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Tristan et Yseult – Résumé -1/3-

 …Aucun texte ne contient le début de l’histoire de Tristan et Iseult ( ou Iseut, Yseult ), et pour la suite plusieurs versions proposent des épisodes semblables… Ce résumé constitue donc une histoire composite…

Illuminated letter 'T ' - from The Romance of Tristram and Iseut. Illustration by Maurice Lalau. Published 1910.

Tristan est un jeune chevalier réputé pour sa bravoure, sa beauté, ses dons de chanteur et de musicien. Il vit à Tintagel au pays de Galles, auprès de son oncle, le roi Marc.

Morholt Fights Tristan Julek Heller Illustration, 1990
Morholt Fights Tristan Julek Heller Illustration, 1990

Tristan est l’enfant de Blanchefleur, la sœur de Marc, roi de Cornouailles, qui a épousé le roi de Lonnois en Bretagne continentale. En apprenant la mort de son mari, elle meurt en mettant au monde son jeune enfant qui sera nommé Tristan. Elevé par Governal, celui-ci rejoint la cour du roi Marc.

Le royaume de Cornouailles est à cette époque assujetti à une coutume ancienne : payer chaque année un tribut de de cent jeunes filles à un géant d’Irlande, le Morholt.

Tristan-Slays Beast - MAC HARSHBERGER - Illustration from the 1927 edition of  Tristan and Iseult by Joseph Bedier.
MAC HARSHBERGER – Illustration from the 1927 edition

A noter : Le Morholt : C’est le beau-frère du roi d’Irlande. Dans la version wagnérienne ,il est le promis d’Yseult… « Mor » signifie en celte « mer » mais aussi « haut », « grand ». Il est, en bref, le monstre que doit abattre Tristan-Thésée, symbole de la vieille humanité, par opposition à la jeunesse prometteuse de notre héros.

Tristan Lies in the Barge by Julek Heller 2
Tristan Lies in the Barge by Julek Heller

Tristan, défie et vainc, dans un terrible combat, le Morholt d’Irlande. Mais Tristan sort de ce combat affligé d’une blessure incurable causée par une flèche empoisonnée. Il abandonne la cour et s’en va sur une barque sans rames, sans voiles ni gouvernail, en la seule compagnie de sa lyre. Il arrive ainsi par prodige jusqu’en terre d’Irlande où Yseult la Blonde ( la belle aux cheveux d’or) , experte en arts de médecine et de magie comme l’avait été sa mère, guérit sa blessure. Tristan se présente sous le nom de Tantris pour dissimuler son identité. Mais Yseult reconnaît en lui le vainqueur du Morholt. En effet, elle compare l’ébréchure de son épée avec un fragment de métal qu’elle a extrait du crâne du vaincu. Bbrewing love potion - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult  by Joseph BedierMalgré tout, mue par la compassion et peut-être par une attirance naissante, elle soigne le blessé.

Le roi Marc, point tout jeune, est résolument célibataire, comptant d’abord sur son neveu Audret pour prendre sa succession, puis sur son neveu Tristan qui lui paraît plus digne. Mais les seigneurs de sa garde, coalisés autour d’Audret dépité, exigent que le roi se marie pour engendrer un héritier “légitime”. Se dérobant par une pirouette, Marc s’engage à épouser la femme dont un cheveu d’or vient de tomber du bec d’une hirondelle juste sur son épaule. Croyant apaiser la haine des seigneurs, Tristan se propose pour aller chercher la belle aux cheveux d’or … qu’il connaît.Bedier - Marty

Tristan se rend donc en Irlande pour la demander en mariage au nom de Marc, son oncle. Mais la main d’Iseut est promise à l’homme qui délivrera l’Irlande du dragon qui la domine. Tristan se mesure alors au dragon et le tue. Mortellement blessé, il est de nouveau sauvé par Iseut et sa mère.

