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Le Graal – Les lieux où il est passé, et où il s’est perdu… ? -3/ –

Jérusalem

Une des sources les plus anciennes inhérentes à la recherche du Graal et de sa position, parle d’un calice argenté à deux manches qui était gardé dans un reliquaire d’une chapelle près de Jérusalem, entre la basilique du Golgotha et le Martyre.

Dessin de la basilique du Saint-Sépulcre au VIIe siècle - De Sanctis locis
Dessin de la basilique du Saint-Sépulcre au VIIe siècle – De Sanctis locis

Cette nouvelle est transmise par une source en relation avec le pèlerin et évêque du nom de Arkulf de Périgueux( en Gaule, ou en Allemagne selon d’autres sources …) qui vécut au VIIe siècle – à la recherche de reliques et qui affirme avoir vu et touché le calice Sacré, près d’une petite église à Jérusalem entre les deux basiliques… ! .C’est aussi le seul témoignage qui place le Graal en Terre Sainte. Sa mémoire est préservée par un écrit d’Adamnana, abbé du monastère de Hy sur l’île de Iona  »histoires de l’évêque Arkulfa « (De locisSanctis), qui reprend son récit de plusieurs mois de pèlerinage et qui a eu lieu entre les années 660 ou 679 et 687. Ses descriptions fournissent de nombreux détails sur le fonctionnement de l’ancienne Église et de l’architecture religieuse, en Terre Sainte, et en particulier de Jérusalem. Arkulf décrit également la relique de la Sainte Croix de Constantinople …

Que vit en réalité Arkulf ? Le Suaire, le Saint Graal ? Ou peut-être vit-il un autre objet, un objet qui au fil du temps à changé plusieurs fois de nom et d’aspect ?

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De Constantinople à Troyes

Garnier de Traignel
Garnier de Traignel

Le Graal ( ou sa copie …) aurait été conservée à Constantinople ! C’est du moins ce qu’affirme une source du XIIIe siècle, et plus exactement le roman de « Titurel le jeune ».

Le Saint-Calice aurait été volé de l’église du Boucoleon durant la quatrième croisade et porté de Constantinople à Troyes par Garnier de Trainel, dixième évêque de Troyes, en 1204.

Lors de la quatrième croisade, les croisés firent main basse sur les trésors (reliques et pierreries) de Contantinople. Garnier de Trainel, que la mort attendait en cette ville, acquit un grand nombre de reliques et ses chapelains ramenèrent avec eux une part considérable de ce trésor dans laquelle on trouvait un morceau considérable de la vraie Croix, du sang du Christ, mais aussi le chef de saint Philippe, le bras de saint Jacques le Majeur ou le corps entier de sainte Hélène vierge. (Mentionné dans les inventaires des églises de Troyes).

Caliz de los Patriarcas,Constantinopla Siglo X-XI Tesoro de San Marcos -Venecia
Caliz de los Patriarcas,Constantinopla Siglo X-XI Tesoro de San Marcos -Venecia

Le vase de la Cène était, assurément, le plus précieux des trésors.

En 1429, le Chapitre fait l’inventaire de s

on Trésor, dont le vase de la Cène : «  c’est un grand plat d’argent, dont le fond est fait d’un vase qui a servi à Notre-Seigneur.  »

En 1611, le chanoine Camusat dans un inventaire du Trésor de la cathédrale, donne une description détaillée du vase de la Cène :  » il est en porphyre vert et noir, en forme de bassin rond, garni d’argent, au milieu duquel il y a un crucifix d’argent doré, aux coings des croisons y a 5 émeraudes fines« .

The Attarouthi Treasure - Chalice 7th century,Byzantine Made in Attarouthi,Syria silver and gilt
The Attarouthi Treasure – Chalice 7th century,Byzantine Made in Attarouthi,Syria silver and gilt

En 1637, Des Guerrois rappelle que Garnier de Trainel a envoyé un fort beau vase de jaspe, entouré d’un bord d’argent sur lequel il y a 4 vers grecs qui sont gravés en lettres majuscules : «  Autrefois, ce plat servait à Notre-seigneur, quand il mangea avec ses bien-aimés apôtres. Maintenant il sert aux saintes Particules (c’est-à-dire les Hosties consacrées) de notre même Seigneur, ce que témoigne ce don si artistement orné.  »

Un inventaire de la Cathédrale de 1700, ajoute que ce vase «  a servi à la Cène de Notre-Seigneur, les lettres grecques qui sont autour le disent ainsi.  »

Calice de Kremsmünster offert par le Duc Tassilon. Cuivre fondu et doré, plaques d'argent. Vers 770 ; 22,5 cm de haut, 15,7 cm de diamètre. Abbaye bénédictine de Kremsmünster
Calice de Kremsmünster offert par le Duc Tassilon. Cuivre fondu et doré, plaques d’argent. Vers 770 ; 22,5 cm de haut, 15,7 cm de diamètre. Abbaye bénédictine de Kremsmünster

Un chanoine raconte après le terrible incendie de 1700, qu’il y a à la cathédrale «  un bassin assez grand, qui a servi à la Cène, lorsque Notre-Seigneur mangea avec ses Apôtres la veille de sa Passion, sur le bord duquel on lit 4 vers qui en font foi.  »

En 1709, des bénédictins venus à Troyes, constatent l’existence de notre précieuse relique «  dont Notre-Seigneur se servit à la Cène lorsqu’il lava les pied à ses disciples, dans le fond duquel on voit un beau vert émeraude, et autour on lit 4 vers grecs qui prouvent son antiquité. Ce vase de porphyre, ou de quelque autre pierre plus précieuse, en forme de petit bassin, a un pied et demi environ de diamètre, y compris un bord d’argent qui en augmente la circonférence. Le fond est enrichi d’une croix d’or ou d’argent doré, fixé çà la circonférence par ses quatre extrémités. Le bord d’argent est chargé de 4 iambes grecs en lettres capitales, gravées en relief. Le caractère de ces lettres, maigre et allongé, est assez semblable à celui des lettres capitales que l’on voit dans quelques manuscrits du temps de Charlemagne.  »

Gold Goblet with Personifications of Cyprus, Rome, Constantinople, and Alexandria c700. Byzantine or Avar
Gold Goblet with Personifications of Cyprus, Rome, Constantinople, and Alexandria c700. Byzantine or Avar

Courtalon-Delaistre, curé de Sainte-Savine écrit :  » On voit dans le Trésor de la Cathédrale, un plat de jaspe avec un cercle d’argent large d’environ 3 pouces, autour duquel on lit 4 vers grecs, par lesquels on assure que ce plat servit à Jésus-Christ dans la dernière Cène qu’il fit avec ses apôtres, lorsqu’il institua l’Eucharistie.  »

  Il en reste le témoignage dans les verrières exécutées sous Nicolas de Brie (verrière 10, la seconde à droite du chœur).

