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Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -3/3-

Faisant son éloge posthume en 1204, les fontevristes lui ont rendu grâce de l’avoir, à ses frais, fait enclore d’un mur solide lequel remplaça les simples croix plantées de place en place à l’initiative du pape Calixte II venu autrefois visiter Fontevraud les 31 août et 1er septembre 1119 ; mais on peut se demander si la construction de ce mur d’enceinte ne vise pas à préserver, autant que l’isolement des religieuses, la sécurité de la reine.

Abbaye Fontevraud 1

Si le séjour d’Aliénor à Fontevraud n’a ainsi rien d’une retraite paisible et recueillie au terme de son existence agitée jusqu’à la fin, il est néanmoins certain que son attachement à l’Ordre prend désormais une nuance sentimentale qu’ont accentué les deuils cruels qui l’ont frappée en ses dernières années.

Graduel de Fontevraud conservé à la BFM de Limoges
Graduel de Fontevraud conservé à la BFM de Limoges

Ayant déjà perdu auparavant l’une des deux filles de son premier lit et quatre des huit enfants qu’elle avait donnés à Henri II, elle voit disparaître coup sur coup : en mars 1198 sa fille, la comtesse douairière de Champagne Marie, née de Louis VII, morte moniale du prieuré fontevriste de Fontaines-les-Nonnes; le 6 avril 1199 son fils, le roi Richard, et le 11 juillet suivant, décédée à Rouen lors d’une césarienne, sa fille Jeanne, veuve du roi de Sicile Guillaume II remariée depuis 1196 à l’immoral Raymond VI de Toulouse. Elle n’a peut-être pas été sans influencer le choix de Richard d’être inhumé dans l’abbatiale comme l’est, peu après lui, sa sœur Jeanne qui, en son testament, avait fait de très abondantes donations aux fontevristes dont elle avait pris l’habit in articulo mortis ». Fontevraud est ainsi devenu, pour la vieille reine, le lieu où elle veille sur ses morts qu’elle honore, y compris Henri II dont le gisant et celui de Richard, exécutés dès avant 1204, l’ont vraisemblablement été à son initiative. Mais ces défunts ne constituaient heureusement pas le seul entourage familial d’Aliénor dans l’enceinte de l’abbaye où avait pris le voile sa petite-fille, la future abbesse Alix (1210-1218), fille d’Alix de Blois (f 1180) née de son premier mariage avec Louis VII. En même temps, les moniales — parmi lesquelles se trouvent, outre Alix, deux anciennes demoiselles d’honneur de sa fille Jeanne — lui prodiguent une admiration sans réserve et une véritable affection.

Effigies at Fontevraud Abbey of English Kings Richard I, Henry II and Queen Eleanor
Effigies at Fontevraud Abbey of English Kings Richard I, Henry II and Queen Eleanor

Il est à supposer que, succédant à la commise, le 28 avril 1202, des possessions continentales de son dernier fils Jean sans Terre par Philippe Auguste, la nouvelle de la chute de Château Gaillard (6 mars 1204), qui permet au roi de France de s’emparer de la Normandie et d’inaugurer l’effondrement de la puissance angevine, contribue à hâter le trépas de la vieille Aliénor, peut-être aussi — qui le saura jamais? — honteuse de l’ignoble assassinat, le 3 mars 1203, de son jeune petit-fils et récent adversaire Arthur de Bretagne. Alors âgée d’au moins quatre-vingt-deux ans, elle rend l’âme le 31 mars ou le 1er avril 1204 à l’abbaye.

Avant de s’éteindre — ultimes preuves de sa prédilection pour Fontevraud tardivement devenue toute spéciale — elle a non seulement demandé à reposer dans l’église de l’abbaye mais pris le voile de l’Ordre en « quasi repoussant », quasi respuens, celui de tout autre si l’on en croit les moniales qui, dans leur obituaire, lui consacrèrent une longue notice rappelant ses principaux bienfaits envers elles.

Richard1 Tomb Fontevraud

Selon sa volonté, elle est inhumée dans l’abbatiale auprès de son second époux Henri Plantegenêt, de son fils Richard Cœur-de-Lion et de sa fille Jeanne. Malgré sa profession religieuse intervenue in extremis, son gisant — exécuté dès avant 1210 au plus tard » — la représente en reine, couronne en tête. On l’y voit les yeux clos mais tenant un livre ouvert et légèrement incliné comme si elle songe après sa lecture, livre qui, nonobstant ce qu’avaient été ses goûts terrestres de « reine des troubadours », n’est probablement pas un recueil de poésies courtoises. S’il s’agit d’un psautier, on se laissera aller à imaginer qu’apaisée, après son existence si mouvementée, la femme surprenante et exceptionnelle que fut Aliénor médite pour l’Éternité le septième verset du psaume LXXI alias LXX : Tamquam prodigium fadas sum mullis qu’on peut traduire par : « J’ai été un sujet d’étonnement pour beaucoup ».

