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Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -2/3-

A voir ci-dessous: L’abbaye de Fontevraud sert de décor à l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine
Musique : « Ask The Mountains » de Vangelis (Google Play • iTunes)

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Alienor d'AquitaineAliénor ne reprend sa place à la cour que pour la Noël de l’an 1184. Entre temps, son fils aîné Henri, le jeune futur roi, est mort ; morte aussi la belle Rosemonde dont la présence a consommé l’éloignement d’Henri et Aliénor. Une sorte de trêve de Noël voit donc Aliénor reparaître auprès de son époux, qui pour la circonstance lui fait don d’une très belle robe d’écarlate…

Aussitôt libérée temporairement par Henri II, du début de 1185 au printemps 1186, elle se met à faire preuve envers l’Ordre d’une générosité telle qu’elle n’en a jamais manifestée auparavant.

Henri II Plantagenet
Henri II Plantagenet

Dès le 25 janvier 1185, alors qu’elle n’a pas même encore quitté l’Angleterre, c’est avec son accord — évidemment doublé de celui du roi — que, depuis Chinon, son fils Richard dote les moniales d’une rente annuelle de mille sous, versée moitié à Noël, moitié à la Saint-Jean (24 juin), sur la prévôté de Poitiers. Peu après, à peine revenue sur le continent et se trouvant à Alençon, elle leur accorda elle-même, « pour le salut de son âme et de celle des siens », une autre rente d’un montant double, à savoir cent livres à la Saint-Martin d’hiver (11 novembre) dont cinquante sur le vinage de Benon et de Marcilly, en Aunis, et autant sur les revenus de la prévôté de Poitiers, plus précisément ceux du minage comme nous l’apprennent des chartes confirmatives d’Henri II et de Richard. D’autre part et surtout, en cette même année 1185 ou au début de 1186 — avant que son mari ne l’exile à nouveau Outre-Manche d’où elle ne revient qu’au début de 1190, après son veuvage —, elle fonde et dote, avec l’assentiment du roi et de ses fils Richard, Geoffroi et Jean, le prieuré fontevriste de Sainte-Catherine de La Rochelle…

Glenn Close and Patrick Stewart in The Lion in Winter (2003)
Glenn Close and Patrick Stewart in ‘ The Lion in Winter ‘ (2003)

Selon toutes apparences, Henri II n’a momentanément libérée, Aliénor, que pour se servir d’elle comme d’un vulgaire instrument de chantage pour faire céder Richard qui, aîné de ses trois seuls fils survivants depuis la mort d’Henri le Jeune, est en révolte et à la veille de se voir retirer le duché d’Aquitaine. Manœuvrée mais non dupe pour autant, Aliénor, réalise l’intérêt pour elle-même et, plus encore, pour son cher fils Richard qu’elle associe à ses dons, de s’attacher le puissant institut qui, soumis à l’emprise — acceptée car profitable — de son mari et récent geôlier, est largement implanté en Aquitaine et dans tout l’« Empire angevin ».

Ainsi, en ces années 1185/86, c’est paradoxalement par le biais de leurs affrontements que l’époux et l’épouse devenus ennemis se sont finalement rejoints en une commune sollicitude envers Fontevraud. Renvoyée Outre-Manche au printemps 1186, Aliénor n’en revient qu’au début de 1190, après son veuvage. Henri II a fait le choix d’être inhumé dans l’abbatiale, inhumation effectuée dès le lendemain de son lamentable décès survenu à Chinon le 6 juillet 1189. Alors qu’en une notice nécrologique dithyrambique la mémoire du roi défunt est exaltée par les fontevristes, sa réaliste veuve, maintenant reine-mère, prend résolument son relais en ne cessant plus d’être, désormais, leur éminente bienfaitrice. À l’heure où la menace capétienne sur l’« Empire angevin » se précise de plus en plus, Aliénor est en effet pleinement convaincue, à présent, de la nécessité de bénéficier des prières et, davantage encore, de la fidélité de Fontevraud dont l’abbaye-mère s’éleve au contact des deux moitiés, citra et ultra-ligériennes, des possessions continentales des Plantegenêt.

