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Les Femmes dans la Légende Arthurienne

Laudine's RingDans la société arthurienne, la femme correspond à l’image fantasmée de l’idéal courtois, c’est le cas de la reine Guenièvre… Cependant, la plupart des femmes de la légende sont très éloignées de l’image lisse et épurée de l’héroïne courtoise : la fée Morgane, la dame du Lac, Laudine ou encore la servante Lunette sont des femmes puissantes, intelligentes et actives. Souvent dotées de pouvoirs magiques, elles interviennent dans l’ombre, prennent des décisions et sont maîtresses de leur destin…sandrinegestin-MORGANE-peinture-plat-1

L’héroïne courtoise est souvent une demoiselle en détresse… A l’opposé, pourtant, Morgane représente la femme de l’  »ancien monde » païen, mais elle ne connaît aucune relation amoureuse heureuse et – pareillement – Viviane, la dame du Lac entretient avec Merlin une relation d’égal à égal qui échappe complètement aux codes de la courtoisie. Ces femmes sont de plus en plus marginales et restent loin de la société des hommes dont elles ne respectent pas les règles.

  • Ygraine est la mère biologique d’Arthur, qu’elle conçoit avec Uther qui a pris l’apparence de Gorlois( l’époux d’Ygraine)  grâce à l’enchantement de Merlin, en lui promettant de lui donner son enfant (Arthur)…Uther et Ygraine' du roi Arthur et ses chevaliers illustrés par Frank Godwin

Et, Ygraine est aussi mère de Viviane, Élaine, Morgane et Morgause avec son mari, le duc de Cornouailles, Gorlois de Tintagel, et involontairement la mère d’Arthur avec Uther Pendragon (sous l’enchantement de Merlin)

  • Guenièvre est donc l’un des personnages de la légende arthurienne qui a le plus évolué au fil des siècles. Elle passe de la femme-fée mystérieuse des premiers temps, pour devenir la femme qui trompant le Roi Arthur avec Lancelot, provoque la chute du royaume…

GuenièvreLa reine Guenièvre est l’un des personnages récurrents de la légende du roi Arthur, c’est à dire qu’elle est présente aux côtés du roi dans tous les récits de la Table Ronde. Mais c’est surtout dans le roman de Chrétien de Troyes intitulé Lancelot, le Chevalier de la Charrette qu’elle a un rôle important. Dans ce livre, Guenièvre se fait enlever par un seigneur félon nommé Méléagant. Ce dernier l’emmène dans son royaume, une contrée étrange et très difficile d’accès où se produisent parfois des phénomènes étranges. Lancelot se lance bien entendu à sa recherche, mais pour la délivrer, il devra accomplir un véritable parcours initiatique fait de sacrifices et d’épreuves. Parmi ces épreuves, on peut citer notamment le fameux trajet en charrette, source d’une terrible humiliation pour un chevalier, et la traversée du pont de l’épée, la tranchante frontière qui sépare le royaume de Logre du royaume de Méléagant.

  • Avalon Camelot King Arthur Viviane, the Lady of the Lake - Illustrator Zephir ElphViviane a des relations avec Merlin, dont elle sera même la maîtresse, et qui lui enseigne la magie. On l’appelle « fée Viviane » ou « la Dame du Lac ». Elle transmet son savoir à Morgane et emporte Lancelot du Lac avec elle au plus profond du vaste lac lorsqu’il est encore bébé, à la mort du père de Lancelot, Ban de Bénoïc.
  • Morgause est la mère de Mordred avec Arthur. C’est la femme de Lot d’Orcanie et la mère de Gauvain, Gareth (Gaheriet), Gaheris (Guerrehet), Agravain et de Mordred avec Arthur, envoyée par Morgane. Elle élève Mordred dans la haine de son père, le roi Arthur.
  • Morgane devient fée après sa grande sœur Viviane. La fée Morgane est souvent considérée comme une fée maléfique, au contraire de son rôle dans le roman Les Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley. Elle est la maîtresse d’Accolon et ennemie de son demi-frère Arthur. Elle aurait d’abord été avec son demi-frère Arthur puis son ennemie. Elle fait se battre Accolon avec Arthur. Elle fait une copie d’Excalibur qui appartient à Arthur, donne l’original à Accolon et la copie à Arthur, mais c’est Accolon qui est tué. Avec le roi Urien, elle a Yvain. Si c’est elle qui est la mère de Mordred avec son demi-frère Arthur, Yvain est le demi-frère aîné de Mordred.

La reine Élaine est l’épouse du roi Ban de Bénoïc, mère de Lancelot, grand-mère de Galahad, sœur d’Evaine qui est la femme du frère de son mari.