Sources : Jean-Marc Bienvenu Faculté des Lettres et Sciences Humaines Université de Haute-Normandie. Et, Régine Pernoud.

Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -2/3-

A voir ci-dessous: L’abbaye de Fontevraud sert de décor à l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine
Musique : « Ask The Mountains » de Vangelis (Google Play • iTunes)

frise épée sword fond blanc 600

Alienor d'AquitaineAliénor ne reprend sa place à la cour que pour la Noël de l’an 1184. Entre temps, son fils aîné Henri, le jeune futur roi, est mort ; morte aussi la belle Rosemonde dont la présence a consommé l’éloignement d’Henri et Aliénor. Une sorte de trêve de Noël voit donc Aliénor reparaître auprès de son époux, qui pour la circonstance lui fait don d’une très belle robe d’écarlate…

Aussitôt libérée temporairement par Henri II, du début de 1185 au printemps 1186, elle se met à faire preuve envers l’Ordre d’une générosité telle qu’elle n’en a jamais manifestée auparavant.

Henri II Plantagenet
Henri II Plantagenet

Dès le 25 janvier 1185, alors qu’elle n’a pas même encore quitté l’Angleterre, c’est avec son accord — évidemment doublé de celui du roi — que, depuis Chinon, son fils Richard dote les moniales d’une rente annuelle de mille sous, versée moitié à Noël, moitié à la Saint-Jean (24 juin), sur la prévôté de Poitiers. Peu après, à peine revenue sur le continent et se trouvant à Alençon, elle leur accorda elle-même, « pour le salut de son âme et de celle des siens », une autre rente d’un montant double, à savoir cent livres à la Saint-Martin d’hiver (11 novembre) dont cinquante sur le vinage de Benon et de Marcilly, en Aunis, et autant sur les revenus de la prévôté de Poitiers, plus précisément ceux du minage comme nous l’apprennent des chartes confirmatives d’Henri II et de Richard. D’autre part et surtout, en cette même année 1185 ou au début de 1186 — avant que son mari ne l’exile à nouveau Outre-Manche d’où elle ne revient qu’au début de 1190, après son veuvage —, elle fonde et dote, avec l’assentiment du roi et de ses fils Richard, Geoffroi et Jean, le prieuré fontevriste de Sainte-Catherine de La Rochelle…

Glenn Close and Patrick Stewart in The Lion in Winter (2003)
Glenn Close and Patrick Stewart in ‘ The Lion in Winter ‘ (2003)

Selon toutes apparences, Henri II n’a momentanément libérée, Aliénor, que pour se servir d’elle comme d’un vulgaire instrument de chantage pour faire céder Richard qui, aîné de ses trois seuls fils survivants depuis la mort d’Henri le Jeune, est en révolte et à la veille de se voir retirer le duché d’Aquitaine. Manœuvrée mais non dupe pour autant, Aliénor, réalise l’intérêt pour elle-même et, plus encore, pour son cher fils Richard qu’elle associe à ses dons, de s’attacher le puissant institut qui, soumis à l’emprise — acceptée car profitable — de son mari et récent geôlier, est largement implanté en Aquitaine et dans tout l’« Empire angevin ».

Ainsi, en ces années 1185/86, c’est paradoxalement par le biais de leurs affrontements que l’époux et l’épouse devenus ennemis se sont finalement rejoints en une commune sollicitude envers Fontevraud. Renvoyée Outre-Manche au printemps 1186, Aliénor n’en revient qu’au début de 1190, après son veuvage. Henri II a fait le choix d’être inhumé dans l’abbatiale, inhumation effectuée dès le lendemain de son lamentable décès survenu à Chinon le 6 juillet 1189. Alors qu’en une notice nécrologique dithyrambique la mémoire du roi défunt est exaltée par les fontevristes, sa réaliste veuve, maintenant reine-mère, prend résolument son relais en ne cessant plus d’être, désormais, leur éminente bienfaitrice. À l’heure où la menace capétienne sur l’« Empire angevin » se précise de plus en plus, Aliénor est en effet pleinement convaincue, à présent, de la nécessité de bénéficier des prières et, davantage encore, de la fidélité de Fontevraud dont l’abbaye-mère s’éleve au contact des deux moitiés, citra et ultra-ligériennes, des possessions continentales des Plantegenêt.

