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Le Moyen-âge, Histoire et Littérature

Le Moyen Âge est une période de l’histoire de l’Europe, s’étendant du Ve siècle au XVe siècle, qui débute avec le déclin de l’Empire romain d’Occident et se termine par la Renaissance et les Grandes découvertes. Le Moyen-âge dure 10 siècles : 1000ans … !histoire-de-merlin-merlin-dictant-ses-prophécties-à-blaise-roman-du-xiiic

Le Moyen Âge central ( après l’an mil) voit la formation des actuels États d’Europe occidentale. Les rois de France, d’Angleterre et d’Espagne renforcent leur pouvoir et instaurent des institutions durables.

Dès 800, on trouve des textes anglais écrits en latin qui évoquent le roi Arthur, le plus célèbre d’entre eux est l’Historia Brittonum (L’Histoire de la Bretagne), écrit par un clerc nommé Nennius.

Le Roi Arthur, qui aurait pu vivre au Ve ou VI e siècle, et se serait opposé aux invasions saxonnes, consolide la lignée généalogique des rois d’Angleterre… Henri II Plantagenêt s’y rattache.

Geoffrey de Monmouth livre en 1138 son Historia regum Britanniae, chronique en latin relatant les principaux événements historiques de la Grande Bretagne…

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Le roi Plantagenêt décide alors de confisquer la légende afin de se présenter comme l’héritier légitime du roi Arthur et il confie au clerc anglo-normand Wace, la « mise en roman », autrement dit la traduction du texte latin Geoffrey de Monmouth en langue vernaculaire, dans le cas présent en français.

Ces histoires, qui constituent la matière de Bretagne, passent en France au XIIe siècle sous forme de lais, dont les plus célèbres sont ceux de Marie de France.Effigies at Fontevraud Abbey of English Kings Richard I, Henry II and Queen Eleanor

Chrétiens de Troyes se présente néanmoins comme celui qui donne à la légende arthurienne une nouvelle dimension littéraire. La légende littéraire, replace les aventures du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde dans un environnement contemporain, le XIIème siècle …

Cette époque, incarne l’âge d’or de la chevalerie et les chevaliers de la Table Ronde figurent parfaitement toutes les valeurs qu’elle véhicule.Chateau Chevaliers

Ci-dessous, des exemples d’articles – parmi nombreux autres sur ce site – sur le thème du  » Moyen-Age, Histoire et Littérature  »… Chaque article, peut vous conduire à d’autres articles, pour le prolonger… Bonne Quête… !

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Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -2/3-

A voir ci-dessous: L’abbaye de Fontevraud sert de décor à l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine
Musique : « Ask The Mountains » de Vangelis (Google Play • iTunes)

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Alienor d'AquitaineAliénor ne reprend sa place à la cour que pour la Noël de l’an 1184. Entre temps, son fils aîné Henri, le jeune futur roi, est mort ; morte aussi la belle Rosemonde dont la présence a consommé l’éloignement d’Henri et Aliénor. Une sorte de trêve de Noël voit donc Aliénor reparaître auprès de son époux, qui pour la circonstance lui fait don d’une très belle robe d’écarlate…

Aussitôt libérée temporairement par Henri II, du début de 1185 au printemps 1186, elle se met à faire preuve envers l’Ordre d’une générosité telle qu’elle n’en a jamais manifestée auparavant.

Henri II Plantagenet
Henri II Plantagenet

Dès le 25 janvier 1185, alors qu’elle n’a pas même encore quitté l’Angleterre, c’est avec son accord — évidemment doublé de celui du roi — que, depuis Chinon, son fils Richard dote les moniales d’une rente annuelle de mille sous, versée moitié à Noël, moitié à la Saint-Jean (24 juin), sur la prévôté de Poitiers. Peu après, à peine revenue sur le continent et se trouvant à Alençon, elle leur accorda elle-même, « pour le salut de son âme et de celle des siens », une autre rente d’un montant double, à savoir cent livres à la Saint-Martin d’hiver (11 novembre) dont cinquante sur le vinage de Benon et de Marcilly, en Aunis, et autant sur les revenus de la prévôté de Poitiers, plus précisément ceux du minage comme nous l’apprennent des chartes confirmatives d’Henri II et de Richard. D’autre part et surtout, en cette même année 1185 ou au début de 1186 — avant que son mari ne l’exile à nouveau Outre-Manche d’où elle ne revient qu’au début de 1190, après son veuvage —, elle fonde et dote, avec l’assentiment du roi et de ses fils Richard, Geoffroi et Jean, le prieuré fontevriste de Sainte-Catherine de La Rochelle…

Glenn Close and Patrick Stewart in The Lion in Winter (2003)
Glenn Close and Patrick Stewart in ‘ The Lion in Winter ‘ (2003)

Selon toutes apparences, Henri II n’a momentanément libérée, Aliénor, que pour se servir d’elle comme d’un vulgaire instrument de chantage pour faire céder Richard qui, aîné de ses trois seuls fils survivants depuis la mort d’Henri le Jeune, est en révolte et à la veille de se voir retirer le duché d’Aquitaine. Manœuvrée mais non dupe pour autant, Aliénor, réalise l’intérêt pour elle-même et, plus encore, pour son cher fils Richard qu’elle associe à ses dons, de s’attacher le puissant institut qui, soumis à l’emprise — acceptée car profitable — de son mari et récent geôlier, est largement implanté en Aquitaine et dans tout l’« Empire angevin ».