Ci-dessous, des exemples d’articles – parmi nombreux autres sur ce site – sur le thème des  » Femmes dans la légende arthurienne  »… Chaque article, peut vous conduire à d’autres articles, pour le prolonger… Bonne Quête… !

frise épée sword fond blanc 600

Femmes et le Roi Arthur | La Quête du Graal

Guenièvre: la femme convoitée – 1/3 – | La Quête du Graal

La dame, le chevalier et l’amour courtois. -1/2- | La Quête du …

Idylles du Roi – Viviane – | La Quête du Graal

La Dame du lac | La Quête du Graal

Morrigan | La Quête du Graal

Morgane | La Quête du Graal

Elaine | La Quête du Graal

Idylles du Roi – Viviane –

« Idylles du Roi »; Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead. Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

Sophie Busson - La rencontre de Merlin et de Vivianne
Sophie Busson – La rencontre de Merlin et de Vivianne

Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

« Merlin et Vivien ( Viviane) « 

Viviane et Merlin 2
Viviane et Merlin – Gaston Bussiere (French, 1862-1929)

Merlin a succombé, lui aussi. La séduction du vieillard est la page la plus hardie des Idylles. Ce grand sujet n’a été traité jusqu’ici qu’en farce grossière ou en photographie libidineuse. Goethe, avant de jeter Marguerite dans les bras de Faust, rend la jeunesse au docteur. Le chaste Tennyson a osé nous montrer Viviane, en robe collante de satin blanc, assise sur les genoux de Merlin, et plongeant ses bras roses dans la barbe neigeuse de l’enchanteur. Cette fois, Faust a gardé ses quatre-vingts ans, et Méphisto est entré dans le corps de Marguerite.Idylls Of The King merlin et Viviane

Tantôt Viviane est une femme du monde buvant les paroles d’un professeur célèbre, tantôt une fille entretenue caressant « son vieux. » Ne croyez pas que Merlin cède à un vulgaire accès de sensualité. Viviane est son élève, son sujet, son monstre favori. Il la connaît si bien ! Il se croit si sûr de la dominer ! Il éprouve pour elle des alternatives de dégoût et de complaisance ; et c’est au moment où il vient de déchiffrer sa perversité qu’il devient sa victime.

viviane enserre MerlinElle obtient de lui, sans les comprendre, les paroles magiques, et le premier usage qu’elle fait de cette puissance est de transformer en une léthargie éternelle le sommeil dans lequel est tombé le vieillard, après son ivresse passagère. Légère, triomphante, elle s’échappe en murmurant : « L’imbécile ! » Et l’écho du bois répète, après elle : « Imbécile ! » Lorsque l’homme a vaincu la femme, il l’oublie ; lorsque la femme a vaincu l’homme, elle le méprise.

Extrait de la Revue des Deux Mondes tome 71, 1885. Ecrit par
Auguste Filon, sur Lord Tennyson

La légende de Lady Godiva

Lady Godiva ( ou Godgyfu en saxon) est la très belle épouse de Léofric (968-1057), comte de Mercie et seigneur de Coventry. Elle est aussi une héroïne de la culture anglo-saxonne…

Son mari, pour financer ses guerres, harcèle violemment ses sujets et les couvre de taxes ; et Lady Godiva – sensible aux conditions difficiles d’existence des habitants de Coventry- régulièrement plaide auprès de son époux, une réduction des impôts. A chaque fois, près de l’oreiller, Léofric promet de supprimer des taxes ; mais ensuite le besoin d’argent se fait sentir … Par ailleurs, si lady Godiva est fort belle, elle est aussi fort prude ; et malgré la vigueur de son mari, elle refuse de se montrer entièrement déshabillée, la dame ne se livre que dans l’obscurité …

lady Godiva Edmund Leighton dépeint point de décision (1892)

Ce jour là, Léofric, exaspéré, fait comprendre à sa femme qu’il ne réduirait les impôts qu’à la condition, qu’elle-même traverse – nue à cheval – la ville de Conventry. Il pense qu’ainsi, lady Godiva ne l’ennuiera plus jamais avec cette question de taxes …

Après une longue réflexion, Godiva accepte le défi.

out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Lady_Godiva - Alfred Joseph Woolmer out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

La dame demande alors aux habitants de rester chez eux lors de son passage, pour que personne ne puisse la voir nue. L’annonce à la population ajoute que toute personne qui enfreindrait cette règle serait durement puni… Il n’est pas précisé si la punition serait divine, ou séculière …

Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865
Sir Edwin Landseer – La prière de Lady Godiva, 1865
Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847 http://www.tate.org.uk/art/work/N00390
Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847

Ainsi, vêtue uniquement de ses longs cheveux, qui cachent sa poitrine, lady Godiva passe à dos de cheval, accompagné d’une servante.

Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens
Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens
William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877
William Holmes Sullivan – Lady Godiva, 1877

On dit que seul un tailleur, du nom de  »Peeping Tom » a osé transgresser cette règle. Effectivement, le malheur s’est abattu sur lui… Il devint aveugle pour le restant de ses jours. C’est de là que vient l’expression anglaise « Peeping Tom », que nous connaissons sous l’expression « voyeur ».