En janvier 1794 tous les reliquaires et reliques furent livrés aux flammes révolutionnaires !

Gold Chalice, Europe 5th-10th century
Gold Chalice, Europe 5th-10th century

Dans ce cas également le doute exprimé en ce qui concerne l’objet décrit par Arkulf devient légitime, car Constantinople était justement célèbre parce qu’elle gardait la Couronne d’Épines, le Suaire et même la Croix du Christ, amenée dans la ville par l’Empereur Bizantin Héraclius en 629. Encore une fois il est légitime de se demander: Quels sont les mots employés à cette époque pour désigner le Graal ?

Les amazones sarrasines des Croisades -4/4-

Eva Green - Kingdom of Heaven
Eva Green – Kingdom of Heaven

Au chapitre XIV, nous allons être captivés par d’autres aventures. Ici, les songes vont jouer un rôle de premier plan. Les songes, émanent directement du Maître de l’Univers, qui par eux révèle aux humains ses célestes décrets :

Donc, par des songes, Godefroy est invité à rechercher Renaud, puisqu’il est vivant, et à le rappeler, puisque son bras apporte à l’armée un soutien efficace et un réconfort moral. Godefroy charge donc deux émissaires d’aller lui faire savoir qu’il lui pardonne, et qu’on attend impatiemment son retour. Mais où le trouver ? Le solitaire, c’est-à-dire Pierre l’Ermite, reçoit directement des renseignements de l’Au-delà et va les aider dans leur prospection. Devant les envoyés du Chef, les fleuves les plus impétueux vont s’écarter, comme la mer Rouge devant Moïse, afin qu’ils puissent les traverser à sec. Des grottes secrètes vont s’ouvrir, au coeur de la terre, emplies de pierreries, de diamants et d’or. Enfin, grâce à une femme spécialement attachée à leur service, ils vont monter dans une espèce de nacelle qui « d’un vol plus rapide que celui de l’aigle ou de l’éclair, leur permettra de franchir les mers ». En effet, le château où Armide, éprise, retient Renaud prisonnier de son charme, se trouve au-delà des limites du monde, dans ces îles qu’on appelle Fortunées…

Armide et Renaud de Bergeret
Armide et Renaud de Bergeret

Là, d’autres obstacles sont encore à franchir. Il y a un labyrinthe, dont il faut déceler le secret. Il y a des brumes épaisses à percer. Il y a un affreux dragon, un cerbère couvert d’écaillés, qui leur barrent le passage. Puis, un lion, des crocodiles, enfin des monstres de toutes sortes. Mais, grâce à une baguette magique, vaincre tous ces périls devient un jeu d’enfant. Après cela, les tentations vont s’offrir à eux : d’abord une fontaine où il ne faut pas boire, quelle que soit sa soif et son désir de se désaltérer : c’est la fontaine du rire. Une eau, sans doute, qui sent le haschich, d’où, sous forme de vapeur, se dégage un gaz hilarant. Puis des nymphes offrant des repas délicieux en apparence ; puis des sirènes offrant, au cours de leurs ébats sur l’eau d’un bassin, « leurs gorges d’albâtre, et des appâts encore plus secrets »….

'Renaud et Armide' Par le peintre italien Francesco Hayez 1814
‘Renaud et Armide’ Par le peintre italien Francesco Hayez 1814

Et les voici soudain en présence des deux fugitifs. Renaud et Armide sont dans les bras l’un de l’autre. Ils filent le parfait amour. Et, dans un cadre idéal de beauté, de douceur et de charme, ils sont heureux.  Mais il paraît que ce bonheur n’est qu’un péché de la part de celui qui a déserté pour s’y abandonner. Aussi les deux guerriers, dès qu’il sera seul, vont-ils se présenter à lui et le rappeler au devoir. Pour le convaincre, ils lui présentent un bouclier de diamant dont il fut dit : II s’y verra comme dans un miroir ; il y verra les habits efféminés dont il est revêtu ; la honte et le dépit s’allumeront dans son cœur et en banniront un indigne amour.

Renaud prend son épée, qui « n’était devenue pour lui qu’une vaine parure », et il s’échappe du Palais des mirages. Mais Armide revient. Elle devine ce qui s’est passé. Elle court après lui, le rattrape, lui adresse des objurgations suppliantes, où tour à tour la prière alterne avec la menace. Rien n’y fait. Et, bien que sa douleur d’être abandonnée fasse peine à voir, Renaud retourne à son destin, qui est de massacrer des Infidèles…

Armide essaye de retenir Renaud détail
Armide essaye de retenir Renaud détail

Tandis que Renaud, conduit par le magicien de service, a regagné les rangs de ses compagnons d’armes, Armide, minée par le dépit et poussée par un ardent désir de vengeance, a juré de la punir de son inconstance. Pour cela, elle se rend au camp des Égyptiens, qui viennent de débarquer sur la côte de Gaza sous la conduite de leur calife. Celui-ci commande à l’un d’eux : « Va, pars, triomphe » comme Don Diègue dira plus tard au Cid : « Va, cours, vole, et nous venge ! »

Renaud, dès son retour, s’est vu confier des missions que lui seul pouvait accomplir, protégé qu’il se sent par la Puissance divine. Ainsi, comme il est nécessaire — nous l’avons vu — de construire une autre machine de guerre, et pour cela de couper des arbres, c’est Renaud qui est chargé de rompre l’enchante ment de la forêt où nul n’ose plus pénétrer. Godefroy lui a dit en termes flatteurs et éloquents : « Je ne te demande plus que de te ressembler à toi-même. » Et Renaud d’élever alors ses pensées jusqu’au trône de l’Éternel : « O mon Père, dit-il, ô mon Souverain Maître, jette un regard de pitié sur ma vie et mes erreurs ! »

L’assaut final est donné. Il est couronné de succès, après des efforts méritoires de part et d’autre. Les derniers défenseurs de la Ville se sont réfugiés dans la citadelle. Et quand la puissante armée des Égyptiens s’approchera, ce sera trop tard. Jérusalem sera prise. Et il ne restera plus aux Croisés qu’à se retourner contre ces nouveaux assaillants pour les tailler en pièces. Et Jérusalem aura été prise après un carnage affreux.

Herminie 1Il nous faut encore assister au second tournoi qui dresse Argant contre Tancrède, ce qui permet d’ailleurs à Herminie — que nous avions un peu oubliée — de retrouver celui qu’elle adore. Et puis il faut bien aussi que Renaud retrouve Armide. Celle-ci cherche à le revoir pour se venger. Mais une femme « est volage, indiscrète », et au moment où, de désespoir, elle va s’arracher à elle-même une vie qui lui paraît devenue un fardeau trop lourd pour ses belles épaules, c’est lui qui arrête son geste, c’est lui qui la sauve. Alors elle se rend à son amour. « Commande à ton esclave, dit-elle à Renaud ; décide de son sort ; tes désirs seront ses lois. » Et l’on suppose que, repu de gloire, Renaud, cette fois, pourra la chérir sans remords.