Médaille Aliénor
Médaille Aliénor

En 1192 ou 1193, Aliénor confirme la cession aux fontevristes du prieuré anglais d’Ambresbury, par l’une de ses demoiselles d’honneur, Amicia Pautos, de la moitié de la terre de Winterslawe, en Wiltshire, qu’elle lui avait donnée en reconnaissance de ses services. Mais elle leur fait sans doute une autre faveur bien plus notable : ayant, pendant la captivité du roi Richard, sollicité divers monastères, tel Saint-Martial de Limoges, pour rassembler sa lourde rançon de cent mille marcs d’argent, elle semble bien avoir dispensé les religieuses de Fontevraud de toute contribution ; celles-ci ne font en tout cas aucune allusion à un effort financier alors exigé d’elles quand, en 1199, elles évoquent les malheurs de Richard dans son éloge posthume et elles se bornent à y rappeler que, du fond de sa prison, le captif avait imploré leurs prières.

Alienor d'Aquitaine
Alienor d’Aquitaine

C’est à partir de la fin mai 1194 et pendant les dix dernières années de sa vie qu’à la suite d’une importante décision personnelle d’Aliénor ses liens avec Fontevraud se resserrent, plus que jamais auparavant. À cette date de 1194 en effet, une fois Richard libéré réintronisé en Angleterre et réconcilié devant elle, à Lisieux, avec son frère-ennemi Jean, elle choisit, sa tâche ayant pu lui apparaître, pour l’heure, accomplie, de se retirer à l’abbaye. Toutefois, elle se garde bien d’en prendre l’habit aussitôt. Elle s’y installe avec une petite cour comportant notamment des clercs et chapelains privés et des domestiques personnels tel ce cuisinier auquel elle fait don d’une terre. Elle est loin, aussi, d’y vivre en recluse et, dans une conjoncture bientôt redevenue préoccupante, elle ne cesse d’agir, âme, comme chacun sait, de l’ultime résistance des Plantegenêt face au Capétien.

A la veille de sa mort, en 1199, Aliénor octroie à Poitiers la première charte des communes
A la veille de sa mort, en 1199, Aliénor octroie à Poitiers la première charte des communes

Elle quitte fréquemment son asile et non pas seulement pour les environs immédiats, Saumur, Bourgueil ou Chinon; en avril 1199, elle accourt en Limousin pour recueillir le dernier soupir de Richard mortellement blessé devant Châlus ; après quoi, jusqu’à l’été, en vue d’assurer le pouvoir de son dernier fils Jean sans Terre, elle chevauche avec les routiers de Mercadier contre les Angevins qui, s’opposant à Jean, ont choisi pour comte son petit-fils Arthur de Bretagne, puis parcourt le Poitou et toute l’Aquitaine avant de gagner, en juillet, Tours — où elle prête hommage à Philippe Auguste — et Rouen ; elle repart peu après pour la Gascogne ; de janvier à avril 1200, elle va, quitte à en revenir épuisée, chercher en Castille sa petite-fille l’infante Blanche qui, promise à Louis de France, futur Louis VIII, sera la mère de saint Louis. A l’été 1202 encore, bien qu’à présent octogénaire, elle prend, depuis Fontevraud, la tête d’une chevauchée contre son petit-fils Arthur, allié du roi de France, et, assiégée dans Mirebeau, n’est délivrée extremis que par son fils Jean qui s’empare du dit Arthur. Au fond, bien plutôt que lieu de retraite, l’abbaye, située dans une position stratégique, est pour elle, presque jusqu’à son dernier souffle, une commode base d’opérations.

Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -1/3-

Louis VII prend l'oriflamme à Saint-Denis, avec Alienor

Après avoir été éloignée – du temps de son mariage avec Louis VII ( Roi de France) – de toute activité politique; Aliénor d’Aquitaine ne sera pas déçue et va vivre des années fécondes, non seulement parce qu’elle donne naissance à huit enfants, mais parce qu’elle se révèle administratrice infatigable ; le grand nombre de lettres et chartes émanant d’elle montre quelle attention elle porte, à la fois à ses domaines personnels et au Royaume tout entier…

Abbaye Fontevraud 1

L’exemple en est son attachement de plus en plus proche avec l’abbaye de Fontevraud, prouvé par ses nombreuses chartes, qui nous révèlent l’activité d’une reine en cette seconde moitié du XIIe siècle… Aliénor, perpétue ce qui était devenu comme une tradition dans sa lignée en se rendant à Fontevraud.