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Tristan by Duncan

 

Recevant Iseut pour prix de son exploit, Tristan se conforme à sa promesse et la conduit à Tintagel auprès de Marc. Queen Drank deep draught and gave it tristan - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph BedierRedoutant l’absence d’inclination de sa fille pour un mari imposé, la reine confie alors à Brangien, la suivante d’Iseut, un breuvage magique destiné à provoquer l’amour entre Iseut et son époux à qui Brangien doit le faire boire. Puis Tristan embarque Iseut à destination de Tintagel. Iseut est à la fois charmée par Tristan et fâchée de le voir distant : en effet, Tristan se veut loyal vis-à-vis de son oncle et se détourne d’Iseut.

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Par erreur ou par calcul, Brangien leur offre un jour à boire le breuvage magique. L’amour est immédiat entre les deux jeunes gens. Arrivés à Tintagel, Iseut épouse Marc.

TRISTAN RETURNS TO KING MARK - MAC HARSHBERGER 1927 (Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph Bedier.)
TRISTAN RETURNS TO KING MARK – MAC HARSHBERGER 1927 (Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph Bedier.)

Saint-Georges et le Dragon. -4/4- …et les femmes -2-

Extraits de « Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté » de Richard Miller

Rubens, Peter Paul
Saint George Battles the Dragon : 1606-1608
 
« Cet ouvrage vise plusieurs objectifs, précise Hervé Hasquin dans la préface. Le premier est de mieux faire connaître la complexité de ce héros légendaire. L’auteur étudie aussi la façon dont s’est élaborée la légende et comment l’histoire réelle et fictive interfèrent. Il veut aussi témoigner de l’importance du folklore populaire comme affirmation de la liberté imaginaire de l’être humain ». D’où son titre : Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté. Richard Miller poursuit sa quête inexorable. « Dans ce genre de mythe, chacun va trouver ce qu’il est venu chercher, dit-il. C’est pourquoi ce type de récit parle à tous et s’appuie sur une profonde universalité. Tout le monde a besoin un jour d’un chevalier pour l’aider à repousser ses peurs »

Richard Miller, est né à Charleroi, le 16 novembre 1954. Il est député wallon, et Docteur en philosophie de l’Université Libre de Bruxelles. Il publie « Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté », par les Cahiers du Centre Jean Gol
Il vit à Mons.

« Il est impossible de résumer en un ouvrage l’histoire de Saint Georges. Une histoire qui a débuté au Proche Orient, au 3e siècle après Jésus Christ. Même Jean-Paul Sartre s’est vivement intéressé à ce mythe catholique alors qu’il est connu pour être un marxiste soutenant les thèses révolutionnaires. On ne sait pas non plus si le fameux Saint Georges a réellement existé. « Mais on ne dit pas non plus qu’il n’a pas existé. On ne peut pas l’identifier. S’il a existé, on ne saura probablement jamais qui il a été. On ne sait pas le représenter. Si vous observez le casque de Saint Georges sur la place, vous constaterez qu’il n’y a pas de visage en dessous. On ne peut pas le représenter ! » »