La phase finale du combat nous vaut ,au vingtième et dernier chant, un tableau particulièrement coloré de l’ultime bataille. Le Tasse nous montre les femmes de la Ville aidant les défenseurs, et se battant comme eux, avec des fiertés d’amazones. On voit des blessures terribles faites par des épées impitoyables dans des corps que ne protègent plus les cuirasses : « La pointe ressort entre les épaules, et ouvre à l’âme fugitive une large et double issue. » On voit des morts hallucinants sur le champ de bataille : «  Par un bizarre effet de sa blessure, celui-ci est obligé de rire en expirant. » Enfin Aladin, Soliman, le Calife, tout le monde est en fuite ou tout le monde est couché sur la terre à jamais. Godefroy, vainqueur, entre dans Jérusalem, et n’a plus qu’à se rendre au Temple pour y adresser à Dieu ses actions de grâces. Il doit bien cela au Créateur, qui l’a puissamment aidé dans son entreprise. Et Le Tasse ne cherche pas d’autre conclusion à son œuvre…

la Muraille de feu Affiche

Un film italien de 1957 : » la Muraille de feu  » reprend la légende : L’armée croisée de Tancrède avance à marches forcées vers Jérusalem pour amener à Godefroy de Bouillon les tours d’assaut indispensables à la prise de la ville. En route, Tancrède s’éprend de la mystérieuse amazone et sarrasine Clorinde ( jouée par Sylva Koscina) , mais Herminie, une princesse musulmane d’Antioche vivant à Jérusalem, prisonnière des croisés et amoureuse du jeune chevalier, le met en garde contre les stratagèmes de la belle, qui serait une guerrière ennemie (en fait, la fille du roi de Perse). Pourtant, Clorinde a sauvé du bûcher deux chrétiens, Olinde et Sophronie, et elle n’est pas insensible au charme de Tancrède. Argant, le champion des Sarrasins, défie Renaud, autre redoutable chevalier. Pour semer la zizanie dans le camp des assiégeants, la troublante Armide, fille de l’émir de Damas, se prétend convertie au christianisme et séduit Renaud ; fou d’amour, celui-ci se dispute avec Fernand de Norvège qu’il tue en combat singulier, puis s’enfuit devant la colère de Godefroy de Bouillon. Armide lui tend une embuscade et l’emprisonne dans les souterrains de son château. Déguisée en Clorinde, Herminie cherche à rejoindre Tancrède, mais elle est reconnue et s’enfuit, tandis que Tancrède, ayant appris le sort de Renaud grâce à Clorinde, pénètre incognito dans le repaire d’Armide et le libère.

Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.
Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.

 

Les Sarrasins livrent bataille sous les murs de Jérusalem et sont sur le point de l’emporter quand surgissent Renaud et Tancrède. Au cours des combats, ce dernier croise le fer avec Clorinde, qu’il ne reconnaît pas sous son heaume, et la tue. Elle meurt dans ses bras en acceptant le Christ. Tancrède s’effondre, inconsolable et grièvement blessé après avoir tué Argant, tandis que Renaud hisse les couleurs de Godefroy de Bouillon sur les murs de Jérusalem. Herminie retrouve Tancrède sans connaissance sur le champ de bataille. Elle l’aide à rejoindre les autres croisés au Saint-Sépulcre et à remercier le Ciel pour la victoire de leur cause. Une croix flamboyante brille à l’horizon.

Les amazones sarrasines des Croisades -3/4-

CROISADE - Jean Dufaux & Philippe Xavier Final
CROISADE – Jean Dufaux & Philippe Xavier Final

Après quoi — nous sommes au chant VI — nous assistons à un nouveau duel, un duel à mort, un combat singulier entre le bouillant Tancrède et le redoutable Argant, un des supporters de Soliman, un des ‘suppôts du Diable’ … A tour de rôle, ils se donnent de grands coups de lance. Puis ils abandonnent leurs chevaux, et les voici tous deux à pied, luttant avec l’épée ; si l’épée de l’un se casse, c’est à la lutte qu’ils vont s’achever. La nuit seule arrête le débat sanglant, et sauve Tancrède, couvert de blessures. Il y a une certaine grandeur, dans ce choc de deux bravoures, d’où une réelle sauvagerie n’est pas exclue. Les deux armées, durant ce temps, ont suspendu leur querelle pour assister à cette épreuve. Et l’on sent que chacun y prend un plaisir sans mélange, mêlé d’une émotion farouche. Mais une spectatrice, du haut des remparts de la Ville, en a suivi également toutes les phases : c’est Herminie, dont on se rappelle qu’elle éprouve pour Tancrède un amour passionné. Elle ne peut résister à le voir blessé si gravement.

CROISADE - Jean Dufaux & Philippe Xavier Final
CROISADE – Jean Dufaux & Philippe Xavier Final

Bravant toute raison, elle va sortir de Jérusalem pour venir soigner dans la plaine celui dont elle craint qu’il n’agonise. Pour ne pas être reconnue, elle dérobe l’armure de sa compagne Clorinde. Mais comme Tancrède, de son côté, soupire pour Clorinde, lorsqu’il va voir venir une femme sous cette armure, il croira que c’est Clorinde elle-même, et non Herminie, qui vient panser ses plaies.

CROISADE - Jean Dufaux & Philippe Xavier

Vous suivez… ? ?

Ce n’est pas tout, car Tancrède, quand Herminie sera partie, voudra la poursuivre. Il va mieux, mais il s’imagine toujours que c’est Clorinde qui est venue à son secours. Or, en la recherchant, il s’égare, et va être fait prisonnier par Armide, près du château de laquelle il est arrivé sans le savoir. Ainsi ces trois femmes, Herminie, Clorinde, Armide, tendent successivement leurs pièges aux Croisés, mais dans une certaine mesure, vont devenir elle-mêmes victimes de leurs ruses, puisque l’amour aussi pénétrera leur coeur.

Raymond de Toulouse affronte Argant en duel détail 2
Raymond de Toulouse affronte Argant en duel détail 2

Cependant, le combat entre Argant et Tancrède devait reprendre. Et Tancrède, toujours prisonnier d’Armide, ne va pas pouvoir être présent au rendez- vous pris la veille. Alors, pour sauver l’honneur, il faut que quelqu’un le remplace. Ce sera Raymond de Toulouse, qui s’offre à ce sacrifice, et presque à cet holocauste : car Raymond est âgé, et ses forces ont déjà décliné.

