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Lancelot ou le chevalier à la charrette – Chrétien de Troyes

LanGauvain et Hector arrivent devant l'ïle Perdue, où Lancelot est emprisonné dans une tourcelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Troyes, écrit à la fin du XII°s, à la demande de Marie de Champagne. Le roman ne comportait pas de titre à l’origine.

 Lancelot est le chantre de l’amour courtois. Ce sera d’ailleurs sa plus grande faiblesse, ce qui nous le rend d’autant plus attachant. Son amour est sans limite pour la reine Guenièvre, l’épouse du roi Arthur, son suzerain. Il oublie souvent l’objet de sa quête pour se soumettre à tous les caprices de sa dame.La reine Guenièvre interroge Lancelot sur ​​son amour pour elle

Par étourderie, il se retrouve dans les situations les plus embarrassantes qui soient pour un homme de son rang.
Un jour, un chevalier inconnu enlève la reine et l’emmène dans un pays d’où nul ne revient. Le preux chevalier ne pense plus qu’à délivrer la belle captive. Pour l’amour de la reine, il est prêt à accepter la pire humiliation: monter dans une charrette. Celle-ci appartenait à un nain qui disait connaître le lieu où se trouvait la reine disparue.
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On comprend mieux le titre donnée à ce roman en vers octosyllabiques. En effet, un proverbe de l’époque disait: « Quand charrette rencontreras, fais-toi le signe de croix afin qu’il ne t’arrive pas malheur« . Celle-ci était réservée aux félons, aux meurtriers ou aux voleurs. Lancelot savait en tout état de cause que cela lui couterait cher et qu’il allait y laisser une bonne partie de sa réputation de chevalier. De ce fait, il hésitera un court instant avant d’y monter, ce qui lui sera reproché assez vertement par la reine dont les exigences courtoises sont démesurées. Pour elle, il a failli aux règles courtoises en hésitant puisque la vie de sa dame était en danger.Lancelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Tr
La personnalité attachante, mais néanmoins complexe, de Lancelot n’a pas échappé aux successeurs de Chrétien de Troyes. En effet, si personne n’a songé à reprendre le personnage d’Erec, chevalier attachant également par ses faiblesses (n’oublie -t-il pas ses devoirs de chevalier pour une belle jeune fille?), beaucoup se sont attachés à compléter le personnage de Lancelot, devenu ainsi le chevalier le plus connu de la table ronde.
lancelot-et-vivianeDès le début du XIII°s, on lui imagine une enfance féérique dans le palais de Viviane, au fond d’un lac.
On le rattache également à la quête du Graal (qui n’intéressait pas encore Chrétien lors de l’écriture du Lancelot) en le faisant père de Galaad, le chevalier le plus pur qu’il soit. Il fait également partie des trois chevaliers désignés pour rencontrer le Graal et en percer son mystère.
Ce roman, avec l’accord de Chrétien, sera fini par un clerc, Godefroi de Lagny. Ainsi, il est dit, à la fin du texte:
« Seigneurs, si j’en disais davantage,
Je dépasserais l’étendue de mon sujet,
C’est pourquoi je vais mettre un terme à mon travail;
Ici même s’arrête le récit.
Godefroi de Leigni, le clerc,
A terminé La charrette;
Que nul ne songe à le blâmer
S’il a continué Chrétien,
Car il l’a fait avec l’approbation
De Chrétien, qui commença l’œuvre:
Lui est responsable de tout ce qui suit
Le moment où Lancelot fut emmuré,
C’est-à-dire jusqu’à la fin du conte.
Voilà son œuvre à lui; il ne veut rien y ajouter,
Ni retrancher, par crainte d’endommager le conte.
Lancelot et l'Humiliation de la Charrette (enluminure, vers 1475) qui a donné le fameux titre Le Chevalier à la Charrette.
Voici un extrait de l’épisode de la charrette:
Le Chevalier, à pied et sans lance,
S’avance vers la charrette
Et voit sur les limons un nain
Qui, en bon charretier, tenait
Dans sa main une longue baguette.
Et le Chevalier dit au nain:
Nain, fait-il, pour Dieu, dis-moi tout de suite
Si tu as vu par ici
Passer ma dame la reine.
Le nain perfide et de vile extraction
Ne voulut point lui en conter des nouvelles,
Mais se contenta de dire: Si tu veux monter
Sur la charrette que je conduis,
D’ici demain tu pourras savoir
Ce qu’est devenue la reine.
Sur ce, il a maintenu sa marche en avant
Sans attendre l’autre l’espace d’un instant.
Le temps seulement de deux pas
Le Chevalier hésite à y monter.
Quel malheur qu’il ait hésité, qu’il eût honte de monter,
Et qu’il ne sautât sans tarder dans la charrette!
Cela lui causera des souffrances bien pénibles!
Mais Raison, qui s’oppose à Amour,
Lui dit de bien se garder de monter;
Elle l’exhorte et lui enjoint
De ne rien faire ni entreprendre
Qui puisse lui attirer honte ou reproche.
Ce n’est point dans le cœur mais plutôt sur les lèvres
Que réside Raison en osant lui dire pareille chose;
Mais Amour est dans le cœur enclos
Lorsqu’il lui ordonne et semonce
De monter sans délai dans la charrette.
Amour le veut, et le Chevalier y bondit,
Car la honte le laisse indifférent
Puisqu’Amour le commande et veut.
Et messire Gauvain se met à la poursuite
De la charrette en galopant,
Et lorsqu’il y trouve assis
Le Chevalier, il s’en étonne beaucoup;
Alors il dit au nain: Instruis-moi
Au sujet de la reine, si tu sais le faire.
Le nain dit: Si tu te détestes autant
Que ce Chevalier assis ici,
Monte aec lui, si cela te convient,
Et je t’emmènerai avec lui.
Quand messire Gauvain l’eut entendu,
Il jugea qu’accepter la proposition serait insensé
Et il dit qu’il n’y monterait point,
Qu’échanger son cheval contre la charrette
Serait n échange par trop infâme.
Mais où que tu veuilles aller
J’irai là où tu iras.
Si bien qu’ils se mettent tous les trois en route,
L’un d’eux à cheval, les deux autres sur la charrette,
Et ensemble ils gardèrent le même chemin.
À l’heure des vêpres, ils atteignirent un château,
Et sachez que ce château
Était fort puissant et beau.
Ils entrent tous les trois par une porte.
La vue du Chevalier que le nain transporte
Dans la charrette frappe les habitants d’étonnement,
Mais ils ne cherchent nullement à se renseigner davantage;
Tous se mettent à le conspuer,
Grands t petits, vieillards et enfants,
Par les rues, en poussant des huées;
Le Chevalier entendit ainsi dire
À son sujet de viles injures et des paroles de mépris.
Tous demandent: À quel martyre
Ce Chevalier sera-t-il condamné?
Sera-t-il écorché vif ou pendu,
Noyé ou brûlé vif sur un bûcher d’épines?
Dis-le-nous, nain, dis, toi qui le traînes ainsi,
De quel forfait fut-il trouvé coupable?
L’a-t-on jugé pour vol? Serait-ce un assassin
Ou est-il le vaincu d’un combat judiciaire?
Et le nain garde un silence absolu,
En ne répondant ni une chose ni l’autre.
Il conduit le Chevalier là où il sera hébergé,
Et Gauvain suit de près le nain
Qui se dirige vers une tour, laquelle, de plain-pied
Avec la ville, se trouvait à la limite de celle-ci.
Au-delà il y avait des près,
Tandis qu’en face la tour s’élevait
Sur la cime d’un rocher gris,
Haut et taillé à pic.
Derrière la charrette, toujours à cheval,
Gauvain pénètre dans la tour.
Dans la salle, ils ont rencontré, élégamment mise,
Une demoiselle
Dont la beauté n’avait pas de rivale au pays;
Et ils voient s’approcher deux pucelles
Avec elle, gentes et belles.
Dès qu’elles virent
Messire Gauvain, elles lui firent
Un accueil joyeux et le saluèrent;
Et elles voulurent s’informer du Chevalier:
Nain, quel crime ce Chevalier a-t-il commis
Que tu conduis là comme s’il était impotent?
Il ne veut leur offrir aucune explication,
Mais se contente de faire descendre le Chevalier
De la charrette, et puis s’en va;
On ne sut point où il alla.