On dit aussi, que le Conte lui aussi, a regardé ( enfin) sa femme nue… On ne sait quel malheur l’a frappé… Peut-être s’en est-il expliqué avec son épouse… Il tint parole, et l’on sait – documents historiques à l’appui, que le roi Édouard 1er (XIIIe ) lui-même, a pu vérifier dans les annales de Coventry, que l’impôt n’a plus été perçu à partir de 1057.

Une forme plus ancienne de cette histoire raconte la traversée du marché de Coventry par Godiva, alors que le peuple était rassemblé, surveillée seulement par deux cavalières (vêtues). Cette version est narrée dans Flores Historiarum de Roger de Wendover (mort en 1236)

Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586
Lady Godiva, tableau d’Adam van Noort, 1586

En 1586 : le peintre Adam van Noort a représenté l’épisode et a montré Léofric en train de regarder sa femme par la fenêtre…

godiva-modern Lady_Godiva_Jedburgh_Festival_2011
Lady-Godiva Affiche lady Godiva_1955_American_film_star_M

La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la jeune comtesse parcourt sur un cheval blanc les rues de la ville de Coventry. La seule condition, absolue, est d’avoir des cheveux longs et dorés.Godiva_statue_Broadgate_Oct_2011 petit

 

 

Une statue représentant Lady Godiva à également été élevée près de la place du marché de Coventry afin de rappeler l’événement.

Gauvain et la demoiselle à la mule

La Demoiselle à la mule (ou La mule sans frein) est un récit en vers attribué à Païen de Maisières. Il a été écrit entre la fin du XII°s et le début du XIII°s.Tarsot_-_Fabliaux_et_Contes_du_Moyen_Âge_1913-70 - La Mule sans frein 2

L’histoire en est la suivante: Une demoiselle, ayant perdu un frein à sa mule, vient demander de l’aide à la cour du roi Arthur. Gauvain va se charger d’aider cette dernière afin de lui rendre la joie qu’elle a perdu à cause de cet événement. La mule, privée de la partie essentielle de sa bride, va cependant amener Gauvain sur la trace de l’objet perdu. La quête va aboutir à la sœur de la demoiselle. Il va s’emparer du frein et le rendre à sa propriétaire, brisant ainsi un maléfice qui avait été jeté par la voleuse sur le Château Tournoyant.Tarsot_-_Fabliaux_et_Contes_du_Moyen_Âge_1913-66 - La Mule sans frein - 3

Il va sans dire que Gauvain aura à traverser de multiples épreuves; épreuves constituant un vrai kaléidoscope: elles se succèdent ainsi en cascade, dans un univers restreint (1200 octosyllabes environ) et créent ainsi une aventure énigmatique.

Le récit se veut parodique. En effet, les amours de Gauvain sont, là encore, tout comme dans Le Chevalier à l’épée, ou Hunbaut, portées en dérision.

Chevalier Cheval

Gauvain est « l’éternel célibataire » qui, ayant réussit une épreuve dont le prix devrait être l’obtention de la femme, par exemple ici : celui qui conquérait le frein de la mule, avait (l’amour de) la demoiselle), il s’arrange toujours pour que ce prix n’ait pas uneknight Sir Gawain dimension définitive.

Certains commentateurs notent que celui qui maîtrisera la mule, maîtrisera la demoiselle … Équivalents par métaphore ou par métonymie, cheval et femme sont, donc, échangeables !
Par ailleurs, on peut noter le contraste entre l’inconstance des amours de Gauvain et sa fidélité à son cheval Gringalet : il a une peur bleue de le perdre (voler son cheval c’est lui voler son cœur : Le conte du Graal, v.7102-03) et sa joie est immense lorsqu’il le récupère … Gauvain n’a pas de dame, mais il a un cheval : pas n’importe lequel, pas un cheval anonyme, mais le Gringalet.

Gauvain-le-chevalier-aux-demoiselles

Extrait : Je prends la traduction de Romaine Wolf-Bonvin :

Alors la jeune fille est arrivée. Devant la salle elle descend de sa monture. Gauvain se précipite à sa rencontre et nombreux parmi les autres chevaliers sont ceux qui courent vers elle, lui proposent leurs services et l’honorent tant et plus. Mais il semblait bien à la voir qu’elle n’avait pas envie de badiner car elle avait enduré bien des tourments. Le roi la mande et on la lui amène. Sitôt arrivée devant lui, elle le salue:Sir Gawaine finds the beautiful Lady
– Sire, dit-elle, vous le voyez, je suis fort irritée, et fort chagrine, et ainsi serai-je à tout jamais – et jamais je n’aurai de joie, tant qu’on ne m’aura pas rendu mon frein que par malveillance on m’enleva, ce qui m’a fait perdre toute ma joie. Je le récupérerais, je le sais bien, s’il y avait ici un chevalier assez audacieux pour s’affirmer résolu à en prendre la voie; et s’il voulait me le rendre, je serais toute à lui dès que j’aurais recouvré mon frein, sans débat ni contredit. Et moi, sur-le-champ et sans délai, je ferais tant par amour pour lui, que je lui donnerais ma mule pour le mener à un château très bien situé, puissant et beau, mais qu’il n’aura pas en toute quiétude.