L’histoire de l’abbaye débute en 1101, année de la première Croisade et de la prise de Jérusalem. L’abbaye est fondée par un ermite breton,

Robert d'Arbrissel fonde l'abbaye de Fontevraud
Robert d’Arbrissel fonde l’abbaye de Fontevraud

Robert d’Arbrissel à qui le pape Urbain demande de prêcher la croisade en Anjou. Il devient prédicateur itinérant et sillonne, à ce titre, tout l’Ouest de la France. Le charisme de cet homme attire des centaines de personnes qui décident de le rejoindre à Fontevraud pour y créer une communauté religieuse.

Grâce à la générosité des comtes d’Anjou, Robert d’Arbrissel va commencer la construction de deux couvents : le Grand Moûtier (ou couvent Sainte-Marie) pour les religieuses, et le couvent Saint-Jean pour les moines. Robert d’Arbrissel dédie sa fondation à le Vierge Marie dont il veut perpétuer la maternité spirituelle. C’est pourquoi ce sont toujours des abbesses qui régiront l’abbaye et religieuses et moines lui devront tous obéissance et respect filial.

Au XIIème siècle, l’ordre compte 300 contemplatives et 5000 religieux nommés les Fontevristes.

Fontevraud - L'abbaye  - 1699
Fontevraud – L’abbaye – 1699

Curieusement voulu, par son fondateur, mixte et gouverné par une abbesse ayant autorité tant sur des moniales que sur des frères assujettis à celles-ci, l’Abbaye de Fontevraud était rapidement devenu célèbre ; relevant du diocèse de Poitiers, il n’avait pas tardé à essaimer largement, spécialement en Poitou et en Aquitaine. La grand-mère paternelle d’Aliénor, Philippa de Toulouse, épouse bafouée du duc troubadour Guillaume IX d’Aquitaine, avait de bonne heure honoré Fontevraud de sa visite avant de fonder en 1114, dans son Toulousain natal, le prieuré fontevriste de Lespinasse où elle était morte peu après sous le voile qu’elle y avait pris avec sa fille Audéarde.

Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869
Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869

La première visite d’Aliénor, connue à l’abbaye, lui permet de promulguer la toute première de ses chartes personnelles en faveur de Fontevraud, intervient en 1152, aux lendemains immédiats de son divorce et de son rapide remariage avec Henri Plantegenêt, comte d’Anjou – Maine – Touraine et duc de Normandie. Elle lui apporte, comme naguère à Louis VII, le duché d’Aquitaine en dot et elle reçoit le 19 décembre 1154, avec Henri la couronne d’Angleterre.

Suivront ensuite : une installation d’un monastère de l’ordre à Westwood en Angleterre ; des conventions passées entre le monastère et les habitants d’Angers au sujet du péage des Ponts de Cé ; et autres droits et concessions …

Alienor d'Aquitaine 3Marquée par une très généreuse donation à l’abbaye, l’année 1170 est une date capitale pour Aliénor et Henri : celle des accords de Montmirail… En présence du roi de France, Henri II se reconnaît son sujet et son vassal pour toutes les possessions sur le continent, et repartit entre ses enfants les divers territoires du royaume Plantagenêt. De ces accords qui ont lieu pour l’Épiphanie de 1170 ( 6 janvier), Aliénor est absente et ne va trader à prendre sa revanche en faisant à son tour acte de politique personnelle : pour Pâques de la même année, elle instaure solennellement, comme duc d’Aquitaine et Comte de Poitou, son second fils Richard, celui que plus-tard on nommera Cœur de Lion.

Dans l’esprit d’Aliénor, la cérémonie n’eût pas été complète si elle n’avait pas été suivie d’une donation solennelle à l’abbaye de Fontevraud. Elle y associe ses fils et aussi son époux ( dont elle est de plus en plus éloignée à l’époque, puisque c’est le temps où il la trompe ouvertement avec la belle Rosemonde). L’acte porte sur plusieurs terres, en particulier l’une sur la cour royale qui va de  »Belle Villa » à Chizé, et sur les bois d’Argathum ( Argy).

Autre charte en faveur de l’abbaye, que celle promulguée conjointement par elle et par son fils Richard, promu duc d’Aquitaine depuis 1169, sa charte que confirme, en même temps, une autre, perdue, d’Henri II, est passée à Chinon où le roi, alors à l’apogée de sa puissance, tient, entouré des siens, sa cour à Noël 1172.