Detail of a miniature
of George fighting the dragon,
France, c. 1430-1440
Le Moyen Âge chrétien, durant plus de mille ans, ignora l’épisode du combat contre le dragon, lequel n’est nullement le point de départ des récits qui concernent le saint guerrier, mais en constitue un développement, une émanation tardive. Ce n’est qu’ à l’approche du 13ème siècle que ce fait d’armes commença à supplanter les autres aspects de sa vie, y compris le martyre enduré .
Les peurs n’étant pas égales pour tous, on verra Saint Georges être affecté à la protection des chevaliers au combat, des Croisés face aux Infidèles, mais également à celle des agneaux dont le berger craint par-dessus tout qu’ils soient dévorés par un animal prédateur ; voire à celle des produits de la ferme pour qu’ils ne se gâtent pas. Autre registre que l’on n’a guère l’habitude d’associer au soldat de Dieu : la protection de la jeune fille qui a peur de ne pas trouver de mari, ou celle de la pucelle pour qui on en a trouvé un, ou encore l’angoisse de la femme craignant la stérilité ou au contraire l’accouchement…
Les ancêtres de Saint-Georges Georges : Héraclès tuant l’Hydre de Lerne, Thésée qui vainc le Minotaure, Cadmos fondant Thèbes après avoir tué un dragon, Persée sauvant Andromède d’un monstre marin…
A 1915 British recruitment poster WWI
by the Parliamentary Recruiting Committee,
using the iconography
of St George slaying the dragon
Etudier ce type de récits nous fait accéder à la compréhension de ce qu’est l’esprit humain et donc à la compréhension de qui nous sommes. Lorsque la mythologie grecque, dont la parole se répète à l’origine de notre civilisation, rapporte que Cronos dévorait ses propres enfants, enfants nés de son mariage incestueux avec sa propre soeur, et lorsque nous regardons les oeuvres terrifiantes que ce récit a inspirées à Rubens et à Goya, nous n’apprenons rien de l’origine du monde ou de la nature du temps. Par contre cela enseigne quelque chose à propos de nous-mêmes. Qui sommes-nous pour ainsi proposer comme explication de l’origine de l’univers et de l’existence cet acte monstrueux par lequel un père dévorerait à pleines dents ses enfants ? Qui sommes-nous pour inventer qu’un père comme Abraham puisse accepter d’égorger son fils pour satisfaire Dieu ? Qui sommes-nous pour imaginer –comme le rapporte la Vie de saint Georges-, qu’un père, le roi, accepterait de livrer sa fille, la princesse, une bête répugnante ? Question d’autant plus dérangeante que non seulement d’autres cultures mettent en avant le même type d’excès, mais que nous-mêmes, pourtant formés, formatés, par plusieurs siècles de rationalisme, nous ne pouvons nous départir d’un sentiment intéressé à l’ égard de ces récits qui, la plupart du temps, comme le rappelle Marcel Detienne sont effroyables, scandaleux et obscènes ( Marcel Detienne, L’invention de la mythologie, Paris, Gallimard).
Salvador Dali  –  Saint-George
Nous savons qu’il ne peut s’agir de faits exacts, nous ne les déclarons pas faux pour autant. Nous ne pouvons au contraire nous empêcher de leur attribuer un crédit particulier, tout en sachant qu’ils n’appartiennent pas réellement à notre monde et à notre temporalité mais à une sorte de présent éternel. Le récit que la tradition nous rapporte n’est pas précisément exact mais il est doté d’une véracité singulière : saint Georges a terrassé le dragon, a sauvé la princesse, et la population reconnaissante s’est convertie au christianisme. Les probabilités sont pourtant faibles pour que tel jour de telle année, un nommé Georges qui passait par là, ait remporté un combat, qui plus est, un combat contre un dragon ailé, amphibie et cracheur de feu, lequel s’apprêtait à dévorer une princesse livrée au monstre par son père le roi, et ce, conformément aux lois édictées. Pourtant, nous ne pouvons nous empêcher d’accorder à cet événement un statut dont non seulement nous ne doutons pas mais dont il ne nous paraît pas nécessaire de douter. De manière tout aussi surprenante, toute personne étrangère, à qui le combat serait raconté, lui accordera semblable statut de vérité : chacune et chacun sait immédiatement à quelle sorte de récit il a affaire. Bref la fabulation continue de nous parler quand bien même vivons-nous au XXIème siècle.
Johann König  –  Saint-Georges

Il ne s’agit pas d’affirmer, contre la raison, que les dieux, les monstres, les héros et les princesses existeraient de toute éternité mais de saisir, en se fondant sur les récits constitués autour de saint Georges, comment l’esprit humain fonctionne, comment il est plus vaste que la pensée rationnelle, de même que les flots sont plus vastes que le radeau, et comment le monde de l’objectivité ne suffit pas combler la puissance fictive, imaginative, fabuleuse qui est la sienne : Car seule, l’histoire de la fonction symbolique permettrait de rendre compte de cette condition intellectuelle de l’homme, qui est que l’univers ne signifie jamais assez, et que la pensée dispose toujours de trop de significations pour la quantité d’objets auxquels elle peut accrocher celles-ci. »( Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, op.cit., pp. 202-203.).