Sir gawain 3

Gauvain est « l’éternel célibataire » qui, ayant réussit une épreuve dont le prix devrait être l’obtention de la femme, par exemple ici : celui qui conquérait le frein de la mule, avait (l’amour de) la demoiselle), il s’arrange toujours pour que ce prix n’ait pas une dimension définitive.

Certains commentateurs notent que celui qui maîtrisera la mule, maîtrisera la demoiselle … Équivalents par métaphore ou par métonymie, cheval et femme sont, donc, échangeables !

Par ailleurs, on peut noter le contraste entre l’inconstance des amours de Gauvain et sa fidélité à son cheval Gringalet : il a une peur bleue de le perdre (voler son cheval c’est lui voler son cœur : Le conte du Graal, v.7102-03) et sa joie est immense lorsqu’il le récupère … Gauvain n’a pas de dame, mais il a un cheval : pas n’importe lequel, pas un cheval anonyme, mais le Gringalet.

Le Mythe de la  » La Belle dame sans merci  »

La Belle Dame Sans Merci est devenue un mythe depuis le Moyen Âge, en particulier depuis le poème d’Alain Chartier écrit en 1424, qui a été notamment repris par le poète John Keats. Les peintres, en particuliers les Préraphaélites, se sont emparés de ce sujet avec délice, puisque les figures féminines fortes sont les sujets de presque toutes leurs oeuvres.

« I saw pale kings and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried—‘La Belle Dame sans Merci

Thee hath in thrall » de John Keats

(Les rois, les princes, les guerriers, tous pâles comme la mort lui crient : la belle dame sans merci te tient en esclavage.)

Ici la Belle Dame est située dans le contexte de l’amour courtois médiéval… Dans l’idéal, l’amour courtois fait l’apologie d’un amour chaste que le chevalier doit gagner auprès de la dame de son cœur. Pour cela, il est prêt à affronter maintes épreuves, jusqu’à ce que la belle… cède.

On retrouve évidemment ce thème dans la légende arthurienne, et les romans de chevalerie qui mette l’accent sur la conquête de la Dame, d’autres s’orientant plutôt vers un certain mysticisme (la quête du Graal et de la pureté). D’autres textes sont plus emprunts de folklorisme (les fées, lutins etc), ou de magie (fée Morgane, Merlin); au fur et à mesure la Belle Dame, celle pour qui se meurent d’amour les chevaliers, se transforme en une sorte de fée, qui vient toujours à la rencontre du cavalier errant, comme le ferait une Viviane ou Morgane.

Ainsi, cet homme plein de bravoure, découvre cette étrange femme dans des endroits toujours inappropriés – dans les bois, près de ruines, dans un château – et toujours au début ou à la fin d’une aventure…

 

Le chevalier rencontre toujours la fée dans les bois, passage d’ombre et des désirs refoulés par excellence.

Mais cette fée est « sans merci », repoussant sans cesse les avances du prétendant. On peut donc comprendre, au sens figuré, que lorsqu’il arrive dans les bois, atteignant alors presque son but, la Dame le repousse une dernière fois, l’assassinant par le même coup.

L’amour peut être meurtrier, et l’espoir, une fois vaincu, vient à bout de tous les héros. Il s’agit d’un retournement total de la matière courtoise. L’homme ne triomphe plus, il courbe l’échine devant le pouvoir féminin. 

Il s’agit d’un grand fantasme masculin. Les Salomé, Judith, Lilith et autres femmes castratrices ont toujours été à la fois attirantes et monstrueuses pour nombres d’artistes.

 

La belle dame sans merci.

Ah ! Cœur plus dur que le marbre noir

et qui ne laisse pas merci entrer,

cœur plus inflexible qu’un gros arbre,

que gagnez-vous à montrer tant de rigueur ?

Préférez-vous me voir vaincu,

mort devant vous, pour vous divertir,

plutôt qu’avec un peu de réconfort

imposer un répit à la mort qui m’abat ?

Vous pourrez bien guérir de votre mal ;

pour le mien, je vous en tiens quitte ;

je n’ai nullement envie que vous mourriez,

mais je me rendrai pas malade pour vous guérir !

Je ne veux pas, pour d’autres, nuire à mon cœur,

qu’ils crient, pleurent, rient ou chantent ;

mais, si je puis, je ferai en sorte

que ni vous ni d’autres ne puissent s’en vanter.