THEATRE GALISSON - Carole Galisson, ici dans le rôle d'Aliénor d'Aquitaine
THEATRE GALISSON – Carole Galisson, ici dans le rôle d’Aliénor d’Aquitaine

Aliénor reprend résolument son titre de duchesse d’Aquitaine, comtesse de Poitiers. C’est aussi l’époque où elle soulève ses États contre le pouvoir devenu despotique d’Henri Plantagenêt. En 1173, la révolte, qui couve partout, animée par la reine et incarnée en ses fils Henri le Jeune et Richard, éclatera ouvertement. Elle ne sera matée par Henri II que l’année suivante, lorsque, surprise en vêtements d’homme au milieu d’une petite escorte de Poitevins, au moment où elle tente de gagner les terres de son premier époux, Louis VII roi de France, la reine Aliénor est faite prisonnière.

L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)
L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)

Prisonnière de son mari, d’abord à Chinon de fin novembre 1173 à juillet 1174, puis en Angleterre pendant la douzaine d’années qui suivit l’échec de cette grande révolte, elle ne retrouve sa liberté — et, encore, temporairement — qu’au début de 1185. Au long de ces années, les fontevristes — demeurées dans les meilleurs termes avec le roi qui continue de multiplier les interventions et donations en leur faveur ne semblent nullement s’être préoccupées de son triste sort et il est remarquable qu’en 1204 encore, exaltant sa mémoire dans son éloge nécrologique, elles se soient prudemment abstenues de toute allusion à sa longue captivité. Pour l’heure, elles s’inquiètent de ce qu’il allait advenir des dons qu’elle leur a consentis en forêt de Chizé et, vers 1180, elles prennent la précaution de les faire confirmer par son fils Richard, duc d’Aquitaine. Quant à Aliénor elle-même, elle refuse en 1175 une proposition de son époux de lui rendre la liberté sous condition de sa prise de voile à Fontevraud.

Du Roi Arthur aux rois Plantagenêt -2/3-

Aliénor et Henri II

Henri n’a pas vingt ans au début de son mariage, avec Aliénor, en 1152 ; elle a dix ans de plus que lui.

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Henri II est en conflit avec Louis VII ( ancien époux d’Aliénor) et les deux souverains s’affrontent dans une « guerre froide » pendant plusieurs décennies. Henri II agrandit ses possessions continentales souvent aux dépens du roi de France et en 1172, il contrôle l’Angleterre, une grande partie du Pays de Galles, la moitié orientale de l’Irlande et la moitié occidentale de la France…

Henri II Plantagenêt
Henri II Plantagenêt

En lutte contre l’Église aux pouvoirs obstinément défendus par Thomas Becket, Henri II s’enfonce dans une agitation qui fera comparer sa cour, non à celle du roi Arthur mais à celle du roi Herla, le roi maudit, qui chevauche sans pouvoir jamais mettre pied à terre. Pour offenser Thomas Beckett, il fait couronner Henri Le Jeune, offense d’autant plus cruelle pour l’archevêque qu’il avait eu en charge l’éducation du jeune prince — et grave erreur stratégique dont Aliénor a tout lieu de se réjouir : désormais, Henri, la fleur des chevaliers, n’aura de cesse de revendiquer le pouvoir dont son père l’a investi. En décembre 1170, Thomas Beckett est assassiné dans la cathédrale de Cantorbéry.

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Henri II et Aliénor

Le mythique Roi Arthur, légitime la dynastie des Plantagenêts : Henry II et Aliénor sont de fervents adeptes des légendes arthuriennes …

Chrétien de Troyes : Entre 1155 et 1190 ce poète à la cour de Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII, écrit un certain nombre de romans autour d’Arthur : « Erec et Enide », « Le chevalier et la Charrette », « Le chevalier et le Lion », « Le Comte du Graal ». Dans ces récits apparaissent principalement des chevaliers, la table ronde, mais aussi la ville de Camelot et le Graal. C’est lui aussi qui mentionne Perceval …

Eleanor of AquitaneOn a attribué à Aliénor un rôle majeur dans la diffusion, en Occident, de l’amour courtois dont son grand-père, Guillaume le Troubadour, avait posé les fondements. On insiste sur la riche et brillante cour qu’elle a réunie à Poitiers, sur son patronage littéraire, imitée par sa fille Marie de Champagne, protectrice du premier grand romancier français, Chrétien de Troyes. On lui attribue même (suivant en cela André le Chapelain, dans son Traité de l’amour), l’invention des  »cours d’amour », où Aliénor, Marie et quelques grandes dames du temps jugent des violations des chevaliers ou de leurs dames aux règles de l’amour courtois. Aliénor y aurait émis, entre autres, cette règle : amour et mariage sont incompatibles, car le mariage impose l’obligation mutuelle de se donner. Or, l’amour ne peut résulter que d’une affinité partagée, d’un libre choix.