Aussi, cette fois, les deux armées ne peuvent assister impassibles à cette lutte inégale, et le tournoi dégénère en mêlée générale.

Ce serait un jour fatal pour les Arabes, si Satan qui, du fond des Enfers, suit les événements et veille sur les mécréants, ne suscitait brusquement un orage d’une violence inouïe, qui arrête la bataille et sauve de la défaite les troupes d’Aladin.

L’ADIEU DU GUERRIER À LA COURTISANE LÉON HERBO (1850-1907)
L’ADIEU DU GUERRIER À LA COURTISANE LÉON HERBO (1850-1907)

Herminie, de son côté, erre dans les forêts voisines, ayant perdu la trace de celui qu’elle cherchait. Recueillie par des bergers, elle en fait les confidents de ses peines. « Un torrent de larmes inonde ses joues .»

Sans le secours divin, le malheureux Raymond ne pourrait résister longtemps à cet adversaire implacable. Mais l’Éternel charge son ange gardien de sauver ce pieux vieillard. Et l’ange gardien va lui chercher un bouclier qui le rendra invulnérable.

Il va chercher ce bouclier« dans l’arsenal où reposent les armes de la céleste milice »…

Cependant, Satan ne se tient pas pour battu. Il cherche un nouveau subterfuge pour avoir raison de Godefroy, et le trouve en la personne d’un certain Argillon, chargé par lui d’aller semer la discorde chez les ennemis de Mahomet. Cet Argillon accuse Bouillon d’avoir fait tuer Renaud ; lequel, on le sait, a disparu sans laisser de traces, pour éviter les sanctions méritées par lui lorsqu’il eut tué un des Chefs de l’expédition. Bouillon, naturellement, se défend, mais de l’obliger à se défendre, cela déjà entame un peu son autorité sur ses troupes. Le chapitre VIII s’ouvre par l’annonce du retour de « l’Aurore au front de rosé, aux pieds d’or ».

Soliman, de son côté, songe que le temps est venu peut-être de frapper un grand coup. Et, sans attendre l’aide que doit lui apporter bientôt l’armée d’Egypte, il décide de tenter une sortie et de passer à l’attaque du camp adverse. Pour cela, il faut surprendre les bataillons endormis et profiter de la nuit qui cache les mouvements de troupes. Là encore, de hardis faits d’armes vont se succéder sans désemparer. Soliman coupe des têtes, perce des flancs, tranche des vies. Il tue deux frères jumeaux d’un seul coup, sous les yeux de leur père..

Ambroise Dubois - Combat de Tancrède et Clorinde ...
Ambroise Dubois – Combat de Tancrède et Clorinde …

Au chapitre X, nous assistons à deux conseils de guerre, un dans chaque camp, dont la symétrie ne nous échappe pas. D’un côté, c’est Aladin qui réunit ses officiers, et Soliman arrivera pour ranimer leur ardeur défaillante. De l’autre côté, c’est Godefroy qui assemble ses principaux lieutenants, et Tancrède, échappé des griffes d’Armide, viendra annoncer la bonne nouvelle : Renaud n’est pas mort, ainsi qu’on le craignait ! Il est dans le pouvoir d’Armide, nous nous en doutons, mais enfin il vit ; c’est le principal…

Le chapitre suivant sera entièrement consacré aux premiers assauts contre la ville. Y sont longuement décrites les machines de guerre dont disposent les assaillants : des béliers pour enfoncer les portes, et de hautes tours qu’on amene sur des roues contre les murailles, d’où l’on peut ensuite jeter un pont sur les créneaux, afin d’entrer dans la cité sans subir la poix fumante que les assiégés déversent du haut des remparts.

Clorinde vaincue par Tancrède, par Le Tintoret 2
Clorinde vaincue par Tancrède, par Le Tintoret

Avec le chant douzième, nous revenons en pleine fiction.

Car Clorinde a revêtu son armure masculine, et Tancrède, qui ne la reconnaît pas, va lutter avec elle, lutter jusqu’à son dernier souffle, en un tournoi au cours duquel il lui donne la mort.

Ce n’est qu’une fois couchée dans l’herbe qu’il s’aperçoit que c’est elle. Alors, désespéré, puisqu’il l’aime, il réussit à la baptiser avant qu’elle ne rende le dernier soupir. Ainsi conserve-t-il l’espoir de la retrouver plus tard au Ciel…

Au cours du treizième chant ; pour reconstruire une de ces tours, dont nous avons vu l’efficacité dans l’attaque d’une forteresse, il faut couper des arbres, Or voici que la forêt prochaine est enchantée. Ceux qui veulent y pénétrer se heurtent à mille obstacles qui échappent au pouvoir des humains. Les troncs se métamorphosent en monstres, des serpents sortent de chaque brin d’herbe, des cris, des gémissements, des appels de détresse succèdent au tonnerre et partent des buissons. Tantôt c’est un fleuve bouillonnant qui arrête la marche, tantôt c’est le feu qui lui oppose un mur de flammes.

Tous les fantômes de l’Enfer se sont donnés rendez-vous là.

Les amazones sarrasines du temps des Croisades -2/4-

Le poète, ( »Le Tasse »), voulait séduire la fastueuse Éléonore, et c’est sans-doute elle, qu’il a peinte sous les traits de Sophronie, figure sympathique entre toutes; aussi ne la laisse-t-il pas mourir, dès le second chapitre, sur le bûcher où le tyran l’a fait attacher aux côtés d’Olinde, qui soupirait pour elle. Il fait intervenir, pour les délivrer, une autre femme extraordinaire, la guerrière Clorinde. croisade,-tome-2---le-qua-dj-854492 Elle se présente sous un vêtement d’homme, avec casque et cuirasse, une sorte de  »Jeanne d’Arc des Mahométans ». Elle n’est pas d’ailleurs dépourvue de bons sentiments, puisqu’elle va faire délivrer les deux prisonniers, au moment où le feu allait les consumer. Elle exerce une grande influence sur le Sultan, et ne craint pas de lui faire déclarer : « Innocents, je les absous ; coupables, je leur fais grâce ! » II est vrai que Clorinde nous est présentée de la façon suivante :

 »Dès ses plus jeunes ans, elle a méprisé les amusements et les occupations de son sexe. Sa main superbe a dédaigné de s’abaisser à de vils travaux, et de manier l’aiguille ou le fuseau. Elle a fui la mollesse des villes et recherché ces retraites, asiles d’une vertu qui se conserve au sein même de la liberté. Elle arma son front d’orgueil ; elle se plut à mettre de la rudesse dans ses traits ; mais ses traits, tout rudes qu’ils sont, plaisent toujours. »

Ils plaisent tellement qu’ils séduisent même des capitaines de l’armée chrétienne, ainsi que nous allons le voir plus loin.