Médaille Aliénor
Médaille Aliénor

En 1192 ou 1193, Aliénor confirme la cession aux fontevristes du prieuré anglais d’Ambresbury, par l’une de ses demoiselles d’honneur, Amicia Pautos, de la moitié de la terre de Winterslawe, en Wiltshire, qu’elle lui avait donnée en reconnaissance de ses services. Mais elle leur fait sans doute une autre faveur bien plus notable : ayant, pendant la captivité du roi Richard, sollicité divers monastères, tel Saint-Martial de Limoges, pour rassembler sa lourde rançon de cent mille marcs d’argent, elle semble bien avoir dispensé les religieuses de Fontevraud de toute contribution ; celles-ci ne font en tout cas aucune allusion à un effort financier alors exigé d’elles quand, en 1199, elles évoquent les malheurs de Richard dans son éloge posthume et elles se bornent à y rappeler que, du fond de sa prison, le captif avait imploré leurs prières.

Alienor d'Aquitaine
Alienor d’Aquitaine

C’est à partir de la fin mai 1194 et pendant les dix dernières années de sa vie qu’à la suite d’une importante décision personnelle d’Aliénor ses liens avec Fontevraud se resserrent, plus que jamais auparavant. À cette date de 1194 en effet, une fois Richard libéré réintronisé en Angleterre et réconcilié devant elle, à Lisieux, avec son frère-ennemi Jean, elle choisit, sa tâche ayant pu lui apparaître, pour l’heure, accomplie, de se retirer à l’abbaye. Toutefois, elle se garde bien d’en prendre l’habit aussitôt. Elle s’y installe avec une petite cour comportant notamment des clercs et chapelains privés et des domestiques personnels tel ce cuisinier auquel elle fait don d’une terre. Elle est loin, aussi, d’y vivre en recluse et, dans une conjoncture bientôt redevenue préoccupante, elle ne cesse d’agir, âme, comme chacun sait, de l’ultime résistance des Plantegenêt face au Capétien.

A la veille de sa mort, en 1199, Aliénor octroie à Poitiers la première charte des communes
A la veille de sa mort, en 1199, Aliénor octroie à Poitiers la première charte des communes

Elle quitte fréquemment son asile et non pas seulement pour les environs immédiats, Saumur, Bourgueil ou Chinon; en avril 1199, elle accourt en Limousin pour recueillir le dernier soupir de Richard mortellement blessé devant Châlus ; après quoi, jusqu’à l’été, en vue d’assurer le pouvoir de son dernier fils Jean sans Terre, elle chevauche avec les routiers de Mercadier contre les Angevins qui, s’opposant à Jean, ont choisi pour comte son petit-fils Arthur de Bretagne, puis parcourt le Poitou et toute l’Aquitaine avant de gagner, en juillet, Tours — où elle prête hommage à Philippe Auguste — et Rouen ; elle repart peu après pour la Gascogne ; de janvier à avril 1200, elle va, quitte à en revenir épuisée, chercher en Castille sa petite-fille l’infante Blanche qui, promise à Louis de France, futur Louis VIII, sera la mère de saint Louis. A l’été 1202 encore, bien qu’à présent octogénaire, elle prend, depuis Fontevraud, la tête d’une chevauchée contre son petit-fils Arthur, allié du roi de France, et, assiégée dans Mirebeau, n’est délivrée extremis que par son fils Jean qui s’empare du dit Arthur. Au fond, bien plutôt que lieu de retraite, l’abbaye, située dans une position stratégique, est pour elle, presque jusqu’à son dernier souffle, une commode base d’opérations.

Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -1/3-

Louis VII prend l'oriflamme à Saint-Denis, avec Alienor

Après avoir été éloignée – du temps de son mariage avec Louis VII ( Roi de France) – de toute activité politique; Aliénor d’Aquitaine ne sera pas déçue et va vivre des années fécondes, non seulement parce qu’elle donne naissance à huit enfants, mais parce qu’elle se révèle administratrice infatigable ; le grand nombre de lettres et chartes émanant d’elle montre quelle attention elle porte, à la fois à ses domaines personnels et au Royaume tout entier…

Abbaye Fontevraud 1

L’exemple en est son attachement de plus en plus proche avec l’abbaye de Fontevraud, prouvé par ses nombreuses chartes, qui nous révèlent l’activité d’une reine en cette seconde moitié du XIIe siècle… Aliénor, perpétue ce qui était devenu comme une tradition dans sa lignée en se rendant à Fontevraud.