Source:  , une passionnée par la littérature, et notamment la littérature médiévale…

 

Idylles du Roi – Guenièvre –

« Idylles du Roi »; Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead. Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

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Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

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– Guenièvre –

Une douleur bien plus amère pour Arthur est la chute de Guenièvre et de Lancelot. Cette vieille histoire, qui a passé par tant de mains, d’Eschyle à Dumas fils, a rarement été traitée avec plus de vigueur et de franchise par un Anglais. A nos yeux, l’excuse de Guenièvre, c’est qu’elle a donné son cœur à Lancelot avant de donner sa main à Arthur. Mais elle ne cherche pas un instant à se justifier ; elle a le courage de l’adultère. Lorsque Lancelot, dans un de ces élans de repentir un peu niais auxquels certains hommes se laissent aller dans les entr’actes de la faute, lui rappelle les vertus de son mari, avec quelle ironie elle répond : « Arthur ! cet enfant vertueux, sans force pour dominer une femme ! .. Arthur, cette perfection vivante, ce roi sans défauts, ce soleil sans tache ! Mais est-ce qu’on peut regarder le soleil ? N’est-ce pas avoir tous les défauts que n’en avoir aucun ? Celui qui m’aime doit avoir en lui quelque élément terrestre… C’est à toi que j’appartiens, non à lui. » Elle veut que Lancelot gagne encore une fois le prix du tournoi. « Par ce baiser, dit-elle, tu vaincras ! »

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A ce moment, la destinée place sur le chemin de Lancelot cet amour vierge, sans lequel, suivant Arthur, il n’est point de vraie joie ni de réelle grandeur. C’est Élaine, si blanche et si pure qu’on l’a surnommée le Lys d’Astolat. « Le baiser d’un de ses frères suffit à colorer ses joues pâles. » Lancelot a « deux fois son âge et plus ; » une large cicatrice sillonne sa joue bronzée, et son visage, prématurément vieilli, porte la trace « de ce grand et coupable amour qu’il porte à la reine. » N’importe ! Elle l’aime, et pour jamais, dès qu’elle l’a aperçu. Les hommes du grand monde, qui ont vécu dans une atmosphère de passion élégante, ont une certaine manière mélancolique de regarder les jeunes filles, une certaine façon pénétrante de laisser tomber un compliment sans conséquence. Elaine est prise à cet attrait, n’étant, après tout, qu’une pensionnaire et une provinciale idéalisée par la poésie. Un moment elle s’abuse, parce que Lancelot, pour n’être pas reconnu, a porté ses couleurs dans le tournoi. Elle est enfin détrompée, et il ne lui reste plus qu’à exhaler sa vie dans un dernier chant.

Lancelot apporte à sa royale maîtresse le diamant inestimable, prix du tournoi. La reine le refuse et le pose froidement sur la table : « Ce diamant n’est pas pour moi, dit-elle ; il appartient à cette jeune fille sous les couleurs de laquelle vous avez combattu. » Puis, tout à coup, sous la reine offensée reparaît la femme jalouse. « Elle ne l’aura pas ! » crie-t-elle, et, en même temps, elle jette le diamant par la fenêtre ouverte. Au moment où il tombe dans la rivière, une barque y passe lentement, une barque tendue de noir, conduite par un vieillard muet, « semblable à ces rudes figures taillées dans le roc. » Sur les draperies sombres repose la vierge d’Astolat, vêtue de blanc et enveloppée de ses cheveux blonds. La mort l’a faite plus pâle, mais l’a laissée aussi belle. Dans la main droite elle tient un lis et dans la main gauche une lettre pour Lancelot. La morte vient dire adieu à celui qui s’est enfui sans prendre congé d’elle.

L’utopie chevaleresque touche à sa fin. Le paradis créé par Arthur se remplit de désordre ; les passions recommencent à ravager la terre, en même temps que les fauves sortent des bois. Pendant qu’Arthur est allé combattre les révoltés, Guenièvre et Lancelot ont résolu de se séparer. Mais ils ont voulu se voir une dernière fois. « La main dans la main, le regard rivé au regard, ils sont assis sur le bord de sa couche, bégayant, l’œil fixe : c’était leur dernière heure d’amour, leur adieu désespéré… » La trahison, sous les traits de Modred, épie cette suprême entrevue ; bientôt leur honte est publique. Quand Arthur revient, il est seul, et c’est la nuit. Aucune lumière n’éclaire la chambre nuptiale ; tout est silencieux, triste et mort. Le prince pousse du pied une ombre qui gémit, couchée sur le seuil : c’est Dagonet, le fou du roi. « Pourquoi pleures-tu ? — Je pleure, ô mon roi, parce que je ne te ferai plus jamais sourire ! »

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Guenièvre s’est réfugiée dans un couvent, où nul ne la connaît. Elle pleure, elle essaie de prier, songeant tantôt aux vertus d’Arthur et tantôt aux caresses de Lancelot, tandis qu’autour d’elle les nonnes babillent et se signent au nom de la reine adultère. Mais le roi a su la découvrir, il paraît dans la cellule, et elle tombe prosternée devant lui. Vient-il exécuter la sentence de mort que, dans le premier moment de désespoir, il a portée contre elle ? Vient-il, tout au moins, lui reprocher son crime et la maudire ? Non, il vient lui pardonner, avant de marcher à sa dernière bataille. Quoi qu’il arrive, il ne verra plus cette royale beauté, ces cheveux d’or, autrefois son orgueil, ces beaux cheveux, avec lesquels il aimait à jouer, « lorsque ne savait pas ! .. » Comment lui dire adieu ? Peut-il toucher ses lèvres ? Elles ne sont pas, elles n’ont jamais été à lui. Peut-il toucher sa main ? Mais cette main, c’est encore de la chair, et sa propre chair pourrait tressaillir à ce contact, car il l’aime encore ! Cet amour n’aura plus de satisfaction sur la terre ; mais pourquoi, dans une vie nouvelle, ne retrouverait-il pas sa Guenièvre, purifiée par le pardon divin ? « Oh ! je t’en prie, laisse-moi cette dernière espérance ! Et maintenant, il faut que je parte. J’entends, dans la nuit, la trompette qui sonne ; ils appellent leur roi… » Toujours muette, toujours couchée à ses pieds, la face contre terre, elle sent comme un souille errer sur son cou ; dans les ténèbres, au-dessus de sa tête courbée, elle sent des mains qui s’agitent pour bénir. Il est parti. Pâle, elle se dresse, elle écoute jusqu’à ce que le bruit des talons de fer se soit éteint dans l’éloignement.