Ainsi, en ces années 1185/86, c’est paradoxalement par le biais de leurs affrontements que l’époux et l’épouse devenus ennemis se sont finalement rejoints en une commune sollicitude envers Fontevraud. Renvoyée Outre-Manche au printemps 1186, Aliénor n’en revient qu’au début de 1190, après son veuvage. Henri II a fait le choix d’être inhumé dans l’abbatiale, inhumation effectuée dès le lendemain de son lamentable décès survenu à Chinon le 6 juillet 1189. Alors qu’en une notice nécrologique dithyrambique la mémoire du roi défunt est exaltée par les fontevristes, sa réaliste veuve, maintenant reine-mère, prend résolument son relais en ne cessant plus d’être, désormais, leur éminente bienfaitrice. À l’heure où la menace capétienne sur l’« Empire angevin » se précise de plus en plus, Aliénor est en effet pleinement convaincue, à présent, de la nécessité de bénéficier des prières et, davantage encore, de la fidélité de Fontevraud dont l’abbaye-mère s’éleve au contact des deux moitiés, citra et ultra-ligériennes, des possessions continentales des Plantegenêt.

Médaille Aliénor
Médaille Aliénor

En 1192 ou 1193, Aliénor confirme la cession aux fontevristes du prieuré anglais d’Ambresbury, par l’une de ses demoiselles d’honneur, Amicia Pautos, de la moitié de la terre de Winterslawe, en Wiltshire, qu’elle lui avait donnée en reconnaissance de ses services. Mais elle leur fait sans doute une autre faveur bien plus notable : ayant, pendant la captivité du roi Richard, sollicité divers monastères, tel Saint-Martial de Limoges, pour rassembler sa lourde rançon de cent mille marcs d’argent, elle semble bien avoir dispensé les religieuses de Fontevraud de toute contribution ; celles-ci ne font en tout cas aucune allusion à un effort financier alors exigé d’elles quand, en 1199, elles évoquent les malheurs de Richard dans son éloge posthume et elles se bornent à y rappeler que, du fond de sa prison, le captif avait imploré leurs prières.

Alienor d'Aquitaine
Alienor d’Aquitaine

C’est à partir de la fin mai 1194 et pendant les dix dernières années de sa vie qu’à la suite d’une importante décision personnelle d’Aliénor ses liens avec Fontevraud se resserrent, plus que jamais auparavant. À cette date de 1194 en effet, une fois Richard libéré réintronisé en Angleterre et réconcilié devant elle, à Lisieux, avec son frère-ennemi Jean, elle choisit, sa tâche ayant pu lui apparaître, pour l’heure, accomplie, de se retirer à l’abbaye. Toutefois, elle se garde bien d’en prendre l’habit aussitôt. Elle s’y installe avec une petite cour comportant notamment des clercs et chapelains privés et des domestiques personnels tel ce cuisinier auquel elle fait don d’une terre. Elle est loin, aussi, d’y vivre en recluse et, dans une conjoncture bientôt redevenue préoccupante, elle ne cesse d’agir, âme, comme chacun sait, de l’ultime résistance des Plantegenêt face au Capétien.

A la veille de sa mort, en 1199, Aliénor octroie à Poitiers la première charte des communes
A la veille de sa mort, en 1199, Aliénor octroie à Poitiers la première charte des communes

Elle quitte fréquemment son asile et non pas seulement pour les environs immédiats, Saumur, Bourgueil ou Chinon; en avril 1199, elle accourt en Limousin pour recueillir le dernier soupir de Richard mortellement blessé devant Châlus ; après quoi, jusqu’à l’été, en vue d’assurer le pouvoir de son dernier fils Jean sans Terre, elle chevauche avec les routiers de Mercadier contre les Angevins qui, s’opposant à Jean, ont choisi pour comte son petit-fils Arthur de Bretagne, puis parcourt le Poitou et toute l’Aquitaine avant de gagner, en juillet, Tours — où elle prête hommage à Philippe Auguste — et Rouen ; elle repart peu après pour la Gascogne ; de janvier à avril 1200, elle va, quitte à en revenir épuisée, chercher en Castille sa petite-fille l’infante Blanche qui, promise à Louis de France, futur Louis VIII, sera la mère de saint Louis. A l’été 1202 encore, bien qu’à présent octogénaire, elle prend, depuis Fontevraud, la tête d’une chevauchée contre son petit-fils Arthur, allié du roi de France, et, assiégée dans Mirebeau, n’est délivrée extremis que par son fils Jean qui s’empare du dit Arthur. Au fond, bien plutôt que lieu de retraite, l’abbaye, située dans une position stratégique, est pour elle, presque jusqu’à son dernier souffle, une commode base d’opérations.

La beauté de la femme, au Moyen-âge – 3 – La sorcière

SorciereSi la jeune femme est une tentatrice, la vieille sale et répugnante incarne la sorcière et le visage de la mort. Avec la ménopause, elle ne peut plus évacuer les humeurs dangereuses que produit le corps, elle les garde en elle et devient aussi nocive que le poison le plus violent.

balai_sorcièreLongtemps, les autorités ecclésiastiques se sont montrées réticentes face à ce qu’elles considèrent comme des superstitions… Un guide de visites épiscopales, rédigé à la demande de l’archevêque de Trêves en 906, dénonce les  »vieilles croyances » en particulier, les chevauchées nocturnes des femmes … L’archevêque l’assure fermement : croire en de telles illusions, c’est se laisser tromper par Satan…

Cependant, sous l’influences des ‘hérésies’ et de l’apparition des ordres mendiants.. la sorcellerie devient une arme politique utilisée par les puissants…Sorcière

La bulle Super illius specula du pape Jean XXII marque un tournant en 1326… Elle est désormais non plus considérée comme une superstition, mais comme une hérésie, une hérésie satanique. Sa répression est confiée à l’inquisition…

 » Le marteau des sorcières  » écrit par des dominicains en 1486 est un véritable cri de haine contre les femmes.

Sources : La vie des femmes au Moyen-âge par Sophie Cassagne.

Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -1/3-

Louis VII prend l'oriflamme à Saint-Denis, avec Alienor

Après avoir été éloignée – du temps de son mariage avec Louis VII ( Roi de France) – de toute activité politique; Aliénor d’Aquitaine ne sera pas déçue et va vivre des années fécondes, non seulement parce qu’elle donne naissance à huit enfants, mais parce qu’elle se révèle administratrice infatigable ; le grand nombre de lettres et chartes émanant d’elle montre quelle attention elle porte, à la fois à ses domaines personnels et au Royaume tout entier…

Abbaye Fontevraud 1

L’exemple en est son attachement de plus en plus proche avec l’abbaye de Fontevraud, prouvé par ses nombreuses chartes, qui nous révèlent l’activité d’une reine en cette seconde moitié du XIIe siècle… Aliénor, perpétue ce qui était devenu comme une tradition dans sa lignée en se rendant à Fontevraud.

L’histoire de l’abbaye débute en 1101, année de la première Croisade et de la prise de Jérusalem. L’abbaye est fondée par un ermite breton,

Robert d'Arbrissel fonde l'abbaye de Fontevraud
Robert d’Arbrissel fonde l’abbaye de Fontevraud

Robert d’Arbrissel à qui le pape Urbain demande de prêcher la croisade en Anjou. Il devient prédicateur itinérant et sillonne, à ce titre, tout l’Ouest de la France. Le charisme de cet homme attire des centaines de personnes qui décident de le rejoindre à Fontevraud pour y créer une communauté religieuse.

Grâce à la générosité des comtes d’Anjou, Robert d’Arbrissel va commencer la construction de deux couvents : le Grand Moûtier (ou couvent Sainte-Marie) pour les religieuses, et le couvent Saint-Jean pour les moines. Robert d’Arbrissel dédie sa fondation à le Vierge Marie dont il veut perpétuer la maternité spirituelle. C’est pourquoi ce sont toujours des abbesses qui régiront l’abbaye et religieuses et moines lui devront tous obéissance et respect filial.

Au XIIème siècle, l’ordre compte 300 contemplatives et 5000 religieux nommés les Fontevristes.

Fontevraud - L'abbaye  - 1699
Fontevraud – L’abbaye – 1699

Curieusement voulu, par son fondateur, mixte et gouverné par une abbesse ayant autorité tant sur des moniales que sur des frères assujettis à celles-ci, l’Abbaye de Fontevraud était rapidement devenu célèbre ; relevant du diocèse de Poitiers, il n’avait pas tardé à essaimer largement, spécialement en Poitou et en Aquitaine. La grand-mère paternelle d’Aliénor, Philippa de Toulouse, épouse bafouée du duc troubadour Guillaume IX d’Aquitaine, avait de bonne heure honoré Fontevraud de sa visite avant de fonder en 1114, dans son Toulousain natal, le prieuré fontevriste de Lespinasse où elle était morte peu après sous le voile qu’elle y avait pris avec sa fille Audéarde.

Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869
Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869

La première visite d’Aliénor, connue à l’abbaye, lui permet de promulguer la toute première de ses chartes personnelles en faveur de Fontevraud, intervient en 1152, aux lendemains immédiats de son divorce et de son rapide remariage avec Henri Plantegenêt, comte d’Anjou – Maine – Touraine et duc de Normandie. Elle lui apporte, comme naguère à Louis VII, le duché d’Aquitaine en dot et elle reçoit le 19 décembre 1154, avec Henri la couronne d’Angleterre.

Suivront ensuite : une installation d’un monastère de l’ordre à Westwood en Angleterre ; des conventions passées entre le monastère et les habitants d’Angers au sujet du péage des Ponts de Cé ; et autres droits et concessions …

Alienor d'Aquitaine 3Marquée par une très généreuse donation à l’abbaye, l’année 1170 est une date capitale pour Aliénor et Henri : celle des accords de Montmirail… En présence du roi de France, Henri II se reconnaît son sujet et son vassal pour toutes les possessions sur le continent, et repartit entre ses enfants les divers territoires du royaume Plantagenêt. De ces accords qui ont lieu pour l’Épiphanie de 1170 ( 6 janvier), Aliénor est absente et ne va trader à prendre sa revanche en faisant à son tour acte de politique personnelle : pour Pâques de la même année, elle instaure solennellement, comme duc d’Aquitaine et Comte de Poitou, son second fils Richard, celui que plus-tard on nommera Cœur de Lion.

Dans l’esprit d’Aliénor, la cérémonie n’eût pas été complète si elle n’avait pas été suivie d’une donation solennelle à l’abbaye de Fontevraud. Elle y associe ses fils et aussi son époux ( dont elle est de plus en plus éloignée à l’époque, puisque c’est le temps où il la trompe ouvertement avec la belle Rosemonde). L’acte porte sur plusieurs terres, en particulier l’une sur la cour royale qui va de  »Belle Villa » à Chizé, et sur les bois d’Argathum ( Argy).

Autre charte en faveur de l’abbaye, que celle promulguée conjointement par elle et par son fils Richard, promu duc d’Aquitaine depuis 1169, sa charte que confirme, en même temps, une autre, perdue, d’Henri II, est passée à Chinon où le roi, alors à l’apogée de sa puissance, tient, entouré des siens, sa cour à Noël 1172.

THEATRE GALISSON - Carole Galisson, ici dans le rôle d'Aliénor d'Aquitaine
THEATRE GALISSON – Carole Galisson, ici dans le rôle d’Aliénor d’Aquitaine

Aliénor reprend résolument son titre de duchesse d’Aquitaine, comtesse de Poitiers. C’est aussi l’époque où elle soulève ses États contre le pouvoir devenu despotique d’Henri Plantagenêt. En 1173, la révolte, qui couve partout, animée par la reine et incarnée en ses fils Henri le Jeune et Richard, éclatera ouvertement. Elle ne sera matée par Henri II que l’année suivante, lorsque, surprise en vêtements d’homme au milieu d’une petite escorte de Poitevins, au moment où elle tente de gagner les terres de son premier époux, Louis VII roi de France, la reine Aliénor est faite prisonnière.