L’histoire de l’abbaye débute en 1101, année de la première Croisade et de la prise de Jérusalem. L’abbaye est fondée par un ermite breton,

Robert d'Arbrissel fonde l'abbaye de Fontevraud
Robert d’Arbrissel fonde l’abbaye de Fontevraud

Robert d’Arbrissel à qui le pape Urbain demande de prêcher la croisade en Anjou. Il devient prédicateur itinérant et sillonne, à ce titre, tout l’Ouest de la France. Le charisme de cet homme attire des centaines de personnes qui décident de le rejoindre à Fontevraud pour y créer une communauté religieuse.

Grâce à la générosité des comtes d’Anjou, Robert d’Arbrissel va commencer la construction de deux couvents : le Grand Moûtier (ou couvent Sainte-Marie) pour les religieuses, et le couvent Saint-Jean pour les moines. Robert d’Arbrissel dédie sa fondation à le Vierge Marie dont il veut perpétuer la maternité spirituelle. C’est pourquoi ce sont toujours des abbesses qui régiront l’abbaye et religieuses et moines lui devront tous obéissance et respect filial.

Au XIIème siècle, l’ordre compte 300 contemplatives et 5000 religieux nommés les Fontevristes.

Fontevraud - L'abbaye  - 1699
Fontevraud – L’abbaye – 1699

Curieusement voulu, par son fondateur, mixte et gouverné par une abbesse ayant autorité tant sur des moniales que sur des frères assujettis à celles-ci, l’Abbaye de Fontevraud était rapidement devenu célèbre ; relevant du diocèse de Poitiers, il n’avait pas tardé à essaimer largement, spécialement en Poitou et en Aquitaine. La grand-mère paternelle d’Aliénor, Philippa de Toulouse, épouse bafouée du duc troubadour Guillaume IX d’Aquitaine, avait de bonne heure honoré Fontevraud de sa visite avant de fonder en 1114, dans son Toulousain natal, le prieuré fontevriste de Lespinasse où elle était morte peu après sous le voile qu’elle y avait pris avec sa fille Audéarde.

Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869
Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869

La première visite d’Aliénor, connue à l’abbaye, lui permet de promulguer la toute première de ses chartes personnelles en faveur de Fontevraud, intervient en 1152, aux lendemains immédiats de son divorce et de son rapide remariage avec Henri Plantegenêt, comte d’Anjou – Maine – Touraine et duc de Normandie. Elle lui apporte, comme naguère à Louis VII, le duché d’Aquitaine en dot et elle reçoit le 19 décembre 1154, avec Henri la couronne d’Angleterre.

Suivront ensuite : une installation d’un monastère de l’ordre à Westwood en Angleterre ; des conventions passées entre le monastère et les habitants d’Angers au sujet du péage des Ponts de Cé ; et autres droits et concessions …

Alienor d'Aquitaine 3Marquée par une très généreuse donation à l’abbaye, l’année 1170 est une date capitale pour Aliénor et Henri : celle des accords de Montmirail… En présence du roi de France, Henri II se reconnaît son sujet et son vassal pour toutes les possessions sur le continent, et repartit entre ses enfants les divers territoires du royaume Plantagenêt. De ces accords qui ont lieu pour l’Épiphanie de 1170 ( 6 janvier), Aliénor est absente et ne va trader à prendre sa revanche en faisant à son tour acte de politique personnelle : pour Pâques de la même année, elle instaure solennellement, comme duc d’Aquitaine et Comte de Poitou, son second fils Richard, celui que plus-tard on nommera Cœur de Lion.

Dans l’esprit d’Aliénor, la cérémonie n’eût pas été complète si elle n’avait pas été suivie d’une donation solennelle à l’abbaye de Fontevraud. Elle y associe ses fils et aussi son époux ( dont elle est de plus en plus éloignée à l’époque, puisque c’est le temps où il la trompe ouvertement avec la belle Rosemonde). L’acte porte sur plusieurs terres, en particulier l’une sur la cour royale qui va de  »Belle Villa » à Chizé, et sur les bois d’Argathum ( Argy).

Autre charte en faveur de l’abbaye, que celle promulguée conjointement par elle et par son fils Richard, promu duc d’Aquitaine depuis 1169, sa charte que confirme, en même temps, une autre, perdue, d’Henri II, est passée à Chinon où le roi, alors à l’apogée de sa puissance, tient, entouré des siens, sa cour à Noël 1172.

THEATRE GALISSON - Carole Galisson, ici dans le rôle d'Aliénor d'Aquitaine
THEATRE GALISSON – Carole Galisson, ici dans le rôle d’Aliénor d’Aquitaine

Aliénor reprend résolument son titre de duchesse d’Aquitaine, comtesse de Poitiers. C’est aussi l’époque où elle soulève ses États contre le pouvoir devenu despotique d’Henri Plantagenêt. En 1173, la révolte, qui couve partout, animée par la reine et incarnée en ses fils Henri le Jeune et Richard, éclatera ouvertement. Elle ne sera matée par Henri II que l’année suivante, lorsque, surprise en vêtements d’homme au milieu d’une petite escorte de Poitevins, au moment où elle tente de gagner les terres de son premier époux, Louis VII roi de France, la reine Aliénor est faite prisonnière.