Alain Chartier.

Viviane : Iconographie

Viviane par : Julie Grenon-Morin 

Ph.D Student (Literary studies) at Université du Québec à Montréal

Transcript

  • 1. Viviane Liée à Merlin
  • 2. Table des matières
    • Manuscrits
    • Arts graphiques
    • Films
    • Autres
  • 3. 1. Manuscrits
  • 4. Arsenal 3479, fol. 1, Viviane élevant Lancelot Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :paris Siècle :15ème siècle Date :vers 1405 Artiste :maître.de.la.cité.des.dames (atelier)
  • 5. Français 110, fol. 159v, Merlin immobilisé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :france.nord Siècle :13ème-14ème siècle
  • 6. Français 110, fol. 164, Lancelot enlevé par Viviane
  • 7. Français 110, fol. 182, Lambegue et la suivante de Viviane
  • 8. Français 110, fol. 189v, Lancelot et Viviane
  • 9. Français 111, fol. 4, Viviane élevant Lancelot Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :France Origine :poitiers Siècle :15ème siècle Date :vers 1480
  • 10. Français 111, fol. 23v, Viviane retenant Lancelot
  • 11. Français 111, fol. 23v, Viviane retenant Lancelot
  • 12. Français 113, fol. 156v, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :ahun Siècle :15ème siècle Date :vers 1470 Artiste :évrard.d’espinques et collab.
  • 13. Français 114, fol. 352, Viviane retrouvant Lancelot Auteur/Titre :tristan de léonois Nom de pays :France Origine :ahun Siècle :15ème siècle Date :vers 1470 Artiste :évrard.d’espinques et collab.
  • 14. Français 117, fol. 1, Viviane élevant Lancelot Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :paris Siècle :15ème siècle Date :début Artiste :maître.des.cleres.femmes (atelier)
  • 15. Français 121, fol. 1, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :Belgique Origine :bruges Siècle :15ème siècle Date :3e quart
  • 16. Français 344, fol. 186, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :france.nord Siècle :13ème siècle Date :3e quart
  • 17. Français 344, fol. 187v, Merlin et Viviane
  • 18. Français 344, fol. 201, Messagère de Viviane chevauchant
  • 19. Français 344, fol. 319v, Viviane retrouvant Lancelot
  • 20. Français 749, fol. 331, Merlin immobilisé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :Belgique Origine :flandre Siècle :13ème siècle Date :vers 1280-1290
  • 21. Français 754, fol. 10, Viviane Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :France Origine :france.sud Siècle :13ème siècle Date :2e moitié
  • 22. Français 754, fol. 27, Viviane
  • 23. Français 754, fol. 44, Viviane
  • 24. Français 754, fol. 61v, Lancelot et Viviane
  • 25. Français 770, fol. 291, Merlin et Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :france.nord Siècle :13ème siècle Date :vers 1280-1290
  • 26. Français 9123, fol. 285, Merlin et Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :paris Siècle :14ème siècle Date :vers 1315-1335 Artiste : maître.de.thomas.de.maubeuge
  • 27. Français 16999, fol. 6v, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :France Origine :paris Siècle :14ème siècle Date :2e quart
  • 28. Français 16999, fol. 28, Viviane, Bohort l’Essillié et Lionel
  • 29. Français 16999, fol. 30v, Lancelot et Viviane
  • 30. Français 16999, fol. 32, Viviane envoyant Lambegue et Leonce de Palerme à Gaunes
  • 31.
  • 32.
  • 33.
  • 34. 2. Arts graphiques
  • 35.
  • 36. The Beguiling of Merlin (Merlin and Vivien) Sir Edward Coley Burne-Jones (1833- 1893) 1870-1874. Oil on canvas. Lady Lever Art Gallery, Port Sunlight, Cheshire
  • 37.
  • 38.
  • 39.
  • 40.
  • 41.
  • 42.
  • 43.
  • 44. George Wooliscroft & Louis Rhead. "The Lady of the Lake Steals Lancelot" from Tennyson, Alfred. Idylls of the King : Vivien, Elaine, Enid, Guinevere. New York: R. H. Russell, 1898.
  • 45.
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  • 50.
  • 51. Merlin et vivane par Julia Margaret Cameron
  • 52.
  • 53.
  • 54.
  • 55.
  • 56.
  • 57. 3. Films et télévision
  • 58. Photo de Julia Margaret Cameron , 1874 Merlin et Viviane
  • 59.
  • 60.
  • 61. 4. Autres
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Images de manuscrits de Viviane

Miniatures de la fée Viviane dans les muanuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de France

