Archives pour l'étiquette fée

Rebecca Guay, illustratrice

Née et élévée Dans Le nord du Massachusetts, Rebecca Guay un you can sa Carrière DANS L’illustration en 1992 L’Après Avoir obtenu fils diplôme à l’Institut Pratt. Elle a Travaillé Beaucoup Dans La bande dessinée et peinte fils œuvre est également remarquée.
Elle Apprécie particuliérement les travaux préparatoires d’Edmund Dulac, Arthur Rackham et NC Wyeth AINSI citent Alphonse Mucha et source de Rose O’Neil Comme d’inspiration.

Elle vit à Amherst, Dans Le Massachusetts, fils de mari, l’illustrateur Matthew Mitchell, et Leur fille.
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Rebecca Guay 17

HADES & PERSEPHONE.. Rebecca Guay

Wizard of Earthsea original illustration by Rebecca Guay

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 » Le Véritable signe d’intelligence, ce n’est pas la connaissance, mais l’imagination » Albert Einstein

De L’Annwn, au pays des fées

Viking Ship enterrement au Barradoole, Isle of Man
Isle of Man

L’Annwn ( prononcer Annonn ou Anaon) désigne l’Autre-Monde dans les les textes gallois du Moyen-âge.

Il est question de l’Annwn dans le premier des quatre contes des Mabinogion : Pwyll, prince de Dyved. Après une dispute de chasse, Arawn, roi de l’Autre Monde et Pwyll échangent leurs situations pour une durée de un an, c’est le mythe fondateur de la dynastie des princes de Dyved. Dans le Livre de Taliesin, un poème gallois du IXe s. ( Preideu Annwn) évoque qu’ Arthur et ses hommes partent pour l’Annwn afin d’en rapporter un chaudron magique. Seuls, sept hommes – dont le barde Taliesin qui raconte l’aventure – reviendront de cette quête qui préfigure celle d’autres objets talismaniques dans les récits arthuriens.  Cet Autre Monde est aussi présent dans le conte Kulhwch et Olwen.

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By Shaun William Kerr

L »Autre-Monde » est très présent dans les contes arthuriens ; et localisé au-delà d’une limite naturelle : rivière, forêt, arbre, mégalithe…etc. C’est un pays qui peut surgir partout mais ne se trouve nulle part … On peut le rapprocher du château du Graal… Et de l’île d’Avalon…

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La littérature arthurienne – en se christianisant – va se construire en opposition à cette notion capitale d’Autre-Monde. L’Annwn est à distinguer clairement des représentations chrétiennes de l’au-delà.

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Aujourd’hui, on peut rapprocher l’Annwn, du pays des fées..

Lady of the lake, Arthurian LegendLe pays des fées est fondamentalement d’essence matriarcale. En témoignent ces nombreuses fées et Dames du Lac (qui donna l’Épée au roi Arthur), le plus souvent non mariées (supposées et dites « vierges » comme Diane-Artémis), qui séduisent et collectionnent les mortels valeureux. Malheur à qui osera rejeter les avances de ces dames. Les plus chanceux se verront expédiés dans « l’autre monde », lors d’une chasse, poursuivant un gibier magique, un animal blanc surnaturel (biche, cerf, sanglier… un animal totémique, héraldique, sacré), qui les attirera au travers d’une porte invisible du Sidh, afin qu’ils y réapprennent les bonnes manières amoureuses envers les femmes.

En pénétrant dans l’Autre Monde de nos légendes, on entre au propre comme au figuré dans le pays des rêves : on pourra y trouver le repos ou le tourment, y voir réaliser ses souhaits les plus chers ou bien y rencontrer d’incompréhensibles mystères, et passer en quelques battements de cœur du plus merveilleux des songes au plus terrible des cauchemars… Il n’est alors guère surprenant de voir les terres d’abondance et de jouvence se confondre avec le monde des trépassés, le terme « Autre Monde » pouvant aussi bien désigner le pays des fées que le séjour des morts.

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Cet Autre Monde est toujours séparé du nôtre par une frontière qu’il convient de franchir, une limite devant être outrepassée, symbolisée le plus souvent par une barrière naturelle (l’orée d’un bois, l’entrée d’une caverne, la surface d’un lac, les flots de l’océan, une nappe de brume ou tout simplement l’horizon…) mais dont l’emplacement peut aussi être marqué par un cercle de pierres levées ou, dans les récits médiévaux, par le portail d’un château… The Knight And The Nymph  by Edward Okun (1872 – 1945)De manière plus abstraite, cette limite peut aussi être celle qui sépare la veille et le sommeil, la conscience et l’état de transe, la sagesse et l’imprudence, ou encore le respect des interdits et leur transgression. Dans tous les cas, le passage dans l’Autre Monde correspond à une incursion dans l’inconnu. Ainsi, le chasseur impétueux qui s’écarte de son chemin ou s’éloigne de ses compagnons pour poursuivre un gibier surnaturel (blanc cerf, sanglier géant etc) passera sans s’en apercevoir d’un monde à l’autre : l’animal fabuleux l’y a certes attiré, mais c’est le chasseur lui-même qui a transgressé un interdit symbolique en quittant le sentier ou en abandonnant le groupe.

