. Le prince pousse du pied une ombre qui gémit, couchée sur le seuil : c’est Dagonet, le fou du roi. « Pourquoi pleures-tu ? — Je pleure, ô mon roi, parce que je ne te ferai plus jamais sourire ! »

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Guenièvre s’est réfugiée dans un couvent, où nul ne la connaît. Elle pleure, elle essaie de prier, songeant tantôt aux vertus d’Arthur et tantôt aux caresses de Lancelot, tandis qu’autour d’elle les nonnes babillent et se signent au nom de la reine adultère. Mais le roi a su la découvrir, il paraît dans la cellule, et elle tombe prosternée devant lui. Vient-il exécuter la sentence de mort que, dans le premier moment de désespoir, il a portée contre elle ? Vient-il, tout au moins, lui reprocher son crime et la maudire ? Non, il vient lui pardonner, avant de marcher à sa dernière bataille. Quoi qu’il arrive, il ne verra plus cette royale beauté, ces cheveux d’or, autrefois son orgueil, ces beaux cheveux, avec lesquels il aimait à jouer, « lorsque ne savait pas ! .. » Comment lui dire adieu ? Peut-il toucher ses lèvres ? Elles ne sont pas, elles n’ont jamais été à lui. Peut-il toucher sa main ? Mais cette main, c’est encore de la chair, et sa propre chair pourrait tressaillir à ce contact, car il l’aime encore ! Cet amour n’aura plus de satisfaction sur la terre ; mais pourquoi, dans une vie nouvelle, ne retrouverait-il pas sa Guenièvre, purifiée par le pardon divin ? « Oh ! je t’en prie, laisse-moi cette dernière espérance ! Et maintenant, il faut que je parte. J’entends, dans la nuit, la trompette qui sonne ; ils appellent leur roi… » Toujours muette, toujours couchée à ses pieds, la face contre terre, elle sent comme un souille errer sur son cou ; dans les ténèbres, au-dessus de sa tête courbée, elle sent des mains qui s’agitent pour bénir. Il est parti. Pâle, elle se dresse, elle écoute jusqu’à ce que le bruit des talons de fer se soit éteint dans l’éloignement.

Extrait de la Revue des Deux Mondes tome 71, 1885. Ecrit par
Auguste Filon, sur Lord Tennyson

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T.H. White – Lancelot, ‘le chevalier mal fet’

Lancelot - le chevalier mal fait Sona mour pour la Reine va détruire le Royaume d'Arthur - rossetti_lancelot_queen
Lancelot dans la chambre de la Reine – Rossetti

T.H. White : Le Chevalier mal adoubé, 1940 (The Ill-made Knight)Le chevalier mal adoubé Lancelot TH White Couv

Arthur, qui rêvait de voir sa Table Ronde établir à jamais le règne de la justice et du droit, déplore que ses chevaliers prennent encore tant de plaisir à utiliser la force. Lancelot, déchiré entre sa fascination pour Arthur et son attirance pour Guenièvre, tombe dans le piège que lui tend une jolie jeune fille. Affolé par une paternité non désirée, il ne lui reste plus qu’à fuir ses amours et à se jeter avec fièvre dans une nouvelle voie : la quête du Graal.

Lancelot - The Ill Made Knight by Daaakota ...Avec The Ill-Made Knight, c’est Lancelot qui entre en scène. Mais, attention, ici le portrait qui se dégage du héros est inhabituelle: Lancelot n’a pas la beauté virile généralement représentée, il est laid et de plus il est socialement maladroit… Il est surnommé « Le Chevalier Mal Fet » (en français d’époque dans le texte…)… Mais surtout, Lancelot est sans cesse accablé par le sentiment de sa propre imperfection et par le péché permanent qu’il ressent en lui-même… Péché que ses instincts de sauvagerie qu’il réprime en étant le plus miséricordieux des chevaliers, et péché que son amour pour la femme du roi Arthur, qu’il admire plus que tout homme au monde.