L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)
L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)

Prisonnière de son mari, d’abord à Chinon de fin novembre 1173 à juillet 1174, puis en Angleterre pendant la douzaine d’années qui suivit l’échec de cette grande révolte, elle ne retrouve sa liberté — et, encore, temporairement — qu’au début de 1185. Au long de ces années, les fontevristes — demeurées dans les meilleurs termes avec le roi qui continue de multiplier les interventions et donations en leur faveur ne semblent nullement s’être préoccupées de son triste sort et il est remarquable qu’en 1204 encore, exaltant sa mémoire dans son éloge nécrologique, elles se soient prudemment abstenues de toute allusion à sa longue captivité. Pour l’heure, elles s’inquiètent de ce qu’il allait advenir des dons qu’elle leur a consentis en forêt de Chizé et, vers 1180, elles prennent la précaution de les faire confirmer par son fils Richard, duc d’Aquitaine. Quant à Aliénor elle-même, elle refuse en 1175 une proposition de son époux de lui rendre la liberté sous condition de sa prise de voile à Fontevraud.

La mort du roi Richard Coeur de Lion, à Châlus en Limousin. -2/2-

Toujours déterminé à exécuter ses projets belliqueux, le roi d’Angleterre met donc, le siège devant le château de Châlus-Chabrol.

Gisant en mémoire de Richard_Coeur_de_Lion à Chalus
Gisant en mémoire de Richard_Coeur_de_Lion à Chalus

Châlus provient du latin castellum ( petit château) et Chabrol, du nom du chevalier qui construisit ce château, très probablement un’ Bernard Chabrol’ qui assista en 1028 à la consécration de l’église d’Arnac.

Le château convoité par Richard est seulement défendu par deux chevaliers dans une tour et abrite trente-huit personnes ( hommes et femmes). Les assiégés proposent à Richard de se rendre à lui, en échange de leurs vies sauves, de bons traitements et de la sauvegarde de leurs armes dont ils promettent de ne pas se servir contre lui.

Richard 1er joué par Sean-Connery
Richard 1er joué par Sean-Connery

Ce genre de proposition est courante lors de sièges de châteaux et met généralement fin aux hostilités. Mais furieux contre ses vassaux et voulant sans doute faire un exemple, Richard refuse, jure de prendre le château d’assaut et de faire pendre ensuite tous ses occupants. Des deux chevaliers de la tour, l’un se nomme Pierre Brun qui est précisément Pierre, seigneur de Montbrun ( château voisin de Châlus), fils de Hugues IX le Brun, Sire de Lusignan. On ne sait rien sur l’autre chevalier sinon qu’il s’agit d’un certain Pierre Basile. Est-il un parent de Pierre de Montbrun, ou le seigneur de la proche localité de Saint-Basile ? Arbalette Richard petitLe fait est que c’est lui qui tire la flèche fatale sur Cœur de Lion. Il ne faut pas manquer de courage ni de détermination pour tirer sur le roi d’Angleterre. Basile l’a t-il fait de son chef ou a t-il obéi aux ordres de Pierre de Montbrun?   Il pouvait envisager à quelles terribles représailles les redoutables mercenaires brabançons allaient se livrer pour venger le roi. Mais Richard, rappelons-le, avait promis de faire pendre tout le monde une fois le château tombé, ce qui ne serait pas long, vu la disposition des forces en présence. Alors, la situation étant désespérée, Basile prend le risque de tuer celui qui est la cause de tant de maux ; il va changer le destin de la France et de l’Europe. Soulignons, qu’à aucun moment les assiégés n’ont fait allusion à un quelconque trésor qui aurait pu servir de monnaie d’échange contre leurs vies ; ceci est un argument de plus contre la thèse du trésor.

Mort de Richard_coeur_de_lion garvure de Felix-Henri-Emmanuel-Philippoteaux
Mort de Richard_coeur_de_lion garvure de Felix-Henri-Emmanuel-Philippoteaux

Comme Richard, insouciant, sans armure, inspecte la forteresse, Basile, depuis sa tour le vise avec son arbalète. Le carreau, grosse flèche de l’arbalète dont le fer a quatre faces, atteint sans coup férir le roi à l’épaule. Certains chroniqueurs dont Bernard Itier du Limousin ont précisé que la blessure a été faite à l’épaule gauche. D’autres, mais moins crédibles parce que plus tardifs ont parlé du bras, du milieu du corps, de l’œil… L’historien Mathieu Paris ( mort en 1259) assure même que le trait a été empoisonné.

Mort de Richard coeur de Lion à Chalus
Mort de Richard coeur de Lion à Chalus

C’est le 26 mars 1199, la blessure que Richard ne prend pas au sérieux au début, s’envenime. Un chirurgien de Mercadier n’arrive pas à enlever le fer à quatre faces, il  »charcute » plus qu’autre chose le roi, la plaie s’infecte et Richard comprend alors la gravité de son état. Mais déterminé à lutter jusqu’au bout contre Adémar, il ordonne tout de même à Mercadier de prendre le château de Châlus puis ceux de Nontron et de Piégut, comme prévu.

Le capitaine des mercenaires lui obéit et tous les assiégés de Châlus sont mis à mort, excepté l’archer qui a touché le roi. Mercadier amène Pierre Basile auprès de Richard qui, mourant, fait grâce de la vie à l’arbalétrier et désire même qu’on lui donne une forte somme d’argent. Mais une fois le roi mort, le cruel Mercadier ne respecte pas ses dernières volontés, et fait écorcher vif puis pendre la malheureux Basile.