Iconographie sur Mélusine

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Mélusine
La légende de la fée Mélusine remonte au 14ème siècle. Melusine signifie merveille ou brouillard de la mer.
Une histoire moyenâgeuse met en scène un seigneur qui en se promenant le long d’une rivière fait la rencontre d’une belle jeune femme, en tombe follement amoureux et lui demande de l’épouser sur le champ. La dame accepte à une seule condition, qu’il ne cherche jamais à la voir nue. D’autres légendes disent que l’interdiction portait sur la fait qu’il ne pouvait la voir le samedi. Quoi qu’il en soit, bien que fort triste de cet interdit, le Seigneur consent et les mois, les années passent ainsi, sans qu’il ne déroge à sa promesse.
Mélusine donne huit fils à son époux. Mais le roi se sent frustré de ne pas pouvoir contempler le corps entier de celle qu’il aime. IL pense devenir complètement fou d’autant que certains lui affirment que son épouse a un amant. Un jour, n’y tenant plus, il décide de la regarder en secret, pendant qu’elle prend son bain. Il la découvre alors, magnifique, peignant sa longue chevelure mais aperçoit avec stupeur, qu’en guise de jambes, elle arbore une énorme queue de serpent ! Surprise dans sa baignoire, Mélusine se métamorphose en reptile ailé et s’envole par la fenêtre.
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Mélusine fait partie des personnages fabuleux des romans de chevalerie. Elle est l’aïeule légendaire de la maison de Lusignan. Toutes les fois que la mort menace un descendant de cette maison, Mélusine, en deuil, fait son apparition sur la grande tour du château. La Fée Mélusine est représentée sur les armoiries de deux grandes maison du Poitou et et du Dauphiné.

Raymond walks in on his wife, Melusine, in her bath, finding she has the lower body of a serpent. Jean d'Arras, Le livre de Mélusine, 1478
Raymond walks in on his wife, Melusine, in her bath, finding she has the lower body of a serpent. Jean d’Arras, Le livre de Mélusine, 1478

Le Roman de Melusine (fee serpent) de Jean d'Arras (1392-1394), gravure d'apres une enluminure de 1491  --- Le Roman de Melusine by Jean d'Arras (1392-1394), engraving after 1491 illumination
Le Roman de Melusine (fee serpent) de Jean d’Arras (1392-1394), gravure d’apres une enluminure de 1491 — Le Roman de Melusine by Jean d’Arras (1392-1394), engraving after 1491 illumination
melusine 11 Mélusine en son bain, épiée par son époux Raimondin 1060-660

Julius Hubner -Melusine-
Julius Hubner -Melusine-

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Mélusine -2012-

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La légende de mélusine, racontée…. Elodie Fondacci
Musique: Mendelssohn, conte de la belle mélusine
Réalisation Sylvain richard. ( Radio-Classique)

La Morrigan – Confusion entre  »Morgane(s) »

Assez souvent, il y a confusion entre divers personnages : Morgause, Morgane, Morcade ; et même parfois Viviane…Camelot Oracle- Morgana From The Camelot Oracle

La légende fait également d’elle la fille de Garlois, duc de Cornouailles et d’Ygerne, châtelaine de Tintagel. Elle est la demi-soeur d’Arthur dont elle rejoint la cour.

Dans certain récits, Morgane (Morgue) est mariée à Urien, souverain du pays de Gorre, appelé aussi île de Voire ou de Verre. C’est un nom caché d’Avalon.

Le conte lui prête aussi parfois pour fils Yvain. A la cour de Camaalot, Morgane se montre marginale, solitaire. La reine Guenièvre la surprend avec son amant le chevalier Guyomard. Scandale au palais. Humiliée, Morgane mûrit sa vengeance. Elle trouve un nouvel amant, Accolon et projette la mort d’Arthur.