Lancelot and Guinevere's Parting Kiss rhead

C’est le ménage à trois qui retient l’attention de T. H. White. Sir Launcelot confideth his Shield to Elaine the Fair, illustration from 'The Story of Sir Launcelot and his Companions', 1907Bien sûr, il y a les quêtes, il y a le Graal ; mais, détail que tout cela, en fin de compte, si Lancelot quitte Camaalot, c’est toujours à cause de Guenièvre, qui n’est pas une femme commode — au début, il s’exile pour lutter contre la tentation d’un amour interdit ; par la suite, c’est Guenièvre qui le congédie et lui fait perdre la raison.

 

The Lady Elaine the Fair, illustration from 'The Story of Sir Launcelot and his Companions', 1907 Fine Art Print by Howard PyleElle se montre maladivement jalouse de l’unique nuit d’amour de son chevalier servant avec la perfide Elaine (qui en concevra quand même Galaad). Un homme moins exceptionnel que Lancelot ne s’en relèverait pas, mais le Chevalier Mal Fait reviendra, et vivra des années d’un amour paisible tandis qu’Arthur, cocu généreux, fera, tant qu’il pourra, semblant de ne rien voir…

Guinevere's Jealousy
La jalousie de Guenièvre – Rhead

Rappelons, que de parents anglais, T.H. White est né en 1906 à Bombay. Il a fait ses études en Angleterre et a exercé de hautes fonctions à l’université. Cependant, mal à l’aise dans une époque dont il n’approuvait ni les modes ni les systèmes de valeurs, il s’isola en Irlande et s’adonna à la pêche au saumon…

Et Lancelot augure un peu, jusqu'à ce qu'il a vu qui étaient les plus faibles

GUENIEVRE, et.. ses images

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Gwenyfar, Guenhuvar, Gwenhwyvar, Guanhumara, Gwendolen, que de noms pour un personnage aux origines lointaines, celtes sans doute et les traces écrites en sont galloises, et dans Owen et Lunet (XIIème siècle) on parle de « vingt-quatre pucelles dont la moins belle était plus charmante que Gwenhwyvar femme d’Arthur ».

Triple GoddessGuenièvre épouse d’Arthur, fille de Leodagan, maîtresse de Lancelot. Arthur aurait eu trois épouses portant ce nom. (Triade 21, XIIème siècle)… Il ya aussi, la Fausse Guenièvre: une « batarde » de Leodagan qui essaie de se  faire passer pour Guenièvre le jour de ses noces (Estoire de Merlin)

La païenne Gwenyfar , a rencontré sa sainte qui la fera chrétienne… Ce sera la petite Geneviève de Nanterre, la sainte de l’aube chrétienne gauloise, désormais patronne de Paris (La Lutèce de l’époque des Huns). En effet, celle dont « l’histoire de ses amours avec Lancelot est l’objet de maints galants épisodes » (dictionnaire Larousse de 1930) verra son fol amour être transcendé puisqu’elle se retirera au couvent.

Guenièvre a tout pour être heureuse… Son Arthur est tout de même le Roi, il est noble, certainement cultivé pour son époque (éducation romaine?) probablement bel homme (on a le droit de l’imaginer..) et, de surcroît, il aime sans doute très fort sa Guenièvre, même si ce mariage était une alliance politique comme souvent (on ne manque pas d’exemples actuels) et même si pour le moment elle n’a pas donné d’héritier à la couronne (ce dont il n’est jamais question à ma connaissance dans les textes). En plus, il a fondé cette merveilleuse Table Ronde égalitaire qui est gage de concertation et désir de paix. Donc tout va bien!