Edward Burne-Jones,
La légende de St George et le dragon,
VI- La princesse attaché à un arbre, 1866
La pensée rationnelle ne résout pas les questions premières. Elle ne cesse au contraire de les reposer avec une nouvelle urgence éthique. Le débat sur la fécondation in vitro, sur les manipulations génétiques ou sur l’utilisation de l’intelligence artificielle et cybernétique n’est-il pas une formulation autre pour une même question initiale : qui sommes-nous ? Ce « mystère de la fécondation n’a cessé de hanter le Moyen Âge chrétien, ce dont témoigne le culte de l’Immaculée Conception. La question de la virginité, de la fécondation, de la reproduction et du désir, se retrouvent d’ailleurs très exactement à l’endroit où Saint-Georges la situe : sous la robe de la princesse. Le dragon n’est pas tué immédiatement, mais terrassé , maté , dompté; c’est à la princesse que Georges propose de le tenir en laisse avec ce qui lie ou délie sa robe, à savoir sa ceinture. Scène à laquelle le Tintoret en 1552 confère, toute son ambiguïté en peignant la princesse assise, les jambes écartées, sur la bête. ( position qualifiée par plusieurs auteurs comme indécente …).
Un autre refuge, et non des moindres, est la culture populaire qui a toujours incarné un formidable lieu de résistance face à la supériorité des clercs, des savants et des initiés. Face aussi aux dogmes imposés par l’Eglise. Rituel religieux et rituel populaire, folklorique, ont été concomitants sans être intégrés, fondus l’un dans l’autre. On peut voir cette association/dissociation dans la Fête de la Saint-Georges gravée par Hieronymus Cock d’après une peinture de Pieter Bruegel l’Ancien.
The Kermis of Saint George, c. 1559
Pieter Breughel, the elder (Flemish, 152530-1569) published by Hieronymus Cock (Flemish, 1510-1570)
Cette oeuvre permet de souligner la dimension essentielle qu’est le rire, la dérision, qui de tout temps a constitué pour les populations une réponse de la liberté à tout ce qui contraint. Breughel est à ce point associé à ce pouvoir de mise en dérision que son nom en est venu à lui servir de qualificatif. Pour en revenir à l’association/dissociation entre les manifestations du culte et la spontanéité populaire, celle-ci demeure très visible dans les folklores locaux dont celui du week end de la Trinité à Mons.
Le récit de saint Georges est la prise en compte de la peur, motion humaine rivée au corps et que nulle raison ne suffit à dompter, si elle n’est assortie de cette rare vertu qu’est le courage. Peur du combattant, peur de la douleur, peur de l’ennemi, peur de l’étrange ; peur politique dans le chef du roi ; peur sexuelle de la princesse future épousée ; peur féminine dans une société d’hommes ; peur humaine de l’animal et de l’obscur ; peur chrétienne des Sarrasins; peur médiévale de la famine et de la peste ; peur corporelle de ce qui agresse, pénètre, tranche, découpe, torture et brûle ; peur du regard de Dieu, du Jugement dernier et des supplices de l’enfer ; peur aussi du sang, de la perte du sang, perte physique à travers la blessure reçue au combat ou à travers le sexe de la femme, mais aussi peur de la perte du « sang », au sens de la lignée. Le sang fut un élément déterminant de la société médiévale, ce dont la quête du Saint Graal, du sang provenant de l’enveloppe charnelle du Christ, est le symbole.
Raphael
Saint_Georges terrassant le dragon 1505