Transcript

  • 1. Images de manuscrits de Viviane Arsenal 3479 & Français 110, 111, 113, 114, 117, 121, 344, 749, 754, 770, 9123 et 16999
  • 2. Arsenal 3479, fol. 1, Viviane élevant Lancelot Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :paris Siècle :15ème siècle Date :vers 1405 Artiste :maître.de.la.cité.des.dames (atelier)
  • 3. Français 110, fol. 159v, Merlin immobilisé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :france.nord Siècle :13ème-14ème siècle
  • 4. Français 110, fol. 164, Lancelot enlevé par Viviane
  • 5. Français 110, fol. 182, Lambegue et la suivante de Viviane
  • 6. Français 110, fol. 189v, Lancelot et Viviane
  • 7. Français 111, fol. 4, Viviane élevant Lancelot Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :France Origine :poitiers Siècle :15ème siècle Date :vers 1480
  • 8. Français 111, fol. 23v, Viviane retenant Lancelot
  • 9. Français 111, fol. 23v, Viviane retenant Lancelot
  • 10. Français 113, fol. 156v, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :ahun Siècle :15ème siècle Date :vers 1470 Artiste :évrard.d’espinques et collab.
  • 11. Français 114, fol. 352, Viviane retrouvant Lancelot Auteur/Titre :tristan de léonois Nom de pays :France Origine :ahun Siècle :15ème siècle Date :vers 1470 Artiste :évrard.d’espinques et collab.
  • 12. Français 117, fol. 1, Viviane élevant Lancelot Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :paris Siècle :15ème siècle Date :début Artiste :maître.des.cleres.femmes (atelier)
  • 13. Français 121, fol. 1, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :Belgique Origine :bruges Siècle :15ème siècle Date :3e quart
  • 14. Français 344, fol. 186, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :france.nord Siècle :13ème siècle Date :3e quart
  • 15. Français 344, fol. 187v, Merlin et Viviane
  • 16. Français 344, fol. 201, Messagère de Viviane chevauchant
  • 17. Français 344, fol. 319v, Viviane retrouvant Lancelot
  • 18. Français 749, fol. 331, Merlin immobilisé par Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :Belgique Origine :flandre Siècle :13ème siècle Date :vers 1280-1290
  • 19. Français 754, fol. 10, Viviane Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :France Origine :france.sud Siècle :13ème siècle Date :2e moitié
  • 20. Français 754, fol. 27, Viviane
  • 21. Français 754, fol. 44, Viviane
  • 22. Français 754, fol. 61v, Lancelot et Viviane
  • 23. Français 770, fol. 291, Merlin et Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :france.nord Siècle :13ème siècle Date :vers 1280-1290
  • 24. Français 9123, fol. 285, Merlin et Viviane Auteur/Titre :saint graal (histoire du) Titre d’usage :joseph d’arimathie Nom de pays :France Origine :paris Siècle :14ème siècle Date :vers 1315-1335 Artiste : maître.de.thomas.de.maubeuge
  • 25. Français 16999, fol. 6v, Lancelot enlevé par Viviane Auteur/Titre :lancelot du lac Nom de pays :France Origine :paris Siècle :14ème siècle Date :2e quart
  • 26. Français 16999, fol. 28, Viviane, Bohort l’Essillié et Lionel
  • 27. Français 16999, fol. 30v, Lancelot et Viviane
  • 28. Français 16999, fol. 32, Viviane envoyant Lambegue et Leonce de Palerme à Gaunes

Le Roman de Tristan et Iseut illustré par Maurice Lalau

 Maurice Lalau (1881 – 1961) était un illustrateur et peintre français. Il avait également utilisé le pseudonyme de Maurice Manoi.

Cette version:  Le Roman de Tristan et Iseut a été publié par William Heinemann de Londres, et par JB Lippincott à Philadelphie, en 1910.
Frontispice: Tristan et Iseult
Le château est situé sur la côte , bien fortifié contre toutes les agressions…
Elle seule, initiée à l’utilisation des philtres, pourrait sauver Tristram
Tristram élança son cheval contre lui avec une telle furie …
A ce moment Bragwaine est entrée, et a vu comment ils se regardaient en silence, ravis et étonnés …
Après avoir convoqué tous ses barons, Le roi Mark prit Iseut la Blonde pour épouse …
Dans les branches, le roi est rassuré…
Les amants vivaient tapis dans le creux d’un rocher …
De nuit, en passant par les bois une dernière fois, ils partirent en silence…
Les portes du palais étaient ouvertes à tout venant; riches et pauvres pouvaient s’asseoir et manger
Sous les arbres, il la serra contre son cœur, sans un mot
Elle a pris la cloche magique, et a sonné une dernière fois, puis la jeta dans la mer
Le roi Marc et Iseut la Blonde étaient assis aux échecs
Tristram se déguisa en mendiant
Elle a rendu l’âme et elle est morte à côté de lui de douleur