Sir Lancelot and Guinevere
Sir Lancelot and Guinevere

Ce qui est nouveau avec Guenièvre, et ce XIIe siècle; c’est L’Amour avec un grand A … Cet  esprit de l’Amour courtois de Toulouse s’est répandu par des chemins divers dont celui de la cour d’Aliénor d’Aquitaine. Cet amour est né réciproquement dans un seul regard, c’est notre « coup de foudre » moderne. Pour Guenièvre, il s’agit d’un choix d’adulte (adultère..) entre un vrai homme et un vrai homme. Car Lancelot est quand même le Meilleur Chevalier du Monde…

Autre nouveauté, le respect de l’autre apparaît…

– Respect de Guenièvre envers Arthur (elle l’aime toujours à n’en pas douter).

– Respect de Lancelot pour Arthur (qui est et demeurera malgré tout son ami le plus cher).

– Respect d’Arthur envers sa femme et son ami malgré sa douleur et sa colère

– Respect aussi de l’entourage que l’ont ressent dans les textes pour ces trois personnes toutes « victimes » de cette passion amoureuse.

Même Morgane et son fils Mordred, jaloux d’Arthur et de son pouvoirn vont hésiter longtemps avant de prendre la décision de trahir les amants.

Le Roi Arthur lui-même aurait peut-être été prêt à s’incliner devant le tourbillon de cette passion qui le dépasse et dépasse les amants, ses hésitations à les punir le prouve, mais il a une responsabilité sociale (choix entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité comme dit le sociologue Max Weber).

Guenièvre a-t-elle conscience qu’en risquant de briser le double lien de Chevalerie et d’amitié entre Arthur et Lancelot elle risque aussi de provoquer l’effondrement du Royaume? Certainement. On la suppose intelligente et responsable Alors pourquoi céder aux avances de Lancelot? (car n’oublions pas que si les demandes viennent normalement de l’homme, Guenièvre est encore un peu une femme celte qui connaît la nuit de Beltain et donc décide aussi).

fortescue Brickdale - Guenièvre nonne, fait pénitence
Fortescue Brickdale – Guenièvre nonne, fait pénitence

On ne peut donc pas penser que c’est une « amourette » ou une « aventure » mais bien un amour vrai, réel, sincère. Elle est romantique avant l’heure…

D’autres amants du Moyen Age, Tristan et Yseult, vont devenir célèbres. Mais au moins Yseult aura une bonne excuse: le fameux Philtre qu’elle devait boire non pas avec Tristan mais avec son futur époux le Roi Marc. Hélas pour elle, la pauvre Guenièvre n’aura pas cette chance et elle semble malgré tout pleinement consciente de ce qu’elle fait. Certes il n’y a pas de philtre ou de magie quelconque (bien que Gwenyfar soit une des trois déesses celtiques avec Viviane et Morgane) mais il y a comme on dit la « magie » du regard par ou transparaissent l’amour et l’âme…

Guenièvre n’est plus dans le domaine féerique alors que les personnages qui l’entourent sont associés à des phénomènes « surnaturels » :

– Arthur a sorti l’épée Excalibur du Rocher,

– Lancelot a été élevé par Viviane, la Dame du Lac

– Morgane est magicienne et connaît les Herbes

– Et bien sûr, il y a Merlin à l’origine avec tout son héritage celtique.

Sources : Geneviève Esquenet

La porteuse de Graal -3/4-

Suite de l’histoire de la fille du Roi Pellès ( le Roi Pêcheur) – la porteuse du Graal – et de Lancelot …

Lancelot and ElaineCar rien n’est possible sans machination. La vielle femme, qui se révèle quelque peu sorcière, fait allusion à la passion exclusive que Lancelot a pour la Reine Guenièvre «  qui lui interdit de désirer toute autre femme ». Et elle conclut : » Il faut donc manœuvrer avec habileté de façon à ce qu’il ne s’aperçoive de rien. » Et sans s’en rendre compte, Lancelot va être la victime – non consentante – de ce qu’on appellerait en termes de droit « dol et tromperie ». Mais qui veut la fin veut les moyens, même si ceux-ci sont forts suspects.