La Tombe de Richard 1er à Fontevraud
La Tombe de Richard 1er à Fontevraud

Peu avant de mourir, Richard a demandé qu’on aille prévenir sa mère qui a près de quatre vingt ans et qui vit retirée à l’abbaye de Fontevraud. Après s’être confessé, il aurait désigné son successeur en la personne de son frère Jean par un testament que lui aurait dicté Aliénor. Pour finir il donne ses ordres pour ses funérailles : « Je sais qu’au moment d’expier mes fautes, je ne pourrai que très difficilement échapper aux peines de l’enfer, sauf, la miséricorde de Dieu, et grâce aux prières des servantes-esclaves du Christ, à Fontevraud, que de mon vivant j’ai beaucoup aimées. A présent, en mourant, je m’abandonne à elles.

Boite renfermant le coeur de Richard
Boite renfermant le coeur de Richard

C’est pourquoi pauvre de tout, je vous ordonne de porter là mon corps et malgré mon indignité, de le déposer au pieds de mon père. » Il voulut donc que son corps soit inhumé à Fontevraud, que son cœur soit remis à la Normandie et que ses entrailles restent sur place à Châlus. Ainsi le rappelle cette épitaphe de Richard cœur de Lion, qui après avoir été victorieux de tant de batailles, mourût le 6 avril 1199, à l’âge de quarante et un ans, 11 jours après sa blessure :

« En Poitou la terre de Châlus garde les entrailles de son Duc

Fontevraud hérite de son corps déposé sous le marbre

La Normandie conserve le cœur invincible du Roi

Ainsi trois pays se partagent ses restes illustres

Aucun ne pourrait suffire à les ensevelir »

Aliénor d'Aquitaine, épouse de Henri II Plantagenet et mère de Richard 1er
Aliénor d’Aquitaine, épouse de Henri II Plantagenet et mère de Richard 1er

Richard 1er ne laisse pas d’héritier, la couronne passe à son frère Jean. Infatigable, sa mère Aliénor pendant l’hiver 1199-1200 franchit les Pyrénées accompagnée de l’archevêque de Bordeaux pour se rendre en Castille où demeure sa petite-fille Blanche de Castille. Elle ramène Blanche (12 ans) dans le royaume de France pour la marier à Louis VIII le Lion, fils de Philippe Auguste. Le mariage a lieu le 23 mai 1200. Blanche mettra au monde le fameux Louis IX – ‘Saint-Louis’ – et Aliénor sera l’aïeule de toutes les familles princières et aristocratiques d’Europe.

Sources : L’épopée Richard Cœur de Lion de Marie-Christine Grave du Bourg (1999) Ed Flanant

La mort du roi Richard Coeur de Lion à Châlus en Limousin. -1/2

040454b1b11bf78b27d07d8904d3ab197ff1De retour de croisade, Richard Coeur de Lion (1157-1199)  est capturé par le duc d’Autriche qui le cède à l’Empereur Romain-Germanique Henri VI. Celui-ci demande une énorme rançon pour libérer Richard.

Quand  Richard est libéré en 1194 la guerre avec le roi de France est inévitable. Elle se déroule mal pour Philippe II Auguste ( fils du roi Louis VII) qui est vaincu en 1194 à Fréteval près de Vendôme, le roi de France y perd ses archives. Il est vaincu à nouveau près de Gisors en 1198 et bénéficie d’une Trève

Gravure-de-Richard Cœur-de-Lion lors de son retour en Angleterre en 1194
Gravure-de-Richard Cœur-de-Lion lors de son retour en Angleterre en 1194

(Vernon – janvier 1199) grâce à la médiation du Pape Innocent III.

Richard peut ainsi reprendre les armes contre des vassaux à lui qui avaient passé des traités d’alliance avec le roi de France, pendant sa captivité en Allemagne. Parmi ceux-ci il y a en particulier le comte d’Angoulême et le vicomte de Limoges Adémar V qui sera tué en cette même année 1199, soulignons-le, tué par le fils naturel de Richard, Philippe de Cognac…

Richard the Lionheart
Richard the Lionheart

Désireux de se venger, Richard prend la résolution de détruire tous les châteaux du vicomte de Limoges.

Courant avril, ‘Cœur de Lion’ arrive devant le château de Châlus en Limousin, place forte sur la route de Périgueux.

Selon le chroniqueur anglais Roger de Hoveden ( XIIIe s.) Richard voulait s’emparer d’un trésor caché à Châlus… : « Le vicomte de Limoges, ayant trouvé dans sa terre un grand trésor en or et argent, en envoya une bonne part à Richard, roi d’Angleterre son seigneur ; mais le roi la refusa, disant qu’il devait avoir ce trésor tout entier, en vertu de son droit de suzeraineté. Cependant le susdit vicomte ne voulut nullement le lui concéder. Le roi d’Angleterre vint donc avec une grande armée dans ce pays du Limousin pour faire la guerre au vicomte, et il assiégea un de ses châteaux, qu’on appelle Châluz, dans lequel il pensait que le trésor était caché. »

Le Sceau-de-Richard 1er
Le Sceau-de-Richard 1er

Le poète Guillaume le Breton, quant à lui, raconte : « Dans la terre de Châlus, un certain paysan, placé sous les ordres d’un seigneur qui se nommait Achard, retournait la terre avec sa charrue, lorsqu’il trouva dans le champ labouré un trésor caché. »

Nous savons que Richard avait toujours grandement besoin d’argent, cependant cette hypothèse du trésor reste improbable. Bernard Itier, chroniqueur limousin, contemporain de Richard, affirme que le roi d’Angleterre avait bel et bien l’intention de détruire tous les châteaux et place fortes du vicomte de Limoges.Vicomté de Limoges 2 Ceci est confirmé par un autre historien anglais Raoul Goggeshale : « Richard conduisit son armée contre le vicomte de Limoges, qui, dans le temps de la guerre, s’était révolté contre le roi son seigneur, et avait fait un traité d’alliance avec le roi Philippe ». Le Père Bonaventure avait du reste traduit ce traité d’alliance dont voici un extrait : «  Moy, Aymar, vicomte de Limoges, fais connaître à tous qui verront cet écrit, que j’ay fait accords et conventions suivantes avec mon seigneur Philippe, illustre roi de François ; parce que à cause des injures que Richard, roi d’Angleterre, m’a fait, et à mon frère Aymar Comte d’Angoulême, il alla de ma part vers le roy et je fis confédération avec lui de cette façon :

La Bible de Saint-Yrieix-La-Perche fin-XIe-début-XIIe-siècle
La Bible de Saint-Yrieix-La-Perche fin-XIe-début-XIIe-siècle

Que je l’ayderai toujours selon mon pouvoir comme mon seigneur, et ne me retireray jamais de luy que par ses ordres, et que s’il me joignoit à quelque autre, il me donnera ses lettres-patentes, qu’on me laissera en paix ; et, si on y manquait, il m’aydera contre cluy-la.