Assaut du château d'amour et scènes de romans courtois et de romans de chevalerie
Assaut du château d’amour et scènes de romans courtois et de romans de chevalerie

Ces  »cours d’amour  » même si elles ne font partie que de la légende expriment les préoccupations nouvelles de ce temps à propos de l’amour et du mariage. Aliénor les partagent, comme son entourage de lettrés, qu’elle les ait ou non patronnés. Entre l’Eglise, qui cherche à écarter toute sensualité du mariage monogamique qu’elle impose, et l’aristocratie laïque qui fait du mariage une simple alliance politique unissant deux maisons sans se préoccuper des sentiments des individus, apparaît l’ébauche d’une nouvelle perception de l’amour comme sentiment personnel ayant valeur en soi. Les romans (Tristan et Yseut, Lancelot du Lac, etc.), dont on connaît d’innombrables manuscrits, témoignent par leur faveur même de l’intérêt suscité par ce thème, qui fait naître la notion d’individu, de «personne». C’est particulièrement le cas de la femme qui s’en trouve valorisée en Occident, quoi qu’on en ait dit : on ne doit pas la «prendre», la séquestrer comme un objet, mais la courtiser, mériter ses faveurs; l’amour devient un jeu de séduction. Un historien a pu dire : «L’amour n’a pas toujours existé : c’est une invention française du XIIe siècle.» La chevalerie participe du même mouvement….Amour courtois

Au cours du XIIe siècle naît l’éthique chevaleresque, sous l’influence des cours aristocratiques, de l’Eglise, des Dames et de la littérature romanesque : le vrai chevalier ne combat plus pour tuer, mais pour vaincre, selon des règles peu à peu édictées et affinées dans les tournois dont la vogue s’accroît.

Les fils de Henri II, Henry le Jeune Roi, Geoffrey, Richard et Jean ne sont pas très fidèles à leur père qui gouverne seul. Il fait emprisonné Aliénor qu’il accuse de comploter contre lui avec des vassaux de France. Elle a aussi poussé ses fils, surtout Richard celui qu’elle préfère, contre leur père qu’elle dit tyrannique. Aliénor est aussi une femme et une reine bafouée ; son mari vit ouvertement depuis longtemps avec sa belle maîtresse, Rosemonde Clifford…

La belle Rosamund et Eleanor by Frank Cadogan Cowper
La belle Rosamund et Eleanor by Frank Cadogan Cowper

Sources : Jean Flori.

La dynastie des Plantagenêts. -2/3- Henri II Plantagenêt

Henri II Plantagenêt roi d'Angleterre (1133 – 1189), réussit en une dizaine d'années, à concentrer entre ses mains de nombreux territoires : en 1154, il domine le royaume d'Angleterre, le duché de Normandie, le comté d'Anjou, le comté du Maine, le comté de Poitou et le duché d'Aquitaine.

            roisnormands

 Les quatre premiers rois normands d'Angleterre :

Guillaume le Conquérant, Guillaume le Roux, Henri Ier Beauclerc et Etienne de Blois.

Enluminure des Chroniques de Matthieu Paris,
rédigées à l'abbaye de Saint-Albans, entre 1236 et 1259. ( Manuscrit de la British Library
MS Royal 14 CVII, f.8v )

                       

Henri II voyage sans cesse dans son royaume, surtout en Normandie et en Angleterre (en cumulant les jours passés dans ces deux territoires, Henri passera 14 ans en Normandie et 13 ans en Angleterre). A l'inverse, Henri II voyage peu en Anjou  et en Aquitaine (7 ans sur l'ensemble de son règne). Ses voyages permettent au roi de s'approprier l'espace par sa seule présence physique. Ils lui permettent également de surveiller la noblesse locale et les agents du roi. Cela a une incidence évidente sur la perception du pouvoir royal dans ses territoires.

absalom leavs david to plotLa cour est le lieu par excellence du pouvoir royal. Elle est le centre à partir duquel le roi gouverne sa périphérie. Elle n'est pas statique. Le rayonnement du roi (et de sa cour) dépend de sa mobilité, des enquêtes et des missions de ses envoyés et des rapports de ses informateurs. La cour centralise les informations et envoie les ordres pour assurer son autorité sur les territoires.