Tout se déroule comme prévu. La suivante Brisane fait croire à Lancelot que la reine Guenièvre va passer la nuit dans une forteresse voisine et qu’elle l’attend avec impatience. Elle conduit le chevalier vers son rendez-vous après avoir pris soin d’emporter une fiole contenant une  »potion magique » qui persuadera Lancelot qu’il est en présence de Guenièvre. Elaine with Lancelot's ShieldEt, pendant ce temps, Pellès envoie sa fille à la même forteresse, par un autre chemin. Effectivement, après avoir bu le breuvage, Lancelot se croit dans l’une des résidences d’Arthur et n’hésite pas à rejoindre celle qu’il croît être Guenièvre.

« Ainsi furent unis le meilleur et le plus beau des chevaliers et la plus belle des vierges appartenant au plus haut lignage de ce temps, animés tous deux par un même désir mais pour des raisons différentes : elle ne se donnait à lui non pas tant pour sa beauté, ni par luxure ni par échauffement des sens, mais pour recevoir le fruit grâce auquel tout le pays, ravagé à la suite de coup douloureux reçu par le Roi Pêcher, devait recouvrer sa beauté première. » ( version Gautier Map, trad. J Markale)

Guinevere and Lancelot.Tout le contexte indique que la fille du Roi Pêcheur est passionnément amoureuse de Lancelot – d’ailleurs – toutes les femmes qu’il rencontre tombent amoureuses de lui et s’offrent à lui avec une rare impudence. Beaucoup plus tard, lorsque qu’elle viendra à la cour d’Arthur en compagnie de son père, elle s’arrangera, toujours grâce à la  »potion magique » de Brisane, pour passer une seconde nuit dans le même lit que Lancelot. Il serait ridicule de faire de la Porteuse du Graal, une nouvelle Vierge Marie se sacrifiant pour sauver le Royaume…

Paris, Bibliothèque de l’Ecole des Beaux-Arts, Ms. 0482, detail of f.60v. Book of Hours. 15th centuryOn pourrait faire , suggère J Markale, une lecture psychanalytique de ‘haut vol’, à partir des travaux de Jessie Weston ( deb XXe s.). Sachant que le mot Graal vient de l’ancien occitan gradale, devenu depuis grazale, et qui est du genre féminin, il n’est pas ridicule d’affirmer que, pendant le cortège, la fille du Roi Pêcheur présente son sexe de façon à ce que Lancelot en soit fou de désir. Le graal n’est qu’un récipient, un réceptacle, une matrice dont l’ouverture est une vulve. Cette matrice est à l’image du royaume du Roi Pêcheur, stérile parce qu’elle est vide. Chrétien de Troyes s’est bien gardé de dire ce que contenait ce récipient mystérieux. Il est probable qu’il ne le savait pas lui-même. Ce sont ses continuateurs qui y ont mis le sang du Christ…

The Sacred Marriage by Emily Balivet
The Sacred Marriage by Emily Balivet

Ici, l’union de Lancelot et de la Porteuse de Graal, est un hierogame, un mariage sacré… Tout héros de lumière, tout salvateur ont des naissance irrégulière, hors du commun…

Le personnage de Lancelot du Lac n’est lui-même que l’aspect héroïsé, presque folklorique, du grand dieu pan-celtique Lug au Long Bras, le Multiple artisan, celui qui représente toutes les fonctions divines, qui dispose d’une lance redoutable dont la chaleur est telle qu’il faut la plonger dans un chaudron rempli de sang humain pour la refroidir…

Donc, la conjonction de la prêtresse et du dieu incarné s’est faite, mais sous un voile de ténèbres et par le biais d’une illusion magique. Tout cela est en quelque sorte du domaine du rêve, de l’irréel. album Auzou LancelotLe matin, quand le soleil se lève, le voile se déchire et le réel reprend ses droits. L’effet du breuvage magique s’est dissipé, et Lancelot comprend qu’il a été dupé : ce n’est pas Guenièvre qui est à ses côtés, mais la fille du Roi Pêcheur. Il ne cherche pas à comprendre. Furieux parce qu’il a été infidèle – même sans le vouloir – à la femme qu’il aime, il veut tuer le la jeune femme, sans doute dans l’intention puérile d’effacer toute trace de ce qu’il considère comme un péché contre l’amour. Et ce n’est que par sa douceur et par ses larmes que la Porteuse de Graal parvient à le calmer, puis à l’apitoyer. Lancelot repartira vers son destin, et celui de la fille de Pellés se déroulera comme prévu.