Que si un nouveau seigneur vouloit agir contre mon roy Philippe, je m’y opposeray, rendant de bonne foy secours et aide au susdit roy Philippe. Fait à Saint-Yrieix en 1198. »

Si, on reste sur l’idée du trésor et l’impérieuse nécessité de trouver des fonds… Richard sait qu’à moins de 15 kilomètres, à Saint Yrieix la Perche, se trouvent les plus importantes mines d’or de France, encore exploitées aujourd’hui. Peut-être aussi, que le vicomte de Limoges oublie soigneusement de remettre à son suzerain son dû….

A suivre….

Le Saint Graal et l’histoire de la Chrétienté.

La religion de Chrétien de Troyes est axée sur la passion du Christ et le péché. Cette christologie est très simple et très traditionnelle. La présence effective du Christ est purement allusive, elle est plus suggérée qu’explicite, elle est en tout cas médiatisée par un arsenal symbolique que le héros lui-même ne déchiffre que patiemment et difficilement ; et partiellement d’ailleurs….

Queste del Saint-Graal, Les Chevaliers à la Table du Graal, Manuscrit sur parchemin, copié à Tournai en 1351, enluminures par Pierars dou Tielt, BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms. 5218 fol. 88

 

Quarante ans plus tard, dans La Queste del Saint-Graal (1225) , le Christ est devenu le personnage central, la clé de voûte sur laquelle tout l’édifice romanesque repose… c’est une véritable Imitation de Jésus-Christ que la Queste requiert du chevalier chrétien.

Que s’est-il passé entre les années 1180 et 1225… pour la chrétienté occidentale ?

  • Il y a eu quatre croisades en Terre Sainte.

  • La campagne de répression des hérétiques flamands en 1182-1183.

croisade albigeois Innocent III

  • La préparation (1198) et la fin (1229) de la longue guerre menée contre le catharisme occitan par la chevalerie venue du nord, la croisade contre les albigeois.

  • En 1224, l’échec lamentable de la croisade de Simon et d’Amaury de Montfort : apparaît alors La Queste, une œuvre mystique qui ne voit plus désormais dans la guerre l’idéal de la chevalerie chrétienne….simon_1

  • Les cisterciens très présents dans la croisade des Montfort, tirent les leçons, au plan spirituel, de la cuisante défaite de 1224 et proposent à la chevalerie un autre idéal que la guerre…

  • Le quatrième concile œcuménique de Latran présidé par Innocent III qui, en même temps, et dans un même élan pourrait-on dire, proclame d’entrée de jeu le dogme de la transsubstantiation et condamne à la fois Joachim de Flore pour sa conception historiciste de la Trinité, et l’hérésie cathare – autrement dit des systèmes qui dévaluent le rôle du Christ au profit du Saint-Esprit…Croisade albigeois Enluminure des Grandes Chroniques de France

  • Sur les 185 croisés de haut rang partis se battre contre les albigeois, 70 venaient des Etats du comte de Champagne et de celui de Flandre… ( aire géographique qui vit naître et se développer les romans du Graal) …

  • Après ces événements, et le Traité de Paris de 1229, le Saint-Siège renvoie dans ses foyers la chevalerie, qui a opéré des conquêtes territoriales et politiques au profit de la couronne de France, mais n’a pas du tout résolu la question hérétique … inquisitionUn nouveau système de « répression » de l’hérésie, sera confiée à des religieux, essentiellement des dominicains… Et ce sera l’inquisition.

On trouve dans la Queste une fort éloquente allégorie de l’hérésie, représentée sous les traits d’un serpent, nommée comme telle et définie comme étant «  l’Écriture mauvaisement entendue et mauvesement esponse, mauvaisement interprétée » ( La Queste ..)

L’histoire de Mathilde d’Angleterre et le frère de Saladin. -2/2-

A présent, retrouvons la véritable histoire :

Mathilde ou Mémoires tirées de l’histoire des croisades », mettant en scène l’amour impossible entre une jeune chrétienne et un musulman.
de Rosalie CARON , 1790 – … Mathilde et Malek-Adhel surpris dans le tombeau de Montmorency par l’archevêque de Tyr Avant 1824

En effet, si les personnages ont réellement existé, leur histoire est romancée. Mathilde d’Angleterre (1156-1189), fille d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, n’est pas entrée dans les ordres comme dans le roman. L’inspiration vient plutôt de l’histoire de Jeanne d’Angleterre (1165-1199), autre sœur de Richard Cœur de Lion, l’ayant accompagné effectivement en terre sainte, dont il proposa la main à Al-Adhel. Elle refusa d’épouser un musulman, et lui d’abdiquer sa foi, comme les héros du roman, mais l’issue fut moins tragique.  Al-Malik Al-Adhel (1193-1218) s’est emparé du pouvoir après la mort de son frère Saladin, contrairement à son double romanesque, qui meurt dans les bras de Mathilde et de l’archevêque de Tyr, après avoir été baptisé.

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Mathilde et Malek-adhel-au-tombeau-de-montmorency Mathilde-surprise-dans-les-jardins-de-damiette-par-malek-adhel

Richard Cœur de Lion, fils et héritier d’Henri Plantagenet, conduit l’armée anglaise à la croisade.