En ce sens la peinture, pleinement constitutive du récit collectif, par la répétition d’un même modèle , va confirmer que saint Georges est l’incarnation de la peur vaincue. Que ce soit Giorgione, Carpaccio, Uccello, Raphaël, Le Tintoret, Rubens, Altdorfer…
Dans Le Rameau d’or, publié entre 1890 et 1915 et qui constitue la plus vaste tentative de rassembler l’ensemble des croyances rituelles de l’humanité , James Georges Frazer mentionne non pas saint Georges en tant que tel, mais nombre de rites liés au jour de la Saint-Georges. Rites liés à la nature et au rythme des saisons qui permettent, soulignons-le au passage, de comprendre la présence des « hommes-feuilles » lors du combat du Doudou, vestige du culte des arbres répandus sur tout le continent européen.
Sur une toile du Tintoret, on y voit saint Georges, le dragon, la princesse et Louis de Toulouse. Trois siècles plus tard, préparant Les pierres de Venise John Ruskin s’est arrêté devant cette toile. Il remarque que «  le sujet est traité d’une nouvelle et curieuse façon. Le personnage principal est la princesse, à califourchon sur le cou du dragon qu’elle tient par une bride de ruban ( ) Il n’y a aucune expression, aucune vie dans ce dragon ( ) la princesse semble avoir été placée par saint Georges sur le dragon, son principal ennemi, dans une attitude victorieuse. Elle porte une riche robe rouge, mais elle manque de grâce ». L’attitude est «  nouvelle et curieuse »; en clair, pour une princesse, elle est franchement inconvenante. Le dragon entre ses jambes est dit « sans vie »
St Louis, St George, et la princesse – Jacopo Tintoretto (1518-1594)
(..) dans le récit fabulo-mythique de saint Georges, Eros est de la partie. En plus des interrogations liées à la composition des images saintes, sont présentes celles relatives à ce sur quoi la société féodale est fondée, la virginité et, plus largement, la non-sexualité de la femme.
Louis de Toulouse. Né à Brignolles en 1274 et mort au même endroit vingt-trois ans plus tard, sa vie aurait pu être inintéressante. Cependant il fut retenu en otage durant sept ans près de Taragone. Là, il eut la révélation. On dit de lui que « remarquable pour sa pureté angélique, il ne ressentit aucune des séductions du monde . Bref, il est permis d’inférer que sa présence sous le pinceau du Tintoret symbolise la pureté charnelle. Le regard baissé et son attitude ambiguë laissent deviner la réprobation qu’il éprouve à l’égard de cette princesse qui se conduit de façon si outrancière. La figure de saint Louis et celle du saint guerrier sont deux regards consternés portés sur celle par qui tout devient imaginable. Si le dragon a été maté par saint Georges, quelle puissance pourra, semblent-ils penser, contenir tout ce que couve de sexualité possible la jeune femme ? C’est la princesse et non plus le dragon qui devient, pour reprendre la formulation de Freud, le lieu de l’inquiétante étrangeté.La_Luxure_dans_l'art_roman
Mater le désir de la femme, l’ignorer, l’occulter, le circonscrire est un impératif de la société féodale dont les chevaliers délaissaient le lit conjugal durant de longues périodes –ce dont les sept années d’absence de saint Louis pouvaient être perçues comme le rappel. Impératif qui ne se borne pas aux seuls moments d’abstinence imposée par des s parations momentanées : c’est la vie sexuelle de la femme dans sa totalité qui doit être sous contrôle : se maîtriser par intermittence eût été rendu encore plus improbable, une fois les sens éveillés.