– Sources : Les dames du Graal de Jean Markale.

La porteuse de Graal -2/4-

King Pelles' Daughter bearing the Sancgraal, 1861
King Pelles’ Daughter bearing the Sancgraal, 1861

Dans les récits du Graal, cette porteuse du Saint-objet, est reconnue comme la fille du Roi Pêcheur, et ultime descendante d’une lignée sacrée, celle qui remonte à Joseph d’Arimathie, et même à Salomon.

Le récit gallois affirme que le Roi Pêcheur est l’oncle du héros Peredur-Perceval qui est le héros attendu, celui qui doit guérir le Roi Pêcheur blessé et devenir à son tour le gardien du Graal.

Perceval apparaît pour certains, trop païen… L’influence cistercienne du récit de ‘Gautier Map’ lui substitue un autre personnage, Galaad, le double mystique de Lancelot, le meilleur chevalier du monde, un chevalier débarrassé, comme le dit le texte , de son échauffement de luxure.

Eleanor Fortescue-Brickdale ~ Lancelot ~  Idylls of the King by  Alfred Lord Tennyson ~ 1913
Eleanor Fortescue-Brickdale ~ Lancelot ~
Idylls of the King by
Alfred Lord Tennyson ~ 1913

Mais alors, tout se complique. Avec qui Lancelot allait-il donner naissance à l’Élu ? Avec Guenièvre, son seul amour ? Cela eût été la reconnaissance officielle de la légitimité de l’adultère. Il fallait trouver autre chose. Et l’on a trouvé. Puisque la fille du Roi Pêcheur est la descendante d’une lignée sacrée et que Lancelot lui-même appartient à cette même lignée, le héros du Graal, pur et sans tache, ne pouvait naître que de l’union de ces deux êtres…

Conduite par une femme dont on ne connaît pas le nom, mais qui est en quelque sorte son introductrice, Lancelot arrive dans la forteresse de Corbénic dont le maître est Pellès, le Roi Pêcheur. La première chose qu’il voit, c’est une jeune fille plongée dans une eau qui semble bouillir. Et cette jeune fille le supplie de la délivrer de son terrible supplice. « Lancelot la saisit par les bras et la tire aussi facilement qu’une botte de paille. » Cela, personne avant lui n’avait pu le faire, pas même le preux Gauvain. On comprend donc qu’il est prédestiné et que sa venue à Corbénic n’est pas due au hasard. C’est alors que les habitants du lieu emmènent Lancelot vers le cimetière et lui demandent de satisfaire à une autre épreuve : soulever la dalle d’une tombe, ce qu’auparavant personne n’a réussi à faire. Or, sur la dalle on peut lire cette inscription : « Jamais cette pierre ne sera soulevée avant que n’y mette le léopard dont sera issu le grand lion. Alors sera engendré le grand lion en la fille du Roi de la Terre foraine. ». SirborsÉvidemment Lancelot ne comprend pas le sens de cette inscription, et ne se doute nullement qu’il va bientôt rencontrer la fille de la Terre Foraine, autrement dit la Porteuse de Graal. Il soulève la dalle, en fait surgir un serpent monstrueux qui vomit des flammes combat celui-ci et le tue. Il est alors reçu triomphalement par le Roi Pêcheur. Au cours du repas, pendant lequel les plats, présenté vides, sont remplis dès le passage du Graal, il voit pour la première fois la fille de son hôte. En apparence, rien n’est prémédité, mais on comprend vite que tout est truqué dans cette affaire …