Auparavant, Dès le 20 août 1189, Guy de Lusignan, roi de Jérusalem a mis le siège devant Saint-Jean-d’Acre. Saladin tente de dégager la ville, et Al-Adel le rejoint le 25 novembre 1189 à la tête d’une armée égyptienne.

Saladin
Saladin

Au cours du printemps 1190, les assiégeants reçoivent les renforts français et anglais et prennent la ville le 12 juillet 1191, malgré les efforts de Saladin et d’Al-Adel.

Après la prise de la ville, Philippe Auguste repart vers la France, tandis que Richard Cœur de Lion reste en Terre Sainte. Trouvant que Saladin n’exécute pas assez vite les conditions de libération des défenseurs de Saint-Jean-d’Acre, il les fait massacrer, suscitant la désapprobation et la colère du monde musulman.

Richard Reddition de Saint-Jean-d'AcreRichard prend ensuite Jaffa, et entame des négociations avec Al-Adel, elles n’aboutissent pas et Saladin envoie son frère en octobre 1191 à Jérusalem pour qu’il en relève les murailles et mette la ville en état de défense.

En novembre, Richard Cœur de Lion envoie de nouveau messagers pour sonder les dispositions de Saladin. Il pose comme condition à un traité de paix la restitution du royaume de Jérusalem dans ses limites de 1185, ce que refuse Saladin. Mais le résultat de ces négociations est qu’une amitié se noue entre Richard et Al-Adel. Richard propose alors la main de sa sœur Jeanne d’Angleterre à Al-Adel et que les deux époux gouvernent le royaume de Jérusalem. Al-Adel et Saladin acceptent, mais Jeanne d’Angleterre refuse d’épouser un prince musulman et Saladin refuse d’autoriser son frère à se convertir au christianisme…

Saint-Georges et le Dragon. -2/3- L’histoire de la légende

Saint Georges – Vies de saints- France, Paris,
Bibl. Sainte-Geneviève: XIII c
Saint-Georges. Revêtu d’une armure d’argent, montant un cheval caparaçonné d’or et arborant l’emblème distinctif du chrétien – une croix rouge sur fond blanc – ce héraut de la chrétienté apparaît dans tous les chants te récits héroïques des pays d’Europe comme le gardien de l’ordre, le défenseur de la civilisation et le destructeur de la race des dragons. Des siècles après sa mort, la réputation de ce saint guerrier était telle qu’il devint le protecteur de l’Angleterre, de la Catalogne, de l’Aragon, de l’Italie et e la Grèce, et qu’on le révérait dans des pays aussi différents que la Lituanie, le Portugal et Constantinople. En Angleterre sa fête, fixée au 23 avril, était partout célébrée par de magnifiques processions et des réjouissances. L’ordre de la Jarretière, la plus haute distinction britannique, se recommandait de lui.
Saint-Georges était le patron de tous ceux qui touchaient au métier des armes : chevaliers, archers, selliers, et forgerons. En terre sainte, les croisés se plaçaient sous sa protection, car on prétendait qu’il était apparu à la tête d’une milice céleste lors de la bataille d’Antioche en 1098. On l’avait revu l’année suivante au siège de Jérusalem, et chaque fois il avait rendu courage et donné victoire au guerriers du Christ, qui avaient adopté son nom comme cri de guerre.
Croisades
Apparition de Saint-Georges sur le mont des Olives
par Gustave Dore

Le cas de saint Georges est unique, d’abord par sa popularité, par le succès de son culte, qui en a inquiété plus d’un, parce qu’il faisait de l’ombre au culte des apôtres eux-mêmes : au Moyen Âge, il n’était pas de pèlerin qui, ayant visité le Saint-Sépulcre, n’allât se recueillir aussitôt sur la tombe présumée de saint Georges. Et, par le nombre ( une centaine … ! ) de Saint-Georges, susceptibles… On croira reconnaître l’unique saint Georges qui vaille, dans celui dont on a fini par localiser la tombe à Lydda (Lod), petite ville située à quelques kilomètres de Joppé (Jaffa), sur le chemin de Jérusalem.

Pour tout dire, le dragon entre tardivement en scène… Vers le Xe siècle, et dans les légendiers vers le XIIIe s.( Jean de Mailly, 1240 ; Jacques de Voragine, avec la Légende dorée, vers 1290)

Quand le dragon entre dans la légende de saint Georges, il n’est d’abord qu’une forme allégorique du combat religieux, celle du combat éternel du Bien avec le Mal, c’est-à-dire du Christ avec Satan.

Saint Georges terrassant le dragon c. 1453 par Jost Haller (c.1410-1485 avant)

Dans un second temps logique, l’allégorie du combat se narrativise, et fera du dragon ce qu’il est pour nous désormais : un dragon de légende. Le personnage de la princesse, en plus de sa propre teneur allégorique peut représenter l’Église ou la Foi défendues.

Cependant, l’Eglise, a marqué rapidement des réticences à propos des récits relatifs à saint Georges, en les considérant « non recipiendis ».

Le chevalier chrétien se fit le champion du nouvel ordre du monde et lutta contre les survivances du paganisme.

Georges lui-même subit le martyr et périt dans les supplices. Bien d’autres tueurs de dragons devaient lui succéder avant que la terre fût purgée de ces monstres !
Saint George Killing the Dragon, Walters Art Musuem

Le mythe Charlemagne

Charlemagne était un personnage imposant, hors du commun ; Eginhard, qui le connaissait bien, écrit qu’il était « d’une taille élevée, sans rien d’excessif » : « 7 pieds » soit plus de 2 mètres 20 !

Charlemagne-by-Durer

Le temps passant, et la légende prenant son essor, il prend carrément l’allure d’un géant.