Saint-Georges et le Dragon. -1/3- La légende

La légende dorée de Jacques de Voragine (1228 env.-1298) évoque l’histoire héroïque du chevalier Georges qui délivre une ville assiégée par un dragon.

Il est intéressant de se rendre compte de l’histoire de la légende qui d’un agriculteur, fait un soldat, puis un tueur de dragon. Son culte connaît un grand succès, pourtant, devenu pas très catholique – par sa romance chevaleresque ( XIIe et XIIIe s.)- ; le pape Paul III (pape de 1534 à 1549) fait retirer du bréviaire les leçons du second nocturne, relatives à Saint Georges.

saint georges 2

Un reptile monstrueux habite une mare près de Silène (province de Libye). Plusieurs fois le peuple est venu avec des armes pour le tuer; mais il lui suffit de s’approcher d’une foule pour les détruire de son souffle.

Les habitants de la ville doivent mettre journellement deux brebis à sa disposition, pour satisfaire sa voracité. Quand il n’y a plus de brebis, il faut lui offrir des humains : les filles lui sont offertes… Le tour de la fille du roi vient et le peuple la réclame. Le père affligé, offre tous ses trésors en échange de la vie de sa fille, mais en vain.

Le peuple lui répond avec fureur : « Maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille ? Si tu ne fais pas pour ta fille ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta maison.» Alors le roi, voyant qu’il ne pourrait sauver sa fille, la fait revêtir d’une robe de mariée  et l’embrasse en larmes.

Il la laisse partir en lui disant : « O ma fille, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi ! ». Elle se jette aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l’ayant bénie, elle se dirige vers le lac.

A ce moment là passe le chevalier Georges, et la voyant pleurer, il lui demande ce qu’elle a.

« Bon jeune homme, lui répond-elle, vite, monte sur ton cheval ; fuis, si tu ne veux mourir avec moi. » N’aie pas peur, lui dit Georges, Je ne m’en irai pas avant que tu ne m’aies expliqué ce que tu as. » Or, après elle l’instruit totalement, Georges lui dit :

« Ma fille, ne crains point, car au nom de J.-C., je t’aiderai. »

Elle lui dit : « Bon soldat ! mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C’est assez de mourir seule; car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble. » Alors qu’ils parlent ainsi, voici que le dragon s’approche en levant la tête au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : « Fuis, mon seigneur, fuis vite.

« A l’instant Georges monte sur son cheval, et se fortifiant du signe de la croix, il attaque avec audace le dragon qui avance sur lui : il brandit sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l’abat par terre

Il dit ensuite à la jeune fille d’attacher avec sa ceinture (symbole de chasteté), la bête blessée. Le dragon la suit comme un gentil chiot. Quand elle arrive à la porte de la ville, les gens prennent peur et s’enfuient. Saint Georges essaye de les retenir et de les tranquilliser : « Ne craignez rien, le Seigneur m’a envoyé auprès de vous afin de vous délivrer des malheurs que vous causent ce dragon : seulement croyez en J.-C., et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le montre.

Alors le roi avec tout le peuple reçoit le baptême, et saint Georges, ayant dégainé son épée, tue le dragon et ordonne de le porter hors de la ville. Selon d’autres versions, la princesse était enfermée dans un château et tous mouraient de soif car la source était au pied de la montagne où se trouvait la tanière du dragon.

Dante Gabriel Rossetti Le mariage de St Georges et de la princesse Sabra 1857
Dante Gabriel Rossetti – Le mariage de St Georges et de la princesse Sabra 1857

Saint-Georges, le héros au cœur pur, tua un dragon pour sauver une princesse de Libye. En récompense, il obtint la main de la jeune fille.

 

Le roi Arthur et les géants. -2/2-

Les romans arthuriens perpétuent le temps mythique d’une terre de Petite et Grande Bretagne couverte d’épaisses et sombres forêts où rôdent fauves, dragons et géants  un monde sauvage, terrifiant, qu’il faut traverse
Les romans arthuriens perpétuent le temps mythique d’une terre de Petite et Grande Bretagne couverte d’épaisses et sombres forêts où rôdent fauves, dragons et géants  un monde sauvage, terrifiant, qu’il faut traverser…

Le roi Arthur est forcé de vaincre des géants à plusieurs reprises : il doit terrasser Dinabuc, le géant du Mont-Saint-Michel, Rhitta, voleur de couronnes et coupeur de barbes, et même le Chapalu, chat géant du Lac de Lausanne… Plusieurs mythologies assurent que les premières races à peupler la terre étaient des races de géants…