En effet, après avoir appris que le héros est le fils du roi Ban de Benoïc, Pelles a cette réflexion qui en dit long, mais que Lancelot ne comprend toujours pas : « J’ai toutes las raisons de croire que mon pays va être délivré des étranges aventures qui s’y produisent jour et nuit, et cela grâce à toi ou à quelqu’un de ta descendance » A quoi Lancelot rétorque sèchement : «  Je ne suis pas marié et je ne pense pas avoir engendré un enfant. »

A ce moment, une vieille femme vient trouver le Roi Pêcheur et l’entraîne à l’écart. «  Qu’allons-nous faire de ce chevalier que Dieu nous a amené ? » demande t-elle. Car, pour les habitants de Corbénic, il ne fait aucun doute que Lancelot est un envoyé de Dieu :

Eleanor Fortescue Brickdale  Knight carrying child
Eleanor Fortescue Brickdale
Knight carrying child

il leur faut maintenant tout mettre en œuvre pour appliquer le plan divin, même si celui-ci paraît en dehors des normes morales. «  Je n’en sais rien, répond le roi, sinon qu’il aura ma fille pour disposer d’elle selon son désir. »

Donc, la décision est prise d’avance : Lancelot doit engendrer un enfant avec la fille du Roi Pêcheur, la Porteuse de Graal, « celle qui doit être pure et exempte de toute fausseté ». On verra d’ailleurs qu’en fait de fausseté, elle n’a pas de leçon à recevoir de personne : elle se prêtera avec joie et plaisir à la machination qui se prépare.

– Sources : Les dames du Graal de Jean Markale.

The Story of Sir Lancelot and His Companions par H. Pyle

Howard Pyle ( 1853 – 1911) est un illustrateur américain et écrivain d’ouvrages destinés à la jeunesse.

Avec beaucoup d’ouvrages, en particulier celui sur Robin des bois, nous pouvons retenir:

1903 The Story of King Arthur and His Knights ;
1905 The Story of The Champions of the Round Table ;
1907 The Story of Sir Lancelot and His Companions ;
1910 The Story of the Grail and the Passing of Arth

La galerie ci-dessous concerne les illustrations extraites de l’ouvrage:

Howard Pyle 1853 –1911 American great illustrator & author Couv

The Story of Sir Lancelot and His Companions

 

Idylles du Roi – Elaine

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Idylles du Roi

Illustrations de

George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead

Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

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« Lancelot et Elaine »

« Quels êtres voyons-nous ? Des hommes ou des fantômes ? Par momens leur étreinte est une étreinte humaine ; nous croyons voir un sang chaud, vivant, monter de leur cœur à leurs joues. Puis ils se dérobent, fuient dans le passé jusqu’au-delà des limites de l’histoire. Certains traits semblent préciser une date, caractériser une race. Le sentiment de docilité protectrice dont les deux frères d’Elaine entourent leur sœur conviendrait bien à deux ‘English boys’ revenus pour passer à la maison les vacances de l’université. Quand nous entrons dans le manoir où le père d’Enide donne l’hospitalité à Gérain, nous reconnaissons la bonhomie d’un pauvre squire de campagne ; quand la jeune fille desselle le cheval de l’hôte, fait et sert le dîner de ses mains délicates, quand elle s’inquiète, avec sa mère, du costume qu’elle mettra pour paraître à la cour, nous assistons au côté patriarcal de la vie féodale. Toutes les nuances sont observées. On ne parle pas, on ne s’habille pas, on ne dîne point de même à la cour du roi Arthur et dans le petit château du sire d’Astolat. Une réconfortante odeur de rôti s’échappe des cuisines royales auxquelles préside sir Kay, et achève de nous persuader que nous n’avons pas affaire à des ombres. Nous croyons avoir pris pied dans la réalité. » Extrait d’un texte d’Auguste Filon 1885  »Lord Tennyson »

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