L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)
L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)

Prisonnière de son mari, d’abord à Chinon de fin novembre 1173 à juillet 1174, puis en Angleterre pendant la douzaine d’années qui suivit l’échec de cette grande révolte, elle ne retrouve sa liberté — et, encore, temporairement — qu’au début de 1185. Au long de ces années, les fontevristes — demeurées dans les meilleurs termes avec le roi qui continue de multiplier les interventions et donations en leur faveur ne semblent nullement s’être préoccupées de son triste sort et il est remarquable qu’en 1204 encore, exaltant sa mémoire dans son éloge nécrologique, elles se soient prudemment abstenues de toute allusion à sa longue captivité. Pour l’heure, elles s’inquiètent de ce qu’il allait advenir des dons qu’elle leur a consentis en forêt de Chizé et, vers 1180, elles prennent la précaution de les faire confirmer par son fils Richard, duc d’Aquitaine. Quant à Aliénor elle-même, elle refuse en 1175 une proposition de son époux de lui rendre la liberté sous condition de sa prise de voile à Fontevraud.

Du Roi Arthur aux rois Plantagenêt -2/3-

Aliénor et Henri II

Henri n’a pas vingt ans au début de son mariage, avec Aliénor, en 1152 ; elle a dix ans de plus que lui.

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Henri II est en conflit avec Louis VII ( ancien époux d’Aliénor) et les deux souverains s’affrontent dans une « guerre froide » pendant plusieurs décennies. Henri II agrandit ses possessions continentales souvent aux dépens du roi de France et en 1172, il contrôle l’Angleterre, une grande partie du Pays de Galles, la moitié orientale de l’Irlande et la moitié occidentale de la France…

Henri II Plantagenêt
Henri II Plantagenêt

En lutte contre l’Église aux pouvoirs obstinément défendus par Thomas Becket, Henri II s’enfonce dans une agitation qui fera comparer sa cour, non à celle du roi Arthur mais à celle du roi Herla, le roi maudit, qui chevauche sans pouvoir jamais mettre pied à terre. Pour offenser Thomas Beckett, il fait couronner Henri Le Jeune, offense d’autant plus cruelle pour l’archevêque qu’il avait eu en charge l’éducation du jeune prince — et grave erreur stratégique dont Aliénor a tout lieu de se réjouir : désormais, Henri, la fleur des chevaliers, n’aura de cesse de revendiquer le pouvoir dont son père l’a investi. En décembre 1170, Thomas Beckett est assassiné dans la cathédrale de Cantorbéry.

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Henri II et Aliénor

Le mythique Roi Arthur, légitime la dynastie des Plantagenêts : Henry II et Aliénor sont de fervents adeptes des légendes arthuriennes …

Chrétien de Troyes : Entre 1155 et 1190 ce poète à la cour de Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII, écrit un certain nombre de romans autour d’Arthur : « Erec et Enide », « Le chevalier et la Charrette », « Le chevalier et le Lion », « Le Comte du Graal ». Dans ces récits apparaissent principalement des chevaliers, la table ronde, mais aussi la ville de Camelot et le Graal. C’est lui aussi qui mentionne Perceval …

Eleanor of AquitaneOn a attribué à Aliénor un rôle majeur dans la diffusion, en Occident, de l’amour courtois dont son grand-père, Guillaume le Troubadour, avait posé les fondements. On insiste sur la riche et brillante cour qu’elle a réunie à Poitiers, sur son patronage littéraire, imitée par sa fille Marie de Champagne, protectrice du premier grand romancier français, Chrétien de Troyes. On lui attribue même (suivant en cela André le Chapelain, dans son Traité de l’amour), l’invention des  »cours d’amour », où Aliénor, Marie et quelques grandes dames du temps jugent des violations des chevaliers ou de leurs dames aux règles de l’amour courtois. Aliénor y aurait émis, entre autres, cette règle : amour et mariage sont incompatibles, car le mariage impose l’obligation mutuelle de se donner. Or, l’amour ne peut résulter que d’une affinité partagée, d’un libre choix.