Extrait de la Revue des Deux Mondes tome 71, 1885. Ecrit par
Auguste Filon, sur Lord Tennyson

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T.H. White – Lancelot, ‘le chevalier mal fet’

Lancelot - le chevalier mal fait Sona mour pour la Reine va détruire le Royaume d'Arthur - rossetti_lancelot_queen
Lancelot dans la chambre de la Reine – Rossetti

T.H. White : Le Chevalier mal adoubé, 1940 (The Ill-made Knight)Le chevalier mal adoubé Lancelot TH White Couv

Arthur, qui rêvait de voir sa Table Ronde établir à jamais le règne de la justice et du droit, déplore que ses chevaliers prennent encore tant de plaisir à utiliser la force. Lancelot, déchiré entre sa fascination pour Arthur et son attirance pour Guenièvre, tombe dans le piège que lui tend une jolie jeune fille. Affolé par une paternité non désirée, il ne lui reste plus qu’à fuir ses amours et à se jeter avec fièvre dans une nouvelle voie : la quête du Graal.

Lancelot - The Ill Made Knight by Daaakota ...Avec The Ill-Made Knight, c’est Lancelot qui entre en scène. Mais, attention, ici le portrait qui se dégage du héros est inhabituelle: Lancelot n’a pas la beauté virile généralement représentée, il est laid et de plus il est socialement maladroit… Il est surnommé « Le Chevalier Mal Fet » (en français d’époque dans le texte…)… Mais surtout, Lancelot est sans cesse accablé par le sentiment de sa propre imperfection et par le péché permanent qu’il ressent en lui-même… Péché que ses instincts de sauvagerie qu’il réprime en étant le plus miséricordieux des chevaliers, et péché que son amour pour la femme du roi Arthur, qu’il admire plus que tout homme au monde.

Lancelot and Guinevere's Parting Kiss rhead

C’est le ménage à trois qui retient l’attention de T. H. White. Sir Launcelot confideth his Shield to Elaine the Fair, illustration from 'The Story of Sir Launcelot and his Companions', 1907Bien sûr, il y a les quêtes, il y a le Graal ; mais, détail que tout cela, en fin de compte, si Lancelot quitte Camaalot, c’est toujours à cause de Guenièvre, qui n’est pas une femme commode — au début, il s’exile pour lutter contre la tentation d’un amour interdit ; par la suite, c’est Guenièvre qui le congédie et lui fait perdre la raison.

 

The Lady Elaine the Fair, illustration from 'The Story of Sir Launcelot and his Companions', 1907 Fine Art Print by Howard PyleElle se montre maladivement jalouse de l’unique nuit d’amour de son chevalier servant avec la perfide Elaine (qui en concevra quand même Galaad). Un homme moins exceptionnel que Lancelot ne s’en relèverait pas, mais le Chevalier Mal Fait reviendra, et vivra des années d’un amour paisible tandis qu’Arthur, cocu généreux, fera, tant qu’il pourra, semblant de ne rien voir…

Guinevere's Jealousy
La jalousie de Guenièvre – Rhead

Rappelons, que de parents anglais, T.H. White est né en 1906 à Bombay. Il a fait ses études en Angleterre et a exercé de hautes fonctions à l’université. Cependant, mal à l’aise dans une époque dont il n’approuvait ni les modes ni les systèmes de valeurs, il s’isola en Irlande et s’adonna à la pêche au saumon…

Et Lancelot augure un peu, jusqu'à ce qu'il a vu qui étaient les plus faibles

La légende de la mort d’Arthur à la Fosse-Arthour ( Normandie) -2/2-

Moyen-age révé ChâteauxCependant, un matin, l’aurore naissait à peine, brillant à l’horizon et promettant un beau jour, Arthur quittait la Reine. Son retour devait être prochain. Déjà il franchissait la vallée, quand un bruit inusité se fait entendre. Bientôt ce grondement approche et devient plus sensible. Le Roi écoute et s’arrête : il reste interdit. Son épouse, qui du seuil de la grotte, l’a suivi des yeux, porte alors ses regards vers la forêt d’où s’échappe cet étrange vacarme.

C’est un torrent qui mugit. Il renverse bois, rochers, obstacles de toute nature, entraînant tout sans sa course vertigineuse, et rapide comme l’éclair qui sillonne la nue, prompt comme la pensée, il arrive au pied de la montage, pour y envelopper le royal Arthur de son onde intelligente et vengeresse. Le prince se débat en vain contre les étreintes de la mort : le torrent impétueux engloutit sa victime dans sa colère, ne laissant derrière lui qu’un faible tourbillon presqu’aussitôt dissipé.

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Témoin de cette agonie si soudaine, muette de désespoir, la Reine ne voit et n’entend que le gouffre qui crie vers elle. La voix de son époux semble l’invoquer.

« Tu m’appelles, s’écrie-t-elle, Arthur ! Ici, je serai seule et désolée ; là-bas nous serons ensemble !… Onde bruyante, que tes flots soient doux à l’épouse qui cherche son époux !… Arthur, je te suis ; ouvre tes bras … me voilà ! »La Fosse-Arthour 2

Et, du haut des rochers, dans un mouvement rapide, elle s’élance avec précipitation dans l’abîme.

On la voit, comme une candide colombe atteinte d’un fer meurtrier, tomber dans la fosse bouillonnante ; les eaux s’agitent avec force et un lugubre murmure semble sortir de leur sein. Les deux époux s’unissaient pour l’éternité.

Le Génie de ces lieux solitaires apparut en ce moment sur un roc renversé, au bord du précipice, tombeau royal des deux héros. Un immense voile de deuil aux longs plis flottants, se déroulait jusqu’à ses pieds ; une larme même tomba de ses yeux, car sa vengeance avait été cruelle. Il étendit lentement la main vers l’eau qui frémissait encore : « Torrent, dit-il d’une voix pleine d’émotion, torrent, tu mugiras toujours : pleure jusqu’à la fin des siècles, pleure de ta grande voix ceux qui viennent de mourir … Redis sans cesse et répète à tous leur déplorable destinée. »

En aval de la Fosse-Arthour

Et pour jamais le Génie disparut de ce ravin désolé.