De Amore – d’André Le Chapelain

15c86d433a96cce9a93020347e10d42c08 »De Amore » d’André le Chapelain, paraît vers 1186. Ce texte fournit des renseignements précis sur le rôle que l’amour et les débats sur les questions d’amour ont pu jouer dans la société aristocratique française du XIIe s. Imprégné lui-même de tradition cléricale, Le Chapelain était aussi familier de la Bible que d’Ovide et de Chrétien de Troyes. Sa définition de l’amour courtois est lapidaire : il s’agit d’ « un embellissement du désir érotique ».Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

André le Chapelain, un clerc intimement mêlé à la vie de la cour de Marie de Champagne, la célèbre inspiratrice de Chrétien de Troyes, prodigue d’abord à son disciple Gautier, les conseils les plus avertis dans la difficile technique de la conquête amoureuse, mais finalement, en un brusque retournement, il dénonce, avec la véhémence d’un sermonnaire, les méfaits de l’amour et accable d’opprobres la femme pourvue de tous les vices.

994891204Dans la première partie de son ouvrage, il définit l’amor purus, constituant « une source de perfectionnement » et s’opposant donc à tous les excès, notamment ceux de la concupiscence masculine. Il le différencie de l‘amor mixtus, où le désir parvient à sa réalisation. Même alors, cependant, la passion débridée se voit déniée toute valeur et est finalement ravalée au rang d’instinct bas et méprisable. Le mot clé du traité est sapiens, évoquant aussi bien la modération que la magnanimité qui devaient plus tard définir en partie l’idéal de l’honnête homme du XVIIe S.The Fountain of Life, detail of a couple embracing (15th century) Giacomo Jaquerio

Dans la première partie de son livre, Le Chapelain rend hommage à l’amour où la sexualité et l’adoration ne font qu’un. Dans la seconde, au contraire, il le représente soudain, au mépris de toute logique, comme le modèle abject de tout crime et de tout péché. Le clerc dut-il inopinément se plier à l’autorité morale de l’Église, pour qui tout amour hors norme constituait un danger ?

Foliate border with a medieval couple Book of Hours for the use of Rouen (France), ca. 1460-1470Le dernier chapitre de De Amore, où apparaissent des éléments nettement misogynes absents jusqu’alors de l’ouvrage, continue bien de célébrer l’amour courtois mais sous une forme  »domestiquée », conforme à la doctrine de l’Eglise. Après mûre réflexion, la passion se soumet à la raison, sans plus accorder aucune importance au désir ni au rêve. Dans cette seconde variante, l’amour courtois dédaigne la tentation des sens, dépasse son égocentrisme et réalise une union transfigurée avec l’être aimé. Une nouvelle fois, la femme est idéalisée : aussi parfaite qu’inaccessible, elle est l’objet d’une vénération constante mais sans espoir.

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumLa position de Le Chapelain, à la fois théoricien de l’amour courtois transgressif et représentant de l’enseignement répressif de l’Église, confère à son texte une dichotomie saisissante. Ce dualisme profond est caractéristique du Moyen-âge. La Fin’amor représentait une tentative pour échapper au temps, non dénuée d’une dimension utopique…

L’amour courtois, qui ne se réalisait qu’en dehors du mariage, avait beau se caractériser par des éléments cultuels, et même religieux, il n’avait au fond presque rien en commun avec la conception chrétienne de l’amour ….

Sources: Verena Heyden-Rynsch, La passion de séduire

Les Préceptes d’Amour

1. Fuis l’avarice comme un fléau dangereux et, au contraire, sois généreux.Master of Guillebert de Mets, Tender Embrace  marginal decoration, c.1425-30