Merlin et Morgane par Frank Schoonover de King Arthur , 1932
Merlin et Morgane par Frank Schoonover de King Arthur , 1932

Viviane est aussi appelée Niniane, Niviene, ou encore Nimuë. Nemen, proche de Nimuë est un nom irlandais accolée à la déesse Morrigan, ce qui n’est pas pur fruit du hasard. C’est Viviane qui emprisonne Merlin dans la forêt de Darnantes après lui avoir « subtilisé » la formule, ce qui n’est pas sans rappeler la tradition du Val Sans Retour. Au cœur de la forêt de Brocéliande, dirigée par Morgane , les amants infidèles ne peuvent sortir du cercle.

Cette confusion entre Viviane et Morgane persiste toujours malgré la re-découverte des plus anciens textes. Ainsi dans Excalibur de John Boorman (1981), c’est encore Morgane qui emprisonne Merlin.

MorganeLes historiens ont constaté que beaucoup de fées arthuriennes portent un nom se terminant par le suffixe –ane. Petit rappel : Ana (également appelée Modron) est la grande déesse celte, la déesse mère ( en Bretagne son souvenir est resté dans les mémoires à l’état latent comme en témoigne sa patronne : sainte Anne !).

Morgane 2– Morgane, viendrait de mori – gena, celle qui est née de la mer. Cette explication est plausible puisque la Morgane originelle était l’aînée des neufs sœurs régnants sur Avalon. D’autres font dériver ce prénom de mor – rigain, c’est-à-dire la grande reine. Même si elle est présentée dans plusieurs textes arthuriens comme reine (au coté de son mari Urien), on peut y voir deux explications plus plausibles. D’abord Morgane est la reine D’Avalon, île paradisiaque ; ensuite entre Mor-rigain et Morrigan il n’y a qu’un pas. Le personnage de Morgane est lié à ces deux thèses. Après tout, n’est elle pas la reine du royaume d’Avalon, royaume qui est en fait une île ? De toute façons, Morgane représente l’incarnation suprême de la souveraineté.

Eva Green as Morgan Pendragon in Camelot (TV Series, 2011)
Eva Green as Morgan Pendragon in Camelot (TV Series, 2011)

Morgane est un personnage riche et complexe. Markale en dit que c’est « la Vierge qui fait peur, la Vierge qui engloutit, la Célibataire, l’Indomptable, à la fois vierge et putain, Mère de tous ceux qui ont été ses amants »…  C’est l’archétype de la femme celte. Le terme de  »vierge » a pour sens dans ce contexte: indépendante vis-à-vis des hommes.

Retenons que Morgane est une femme libre, indépendante vis-à-vis des hommes et de la société.

Epée morgan le fay king arthurC’est aussi la femme fatale du cycle arthurien ( très belle, indépendante, avec beaucoup de charme, magicienne de surcroit, et dotée des pouvoirs d’une reine…)

La résurgence du mythe de Morgane a lieu au XIIème siècle, époque de l’amour courtois, et la fée est pour les hommes un sujet de fascination. Mais à la fin du moyen âge, marquée par une recrudescence de la misogynie , Morgane devient maléfique, mangeuse d’hommes et sorcière !
Mais, pourquoi transformer la fée en sorcière ? Morgane représente l’indépendance, et donc la révolte contre l’autorité masculine, révolte aussitôt réprimée dans ce moyen age misogyne.

Le premier écrivain chrétien de la « saga arthurienne », Geoffroy de Monmouth fait allusion à l’enchanteresse Morgen dans un de ses romans. C’est ce même auteur qui, plus tard introduira le personnage Morgain comme il l’appelle dans sa vita Merlini. Avait-il fait le lien entre ces deux noms pourtant phonétiquement proches ? Il est probable que non. Mais ceci conforte la thèse selon laquelle Morgane est un personnage à part entière, sans aucun lien avec Arthur.

Morgan Le Fey 2Les explications succinctes des dictionnaires affirment que les origines de Morgane sont divines et apparentées soit à Modron soit à Morrigan.

Nous avons vu que Morgane était une femme fatale (ses amants sont indénombrables); cet aspect de sa sexualité est une des caractéristiques de la déesse celtique et va de pair avec la souveraineté chez les celtes . D’ailleurs son nom ( mor – rigain), attaché à la souveraineté, ne fait que confirmer cette idée.

Enfin, nous avons vu que Morgane avait été confondue avec Morcade que certains auteurs ont appelés Anna . En assimilant Morgane à Anna, les transcripteurs souvent mal informés ont fait de Morgane (qu’ils croyait être Morcade) Ana, la grande déesse. Involontairement, ils appuient la thèse selon laquelle Morgane serait un des visages de la grande déesse.

Ainsi, Morgane nous apparaît sous de multiples visages, tantôt bienveillante, magicienne, guérisseuse, tantôt séductrice et cruelle, mais toujours Reine.