On affirme qu’autrefois, deux corbeaux, aussi blancs que des cygnes, venaient planer lentement et mélancoliquement chaque jour au dessus du gouffre, tombeau des deux amants. Leur aire était établi dans un creux du rocher, et les laboureurs les respectaient, car ils protégeaient les moissons des champs d’alentour contre les oiseaux du ciel.

Un soir, ils prirent leur volée vers l’horizon lointain, disparurent, et depuis nul ne les a revus. On raconte encore qu’au bon vieux temps, celui qui ne pouvait suffire à ses labours, allait demander aide sur le bord de la fosse-Arthour, en ayant soin d’y déposer une piécette blanche.

Le lendemain matin, il voyait sortir de l’eau deux taureaux noirs qu’il emmenait, et qui se montraient infatigables au travail durant la journée toute entière. Il fallait les ramener au bord de la fosse à la tombée de la nuit, et ne pas oublier de leur attacher une botte de foin entre les cornes. Arrivés au bord de l’eau ils prenaient leur élan, et plongeant, regagnaient leur humide demeure.

Sources : Jules LECOEUR – Esquisse du Bocage Normand -1887-

Une autre  »histoire » soutient qu’il ne s’agit pas du Roi Arthur, qui serait concerné mais du sage Merlin :viviane enserre Merlin

« Viviane, fée de la forêt de Brocéliande, en Petite Bretagne, projetait de séquestrer son ami Merlin dans une prison immatérielle afin de lui soutirer le reste de ses connaissances magiques. D’abord méfiant, Merlin s’éloigne en Grande-Bretagne, mais finalement, fait ses adieux au roi Arthur et regagne Brocéliande sans idée de retour. Entre-temps, le cœur de Viviane s’est ouvert à un jeune soupirant, et un complot s’est tramé. La fée attirera Merlin dans une chambre secrète, formée de rochers de la forêt. A l’intérieur se trouve la tombe de deux amants inséparables dont Merlin avait jadis appris à Viviane la tragique histoire. Lorsque pour satisfaire la curiosité de sa mie merlin soulève la lourde dalle, l’indigne demoiselle et son complice le précipitent dessous. Un Chevalier de la Table Ronde, le roi Baudemagus, perçoit encore ses cris au bout de quatre jours. » Si l’on suit le texte de Wace et si l’on prend en compte les ressemblances de noms, Merlin est bien l’occupant de la Fosse-Arthour.

Sources: Cité par Jean-Charles Payen, et Jeanine Rouch (patrimoine normand), et Patrick Dacquay…

La légende de la mort d’Arthur à la Fosse-Arthour ( Normandie) -1/2-

Une eau tumultueuse, un chaos de rochers tout proches, et la forêt : voici réunis les trois éléments qui ont suscité l’imaginaire des populations anciennes. Nous sommes à la fosse-Arthour, site est classé espace naturel sensible par le conseil général de l’Orne bien qu’il soit situé à cheval sur le département de l’Orne et de la Manche.La Fosse-Arthour

La Normandie armoricaine, de souche celte est un pays de légendes : les fées, le diable, les géants ont toujours hanté les sources et les nombreux mégalithes de la région. Les Normands du Passais ont revendiqué le passage du fameux roi Arthur sur ces terres ; terres où, au VIe siè­cle, situées près de la marche de Gaule, elles étaient sous le contrôle des Bretons.

La fosse est une gorge de 70 m de profondeur. Au fond, coule la Sonce, rivière qui se jette dans l’Egrenne. Ses eaux tourbillonnantes ont formé le gouffre après avoir dévalé les blocs de pierre. Autrefois, ici, il y eut beaucoup de noyés … La baignade y est désormais interdite.Légende de la Fosse Arthour

Selon la légende, Arthur et sa reine se sont noyés dans ce gouffre. La croyance anglo-saxonne raconte que le Roi Arthur ne serait pas mort à la suite de blessures reçues dans un dernier combat mais gardé par neuf fées, dont Morgane, dans l’île d’Avalon. La tradition normande veut, au contraire, qu’il soit enseveli dans les profondeurs de la Fosse Arthour.

Ici, la montagne semble avoir été coupée en deux crêtes distinctes, pour livrer passage aux eaux, et les deux rives surplombent le ravin. Si vous gravissez le rocher ; à une hauteur prodigieuse, après une périlleuse ascension, pendant laquelle le pied peut glisser à chaque pas et vous précipiter dans l’abîme, vous arrivez à une grotte, assez vaste, taillée dans le roc, et qui présente un large orifice aux chauds rayons du soleil, près d’un chêne dont l’ombrage les tempère en les faisant aimer. Sa forme est triangulaire. Elle possède une issue secrète qu’Arthur, dit la légende, savait bien découvrir, car cette grotte était la Chambre de la Reine. En face, sur le flanc de l’autre coteau, dominant une hauteur qu’on ne peut mesurer sans éprouver un sentiment d’effroi et de vertige, étroite et crevassée, est la Chambre du Roi.

Le gouffre dans lequel le roi Arthur et sa reine se seraient noyés.

Arthur passa quelque temps au fond de ce réduit. Mais la fatalité, qui à cette époque reculée pesait surtout sur les héros, avait enchaîné ses désirs. Il ne pouvait visiter son épouse que lorsque le soleil dorait les sommets de la montagne de ses derniers rayons. Ainsi l’avait voulu le puissant Génie qui le protégeait : la Fée qui avait fait naître dans ce noble cœur ces douces pensées d’amour, après y avoir calmé l’ardeur des combats et l’enthousiasme de la gloire.

Guenievre et lancelotLe frein était trop lourd pour sa brûlante passion : Arthur transporta dans son amour le feu qui l’animait à la tête de ses armées. Impatient des obstacles, il osa les dédaigner. Plusieurs fois il descendit durant le jour de sa retraite inaccessible, et traversant le cours d’eau de la vallée, dont les ondes gazouillaient dans les pierres et venaient s’apaiser au milieu des roseaux et des glaïeuls en fleurs, il surprit sa bien-aimée qui gémissait dans l’attente…

Elle redouta d’abord les suites de cette désobéissance aux ordres du génie, mais comme l’habitude enlève la crainte, au bout de quelques jours, tous les deux à l’envi multipliaient ces douces entrevues et prolongeaient ces heureux rendez-vous.

GUENIEVRE, et.. ses images

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Gwenyfar, Guenhuvar, Gwenhwyvar, Guanhumara, Gwendolen, que de noms pour un personnage aux origines lointaines, celtes sans doute et les traces écrites en sont galloises, et dans Owen et Lunet (XIIème siècle) on parle de « vingt-quatre pucelles dont la moins belle était plus charmante que Gwenhwyvar femme d’Arthur ».