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Au reste, Clorinde ne sera pas la seule femme-soldat de cette étrange guerre. Nous en connaîtrons plusieurs autres, en particulier Armide, auprès de laquelle Clorinde pâlira, si virile et batailleuse qu’elle puisse paraître.

Clorinde - par E Delacroix Détail
Clorinde – par E Delacroix Détail

Au cours du troisième chant, Tancrède, un chef chrétien, s’éprend de la farouche Clorinde; et, dans le même temps une rescapée d’Antioche, la belle Herminie, qui vit chez Aladin, va ‘soupirer’ pour le même Tancrède. Or le hasard fait bien les choses : un combat singulier va opposer Tancrède à Clorinde. Il n’a pas reconnu, sous l’habit du guerrier, avec un casque baissé sur son visage, la terrible amazone. Et à la lance, à l’épée, ils s’affrontent. Ce n’est qu’au plus fort de l’action que soudain il devine que c’est elle. Alors, au lieu de poursuivre son avantage, il l’épargne, et, pour un peu, il offrirait sa poitrine aux coups de là cruelle. Heureusement que, la bataille devenant générale, les deux adversaires se perdent de vue ! Mais d’autres chocs vont avoir lieu entre les capitaines des deux camps. Et chaque fois, avant de se battre, ils s’adressent des harangues de menaces, de défi ou de mépris.. Et nous allons assister à la mort du brave Dudon et aux premiers exploits de Renaud, le plus beau des Croisés.

Mais les premières escarmouches ayant démontré la hardiesse des Chrétiens, Jérusalem se sent menacée. Et cela ne fait pas l’affaire de Satan, qui tient conseil et assemble « dans son noir palais son horrible sénat », c’est-à-dire tous les damnés, tous les démons… Quels spectres étranges, horribles, épouvantables ! La terreur et la mort habitent dans leurs yeux : quelques-uns, avec des figures humaines, ont des pieds de bêtes farouches ; leurs cheveux sont entrelacés de serpents…

Le Tasse poursuit la description :

 »On voit d’immondes harpies, des centaures, des sphinx, des gorgones, des scylles qui aboient et dévorent, des hydres, des pythons, des chimères qui vomissent des torrents de flammes et de fumée ; des polyphèmes, des géryons, mille monstres nouveaux, mille formes plus bizarres que jamais n’en rêva l’imagination, mêlées et confondues ensemble. Ils se placent les uns à la gauche, les autres à la droite de leur sombre monarque. »

CROISADE - Jean Dufaux & Philippe Xavier 2

Et le résultat de ces cogitations infernales sera d’user d’un subterfuge que l’on estime infaillible : on va envoyer Armide, la plus belle des magiciennes, promener sa séduction irrésistible parmi les ennemis — c’est-à-dire les Chrétiens — et l’on escompte bien qu’elle y fera des ravages.

Ah ! si elle pouvait affoler, par le poison de sa beauté, le grand Godefroy en personne ! Mais là, c’était espérer trop. Elle ne prendra à son hameçon que le jeune frère du grand Chef, le petit Eustache, qui s’écrie en la voyant : « J’ai juré de protéger un sexe faible et sans défense ! » II ne sait pas, le malheureux, que ce représentant du sexe faible est la plus redoutable des enchanteresses : « Pour envelopper de nouveaux amants dans ses filets, elle va employer tous ses secrets et tous ses charmes. »

Et nous devinons que c’est Renaud qui va être sa proie, avant d’être son châtiment.

Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.
Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.

Les coqs vivaient en paix; Armide survient, et voilà, entre eux, la guerre allumée ! Une querelle éclate, suscitée par Eustache, entre Gernaud le Wiking et Renaud le séducteur. Mais Renaud, le plus habile aux armes, Renaud, l’invincible, tue son compagnon…. Après cela, il va lui falloir fuir la colère de Godefroy. Croisade-tome-2Il quitte le camp, où chacun le regrette, tandis qu’ Armide entraîne à sa suite Eustache, et dix autres soldats valeureux, et plusieurs qui désertent pour elle. Elle a fait des ravages, en effet, la mystérieuse Orientale, parmi les soldats du Christ, trop prompts à ressentir les effets de sa beauté !

* Illustrations de Dessins de la BD  »CROISADE » – Jean Dufaux & Philippe Xavier.

Les amazones sarrasines du temps des Croisades -1/4-

La légende s’est emparée du temps des croisades… Le héros en est Godefroi de Bouillon, le chef de la première Croisade ; et l’apogée en est la reconquête de la Ville Sainte, Jérusalem.

L’histoire que je vais vous vous raconter ci-dessous, provient d’un texte du XVIe siècle… De la pure  »Fantasy » du XVIe … !

La Jérusalem délivrée est l’œuvre de Torquato Tasso, connu en français sous l’appellation Le Tasse (en italien, il Tasso) : poète italien, né le 11 mars 1544 à Sorrente (région de Campanie, Italie), mort le 25 avril 1595 à Rome. Il est passé à la postérité pour cette épopée…

 louis_ducis Le Tasse lisant à la princesse Léonore
Le Tasse lisant à la princesse Léonore un épisode de La Jérusalem délivrée, peinture de 1822.

Épris de la princesse Eléonore d’Este, Le Tasse lui lit un épisode de La Jérusalem délivrée. Il se tient debout devant elle, adossé à une colonne, les jambes croisées, légèrement penché, une main sur la poitrine, il met du cœur à la lecture, tandis qu’elle l’écoute et l’observe, tout en cachant son visage derrière un voile léger peut-être pour ne pas montrer son émotion.

La légende retiendra autant Godefroi que le farouche et passionné Renaud, le chevalier Roger, l’impulsif et mélancolique Tancrède, tout comme les chevaleresques Sarrasins avec qui ils rivalisent aux armes et en amour…

Godefroi de Bouillon
Godefroi de Bouillon

Dans cette épopée homérique qui emprunte tant à l’histoire qu’aux chansons de geste et au merveilleux, se mêlent les récits de combats, – l’histoire d’amour du chrétien Tancrède pour la païenne Clorinde, qu’il finira par tuer en duel… En effet, la courageuse Chlorinde ( ou Clorinde) prend l’armure et combat en duel contre son amant, elle reçoit le baptême de ses mains au moment où elle meurt… – L’histoire de la fragile et craintive Herminie pour Tancrède ; et – l’histoire du chevalier Renaud, retenu par la magicienne Armide – la belle sorcière, dépêchée par le sénat des Enfers pour répandre la discorde dans le camp chrétien – qui finira par se convertir par amour de son prisonnier, mais en vain.le chevalier et la sarrasine 2

Lors de cette épopée, les Chrétiens rencontrent dans les rangs des Infidèles bien des beautés féminines pour lesquelles leur coeur s’embrase aussitôt. Dans ces chants débordants d’éloquence et de lyrisme, il est autant question d’amour, que de religion ou de guerre…