Assaut du château d'amour et scènes de romans courtois et de romans de chevalerie
Assaut du château d’amour et scènes de romans courtois et de romans de chevalerie

Ces  »cours d’amour  » même si elles ne font partie que de la légende expriment les préoccupations nouvelles de ce temps à propos de l’amour et du mariage. Aliénor les partagent, comme son entourage de lettrés, qu’elle les ait ou non patronnés. Entre l’Eglise, qui cherche à écarter toute sensualité du mariage monogamique qu’elle impose, et l’aristocratie laïque qui fait du mariage une simple alliance politique unissant deux maisons sans se préoccuper des sentiments des individus, apparaît l’ébauche d’une nouvelle perception de l’amour comme sentiment personnel ayant valeur en soi. Les romans (Tristan et Yseut, Lancelot du Lac, etc.), dont on connaît d’innombrables manuscrits, témoignent par leur faveur même de l’intérêt suscité par ce thème, qui fait naître la notion d’individu, de «personne». C’est particulièrement le cas de la femme qui s’en trouve valorisée en Occident, quoi qu’on en ait dit : on ne doit pas la «prendre», la séquestrer comme un objet, mais la courtiser, mériter ses faveurs; l’amour devient un jeu de séduction. Un historien a pu dire : «L’amour n’a pas toujours existé : c’est une invention française du XIIe siècle.» La chevalerie participe du même mouvement….Amour courtois

Au cours du XIIe siècle naît l’éthique chevaleresque, sous l’influence des cours aristocratiques, de l’Eglise, des Dames et de la littérature romanesque : le vrai chevalier ne combat plus pour tuer, mais pour vaincre, selon des règles peu à peu édictées et affinées dans les tournois dont la vogue s’accroît.

Les fils de Henri II, Henry le Jeune Roi, Geoffrey, Richard et Jean ne sont pas très fidèles à leur père qui gouverne seul. Il fait emprisonné Aliénor qu’il accuse de comploter contre lui avec des vassaux de France. Elle a aussi poussé ses fils, surtout Richard celui qu’elle préfère, contre leur père qu’elle dit tyrannique. Aliénor est aussi une femme et une reine bafouée ; son mari vit ouvertement depuis longtemps avec sa belle maîtresse, Rosemonde Clifford…

La belle Rosamund et Eleanor by Frank Cadogan Cowper
La belle Rosamund et Eleanor by Frank Cadogan Cowper

Sources : Jean Flori.

Du Roi Arthur aux rois Plantagenêt -1/3-

De la légende à l’Histoire

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La reine Aliénor tenait une cour importante où se réunissaient les artistes et les poètes. Assise entre un musicien et deux joueurs de dés, elle supervise ici les activités de son château. En bas, une femme tisse pendant qu’un cordonnier répare des chaussures.

Maître Wace, chanoine de Bayeux, avait dédié à la reine Aliénor, le Roman de Brut (1155) , une traduction en vers de l’œuvre du génial Geoffroy de Monmouth (1135) , à qui est dû le personnage du Roi Arthur, entouré de sa légendaire cour… Wace ne se faisait pas faute d’ajouter à sa traduction, tous les détails sur la vie courtoise de son propre temps, celle qu’il avait sous les yeux et qui animait l’entourage de la reine Aliénor. C’est ce règne de  »courtoisie » qui est décrit dans cet ouvrage où se trouve pour la première fois nommée la  »Table Ronde » qui tiendra une telle place dans la veine romanesque du XIIè s.

Wace a achevé vers 1155 de traduire en anglo-normand et de mettre en vers l’Historia Regum Britaniae de Geoffroy de Monmouth, histoire des rois de Bretagne (c’est-à-dire de Grande-Bretagne) où la légende du roi Arthur est orchestrée de telle sorte que Wace n’a qu’à l’exploiter de manière à développer la généalogie des rois d’Angleterre en partant du Brut, descendant lui-même de Brutus.

Glastonbury, en Angleterre. Il s'agit ici de l'église où le roi Arthur aurait été enterré
Glastonbury, en Angleterre. Il s’agit ici de l’église où le roi Arthur aurait été enterré

L’Histoire des rois de Bretagne, était une commande du père d’Henri II, lequel n’a fait que poursuivre la tradition : sous le patronage d’Arthur, la dynastie Plantagenêt peut se parer du prestige d’un roi digne de rivaliser avec Charlemagne, héros des Capétiens. Henri II a demandé à Wace d’engager ce travail considérable (quinze mille vers) dont une copie a été présentée à Aliénor. Un peu plus tard, il demande à Wace d’écrire le Roman de Rou, chronique complémentaire puisque vouée, cette fois, à célébrer la grandeur des ducs de Normandie, et dédiée à Aliénor, « haute dame, franche, débonnaire et sage »… Seulement, quelques années plus tard, Wace est prié de céder la plume à Benoît de Saint-Maure : une rupture a eu lieu, et elle correspond, semble-t-il, avec l’éloignement d’Aliénor.