Triple GoddessGuenièvre épouse d’Arthur, fille de Leodagan, maîtresse de Lancelot. Arthur aurait eu trois épouses portant ce nom. (Triade 21, XIIème siècle)… Il ya aussi, la Fausse Guenièvre: une « batarde » de Leodagan qui essaie de se  faire passer pour Guenièvre le jour de ses noces (Estoire de Merlin)

La païenne Gwenyfar , a rencontré sa sainte qui la fera chrétienne… Ce sera la petite Geneviève de Nanterre, la sainte de l’aube chrétienne gauloise, désormais patronne de Paris (La Lutèce de l’époque des Huns). En effet, celle dont « l’histoire de ses amours avec Lancelot est l’objet de maints galants épisodes » (dictionnaire Larousse de 1930) verra son fol amour être transcendé puisqu’elle se retirera au couvent.

Guenièvre a tout pour être heureuse… Son Arthur est tout de même le Roi, il est noble, certainement cultivé pour son époque (éducation romaine?) probablement bel homme (on a le droit de l’imaginer..) et, de surcroît, il aime sans doute très fort sa Guenièvre, même si ce mariage était une alliance politique comme souvent (on ne manque pas d’exemples actuels) et même si pour le moment elle n’a pas donné d’héritier à la couronne (ce dont il n’est jamais question à ma connaissance dans les textes). En plus, il a fondé cette merveilleuse Table Ronde égalitaire qui est gage de concertation et désir de paix. Donc tout va bien!

Sir Lancelot and Guinevere
Sir Lancelot and Guinevere

Ce qui est nouveau avec Guenièvre, et ce XIIe siècle; c’est L’Amour avec un grand A … Cet  esprit de l’Amour courtois de Toulouse s’est répandu par des chemins divers dont celui de la cour d’Aliénor d’Aquitaine. Cet amour est né réciproquement dans un seul regard, c’est notre « coup de foudre » moderne. Pour Guenièvre, il s’agit d’un choix d’adulte (adultère..) entre un vrai homme et un vrai homme. Car Lancelot est quand même le Meilleur Chevalier du Monde…

Autre nouveauté, le respect de l’autre apparaît…

– Respect de Guenièvre envers Arthur (elle l’aime toujours à n’en pas douter).

– Respect de Lancelot pour Arthur (qui est et demeurera malgré tout son ami le plus cher).

– Respect d’Arthur envers sa femme et son ami malgré sa douleur et sa colère

– Respect aussi de l’entourage que l’ont ressent dans les textes pour ces trois personnes toutes « victimes » de cette passion amoureuse.

Même Morgane et son fils Mordred, jaloux d’Arthur et de son pouvoirn vont hésiter longtemps avant de prendre la décision de trahir les amants.

Le Roi Arthur lui-même aurait peut-être été prêt à s’incliner devant le tourbillon de cette passion qui le dépasse et dépasse les amants, ses hésitations à les punir le prouve, mais il a une responsabilité sociale (choix entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité comme dit le sociologue Max Weber).

Guenièvre a-t-elle conscience qu’en risquant de briser le double lien de Chevalerie et d’amitié entre Arthur et Lancelot elle risque aussi de provoquer l’effondrement du Royaume? Certainement. On la suppose intelligente et responsable Alors pourquoi céder aux avances de Lancelot? (car n’oublions pas que si les demandes viennent normalement de l’homme, Guenièvre est encore un peu une femme celte qui connaît la nuit de Beltain et donc décide aussi).

fortescue Brickdale - Guenièvre nonne, fait pénitence
Fortescue Brickdale – Guenièvre nonne, fait pénitence

On ne peut donc pas penser que c’est une « amourette » ou une « aventure » mais bien un amour vrai, réel, sincère. Elle est romantique avant l’heure…

D’autres amants du Moyen Age, Tristan et Yseult, vont devenir célèbres. Mais au moins Yseult aura une bonne excuse: le fameux Philtre qu’elle devait boire non pas avec Tristan mais avec son futur époux le Roi Marc. Hélas pour elle, la pauvre Guenièvre n’aura pas cette chance et elle semble malgré tout pleinement consciente de ce qu’elle fait. Certes il n’y a pas de philtre ou de magie quelconque (bien que Gwenyfar soit une des trois déesses celtiques avec Viviane et Morgane) mais il y a comme on dit la « magie » du regard par ou transparaissent l’amour et l’âme…

Guenièvre n’est plus dans le domaine féerique alors que les personnages qui l’entourent sont associés à des phénomènes « surnaturels » :

– Arthur a sorti l’épée Excalibur du Rocher,

– Lancelot a été élevé par Viviane, la Dame du Lac

– Morgane est magicienne et connaît les Herbes

– Et bien sûr, il y a Merlin à l’origine avec tout son héritage celtique.

Sources : Geneviève Esquenet

Tarot -3- L’Impératrice, Guenièvre.

3 – Le Tarot de la Quête du Graal

– Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs »

3-imperatriceL’IMPÉRATRICE est : amour maternel, fécondité, bienfaisance et prodigalité. Il s’agit d’une protection divine suprême. Elle apporte la paix familiale tout en conservant précieusement sa beauté, sa féminité sans lesquelles elle ne peut se passer. Elle représente la vie, l’amour, l’attachement maternel et la générosité. Cet arcane symbolise l’intelligence, la créativité cognitive, la culture mais aussi l’énergie de l’action et la joie, le dynamisme.
Sur le plan évolutif, dans le système du Tarot, le nombre 3 représente la naissance de l’esprit et le développement du mental. triple-goddess_79(Alors que le nombre 5 représente le mental développé et une ouverture d’esprit à l’autre, à sa différence. Le nombre 7 représente la satisfaction de l’esprit et le contrôle des pulsions par le mental. Le nombre 9 représente la remise en cause et l’esprit sage, tourné vers l’essentiel).

L’IMPÉRATRICE est surtout une personnalité sensitive-instinctive (par exemple, ses deux mains tiennent, et donc touchent, des objets de pouvoir). Elle ressent les choses, elle s’attache à elles pour des raisons émotives, traditionnelles ou rituelles…. Elle est réceptive et réactive. Sur le plan relationnel, elle se tient sur la défensive, ce qui est figuré par son écu, son sceptre et son bijou lui enserrant la poitrine. C’est l’arcane qui représente le triomphe de la féminité. Ses valeurs sont : l’affabilité, la sympathie, la beauté, la fascination, la séduction dans le bon sens du terme.

Êàðòèíà áàòèê Ìàäîííà Çàùèòíèöà

Queen Guinevere by James Archer (c.1860)
Queen Guinevere by James Archer (c.1860)

L’IMPÉRATRICE à la figure d’une souveraine, inspirée par la figure d’Héra-Isis.
Si L’IMPÉRATRICE est associée à la Lune, elle est aussi très souvent associée à Vénus… D’abord, Vénus est le surnom romain d’Isis, Ishtar, Aphrodite… Ensuite, Vénus est considérée comme la Déesse de l’Amour, de la Beauté et aussi de la Fertilité…

Cette Vénus née de l’écume des eaux! Cette Vénus est bien celle qui comme Freyja, la déesse Celte, s’est incarnée sur Terre, grâces aux vents et à l’eau… 3 éléments réunis (terre, air, eau) afin de réaliser le miracle de l’incarnation de la Déesse.