Les ‘amazones’ de cette armée arabe, sont des femmes qui revêtent des armures, elles portent casques et boucliers, manient l’épée ou la lance. Leurs exploits ne sont pas moindres que ceux de leurs amants, au contraire : elles vont pourfendre les guerriers les plus fameux, percer leur cuirasse, couper leurs têtes, et souvent les défier en combats singuliers, sans même révéler leur sexe. Elles n’ouvrent pas le heaume, pour qu’on ne découvre pas leurs longs cheveux. Elles refusent de dire leur nom, pour qu’on ne découvre pas leur identité. Il faut qu’elles soient blessées à leur tour pour que leur rivaux s’aperçoivent que ce sein qu’ils ont transpercé n’était pas la poitrine plate d’un soldat, mais révélait, par ses rondeurs inattendues, ce qui leur semble être objet de beauté d’un sexe qu’ils croyaient  »faible »… D’ailleurs, la passion éclate subitement dans les coeurs. Il suffit que les héros aperçoivent un instant une telle femme, pour que celle-ci devienne l’idole de toute leur vie, et ils risquent pour elle de perdre et l’honneur et le goût de leur gloire.

Tableau de François-André Vincent:  Renaud et Armide
Tableau de François-André Vincent: Renaud et Armide

Ainsi, Tancrède apercevant Hermine et Clorinde, et Renaud découvrant Armide. Ces couples vont devenir fameux, autant par leurs ardeurs sentimentales que par leur bravoure militaire.

Tancrède et Herminie  - par Poussin
Tancrède et Herminie – par Poussin

Cette épopée est pour l’auteur l’occasion d’exprimer une lutte entre volontés célestes et souveraines ; une lutte entre des anges déchus et le Créateur. Godefroy de Bouillon invoque Dieu, et Dieu lui envoie des archanges pour le protéger, tandis que Soliman ou Aladin, les  »mahométans », trouvent des secours auprès du Diable, qui s’occupe en personne de les défendre contre les entreprises des Croisés. Au fond, tout ceci, peut paraître incohérent : car s’il donne à Dieu la Toute-Puissance, comment celui-ci peut-il admettre que le Démon mette en échec ses volontés ?

Ici, les damnés de l’Enfer, n’acceptent pas le sort auquel la justice divine les a condamnés, ils s’échappent de leurs chaudières pour venir aider les mécréants.

Bd Dufaux

Les élus du Paradis, eux, quittent le sein du Seigneur, où ils jouissent du bonheur parfait en célébrant sans fin sa louange, pour descendre à nouveau sur la terre et combattre aux côtés des défenseurs du Christ, ce qui ajoute à chaque duel entre un chrétien et un musulman, un second combat, en surimpression, que se livrent au-dessus d’eux, ou à travers eux, les morts qui se sont donnés pour tâche de porter secours aux vivants. Une fois admises ces prémisses, on accepte sans peine tout ce que, dans ce domaine de l’irréel, va nous affirmer le poète.

A suivre : …

Image de Titre de la bande Dessinée ‘Croisade’ de Dufaux et Xavier

Le Chevalier au Cygne. -1/3-

Le chevalier au cygne est un personnage légendaire médiéval de l’Europe occidentale, attesté dès le XIIe siècle. Dans la version la plus condensée de l’histoire, un mystérieux inconnu en armes aborde sur un rivage dans une barque tirée par un cygne. Roman du chevalier au cygneL’inconnu fait preuve de vaillance et obtient en récompense un fief et une épouse, avec qui il a des enfants. Un jour, le cygne qui l’avait guidé réapparaît : l’inconnu saute dans la barque qui est aussitôt entraînée au large par l’oiseau et disparaît comme il était venu.

Le texte littéraire de la légende la plus ancienne, reprend le récit suivant :

Le chevalier au cygne apparaît dans les chansons de geste au XIIe siècleUn jeune homme noble, dont on ne donne pas le nom, comme pour tous les autres personnages, rencontre dans une forêt une “nymphe vierge qui se lavait nue dans une fontaine ayant à la main une chaîne d’or”. Il lui demande sa main et célèbre ses noces la nuit même, sur place, en plein air. Sept enfants naissent par la suite en un même jour. La belle-mère les fait disparaître et met à leur place sept chiots; la jeune femme est condamnée à être enterrée jusqu’aux seins au milieu du palais, et humiliée de façon horrible (On se lave les mains au-dessus de sa tête et elle partage la nourriture des chiens). L’un des sept enfants est une fille; c’est elle qui garde son collier et aide ses frères, mais aussi sa mère, à survivre, en attendant qu’ils puissent retrouver leur forme humaine pour cinq d’entre eux. Pour le sixième, on apprend que, restant cygne, il accompagna partout l’un de ses frères et que c’est le cygne dont la rumeur dit qu’il tirait à l’aide d’une chaîne d’or un chevalier en armes sur un petit bateau.

Parmi les premières attestations connues du chevalier au cygne, la plus détaillée se trouve dans le récit du cistercien Geoffroy d’Auxerre, dans un passage du quinzième sermon de son Commentaire sur l’Apocalypse, écrit entre 1187 et 1188.:

Godefroy de Bouillon en tenue de Héraut
Godefroy de Bouillon en tenue de Héraut

«  Dans le diocèse de Cologne, se dresse au-dessus du Rhin un palais immense et fameux que l’on nomme Nimègue. C’est là que jadis, à ce que l’on dit, en présence de nombreux princes et de l’empereur, on vit aborder sur la rive une petite barque qu’un cygne tirait par une chaîne d’argent passée à son cou : tous les spectateurs se dressèrent, stupéfaits devant ce prodige. Alors un tout jeune chevalier, inconnu de tous, sauta de la barque ; et le cygne, comme il était venu, repartit en tirant la barque par sa chaîne. Le chevalier se révéla preux au combat, de bon conseil, heureux en affaires, fidèle à ses maîtres, redoutable pour ses ennemis, plein d’amabilité pour ses compagnons et de charme pour ses amis ; il épousa une femme de noble naissance, dont la dot lui apporta la richesse et la parenté la puissance. Enfin, après la naissance d’enfants, bien plus tard, alors qu’il se trouvait dans le même palais, il vit de loin son cygne qui revenait de la même manière, avec la barque et la chaîne. Sans attendre, il se leva précipitamment, monta dans le navire et ne reparut plus jamais. Mais de ses enfants sont nés bien des nobles et son lignage a survécu et s’est développé jusqu’à nos jours. » — Geoffroi d’Auxerre, Super Apocalypsim

Cette légende a connu de nombreux développements en Europe entre le XIIe et le XVIe siècle. Les chansons de geste du premier cycle de la croisade, en particulier la chanson d’Antioche et la chanson de Jérusalem, font du chevalier au cygne l’ancêtre de Godefroy de Bouillon, un thème qui sera repris et développé dans les poèmes du second cycle de la croisade.