Les fées, ça n’existe plus ! -3/3-

Aux XIIe et XIIIe siècles, alors que s’écrit la légende arthurienne ; le merveilleux païen fait irruption dans la la culture savante sans grande opposition de l’Église, car elle ne représente plus un véritable danger.

f3be4dd10048Cependant, l’opposition entre l’interprétation des chevaliers et une interprétation des clercs, s’exprime clairement. Les clercs veulent intégrer au surnaturel chrétien une mythologie assez irréductiblement étrangère, et les chevaliers et troubadours exploitent cette mythologie parce qu’elle est précisément étrangère à l’Église…

L’Eglise va jouer la rationalisation, et assimiler les fées aux sorcières. Ce phénomène de rationalisation et de diabolisation va dénaturer – radicalement – la fonction des fées. La nature fantastique de la fée du lai de Lanval n’est jamais mise en doute par Marie de France. Mais dans les romans en prose à partir du du XIIIe s., les fées vont devenir des mortelles douées de pouvoirs surnaturels.

lancelot-et-vivianeVers 1220, le Lancelot en prose donne une définition des fées dans la littérature profane, à propos de la Dame du Lac qui enlève l’enfant Lancelot à sa mère pour l’élever dans son royaume aquatique :

« Le conte dit que la demoiselle qui emporta Lancelot dans le lac était une fée. En ce temps-là, on appelait fées toutes celles qui se connaissaient en enchantements et en sorts; et il y en avait beaucoup à cette époque, en Grande Bretagne plus qu’en tout autre pays. Elles savaient, dit le Conte des Histoires bretonne, la force des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles se maintenaient en jeunesse, en beauté et en richesse, autant qu’elles le désiraient. Et tout cela fut institué à l’époque de Merlin, le prophète des Anglais, qui savait toute la science qui des diables peut descendre. C’est pourquoi il était tant redouté des Bretons et tant honoré que tous l’appelaient leur saint prophète, et les petites gens leur Dieu. Cette demoiselle, dont le conte parle, tenait de Merlin tout ce qu’elle savait de science occulte; et elle l’apprit par une très subtile ruse. »

Si la dame du lac, est réduite à l’état de magicienne, elle n’habite plus qu’un fantôme de lac :

« La dame qui l’élevait ne résidait jamais ailleurs que dans des forêts grandes et profondes ; et le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui, lorsqu’elle l’avait emporté, n’était que d’enchantement. Et cette habitation était si bien cachée que personne ne pouvait la trouver ; car l’apparence du lac la protégeait de telle manière qu’on ne pouvait pas la voir. »

Chevalier dame sans merciLes fées ont acquis la science des clercs et se posent en rivales de ceux-ci, possédant une autre forme de maîtrise du surnaturel.

Cette opposition en recouvre deux autres : clercs/laïcs et masculin/féminin.

« Ainsi les thèmes féeriques peuvent être compris comme une manière, pour la littérature aristocratique, de conférer dans l’imaginaire aux chevaliers des pouvoirs surnaturels indépendants de ceux qui, dans le fonctionnement réel de la société, en constituent le pôle central et dominant : le sacré défini par les théologiens et dont la mise en œuvre est contrôlée par l’Église. »

cwaxkbfnDeux textes, deux discours parallèles qui exaltent l’idéal chevaleresque, sont révélateurs à cet égard ; tous deux, étonnamment, sont placés dans la bouche d’une fée, prêtés à la dame du lac et à mélusine.

La Dame du lac tient le premier jour au jeune Lancelot avant de la conduire à la cour d’Arthur où il recevra l’adoubement. Ce discours est très orthodoxe : il définit les devoirs du chevalier, qui doit défendre les faibles et les opprimés et servir fidèlement la sainte Église. Le discours de Mélusine à ses deux fils Urien et Guy, est plus pragmatique, et concerne le bon gouvernement… Il faut être un bon seigneur, attentif aux besoins de son peuple …. Le plus remarquable est ce ces discours soient placés dans la bouche et d’une femme et d’une fée. C’est que le savoir des fées rivalise une fois de plus avec celui des clercs. Les forces féeriques sont mises au service de la chevalerie pour lui donner un caractère héroïque et sacré.

Briton Riviere (British, 1840-1920), Una and the Lion, from Spenser's Faerie Queene (1880)
Briton Riviere (British, 1840-1920), Una and the Lion, from Spenser’s Faerie Queene (1880)

Chrétien de Troyes, joue avec subtilité sur les incertitudes : Laudine est-elle une fée ou non ? Les pucelles ponctuant le parcours de Lancelot en sont elles ? Espace de l’interrogation qui permet plusieurs lectures, mais qui montre aussi que la fée, en dépit de son originelle ambivalence, peut avoir une place véritable dans l’imaginaire médiéval et chrétien.