La Mater Dolorosa ou mère de douleur est un thème universel auquel le christianisme a donné une valeur de référence en en faisant un point marquant de la dévotion mariale dans une spiritualité de la compassion.

Freyja, par James Doyle Penrose (1890) Guinevere par Henry Justice Ford 1910
Freyja, par James Doyle Penrose (1890) Guinevere par Henry Justice Ford 1910

La figure de Guenièvre, correspond à un archétype, celui de la jeune épouse-fleur, la femme de l’Autre-Monde, qui devient l’épouse d’un roi. GuenièvreElle remonte jusqu »à Gwenhwyfar, dont l’intégrité soutient l’honneur de la cour d’Arthur et dont la beauté reflète la visage fertile du pays…
Elle manifeste l’harmonie entre le roi et sa contrée… Si elle ne trouve pas à tous les niveaux un amour réciproque de la part de son époux, elle cherche alors un champion pour faire réagir le roi et lui rappeler ses devoirs envers sa reine et le pays qu’elle représente.
Elle est en réalité défendue par de nombreux chevaliers, dont le champion du Graal, Peredur ( Perceval, Persifal), et Gereint ; chacun venge Guenièvre quand elle est insultée par un chevalier sans nom, qui vient peut-être de l’Autre-Monde…
Gwenhwyfar (Welsh spelling of Guinivere)Une des clés de son rôle originel se trouve dans la Triade qui la décrit comme la triple Gwenhwyfar ..

Dans la Bible, cette figure d’impératrice est reprise par la Reine de Saba, comme épouse du roi Salomon… Dans cette configuration, sa lignée fait le lien avec le Graal, et Sarras, la ville mystique du récipient sacré.
La reine de Saba, ou Guenièvre, représente le désir d’agir et d’entreprendre ; elle est une participante puissante et redoutable à la Quête, accompagnant les chercheurs et les encourageant à faire le nécessaire pour réussir.

– la Question du Graal : Comment atteindrez-vous votre but ?

Sources : Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews
et le site de Walter Boralis: http://secretsdutarot.blogspot.fr/

L’Extase amoureuse de Lancelot

pont de l'épée
Lancelot passant le pont de l’Épée, enluminure d’un manuscrit, vers 1475

Dans le texte de Chrétien de Troyes ( Le Chevalier de la Charrette, vers 710 à 771) ; Lancelot est victime d’un coup de foudre, d’une « cristallisation » au sens stendhalien de l’amour fou. C’est Guenièvre, qui donne à Lancelot des ailes, allant jusqu’à lui faire subir des épreuves terrifiantes comme le passage du pont de l’épée.

Résumé : Lancelot et Guenièvre

Lancelot prenant la Douloureuse Garde (3)
Lancelot prenant la Douloureuse Garde

Le jour de l’Ascension, un chevalier, Méléagant, annonce à Arthur qu’il détient en ses terres (le royaume de Gorre) un grand nombre de ses sujets. Il les libérera si un chevalier d’Arthur le vainc en combat singulier. Le sénéchal Keu relève le défi, mais il est grièvement blessé par Méléagant, qui enlève alors la reine Guenièvre, l’épouse d’Arthur. Gauvain part immédiatement sur leurs traces. Il rencontre en route un mystérieux chevalier qui, pour avoir des nouvelles de la reine, accepte de se déshonorer en montant sur une charrette d’infamie. L’amour fou que le chevalier sans nom voue à Guenièvre éclate peu après : il manque de se laisser tomber d’une haute fenêtre pour ne pas perdre la reine du regard, et tombe en extase devant un peigne lui ayant appartenu. Le chevalier parvient à soulever la dalle d’une tombe, aventure qui le désigne comme le libérateur des sujets d’Arthur, puis réussit peu après à passer en Gorre en traversant le pont de l’Epée, au prix d’un effort surhumain. Ce n’est qu’alors qu’on apprend (de la bouche de Guenièvre) le nom du chevalier : il s’agit de Lancelot du Lac. La reine réserve d’abord un accueil glacial à Lancelot : on apprendra plus tard qu’elle veut ainsi le punir pour avoir hésité, l’espace d’un pas, à monter sur la charrette d’infamie. Après avoir chacun craint la mort de l’autre, Lancelot et Guenièvre finissent par se retrouver, et passent la nuit ensemble. Tous — y compris Gauvain, qui a échoué à passer en Gorre — regagnent alors la cour d’Arthur, sauf Lancelot, retenu prisonnier par Méléagant. Le récit est alors pris en charge par Godefroy de Lagny, qui déclare poursuivre l’œuvre inachevée de Chrétien de Troyes. Aidé par la sœur de Méléagant, Lancelot parvient à temps à la cour d’Arthur pour vaincre Méléagant, auquel il tranche la tête.

John Maler Collier (27 janvier 1850 à Londres – 11 avril 1934) était un écrivain et artiste-peintre britannique préraphaélite
John Maler Collier (27 janvier 1850 à Londres – 11 avril 1934) était un écrivain et artiste-peintre britannique préraphaélite

La défense de Guenièvre, William Morris, Emma Florence Harrison
La défense de Guenièvre, William Morris, Emma Florence Harrison

Dans ce texte, nous retrouvons la fin’amor, amour parfait ou courtois, célébré dans les poésies des troubadours. Les thèmes de l’abdication totale de la volonté de l’amant devant le désir de la femme aimée, de l’extase amoureuse allant jusqu’à l’oubli de soi, du don réciproque — mais toujours révocable — des corps et des cœurs, sont au centre de l’œuvre.

Rigaut de Barbezieux compare l’extase religieuse à l’extase amoureuse :

« Tout comme Perceval en son temps si ahuri de les voir, qu’il en oublie de demander à quoi servent Lance et Graal, moi j’en suis là, Dame sublime devant votre corps précieux, car alors, j’oublie tout quand je vous regarde. je crois prier ; je suis en fait anéanti » (J.-C. Marol, op. cit., p.67-68).

Lancelot, en tant que parfait amant, ne se plaint pas. Il subit avec patience tout caprice de celle qui aime… Pour lui la reine est sublimée. Il prend la place du fidèle qui adore un être suprême. À la seule vue de la reine, il tombe en extase : « Il ne cesse un instant de la suivre des yeux, dans la contemplation et dans l’extase, aussi longtemps qu’il peut. Quand elle eut disparu, il voulut se laisser basculer dans le vide » (Le Chevalier de la charrette, p. 39). La reine Guenièvre 3Guenièvre hante tout son être. À sa pensée, tout le reste du monde s’efface. Le chevalier perd tout contact avec la réalité qui l’entoure. Voilà l’exemple le plus caractéristique d’extase amoureuse dans Le Chevalier de la charrette :

« Le chevalier de la charrette est abîmé dans sa méditation comme un sujet livré sans force et sans défense à la souveraineté d’Amour. Sous l’empire de son penser son moi s’anéantit. Il ne sait s’il existe ou s’il n’existe pas. De son nom il n’a plus souvenance. Est-il armé ? Ne l’est-il pas ? Il n’en sait rien. Il ne sait où il va, il ne sait d’où il vient. De son esprit chaque être est effacé, hormis un seul, pour lequel il oublie tout le reste du monde. À cet unique objet s’attachent ses pensées. C’est pourquoi il n’entend, ne voit, ne comprend rien » (Le Chevalier de la charrette, p. 43).