Pour expliquer la situation d'un Richard avec l'Aquitaine qu'il soulève contre son père Henri II, il faut comprendre la figure du Juvenis, fondamentale pour expliquer ces luttes internes: au Moyen Age, les jeunes, surtout les jeunes de l'aristocratie, sont désireux de partager le pouvoir de leur père qui souvent le leur refuse. Ces jeunes peuvent s'appuyer sur les seigneuries locales (et inversement certaines attisent l'ambition du fils) pour contester l'autorité de son père…

King_John_from_De_Rege_Johanne (1)La cour d'Henri II impressionne par la qualité et la quantité d'écrivains latinistes. Ces écrivains, la plupart des clercs, instruisent la cour sur sa corruption et "corrigent" ses dysfonctionnements. Ces écrivains ont aussi la volonté de pacifier la noblesse guerrière en proposant des "codes" idéologiques: guerre juste, légitime. Ici se trouvent les prémisses de ce que sera la chevalerie. Ces écrivains vont participer à la création du miles litteratus, le chevalier lettré. La littérature chevaleresque et la prédication cléricale se font l'écho d'une façon de se comporter à la cour.

Henri II Plantagenet
Henri II Plantagenêt

Les chroniqueurs redessinent l'arbre généalogique d'Henri II pour mettre en valeur ses liens avec le saint roi Edouard le Confesseur (1005-1066) petit-fils de Richard Ier, duc de Normandie. Ces écrivains tentent de faire remonter la généalogie des Plantagenêts à Arthur, le légendaire roi de Bretagne qui a repoussé les Saxons. Henri II va même jusqu'à organiser la découverte de sa tombe. Et si Arthur ne suffit pas, alors ils vont jusqu'à rechercher Brutus, héros troyen qui aurait fondé l'Angleterre, dont se réclame Henri II.

Harley 4379 f.19vLa notion de chevalerie doit être comprise dans une double acceptation: elle désigne d'une part un groupe de professionnels du combat (milites), elle renvoie d'autre part  à un idéal, un système de valeurs, fortement christianisées, qui détermine l'éthique guerrière aristocratique. Cette seconde définition est liée à l'idée de courtoisie.

A la fin du XIIème siècle, le roi cherche à avoir le monopole de la violence. En conséquence, il tente d'abolir ou du moins atténuer toute forme spontanée de violence nobiliaire. Le roi exige que la chevalerie mettent ses armes à son unique service.

Sources : L'Empire des Plantagenêts 1154-1224 de Martin Aurell

Ce que l'on a appelé « l'empire Plantagenêt » dure 70 ans : 1154-1224. Ces dates correspondent au couronnement d'Henri II et d'Aliènor en 1154 et à la perte des territoires continentaux par Henri III en 1224 (à l'exception de la Gascogne).

Bien que désormais roi d'Angleterre, Henri II choisira d'être enterré dans l'abbaye de Fontevraud, aux confins de l'Anjou et de la Touraine. Richard Cœur de Lion (1189-1199), qui succède à son père, repose dans ce même monastère.

ST Thomas A Becket

Après l'assassinat de Thomas Beckett (1170), qui fut un vrai scandale… Les Anglais ne l’acceptèrent pas et la popularité du roi s’en ressentit. Les rapports familiaux sont tendus et dispersés entre l'Angleterre et la France: Ses fils, Henry le Jeune Roi, Geoffrey, Richard et Jean ne sont pas fidèles à leur père qui gouverne seul. Il a fait emprisonné sa femme Aliénor qu’il accuse de comploter contre lui avec des vassaux de France. Elle avait aussi poussé ses fils, surtout Richard celui qu’elle préfère, contre leur père qu’elle dit tyrannique.

La reine est enfermée dans la tour de Salisbury tandis que le roi vit avec la belle Rosemonde et fait tout son possible pour obtenir le divorce.

Après la mort de Henry le Jeune, l'héritier royal, la captivité d’Aliénor se relâche un peu. Pour Noël 1184, elle participe à Westminster à une fête qui réunit toute la famille.