104-jpgDans les années 1170, Thomas d’Angleterre, clerc et poète normand; est connu pour son poème en ancien français Tristan, une version de la légende de Tristan et Iseut. Thomas est fréquemment présent à la cour d’Henri II d’Angleterre et Alienor d’Aquitaine Il est parfois considéré comme l’initiateur de la poésie courtoise Thomas, a surtout le désir d’adapter cette histoire aux exigences de la fin’amor : la passion n’est pas due à la magie d’un philtre, mais au choix de chacun des amants pour l’autre. La culpabilité n’existe pas car la conduite de Tristan et Iseut se justifie ici totalement par la morale courtoise qui exalte l’amour adultère. Thomas cherche essentiellement la  « verur », c’est-à-dire vérité des sentiments et la vraisemblance des caractères.

A suivre: Henri II, Aliénor d’Aquitaine, et Richard cœur de lion

La dynastie des Plantagenêts. -3/3- Richard Cœur de lion

Arthur retirant l'épée petitL’une des premières décision du nouveau roi Richard 1er (1157-1199) est d’envoyer Guillaume le Maréchal, le plus grand chevalier du monde et le fidèle serviteur de son père, délivrer la reine-mère Aliénor de sa prison dorée. Mais ce n’est pas pour ses décisions politiques que Richard est connu. Son surnom, le Cœur de Lion, prouve que ses talents sont plus physiques, plus chevaleresques. Richard est devenu, pour les hommes du Moyen Age comme pour nous aujourd’hui, le modèle du roi-chevalier, comme le personnage du roi Arthur dans les légendes de la Table Ronde que l’on écrivait justement à cette époque. Richard est plus à l’aise sur un destrier, au milieu d’une bataille ou d’un tournoi, faisant tournoyer sa lourde épée, que dans son palais en compagnie de ses courtisans qui parlent plus qu’ils n’agissent.Richard I (Fontevraud). Alienor d' Aquitaine

Après avoir retrouvé sa mère à ses côtés, Richard ramena la paix dans son royaume. Il pardonne aux seigneurs qui avaient choisi le camp de son père Henry et avaient été contre lui.

Ensuite, Richard va en Angleterre pour être couronné roi. Durant son voyage vers Londres, la capitale, le peuple l’acclame: il est jeune, plein de promesse et surtout tout le monde est soulagé de la fin du règne de Henry. Richard est couronné en septembre 1189 dans l’abbaye de Westminster à Londres, par l’archevêque Baudouin de Canterbury.Richard_the_Lionheart

Richard ne compte pas vraiment rester dans son royaume ; il veut agir, être un chevalier, combattre et prouver sa valeur et sa bravoure par de nombreux exploits extraordinaires. En homme cultivé – il est bien le fils d’Aliénor d’Aquitaine et le descendant d’une lignée de seigneurs troubadours – il a lu les romans de la Table Ronde, écrit par Chrétien de Troyes, et qui racontent les hauts faits de chevaliers errants, en quête de justice et du saint Graal. Tout en étant roi, Richard rêve d’imiter ces héros « contemporains ». Et pour lui, le seul moyen d’être un parfait chevalier ce n’était pas en restant assis sur son trône en Angleterre ou en Aquitaine. L’aventure, au XIIe siècle, elle se rencontre plus sûrement en Orient, dans l’Empire byzantin et avant tout contre les Infidèles, les Maures, c’est-à-dire les musulmans qui suivaient la voix du prophète Mahomet et qui depuis plusieurs siècles avaient envahit la Terre sainte.richard 1

Un abbé cistercien, le grand saint Bernard de l’abbaye de Clairvaux, appelle les nobles à partir en Palestine. En 1189, de nouveau et pour la troisième fois, la papauté appelle les rois chrétiens à combattre pour leur religion. En fait, la situation en Orient s’est dégradée, un prince musulman, Salâh al-Din ou Saladin, entend bien imposer son pouvoir sur ces terres fertiles.

Richard (l) et Philippe II à Acre au cours de la troisième croisadeRichard confie la régence à sa mère, n'ayant aucune confiance en son frère Jean. Il fait la paix avec ses voisins et en premier lieu, le roi de France Philippe, avec qui il part en croisade.