La Dame de Shalott - Guenièvre et autres poèmes d'Alfred Lord Tennyson, 1912Puisque donc il tombe en extase lorsqu’il voit ou pense à sa dame, il n’est pas difficile à deviner sa réaction lorsqu’il prend entre ses mains un peigne qui lui appartient… En effet, Lancelot trouve près d’une fontaine, lieu traditionnel de la rencontre des fées, un peigne avec les blonds cheveux de Guenièvre, comparables à ceux d’Iseut déposés par une hirondelle sur l’appui de la fenêtre du Roi Marc et, ces cheveux pressés contre son cœur lui font plus d’effet que tous les électuaires, les catholicons et les prières conjuguées….

« Il prend soin d’en retirer les cheveux avec des doigts si doux qu’il n’en rompt pas un seul. On ne verra jamais à rien accorder tant d’honneur. L’adoration commence : à ses yeux, à sa bouche, à son front, à tout son visage, il les porte et cent et mille fois. Il n’est point de joie qu’il n’en fasse : en eux son bonheur, en eux sa richesse ! Il les enferme dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair. […] Tant il a foi en ces cheveux » (Le Chevalier de la charrette).Lancelot Bears Off Guenevere by HJ Ford

Les cheveux blonds de Guenièvre sont comparés à des reliques que le fidèle conserve avec une ferveur religieuse. C’est la même ferveur qu’il montre quand il entre dans sa chambre et « devant elle il s’incline et lui rend une adoration, car il ne croit autant aux reliques des saints » (Le Chevalier de la charrette,). En plus, le matin suivant, « se tournant vers la chambre avant de s’en aller, il fléchit les genoux, comme s’il se trouvait en face d’un autel » (Le Chevalier de la charrette).

On peut penser que Chrétien de Troyes, ne partage pas toutes les idées de Marie de Champagne sur la Fin’Amor… En effet, il ironise sur les débordements de l’amour courtois et le ridicule des situations qui abaisse l’aura du chevalier, tantôt vautré dans l’eau d’un gué (V. 762-763) la tête et le corps à moitié sortis et coincés dans une fenêtre du château de Baudemagu roi de Gorre (V. 568)… Cependant, ces situations ne font que reconnaître le côté humain de Lancelot … Et, l’humour n’empêche pas le réalisme des blessures du héros abîmé par le tranchant du Pont de l’Epée et plus tard les stigmates et blessures, doigts coupés sur les barreaux de fer etc..

Eleanor of Aquitaine
Alienor d’Aquitaine

Et, peut-être finalement, nous entendons l’auteur… Chrétien de Troyes – chevalier-poète au service de sa Domina – aurait connu secrètement un amour fou pour Aliénor d’Aquitaine ou pour Marie de Champagne, qu’il aurait maquillé par un masque littéraire de pure rhétorique ..

Chrétien de Troyes ne serait autre que Lancelot: un amoureux transi, impétrant et sémillant qu’une femme accomplie a su transformer et subjuguer. Cet amour impossible ne serait-il pas en fait celui de l’auteur distancié par sa fonction de serviteur de la Domina, que traduit l’écart géographique entre Lancelot et Guenièvre après son enlèvement par Méléagant. C’est dans cette séparation provisoire que le creuset de l’amour fou prend sa place, Marie de Champagne, Aliénor sa mère ne se fondent-t-elles pas dans la même emblématique féminine ? Ce texte inachevé aurait-il été terminé par Godefroi de Leigni où Lancelot devenu un homme épousera la sœur du chevalier félon Méléagant. Ainsi se trouvent réunis les royaumes de Gorre et de Logres.

La Légende des chevaliers de la Table Ronde – résumé – 9/9 – La mort d’Arthur

Une fois le Graal retrouvé, le royaume est purifié, libéré des merveilles de Bretagne. Les valeurs chrétiennes ont vaincu les forces ténébreuses tapies dans les lieux sauvages, il n’y a plus de magie, de maléfices, d’enchanteurs et de créatures prêtes à terroriser le peuple. Celui-ci peut désormais vivre dans la lumière de Dieu, il n’a plus à craindre les forces obscures. Grâce au Graal, la nature est domptée, le monde civilisé, la Bretagne unifiée et christianisée. Malheureusement, la société arthurienne ne survivra pas longtemps dans ce monde nouveau.innocenti Roi Arthur

En dehors de quelques élus, les membres de la Table Ronde ne sauront pas se montrer dignes de la nouvelle exigence morale du royaume. Les chevaliers sont rattrapés par leurs erreurs, leurs passions ou leurs mauvaises actions passées. Ainsi, malgré ses promesses, Lancelot retombe dans les bras de Guenièvre, Merlin lui-même succombe au charme de la dame du Lac et se retire du monde visible pour demeurer à ses côtés dans une prison d’air.

Guenièvre au couvent , EH Garret 1902
Guenièvre au couvent , EH Garret 1902

Quant à Arthur, il voit surgir un ennemi inattendu, Mordred, un fils dont il ignorait l’existence, fruit d’une relation coupable avec sa demi-sœur Morgause qu’il n’avait pas reconnue alors. Mordred, perfide et fourbe utilise la liaison adultère de Lancelot et Guenièvre pour monter les chevaliers les uns contre les autres, il provoque ainsi une terrible guerre civile qui précipite le royaume vers sa destruction.

Arthur et ses chevaliers combattant Mordred et son armée ; enluminure extraite de De Casibus virorum illustrium de Jean Boccace (1360) Bnf
Le-roi-Arthur-combat-Mordred

Lancelot est surpris avec Guenièvre. Arthur, bafoué et trahi par les deux êtres qu’il aime le plus au monde, ordonne que l’on tue Lancelot et que Guenièvre soit brûlée vive. Il poursuit alors son rival, venu sauver la reine le jour de l’exécution, jusqu’en Bretagne, fief de Lancelot…

Pendant son absence Mordred s’empare du royaume avec l’aide des Saxons. Il se fait couronner roi et retient Guenièvre. Arthur et son armée reviennent. C’est alors le combat final entre les armées d’Arthur et de Mordred sur la plaine de Salisbury.

Les Chevaliers de la Table Ronde s’opposent entre eux. Tous les personnages de la légende trouvent la mort au cours du combat. C’est Cador, duc de Cornouailles, qui devient roi de Grande-Bretagne. Guenièvre quant à elle prend le voile à Amesbury.