Morgane a perduré sous le nom de fée Margot et l’on trouve un peu partout en France des « Caves à Margot », des « chambres de la fée Margot », des « fuseaux de Margot », des « Roche Margot ».

St. Margaret of Antioch (France, 1490-1500)
St. Margaret of Antioch (France, 1490-1500)

Si la christianisation a diabolisé Morgane, tout comme elle l’a fait de Gargantua et de Mélusine. Elle l’a christianisée en sainte Marguerite, représentée « issourt » du dragon, ou avec le dragon à ses pieds, le dragon-vouivre symbolisant alors les énergies telluriques.

Après les déesses, les fées, on observe le triomphe d’une autre femme : Marie (Notre-Dame, la Vierge Marie) au début du XII° siècle, qui change terriblement le regard porté sur les fées et les dames. Notre-Dame donne son nom aux 3/4 des grands édifices gothiques qui s’érigent dans un monde nouveau qui explose.

L’évangélisation souvent brutale des populations n’avait jamais aboli l’héritage des fées maîtresses de la pierre, des eaux et du vent. On conserve des témoignages de la fin du XVII° siècle selon lesquels les druidesses de l’île de Sein seront alors et seulement, converties au christianisme.

 

Sources : Un livre important sur le sujet des fées, si on souhaite comprendre la place qu’elles avaient au Moyen-âge :

– Laurence Harf-Lancner, Le Monde des fées dans l’Occident médiéval, Paris, Hachette (« Littératures »), 2003

Les fées, ça n’existe pas ! -2/3-

Qui ne s’imagine pas, posséder la lumière qui fera reculer les ténèbres… ? En ce Moyen-âge, la religion catholique voulait posséder la raison, et faire reculer les ténèbres païennes.
Vers 1023, Burchard, évêque de la ville de Worms, rédige un pénitentiel – à l’usage des prêtres – le Decretum dans lequel il énumère les principaux délits commis dans son diocèse et les pénitences adéquates.
Jaloux battant sa femmeRappelons que, Grégoire VII ( pape en 1073, à 1085) continue l’œuvre de réforme et donne son nom au mouvement. Dans ce contexte, le statut des femmes change et se durcit. On théorise leur place selon un ordre précis : la virginité, le mariage, le veuvage. Seules ces catégories sont reconnues dans une hiérarchie définie : vierge, sainte, moniale, veuve, femme mariée puis, tout en bas, la femme célibataire qui équivaut au diable en chair et en os. tenue d'une femmeLes réformateurs sont particulièrement misogyne : Hildebrand (clunisien), Pierre Damien, Burchard de Worms (dont le livre 19 de son Decretum n’est pas flatteur et développe les idées de sorcellerie inhérente à la femme).
Pour l’évêque de Worms, l’enfer c’est les femmes. Elles sont impies par nature et peuvent même aller jusqu’à remettre en cause la trinité, se tiennent mal à l’église (bavardent, marchent sur les sépultures…).. Il faut ranger les femmes dans les parties froides de l’église pour calmer leurs ardeurs…
Mais, revenons aux croyances en ces fées…. :
bruxa001«  As-tu cru à ce que certains ont l’habitude de croire, que celles que le peuple appelle les Parques existeraient réellement et auraient le pouvoir, lorsqu’un homme naît, de le marquer comme elles veulent, de sorte qu’à tout moment cet homme pourrait se transformer en loup, qu’en langue teutonique on appelle loup-garou, ou en n’importe qu’elle autre figure? Si tu as cru que cela s’est fait un jour et que c’est possible que l’image divine puisse être transformée en une autre forme ou espèce par quelqu’un, excepté par Dieu tout-puissant, tu feras pénitence dix jours au pain et à l’eau.
As-tu cru à ce que certains ont l’habitude de croire, qu’il existe des femmes habitant les champs, appelées sylphes, ayant, disent-ils, un corps matériel, et lorsqu’elles veulent elles se montrent à leurs amants et prennent plaisir avec eux, et de même lorsqu’elles veulent elles se cachent et disparaissent? Si oui, tu feras pénitence dix jours au pain et à l’eau.
As-tu fait ce que certaines femmes ont l’habitude de faire à certaines époques de l’année: quand tu prépares la table dans ta maison, tu déposes la nourriture et la boisson ensemble avec trois couteaux sur la table, pour que si viennent les trois sœurs, que l’héritage et la stupidité antique appellent les Parques, elles puissent se restaurer là; ainsi tu as pris à la piété divine son pouvoir et son nom pour les transmettre au diable, croyant que celles que tu appelles sœurs peuvent t’être utiles maintenant ou dans le futur? Si oui, tu feras pénitence un an au pain et à l’eau. » Burchard évêque de Worms
Les Parques, déesses de la mythologie romaine, font bon ménage avec une autre mythologie plus locale …John Melhuish Strudwick ~ Acrasia
Ce texte évoque parfois des scénarios que nous connaissons dans nos contes de fées … Les « femmes de la forêt » qui recherchent l’amour des mortels, nourrissent un type de conte universel, qui s’épanouira dans la littérature du Moyen-âge.
Les fées apparaissent en littérature, avec la naissance de la littérature. C’est au XIIe s. que naît le roman, qui désigne, au sens propre, tout texte écrit en langue romane ( par opposition au latin). La « matière » de cette littérature est triple : bretonne, romaine et française… En 1170, Chrétien de Troyes écrit le premier de ces romans, Erec et Enide, à partir d’un conte d’aventures. Marie de France – dans le prologue de ses Lais – écrit son projet de sauver les contes des anciens bretons, pour les sauver de l’oubli.
Midsummer Eve Edward Robert HughesDans le discours d’autorité de l’Église, les fées sont intégrées au surnaturel chrétien par le biais de la satanisation… ou de la sanctification … !