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Le véritable Chevalier au Lion, Seigneur de Lastours en Limousin.

L’Eglise du Chalard (87), érigé à la fin du XIe siècle contient une chasse de Saint-Geoffroy, mais également la dépouille de Goulfier de Lastours surnommé le chevalier au lion.Eglise_du_Chalard

Le seigneur de Lastours, en Limousin, près de Nexon., qui participa à la Première Croisade, est resté célèbre sous le nom de « Chevalier au Lion ». Voici un extrait d’un texte très édifiant sur cette légende attaché à ce chevalier qui accompagna Raymond de Saint-Gilles jusqu’en Terre Sainte et qui participa notamment à la bataille d’Antioche:

 » Pendant qu’il faisait de célèbres excursions contre les ennemis, il arriva qu’il fut attiré par les  rugissements d’un lion qu’un énorme serpent serrait dans ses replis. Ses compagnons d’armes le dissuadèrent en vain; G…s’élance avec audace, et coupant le reptile de son épée, il délivra le lion. Cet animal, chose admirable à raconter! reconnaissant du bienfait qu’il venait de recevoir, suivit Geoffroi comme un lièvre, sicut lepus, et ne le quitta point pendant toute la croisade. Il lui fut plusieurs fois utile, soit à la chasse, soit à la guerre, et lui  fournit abondamment de la venaison. Toutes les fois que le lion voyait son maître attaqué par les ennemis, il se précipitait sur eux et les renversait. Lorsque Geoffroi monta sur un vaisseau pour s’en retourner dans son pays,  le lion ne voulut pas l’abandonner ; mais les nautonniers refusant de le recevoir sur le bâtiment,parce qu’ils le regardaient comme un animal cruel, le lion suivit son maître à la nage jusqu’à ce qu’il succomba de fatigue et périt dans les flots de la mer. » (1)

(1) Bibliothèque des croisades, Volume 3, par Joseph Toussaint Reinaud ( source :Magnum chronicum belgicum, par un chanoine régulier de l’ordre des Augustins, chronique qui s’achève en 1474)

Saint Urbain II prêchant la croisade
Saint Urbain II prêchant la croisade

Le départ de Goulfier de Lastours pour la 1ère croisade est attesté en 1096, d’après les chroniques de Grandmont. Selon Geoffroy de Vigeois, il se distingua par ses exploits militaires durant la Guerre Sainte, surtout devant la ville de Marrah. Plusieurs chroniqueurs, présents sur les lieux, ont relaté cet épisode héroïque où le chevalier limousin s’était hissé sur un rempart par une échelle et ensuite, debout sur la muraille, avait combattu victorieusement ses ennemis « à coups de lance »…

Tombeau tardif du XIIIème de Gouffier de Lastours et d'Agnès d'Aubusson en la salle capitulaire de l'abbaye du Chalard
Tombeau tardif du XIIIème de Gouffier de Lastours et d’Agnès d’Aubusson en la salle capitulaire de l’abbaye du Chalard

Sur la tombe de Goulfier de Lastours, conservée au Chalard (Haute-Vienne), on y découvre les dessins suivants : Un chevalier tient un écu orné de trois tours et de fleurs de lys, à ses côtés sa femme, Agnès d’Aubusson. A ses pieds est représenté probablement le lion de la légende ( notez qu’il est représenté par un chien puisque la légende veut qu’il suivait son maître « comme un chien fidèle »). Chrétien de Troyes a repris le thème. Un chercheur périgourdin, Jean-François Gareyte, a confirmé par ses travaux récents qu’une version « occitane » de cette légende avait bel et bien été relatée antérieurement à celle de Chrétien de Troyes, rédigée en langue d’oïl.

Le premier monastère du Chalard fut érigé en 801 sous le règne de Charlemagne. En 846 il est détruit par les Normands qui massacrent les prêtres et la population. Geoffroy, qui enseignait pour un négociant florentin installé à Limoges, découvre le site du Chalard en revenant de Périgueux où il vient d’être ordonné prêtre. En 1088, avec deux compagnons il revient en ces lieux pour mener une vie d’ermite, il fait construire une chapelle au sommet du promontoire, puis il fonde un monastère.

Abbaye Chalard

Le chevalier Goulfier de Lastours parti pour la Croisade avait fait promettre à Geoffroy qu’une église soit édifiée, à son retour son voeu fut réalisé. L’édifice religieux fut érigé à la fin du XIème siècle en pur style roman.

Les Cathares et le Graal -4/4- Le Dieu des cathares

Les romans du Graal et le catharisme ne parlent pas du même Dieu. Le Dieu de Perc8eval est étonnamment proche. Proche des hommes. Sa présence est constante, elle se manifeste au détour de chaque aventure, par une voix, un signe, une image, un symbole, une allégorie, elle irrigue le monde entier, création et créatures, et elle donne un sens aux aventures…. 10De page en page, Dieu accompagne ceux qui le cherchent, et qui ne le cherchent que parce qu’il est déjà là, présent à tous et à chacun au cours d’une expérience concrète …

Dieu, pour le catharisme est différent. Il est ce quelque chose de plus élevé et de plus grand … Le Dieu du Nouveau testament n’est pas celui de l’Ancien, et la création que raconte la Genèse, n’est pas « la bonne création »… Le vrai Dieu est en son Royaume qui n’a rien à voir avec le monde … La révélation commence avec le Christ. Pour les catholiques, et les cathares, Dieu est Amour… calice Graal 2Pour les catholiques le Christ a sauvé l’humanité souffrante par sa mort; mais,  pour les cathares, il l’a sauvée par son enseignement.

La connaissance au sens cathare, est le sens gnostique. Elle n’est pas du seul domaine de la raison ; elle est adhésion spirituelle, initiation à ce qui est enseigné, inopérante sans la foi… Le Christ est le messager, pas le message. La connaissance, la gnose est celle du Saint-Esprit.

Pour les cathares, la passion n’a pas été rédemptrice, et le Christ n’est mort qu’en apparence. Ce christianisme est sans incarnation, sans croix, sans eucharistie, enfin sans vraie Trinité…

croisade albigeois Innocent III

C’est au lendemain du troisième Concile de Latran, qu’est lancé un appel à l’aide du pouvoir civil, un appel aux armes, contre les hérétiques, et que le Conte de Flandre se livre sur ses Etats à la répression et qu’il commande à Chrétien de Troyes Perceval le gallois ou le Conte du Graal

The_Vision_Of_Sir_Percivales_Sister's Sigismund C. H. Goetze Graal Communion

C’est cette période de mobilisation générale de la chevalerie chrétienne contre l’hérésie, qui s’étend de 1179 à 1215, qui a vu apparaître à la fois l’œuvre de Robert de Boron, Perlesvaus, Parzival et le Perceval en prose – tous textes dont il est admis qu’ils en appellent à la défense de l’Église et constituent le « stade militant » du cycle du Graal….