* Dans Le conte du Graal, un autre géant, le roi des Isles, mène ses troupes à l'assaut du roi de Carmélide dans l'espoir d'enlever et posséder Guenièvre. Une variante de ce motif se trouve dans le roman de Tristan : le héros défie et tue le Morholt, géant qui exige un tribut annuel de jeunes gens à la cour du roi Marc. Les romans arthuriens gardent le souvenir de ces êtres monstrueux qui imposent leur volonté aux humains : Yvain dans Le Chevalier au Lion affronte Harpin de la Montagne, abominable créature, qui a pris les six fils d'un chevalier et veut s'emparer de sa fille pour en faire son plaisir. Il combat aussi les deux fils de netuns, géants proches de l'animalité. D'autres personnages sont des avatars de ces êtres menaçants : Méléagant qui règne sur le royaume de Gorre dans Le Chevalier de la Charrette ou Esclados le Roux qui garde la fontaine magique dans Le Chevalier au Lion.

Chevalier dragon dame
Le chevalier terrasse le Dragon, et libère la Dame.

Les êtres surnaturels ou les merveilles se manifestent le plus souvent lorsque le chevalier s'est éloigné de la cour. Aux confins du royaume s'étendent des régions non civilisées, forêts ou landes, d'où surgissent des personnages qui semblent appartenir à un autre monde : des nains comme celui qui conduit la charrette d'infamie sur laquelle monte Lancelot et qui semble en relation avec le monde des morts ou bien comme le nain d'Yder qui insulte une suivante de la reine et Erec lui-même.

Sources : Bnf

** Dans l’Histoire des rois de Grande-Bretagne de Geoffrey de Monmouth (12ème s.), on trouve aussi l'histoire de Stonehenge, construit par des géants, et qui implique Merlin.

stonehenge-7Après avoir vaincu les Saxons, le Roi britannique, Aurelius Ambrosius ( nous sommes autour de 460 ) décide d’ériger un monument en l’honneur des quatre cent soixante nobles britanniques qui ont été massacrés traîtreusement par les Saxons à l’Abbaye d’Amesbury. Il fait appel à Merlin qui demande qu’on aille « Chercher le Ballet des Géants ». C’est un anneau de pierres dont on disait qu’elles avaient été transportées d’Afrique en Irlande par les géants. Le frère du Roi, Uther Pendragon, partit pour l’Irlande avec quinze mille hommes. Ils atteignent le Mont Kilaraus, où le Ballet des Géants se tinet mais malgré tous leurs efforts, il ne peuvent démonter les pierres. Merlin voit ceci et rit, il se sert de ses pouvoirs magiques pour démanteler les pierres lui-même et les amener ici. Puis il les érigent exactement de la même façon dont elles se tenaient en Irlande.

Il est dit que le roi Aurelius et Uther Pendragon ont tous deux été enterrés ici à Stonehenge. Uther Pendragon est le père Roi Arthur…

*** Gargantua ( gawr en breton, signifie géant) est emprunté par Rabelais (1483-1553), à des contes de la tradition. GargantuaOn raconte que Merlin, créa Gargamelle, la mère de Gargantua, avec du sang de Lancelot et quelques livres de rognures d’ongles de Guenièvre. Ainsi, Hok-Bras qui avait reçu de sa marraine fée le pouvoir de grandir à volonté, fait partie des montres les plus connus. Il creusa le trou du diable au Huelgoat, il attrapa la lune entre ses dents et créa la rade de Brest… Dans le Finistère encore, l’horrifique géant Goulaffre a laissé quelques contes qui finissent bien mal pour lui. L’origine des gorges du Gorong ? Le géant Boudédé aurait jeté dans un ruisseau situé près de la forêt de Duault des cailloux qui encombraient son soulier.

La légende veut que Gargantua, bon géant célébré par Rabelais, se soit offusqué de la pauvre bouillie, maigre repas que lui avaient offert les habitants de Huelgoat (la «haute forêt», Uhel Koad en breton). Depuis la côte du Léon (nord du Finistère), il se vengea en lançant sur eux d'énormes galets polis par la mer.