Les textes profanes, défendent les valeurs de l’aristocratie chevaleresque et interprètent la culture populaire selon une autre idéologie, celle de la société féodale, et les fées y bénéficient d’un traitement beaucoup plus favorable. Il peut être glorieux pour un lignage aristocratique de se doter d’une ancêtre surnaturelle… Les seigneurs poitevins de Lusignan se proclameront les descendants de la fée Mélusine.

Les fées, ça n’existe pas ! -1/3-

Comment « croire » aux fées dans un monde dont le système de référence, rationaliste, ne leur permet pas d’exister ?
Le chevalier Lanval
« Croire », c’est s’écarter de critères qui relèvent de la raison, des sens : voir, toucher, raisonner, expérimenter… tout ce qui appartient à des activités humaines dans un système qui ne tient compte que de ce qui est matériel, humain et dans le cadre de ses connaissances actuelles …etc.
Dans ce système, beaucoup de choses sont à écarter, en particulier la transcendance, la relation au sacré … et sans doute, la compréhension des mythes, et des contes traditionnels…
Au Moyen-âge, les enfants ne sont pas les seuls à « croire » aux fées. « Croire », c’est alors : prendre au sérieux, reconnaître l’influence, la prégnance, d’un ensemble de faits, d’êtres, sur lesquels il n’est pas aisé de mettre des mots pour en partager l’expérience. La convention partagée, est d’en parler au travers d’histoires ( contes, légendes, mythes …).
Dans un univers mental, aujourd’hui entièrement étranger au nôtre, la question posée par ces figures « fantastiques et ambiguës », est moins celle de leur « existence » que celle de leur signification….
Si elles signifient quelque chose, n’est-il pas absurde de nier leur « existence »… ?
Il est d’ailleurs intéressant de constater la place qu’attribue la religion chrétienne, à ces figures païennes … ! Elle ne leur dénie pas une réalité surnaturelle, mais elle modifie leur interprétation. A côté d’un surnaturel orthodoxe ( les miracles, les pièges du démon, …), il existe un surnaturel problématique dont font partie les fées ….
Exemple :
A la fin du XIIe s., Marie de France dit recueillir dans ses lais des contes bretons qu’elle fait remonter à un passé mythique.
Dans le lai d’Yonec, une jeune femme a été mariée contre son gré à un vieillard jaloux qui la tient en prison. Un jour de printemps, elle évoque d’antiques croyances selon lesquelles, autrefois, «  les chevaliers trouvaient les femmes de leurs rêves, nobles et belles, et les dames trouvaient des amants, preux et vaillants, sans encourir le moindre blâme, car elles étaient les seules à les voir ». Elle supplie Dieu de lui envoyer un de ces amants merveilleux, et Dieu, compatissant, exauce son vœu. Un grand oiseau vole jusqu’à sa fenêtre et, dans sa chambre, se transforme en un beau chevalier qui sollicite son amour. La dame, d’abord terrorisée, consent à l’aimer, s’il est bon chrétien. Aussitôt dit, aussitôt fait : le chevalier-oiseau se métamorphose pour revêtir l’apparence de la dame et recevoir la communion à sa place : celle-ci, rassurée se donne à lui. On reconnaît ici une version du conte de l’Oiseau bleu. Mais l’originalité du récit de Marie de France réside dans cette réaction de la dame, qui n’est nullement rebutée par la nature animale de son soupirant mais craint par-dessus tout de tomber dans un piège du démon : il suffit au chevalier-oiseau de prouver qu’il est bon chrétien pour vaincre sa réticence.
La fée Viviane et Merlin par G Doré
Au Moyen-âge, le surnaturel apparaît :
– Avec Dieu, et son intervention : le miracle…
– Avec la magie, le surnaturel satanique et la sorcellerie…
– Avec ce qui regroupe toutes les « merveilles » : le merveilleux ( de miror = s’étonner ) et ses êtres fantastiques ( fées, lutins, ogres, monstres…) . Cela suscite d’ailleurs une certaine incompréhension, et donc une inquiétude … L’interrogation porte sur l’interprétation de la merveille …. L’interrogation ne porte pas sur la réalité de la merveille, que nul ne met en doute, mais sur son sens : à quel registre de la transcendance relier le phénomène ? Où situer les fées qui n’appartiennent ni à Dieu ni au diable ?
ps: L’Oiseau bleu est un conte de fées français en prose de Marie-Catherine d’Aulnoy, publié en 1697 et racontant l’histoire d’amour de la princesse Florine et du roi Charmant, transformé en oiseau bleu. Ce conte est contemporain des contes de Perrault.
Sources : Laurence Harf-Lancner, Le Monde des fées dans l’Occident médiéval, Paris, Hachette (« Littératures »), 2003