Le combat d'Arthur et Mordred , illustré par NC Wyeth pour The Boy King Arthur , 1922
Le combat d’Arthur et Mordred , illustré par NC Wyeth pour The Boy King Arthur , 1922

Lors d’une dernière bataille, Mordred est tué par son propre père. Arthur, lui, est mortellement blessé, mais alors qu’il agonise, sa soeur Morgane, la magicienne, vient le chercher pour l’amener en Avalon, l’île sacrée des druides, afin qu’il repose en paix. Non sans avoir rendu son épée Excalibur à la fée du Lac qui la lui avait confiée, Arthur quitte alors le monde des hommes pour rejoindre le paradis des héros de l’ancienne tradition. Il retrouve ainsi le monde invisible des légendes. 

La Légende des chevaliers de la Table Ronde – 7/9 – Lancelot 3

lancelot_family_crestTout au long de sa vie, Lancelot mène un grand nombre d’aventures, suivant une ligne de conduite irréprochable (hormis sa liaison avec Guenièvre). En effet c’est probablement le chevalier qui accomplit le plus grand nombre d’aventures. Et il a pu toute sa vie se reposer sur ses deux cousins, Lionel et Bohort. De plus, le « clan Lancelot » est quelques temps après son adoubement complété par deux autres cousins (Blanor de Gaunes et Biliobéris) mais aussi et surtout par le demi-frère de Lancelot : Hector des Mares (fils du roi Ban et d’une de ses servantes). Ce clan était redouté par tous les chevaliers de la Terre, puisque chaque personne de la famille de Lancelot est reconnue comme particulièrement redoutable au combat (les chevaliers les plus puissant de la Table Ronde sont en grande partie de la famille de Lancelot).

Sir Lancelot du Lac
Sir Lancelot du Lac

Seuls deux chevaliers peuvent opposer une vraie résistance en combattant Lancelot : Tristan et Perceval le Gallois. Et un seul peut le surpasser : son propre fils Galaad.

A l’époque où Malory écrit ses histoires (300 ans après Chrétien de Troyes) , Lancelot est devenu plus populaire que Gauvain.. Avec Malory, Lancelot est devenu le favori d’Arthur, alors même qu’il tue les frères de Gauvain et commet l’adultère avec Guenièvre. Du fait de cette faute, Lancelot ne pourra pas contempler le Saint-Graal.

Lancelot est aimé d’Elaine d’Astolat. Elaine est la fille de Pellès, le Roi Pêcheur, gardien du Saint Graal. Lorsque Lancelot arrive au château du Graal, il est victime d’un enchantement qui lui fait croire qu’Elaine est Guenièvre. Vous lirez sur ce site le détail de cette histoire … Ils conçoivent ainsi Galaad durant la nuit. Galaad ( ou Galahad ) sera le chevalier vierge ( substitut de Lancelot) qui remplira la Quête du Graal

Agravain
Agravain est le frère de Gauvain. Dans la Vulgate, Agravain est décrit comme arrogant et jaloux. Cependant, il est reconnu comme un valeureux chevalier.

Ainsi les années passent. Mais, Agravain a compris ce qui se passe entre Lancelot et Guenièvre… Il fait part de ses soupçons aux autres chevaliers de la Table Ronde. Dans ‘ Le Morte d’Arthur ‘ de Thomas Malory,  Agravain dit que tout le monde sait « que messire Lancelot jour et nuit partage la couche de la reine ». Agravain informe le roi Arthur de cet amour coupable;  jusque là, il refusait de l’admettre,  …Agravain The fight in the queen's

Le roi retient la suggestion d’Agravain de tendre un piège à Lancelot et la reine : Arthur fait savoir qu’il part à la chasse, laissant Guenièvre seule dans sa chambre. Quatorze chevaliers (dont Agravain, Mordred, Calogrenant et deux fils de Gauvain) se postent devant la chambre royale et demandent à Lancelot (qui est nu) d’en sortir. Agravain et Mordred, particulièrement vindicatifs, l’accusent de traîtrise. Le chevalier Lancelot tue Calogrenant qui lui barre le passage, endosse son armure et abat treize chevaliers, dont Agravain. Seul Mordred parvient à fuir, blessé. Il raconte à Arthur tout ce qui vient de se passer… Cet événement va entraîner la fin de la Table ronde et avec elle, annonce la chute du royaume d’Arthur.Sir Lancelot save Guinevere by Lancelot

Le roi Arthur, décide – afin que justice soit faite – d’envoyer Guenièvre sur le bûcher, et pour le faire envoie les frères de Gauvain (Gauvain refusant d’assister à la mort de la reine) hormis Mordred qui se doute que Lancelot viendrait la sauver. À moitié nue, Guenièvre attend que les flammes la dévorent lorsque Lancelot surgit pour la sauver. Lancelot tue sans le reconnaître Gahériet, ses autres frères étant tués par Bohort et Lionel ; il emmène Guenièvre à la Joyeuse Garde, son château extrêmement bien défendu. Puis, Lancelot s’enfuit, et se rend, sur ses terres, en France. Le roi, finalement, accepte de rétablir la reine dans son honneur, et la ramène à Camelot. Arthur laisse la garde de son royaume à son fils Mordred, le traître. Encouragé par Gauvain, Arthur décide de poursuivre Lancelot… Et il repart en guerre, jusqu’en France…Innes Fripp - The Rescue of Guenevere

Néanmoins, cette guerre s’éternise… Afin de finir la guerre une bonne fois pour toute, Gauvain défie Lancelot en duel, et malgré que ce dernier attende que le soleil soit à son zénith (là où la force de Gauvain est au maximum), Lancelot blesse à mort Gauvain.

Cependant Arthur doit lever le camp, et repartir sur ses terres… En effet, Mordred vient d’usurper le trône du Roi…

Dans un dernier combat,  Mordred blesse à mort son père… Mais cela, c’est une autre histoire, dont nous aurons bien le temps de parler ….

walter-crane- Sir Lancelot in Chapel Perilous, from 'Stories of Knights of Round Table'On raconte que Lancelot – alors qu’il vit isolé du monde, en pays de Bretagne – apprend que Guenièvre, à la mort d’Arthur, s’est retirée dans un couvent. Lancelot se rend à Amesbury pour la revoir. Les amants se retrouvent une dernière fois à l’intérieur du cloître. Guenièvre s’évanouit à la vue de Lancelot.  » À travers vous et moi, le roi et la fleur de la chevalerie ont été détruits… » La reine n’aspire plus qu’à la paix et elle lui demande de ne plus jamais chercher à la revoir. Elle est – dit-elle – en quête d’une rédemption.

Une nuit, Lancelot fait un rêve prémonitoire, il a la vision de la mort de Guenièvre et alarmé, il reprit le chemin d’Amesbury. La reine, en effet, vient de mourir, elle est allongée, apaisée. Lancelot submergé de chagrin s’effondre et on dit qu’il pleura sa reine jusqu’à sa mort.