«  Il estoit de si merveilleuse puissance, que d’ung seul coup de son espée fendoit ung chevalier et ung cheval (…) Il ouvrait quatre fers de cheval forgez de frays, en les estandant avecques les deux mains. Il enlevoit de terre sur la paulme de la main ung chevalier tout armé, et le montait jusques au dessus de sa teste. » Jehan de Bourdigné dans ses Chroniques d’Anjou et du Maine, au XVIème siècle.

Le personnage s’enrichit de traits proprement mythiques : géant né d’un « petit roi » (« le bref »), et d’une mère « au grand pied », il est conçu le jour légendaire où Pépin retrouve au fond de la forêt sa femme Berthe qu’il avait injustement bannie.

Sa naissance, est accompagnée de prodiges : tempêtes, tremblements de terre, et la foudre qui tombe tout près et creuse un trou d’où surgit un « arbre long et droit, flouri et verdoiant« , symbole de la lignée qu’il va engendrer.

Charlemagne visitant les écoles. Illustration anonyme de 1907 pour un chromo Liebig de la serie ' Episodes de l'histoire de Belgique'  jusqu'au 13eme siècle.

Entouré de ses douze pairs et de ses barons, Charlemagne s’impose – à la façon du roi Arthur – , comme le personnage central de tout un cycle de récits héroïco-légendaires qui le font vivre plus de 200 ans. Et Eginhard lui-même fait état des prodiges qui présagent et accompagnent sa mort.

Ce qui n’empêche par Charlemagne d’être sujet à la faute : il lui arrive de prendre les mauvaises décisions, de se montrer foncièrement injuste et cruel, de trahir sa parole. Tout un cycle de récits le présentent ainsi dans le rôle du félon. Il lui arrive surtout de succomber à sa trop riche nature et à sa passion des femmes. La présence de son fils, Pépin le Bossu, celui qui le trahira et qui, en marge de l’épopée carolingienne, demeure une menace cachée, semble aussi vouloir le ramener à de plus modestes proportions.

Charlemagne Nuremberg_chronicles_-_Genealogy_of_Charlemagne_(CLXXXVIIr)
Généalogie (les descendants ) de Charlemagne. Illustration de la Chronique de Nuremberg (1493), par Hartmann Schedel (1440-1514).

« Le Charlemagne imaginé tient autant de place dans l’histoire que le Charlemagne attesté », résume le médiéviste Jean Favier.

Ainsi Charlemagne et Arthur (qui partage avec lui bien des traits : naissance prodigieuse, enfance difficile, exploits fabuleux, inceste …) sont plus que de « simples personnages » ; ils constituent  « des points de cristallisation des angoisses, des certitudes, des recherches de toute une société qui s’interroge sur son sens et sur sa destinée. » Dominique BOUTET, Charlemagne et Arthur ou le roi imaginaire, Paris, Librairie Honoré Champion, 1992.

le couronnement de Charlemagne par tancredi Scarpelli , extrait de l’ Histoire d’Italie de Paolo Giudici (1930).

Charlemagne s’affirme avant tout comme un roi-guerrier qui, légendairement comme historiquement, ne cesse d’arpenter l’Europe avec son armée. C’est ainsi que nous le présente, dès l’ouverture, La Chanson de Roland  : «  Le roi Charles, notre empereur, le Grand, sept ans tous pleins est resté dans l’Espagne : jusqu’à la mer il a conquis la terre hautaine. Plus un château qui devant lui résiste, plus une muraille à forcer, plus une cité … »

Conquérant, Charlemagne s’affirme aussi comme le champion de Dieu. Il est gratifié de rêves prémonitoires et converse avec les anges… Saint Jacques lui-même lui apparaît pour lui confier la mission de délivrer son tombeau qui est tombé aux mains des Infidèles.

Dans La Chanson de Roland , tel Josué, il suspend le cours du soleil :  » Quand l’empereur voit décliner la vêprée, il descend de cheval sur l’herbe verte, dans un pré ; il se prosterne contre terre et prie le Seigneur Dieu de faire que pour lui le soleil s’arrête, que la nuit tarde et que le jour dure. Alors vient à lui un ange, celui qui a coutume de lui parler. Rapide, il lui donne ce commandement : « Charles, chevauche ; la clarté ne te manque pas … » Pour Charlemagne, Dieu fit un grand miracle, car le soleil s’arrête, immobile. Les païens fuient, les Francs leur donnent fortement la chasse … »

( Sources: http://www.contes-mythes-legendes.com/ )

 

à gauche, éginhard, le biographe de Charlemagne, en train d’écrire. à droite, Charlemagne couronné roi des Francs en 768, à Noyon. Cette enluminure, réalisée entre 1375 et 1379
à gauche, Eginhard, le biographe de Charlemagne, en train d’écrire. à droite, Charlemagne couronné roi des Francs en 768, à Noyon. Cette enluminure, réalisée entre 1375 et 1379 à l’abbaye de Saint-Denis, est extraite des Grandes Chroniques de France de Charles V

• Charlemagne fut d’abord un guerrier.

Dès 772, quatre ans après la mort de son père Pépin et un an après celle de son frère Carloman, il se lance dans une politique d’expansion territoriale et de pacification. Il fait la guerre à divers peuples étrangers au monde franc, notamment les Lombards, en Italie du Nord, et les Saxons, au centre de l’Allemagne actuelle. Ses incursions dans la péninsule Ibérique contre les Sarrasins et au nord contre les Normands auront peu de succès. Il met par ailleurs au pas de grands duchés nationaux, comme la Gascogne et la Bavière.

• À partir de 789, et plus encore après son couronnement impérial en 800, Charlemagne se préoccupe assidûment de l’administration du territoire.

S’il insiste pour propager et unifier le christianisme, il reconnaît la diversité des peuples et la bigarrure des langues et admet qu’ils soient régis par des lois et coutumes différentes. Au-delà de leur soumission, l’objectif ultime de son gouvernement est la concorde entre les hommes, une paix chrétienne.

( Sources la Croix de juillet 2014)