 

Le chevalier Lanval, aimé d’une fée

Depuis les romans médiévaux jusqu'au récent naufrage du Costa Concordia , les hommes sont censés risquer leur vie pour sauver les femmes en détresse. Les hommes devraient également fournir de l'argent et des biens pour les femmes …Launfal-Tryamour-[Kinuko-Y.-Craft]

Dans ce lai (court poème narratif) : “ Lanval ”, Marie de France raconte l'histoire d'une femme, d'une héroïne, qui sauve un chevalier de l'isolement social et de la persécution injuste . Cette femme, ose exprimer un désir érotique, elle est également riche, et fournit au chevalier ce qui est nécessaire pour tenir son rang. Une autre femme, tente de séduire le même homme, et devant son refus, se venge.

A moins que l'on préfère annoncer ce lai ainsi: c'est l'histoire d'un chevalier d'Arthur, qui rencontre une fée d'une incomparable beauté et en tombe éperdument amoureux. Celle-ci exige, comme toutes les fées amantes du folklore, le respect d'un interdit. …

The Fairytales of George MacDonald

Sans doute, il est préférable, que vous vous fassiez votre propre idée. Je ne peux que vous engager à lire ce court récit, ou l'entendre raconter …

Si vous ne l'avez pas encore fait, ou ne le ferez pas … Bon, sachez que:

Le roi Arthur distribue à ses chevaliers des terres, de l’argent et des femmes. Mais il oublie Lanval. … Il n’est donc aimé ni du roi, ni d’une femme et par conséquent il est aussi 'oublié' par ses anciens compagnons, les chevaliers de la Table Ronde. Le chevalier désespéré quitte la ville. Au bord de la rivière, il se livre tout seul à sa mélancolie , et c'est le passage de la réalité et la merveille…

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Guenièvre et Lanval

Deux demoiselles d’une grande beauté, le conduisent auprès de leur dame, couchée dans une tente, et la plus gracieuse créature que le chevalier n’ait jamais vu. La mystérieuse jeune femme lui offre son coeur et ses richesses en échange d’une promesse : Lanval ne doit jamais dévoiler à quiconque qui est la gente dame qui a ravi son coeur, sous peine de la perdre à jamais.

De retour au château, le noble homme reçoit les avances de la Reine, mais celui-ci les rejette, n’ayant en tête que l’amour que lui porte sa tendre amie. Furieuse et déçue, la souveraine sous-entend que le chevalier préfère la compagnie des beaux jeunes gens, mais face à cette accusation Lanval s’emporte, avouant qu’il aime la plus belle femme du monde, modèle de courtoisie et de bonté. Lanval regrette aussitôt ses paroles, car par ces mots il vient de briser le serment fait à la demoiselle de la forêt. De plus, la Reine, se sentant humiliée par ces paroles, demande justice au Roi, qui ordonne à Lanval de prouver ses dires sous peine d’être brûlé ou pendu …

circlet (by N.C. Wyeth)
Lancelot, et Chrétien de Troyes sont bien plus connus, que Lanval et Marie de France. Les deux auteurs vivent à la même époque, mais leur vision semble s'opposer.

Marie de France, présente au travers de ses histoires, des versions plutôt critiques et opposées aux aventures traditionnelment racontées sur la cour du Roi Arthur. Là, les femmes apparaissent comme des biens, que le roi s'autorisent à donner aux meilleurs de ses chevaliers… Là des chevaliers sont “oubliés” alors que leur richesse s'épuise… Là, c'est une parodie de justice…Lady Love (Minne) shoots an arrow on the Lover. Detail of a painting found on the inside a boxlid, Germany, c.1320.