Carcassonne au temps des cathares
Carcassonne au temps des cathares

Sources : Les Cathares et le Graal de Michel Roquebert

 

Le Saint Graal et l’histoire de la Chrétienté.

La religion de Chrétien de Troyes est axée sur la passion du Christ et le péché. Cette christologie est très simple et très traditionnelle. La présence effective du Christ est purement allusive, elle est plus suggérée qu’explicite, elle est en tout cas médiatisée par un arsenal symbolique que le héros lui-même ne déchiffre que patiemment et difficilement ; et partiellement d’ailleurs….

Queste del Saint-Graal, Les Chevaliers à la Table du Graal, Manuscrit sur parchemin, copié à Tournai en 1351, enluminures par Pierars dou Tielt, BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms. 5218 fol. 88

 

Quarante ans plus tard, dans La Queste del Saint-Graal (1225) , le Christ est devenu le personnage central, la clé de voûte sur laquelle tout l’édifice romanesque repose… c’est une véritable Imitation de Jésus-Christ que la Queste requiert du chevalier chrétien.

Que s’est-il passé entre les années 1180 et 1225… pour la chrétienté occidentale ?

  • Il y a eu quatre croisades en Terre Sainte.

  • La campagne de répression des hérétiques flamands en 1182-1183.

croisade albigeois Innocent III

  • La préparation (1198) et la fin (1229) de la longue guerre menée contre le catharisme occitan par la chevalerie venue du nord, la croisade contre les albigeois.

  • En 1224, l’échec lamentable de la croisade de Simon et d’Amaury de Montfort : apparaît alors La Queste, une œuvre mystique qui ne voit plus désormais dans la guerre l’idéal de la chevalerie chrétienne….simon_1

  • Les cisterciens très présents dans la croisade des Montfort, tirent les leçons, au plan spirituel, de la cuisante défaite de 1224 et proposent à la chevalerie un autre idéal que la guerre…

  • Le quatrième concile œcuménique de Latran présidé par Innocent III qui, en même temps, et dans un même élan pourrait-on dire, proclame d’entrée de jeu le dogme de la transsubstantiation et condamne à la fois Joachim de Flore pour sa conception historiciste de la Trinité, et l’hérésie cathare – autrement dit des systèmes qui dévaluent le rôle du Christ au profit du Saint-Esprit…Croisade albigeois Enluminure des Grandes Chroniques de France

  • Sur les 185 croisés de haut rang partis se battre contre les albigeois, 70 venaient des Etats du comte de Champagne et de celui de Flandre… ( aire géographique qui vit naître et se développer les romans du Graal) …

  • Après ces événements, et le Traité de Paris de 1229, le Saint-Siège renvoie dans ses foyers la chevalerie, qui a opéré des conquêtes territoriales et politiques au profit de la couronne de France, mais n’a pas du tout résolu la question hérétique … inquisitionUn nouveau système de « répression » de l’hérésie, sera confiée à des religieux, essentiellement des dominicains… Et ce sera l’inquisition.

On trouve dans la Queste une fort éloquente allégorie de l’hérésie, représentée sous les traits d’un serpent, nommée comme telle et définie comme étant «  l’Écriture mauvaisement entendue et mauvesement esponse, mauvaisement interprétée » ( La Queste ..)

L’histoire de Mathilde d’Angleterre et le frère de Saladin. -2/2-

A présent, retrouvons la véritable histoire :

Mathilde ou Mémoires tirées de l’histoire des croisades », mettant en scène l’amour impossible entre une jeune chrétienne et un musulman.
de Rosalie CARON , 1790 – … Mathilde et Malek-Adhel surpris dans le tombeau de Montmorency par l’archevêque de Tyr Avant 1824

En effet, si les personnages ont réellement existé, leur histoire est romancée. Mathilde d’Angleterre (1156-1189), fille d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, n’est pas entrée dans les ordres comme dans le roman. L’inspiration vient plutôt de l’histoire de Jeanne d’Angleterre (1165-1199), autre sœur de Richard Cœur de Lion, l’ayant accompagné effectivement en terre sainte, dont il proposa la main à Al-Adhel. Elle refusa d’épouser un musulman, et lui d’abdiquer sa foi, comme les héros du roman, mais l’issue fut moins tragique.  Al-Malik Al-Adhel (1193-1218) s’est emparé du pouvoir après la mort de son frère Saladin, contrairement à son double romanesque, qui meurt dans les bras de Mathilde et de l’archevêque de Tyr, après avoir été baptisé.

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Mathilde et Malek-adhel-au-tombeau-de-montmorency Mathilde-surprise-dans-les-jardins-de-damiette-par-malek-adhel

Richard Cœur de Lion, fils et héritier d’Henri Plantagenet, conduit l’armée anglaise à la croisade.

Auparavant, Dès le 20 août 1189, Guy de Lusignan, roi de Jérusalem a mis le siège devant Saint-Jean-d’Acre. Saladin tente de dégager la ville, et Al-Adel le rejoint le 25 novembre 1189 à la tête d’une armée égyptienne.

Saladin
Saladin

Au cours du printemps 1190, les assiégeants reçoivent les renforts français et anglais et prennent la ville le 12 juillet 1191, malgré les efforts de Saladin et d’Al-Adel.

Après la prise de la ville, Philippe Auguste repart vers la France, tandis que Richard Cœur de Lion reste en Terre Sainte. Trouvant que Saladin n’exécute pas assez vite les conditions de libération des défenseurs de Saint-Jean-d’Acre, il les fait massacrer, suscitant la désapprobation et la colère du monde musulman.

Richard Reddition de Saint-Jean-d'AcreRichard prend ensuite Jaffa, et entame des négociations avec Al-Adel, elles n’aboutissent pas et Saladin envoie son frère en octobre 1191 à Jérusalem pour qu’il en relève les murailles et mette la ville en état de défense.

En novembre, Richard Cœur de Lion envoie de nouveau messagers pour sonder les dispositions de Saladin. Il pose comme condition à un traité de paix la restitution du royaume de Jérusalem dans ses limites de 1185, ce que refuse Saladin. Mais le résultat de ces négociations est qu’une amitié se noue entre Richard et Al-Adel. Richard propose alors la main de sa sœur Jeanne d’Angleterre à Al-Adel et que les deux époux gouvernent le royaume de Jérusalem. Al-Adel et Saladin acceptent, mais Jeanne d’Angleterre refuse d’épouser un prince musulman et Saladin refuse d’autoriser son frère à se convertir au christianisme…