En 1189, à Chinon en France, Henri II s’alite et meurt en trois jours, le 6 juillet, et ses ennemis disent qu’il mourut solitaire et presque misérablement.

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La dynastie des Plantagenêts. -1/3- aux sources d’Arthur…

arthur15merlin (1)Au XIIe siècle, Geoffroy de Monmouth (1100-1155), est au service d’Henri 1er 1068-1135 (fils de Guillaume le conquérant) , puis d'Henri II Plantagenêt ( 1133-1189). Son œuvre installe la légende arthurienne, en tentant de légitimer la dynastie normande dans le passé de l'ancienne Bretagne. Les chroniqueurs et les princes de l'époque ne remettent pas en question l'historicité d'Arthur ( au moins jusqu'à Édouard IV..)… Il s'agit d'inscrire les rois anglais dans la lignée des Troyens de Brutus, fils d'Enée, ( avec le roi Arthur ) dans le contexte de la rivalité avec les Capétiens.

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Henri II Plantagenêt ( Chinon_chapelle_radegonde)

Pendant près de trois siècles, la famille des Plantagenêts va régner sur le royaume anglo-normand constitué par Guillaume le Conquérant (1027-1087). Guillaume est né à Falaise  et est mort à Rouen. Duc de Normandie de 1035 à sa mort et roi d'Angleterre de 1066 jusqu'à sa mort en 1087.

Cet état est alors la première puissance politique ( un Empire …?).

Mais, c’est un Etat féodal… donc, sa stabilité repose d’abord sur les liens qui unissent le souverain et ses vassaux les plus importants.

C’est en Angleterre que les Plantagenêts régnaient en souverains indépendants, tandis qu’en France, ils étaient les vassaux des Capétiens, situation qui donna naissance à une rivalité hostile entre les deux dynasties. L’animosité que les Capétiens avaient manifestée à l’égard de Guillaume le Conquérant dégénéra en une haine à mort envers la maison d’Anjou. Pourquoi " la maison d'Anjou " ?:

Geoffrey V d'Anjou Tombeau au Mans
Geoffrey V d'Anjou – Tombeau au Mans

Henri II est le fils de Mathilde ( fille de Henri 1er) et du comte d'Anjou: Geoffroy V, comte d'Anjou et du Maine (1128-1151). Geoffroy est surnommé Plantagenêt à cause du brin de genêt qu'il avait l'habitude de porter à son chapeau.

Geoffroy V permet ainsi à son lignage d'accéder à la royauté et d'échapper sur certains de ses territoires à la suzeraineté du roi de France. Cette union représentait un gage de paix entre l'Anjou et la Normandie, qui avaient été en conflit à de nombreuses reprises au cours du XIe siècle. Geoffroy V Plantagenêt mourut à Château-du-Loir le 7 septembre 1151, aux confins de l'Anjou historique et du comté du Maine. Il repose en la cathédrale Saint-Julien du Mans.

Henri II Plantagenêt ne fut investi du trône qu'en 1154 pour devenir roi d'Angleterre. Entre temps, Étienne de Blois se désigna lui-même ( contre les dernières volontés de son oncle Henri 1er) roi d'Angleterre de 1135 à 1154 …

Domaine des Plantagenets carte

Henri II rendit à l’Angleterre la puissance qu’elle avait connu sous Guillaume le Conquérant et, dans une certaine mesure, lui donna la première ébauche de ce qui devait constituer son originalité en tant qu’état.

john duncan - the taking of excalibur 1897

Les Plantagenêts font grand cas, sur le continent, de l'épée d'Arthur Excalibur, qu'Henri Ier aurait, dit-on, offert à Geoffroy en 1127, lors de son adoubement. Ceci avant la découverte opportune, en 1191, à l'abbaye de Glastonbury, en Angleterre, sur des indications données avant sa mort par Henri II, de la tombe supposée du roi légendaire….  

** C'est ainsi que l'on peut dire que des nobles français ont régné durant plus de deux siècles sur l'Angleterre, influençant profondément la culture britannique et la langue anglaise. C'est le sens de cette vidéo … ( Sources : "Les Plantagenêts" de Jean Favier, "La Guerre de Cent-Ans" de Jean Favier, "L'Empire des Plantagenêts" d'Aurell Martin )