2. Evite toujours le mensonge.

3. Ne sois pas médisant.

4. Ne divulgue pas les secrets des amants.

5. Ne prends pas plusieurs confidents à ton amour.

6. Conserve-toi pur pour ton amante.

7. N’essaie pas sciemment de détourner l’amie d’un autre.

8. Ne recherche pas l’amour d’une femme que tu aurais quelque honte à épouser.medieval-couple

9. Sois toujours attentif à tous les commandements des dames.

10. Tâche toujours d’être digne d’appartenir à la chevalerie d’amour.

11. En toutes circonstances, montre-toi poli et courtois.

12. En t’adonnant aux plaisirs de l’amour, n’outrepasse pas le désir de ton amante.

13. Que tu donnes ou reçoives les plaisirs de l’amour, observe toujours une certaine pudeur.

Amour courtois détail

Les Règles

1. Le prétexte de mariage n’est pas une excuse valable contre l’amour.

2. Qui n’est pas jaloux ne peut pas aimer.

3. Personne ne peut avoir deux liaisons à la fois.

4. Toujours l’amour doit croître ou décroître.

5. Il n’y a point de saveur à ce que l’amant obtient sans le gré de son amante.rose_secrets

6. L’homme ne peut aimer qu’après la puberté.

7. A la mort de son amant, le survivant attendra deux ans.

8. Personne ne doit sans raison suffisante être privé de l’objet de son amour.

9. Personne ne peut aimer vraiment sans être poussé par l’espoir de l’amour.

10. L’amour est toujours étranger dans la maison de l’avarice

11. Il n’est pas bon d’aimer une femme qu’on aurait quelque honte à épouser.

12. L’amant véritable ne désire d’autres baisers que ceux de son amante.

13. Rendu public, l’amour résiste peu.Bibliothèque Nationale de France, lat. 14429, Folio 112v

14. Une conquête facile rend l’amour sans valeur, une conquête difficile lui donne du prix.

15. Tout amant doit pâlir en présence de son amante.

16. A la vue soudaine de son amante, le cœur d’un amant doit tressaillir.

17. Un nouvel amour fait oublier l’ancien.

18. Rien que le bon caractère rend l’homme digne d’amour.

19. Quand l’amour diminue, il diminue vite et se renforce rarement.

20. L’amoureux est toujours craintif.

21. Vraie jalousie fait toujours croître l’amour.

22. Un soupçon sur son amante, jalousie et ardeur d’aimer augmentent.Enluminure du Codex Manesse, Zurich, XIVe siècle

23. Il ne dort ni ne mange celui que passion d’amour démange.

24. N’importe quel acte de l’amant se termine dans la pensée de son amante.

25. L’amant véritable ne trouve rien de bien, qui à son amante ne plaise bien.

26. L’amant ne saurait rien refuser à son amante.

27. L’amant ne peut se rassasier des plaisirs de son amante.

28. La moindre présomption pousse l’amant à soupçonner le pire sur son amante.La-sexualite-au-Moyen-Age-c-etait-comment_w670_h372

29. Il n’aime pas vraiment celui qui possède une trop grande luxure.

30. L’amant véritable est toujours absorbé par l’image de son amante.

31. Rien ne défend à une femme d’être aimée de deux hommes, ni à un homme d’être aimé de deux femmes.

L’Art d’aimer au Moyen-Age- 2/2 –

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumL’art d’aimer au Moyen-âge, c’est plus que les arts d’aimer d’Ovide ; Ovide infiniment copié, imité , traduit à cette époque… Le Moyen-âge s’est fait de l’amour une idée originale et neuve. Il a lié l’amour et la poésie, et a pris au sérieux le désir, au point d’y voir, par la médiation de l’art littéraire, la clé de toute révélation de soi et le moteur de tout dépassement de soi.Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

Dans les dernières années du XIe siècle apparaissent des formes littéraires originales, promises à un développement rapide et spectaculaire : la chanson de geste en langue d’oïl, la poésie lyrique et amoureuse des troubadours en langue d’oc.

Les troubadours proposent un art d’aimer : la fin’amor, l’amour affiné, parfait, épuré, non pas dans le sens qu’il serait platonique, mais comme un métal en fusion qui coule du creuset, pur de tout alliage et de toute scorie. C’est cet amour que nous appelons communément aujourd’hui l’amour courtois, l’amour tel qu’il se pratique dans le milieu raffiné des cours.

On a souligné la parenté formelle qui unit les chansons de Guillaume IX aux genres poétiques cultivés par les arabes de l’Espagne andalouse, l’amour courtois et l’amour odhrite des poètes arabes…

L’art d’aimer médiéval découle de l’effort pour faire vivre le désir, pour lui éviter la satiété comme le désespoir…

En effet : L’amour est par nature paradoxal et contradictoire. L’amour c’est le désir. Le désir désire son assouvissement. Assouvi, il meurt. La nature du désir est de désirer la mort. Et s’il désire vivre sa vie de désir, il désire la frustration, non la satisfaction…

André le Chapelain, a écrit au XIIe siècle un traité intitulé ordinairement De Amore, et souvent traduit, de façon quelque peu fautive, Traité de l’Amour courtois… De Amore a été écrit à la demande de Marie de France, fille du roi Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine.

Dans la seconde partie du traité, « Comment maintenir l’amour ? », l’auteur expose vingt et un « jugements d’amour » qui auraient été prononcés par certaines des plus grandes dames du royaume de France : sept de ces jugements sont attribués à Marie de France, comtesse de Champagne, trois à sa mère, Aliénor d’Aquitaine, trois autres à sa belle-sœur, la reine de France Adèle de Champagne, deux à sa cousine germaine, Élisabeth de Vermandois, comtesse de Flandre, un à l’« assemblée des dames de Gascogne » et cinq à Ermengarde de Narbonne (jugements 8, 9, 10, 11 et 15), qui est la seule dame nommément désignée par l’auteur qui ne soit pas apparentée aux autres. En dépit du caractère probablement fictif de ces jugements, ils attestent de la renommée acquise par Ermengarde dans le domaine de l’amour courtois, même dans l’ère culturelle de la langue d’oïl.

Sources : L’Art d’aimer au Moyen-âge – Michel Zink