Marie de France, confronte les défauts du monde arthurien ( et celui dans lequel elle vit) au fonctionnement idéal de l'Autre Monde féérique.

Dans le Lai de Marie, Merveilles et amour dominent, comme le pouvoir des femmes. Guenièvre ne craint pas l'adultère, et l'organise; puis quand Lanval rejette ses avances, elle se venge, en toute malhonnetété. Elle parvient à manipuler Arthur, et ses codes juridiques.

Cette fois-ci, c'est une femme ( aussi fée, soit-elle ) qui arrive sur son palefroi blanc, alors que le jugement semble défavorable, presque comme un champion chevaleresque dans un combat.

Lanval disparaît dans un monde intemporel, celui du désir assouvi et de la richesse illimitée, de la plus ancienne tradition celtique…  

Les fées

BnF - La légende du roi Arthur Les nombreuses demoiselles qui surgissent près des fontaines ou au détour des chemins sont une version courtoise des anciennes fées du folklore celtique.

BnF – La légende du roi Arthur 

Les nombreuses demoiselles qui surgissent près des fontaines 
ou au détour des chemins sont une version courtoise 
des anciennes fées du folklore celtique.

" À cette époque, on appelait fées les femmes qui s'y connaissaient en charmes et en enchantement ; et en ce temps-là, il y en avait beaucoup plus en Grande-Bretagne que dans les autres pays. Le livre des histoires dit qu'elles connaissaient la valeur efficace des paroles, et les propriétés des pierres et des herbes, grâce à quoi elles conservaient jeunesse et beauté et disposaient d'autant de richesses qu'elles le décidaient. Et cela commença au temps de Merlin, le prophète des Bretons, qui possédaient toute la science qui peut venir des diables, et une partie de celle qui vient de Dieu. De ce fait, il était grandement redouté des Bretons, et si honoré que tous l'appelaient le saint prophète. Cette demoiselle dont parle le conte devait toute sa science en matière de magie à Merlin, et elle l'avait acquise par ruse. "

Lancelot du Lac, roman du XIIIe siècle

feeriebroceliandeCes femmes-fées aux pouvoirs étranges, les chevaliers en quête d'aventures les rencontrent dans les forêts obscures et profondes, mais aussi au cour des châteaux qui se dressent sur leurs routes. Bénéfiques ou malicieuses, elles dissimulent souvent leur nature sous les traits d'une vierge en détresse afin d'éprouver la bravoure et la vertu des chevaliers.

Les fées dans la légende arthurienne, apparaissent nommément avec les demi-soeurs ( ou les soeurs ) d'Arthur… Leur nombre varie, on trouve Morgane, la plus connue, mais aussi Anna, Elaine et Morcades. Parfois l'une d'elle commet l'inceste avec Arthur et donne naissance à Mordred, mais l'identité de la mère de Mordred varie d'une version à l'autre : c'est Anna chez Geoffroy, et son père est le roi Loth ( donc pas d'inceste..), Morcades dans la Vulgate, et chez Malory ; et Morgane dans de nombreuses réécritures modernes….

Brickdale, Eleanor Fortescue Enid, Guinevere, et VivianeCes sœurs sont des fées : elles appartiennent au monde du merveilleux, et non à celui de la cour. Morgane, la fée est à rapprocher de la Morrigan ( la reine noire )… Le nom de beaucoup de fées arthuriennes finit par la syllabe – ane.. ( anas : canard …) .. A rapprocher du culte des déesses « oiselles » connu en occident, ainsi l'Ana celtique ( Sainte-Anne )… Cette fée est donc démultipliée en plusieurs personnages, elle est une fée-oiseau, tantôt grue sous le nom d'Ygerne, tantôt canne ( Morgane, Viviane, ), tantôt corbeau ( Morrigan ), tantôt cygne …

Pavel Tatarnikov Morgane, Fées et Lancelot (1)La rencontre avec les fées, dans la légende arthurienne, se réalise dans un antagonisme entre l’ancienne tradition matriarcale païenne, et la nouvelle tradition patriarcale chrétienne. Le pays des fées est fondamentalement d’essence matriarcale. Ainsi, en témoigne la Dames du Lac, qui donne l’Épée au roi Arthur. Le plus souvent non mariées, elles séduisent et maintiennent leur souveraineté sur les mortels valeureux, qu'elles choisissent.

Les fées deviennent, avec la christianisation, des sorcières, des guérisseuses…