À 34 ans, sous la pression d'Alienor, Richard épouse Bérangère de Navarre. Ils se voient très rarement, et ce mariage est avant tout un mariage de convenance…

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En 1191, Richard Cœur de Lion, faisant escale à Palerme, fait don à Tancrède de Sicile de l'épée du roi Arthur.

crusadesRichard provoque la chute d'Acre en juillet 1191. C'est lors de cette prise qu'il va s'illustrer sombrement en massacrant 3 000 prisonniers musulmans… Il finit par bâcler une paix avec Saladin…

La croisade est plutôt un échec… Et, tandis qu'à Londres, on croit le roi perdu, celui-ci tente de regagner en secret son royaume avec une poignée de compagnons. Il sera prisonnier par l'empereur d'Allemagne et libéré en 1194, contre rançon. Il se bat ensuite contre le roi de France, pour libérer la Normandie.

Richard 1er plantagenetsRichard Cœur de Lion est perçu, au XIIème siècle comme aujourd’hui, comme étant un roi guerrier au caractère impulsif. On lui reprochait beaucoup, déjà de son vivant, de se comporter plutôt comme un chevalier que comme un monarque,Ce fut d’ailleurs cette impulsivité et cette soif de gloire et de combat qui l’amenèrent à s’exposer sous les murs de Châlus en 1199.

Châlus Chabrol, château où Richard Cœur de Lion fut touché par un carreau d’arbalète

Richard Coeur de Lion est décédé d'un carreau d'arbalète lors du siège du château de Chalus-Chabrol en 1199. Son corps embaumé fut placé sous un gisant dans l'abbaye de Fontevraud, son coeur sous un autre gisant dans la cathédrale de Rouen et ses viscères furent probablement enterrés sur place dans la chapelle du château de Chalus-Chabrol.

Dans les siècles qui suivirent sa mort, Richard continua à être un symbole pour la chevalerie et ses valeurs. Il fit l’objet de nombreuses chansons de geste et poèmes épiques ou courtois. On le comparait aux plus grands héros : à César, Roland ou aux chevaliers de la Table Ronde.

Déjà son père, Henri II, avait tenté de s’identifier au roi Arthur, modèle du roi juste et sage. Les mythes liés au roi Arthur et à ses chevaliers servirent, à la fin du XIIème siècle et jusqu’à la fin du Moyen Age, à exprimer la culture chevaleresque en plein essor. Richard fut assimilé à Lancelot ou Gauvain, modèles de chevalerie, où également à Arthur. Comme son père, il fit rechercher le tombeau de ce roi légendaire. La dynastie des Plantagenêt, en s’assimilant au mythe arthurien, tenta ainsi de trouver une légitimité à travers des mythes liés à l’Angleterre, mais aussi à la Bretagne continentale et à une partie du Nord de la France.

Walter Scott, dans son roman Ivanhoé au début du XIXème siècle, modernise le mythe et le popularise. Richard Cœur de Lion fait partie des personnages, certains, comme lui, réels, d’autres

légendaires, comme Arthur et ses chevaliers, qui incarnent le Moyen Age aux yeux de nos contemporains.

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C'est à partir du règne de Jean sans Terre (1199-1216) que s’opère un glissement du cœur de l'empire Plantagenêt vers l'Angleterre. Jean sans Terre, perd en effet la Normandie, l'Anjou, le Maine et le Poitou en 1204-1205 et gouverne depuis l'île.

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Après le règne désastreux de Jean sans Terre, l'Angleterre est dirigée par les rois Plantagenêt :

  • Henri III (1216-1272)

  • Édouard Ier (1272-1307) qui met la main sur le Pays de Galles et l'Écosse

  • Édouard II (1307-1327)

  • Édouard III (1327-1377) qui combat le royaume de France au début de la Guerre de Cent Ans.

En 1399, Richard II (1377-1399) est renversé et remplacé par un cousin germain, le duc de Lancastre, devenu Henri IV d'Angleterre, fondateur de la maison de Lancastre.

La dynastie des Plantagenêts. -2/3- Henri II Plantagenêt

Henri II Plantagenêt roi d'Angleterre (1133 – 1189), réussit en une dizaine d'années, à concentrer entre ses mains de nombreux territoires : en 1154, il domine le royaume d'Angleterre, le duché de Normandie, le comté d'Anjou, le comté du Maine, le comté de Poitou et le duché d'Aquitaine.

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 Les quatre premiers rois normands d'Angleterre :

Guillaume le Conquérant, Guillaume le Roux, Henri Ier Beauclerc et Etienne de Blois.

Enluminure des Chroniques de Matthieu Paris,
rédigées à l'abbaye de Saint-Albans, entre 1236 et 1259. ( Manuscrit de la British Library
MS Royal 14 CVII, f.8v )

                       

Henri II voyage sans cesse dans son royaume, surtout en Normandie et en Angleterre (en cumulant les jours passés dans ces deux territoires, Henri passera 14 ans en Normandie et 13 ans en Angleterre). A l'inverse, Henri II voyage peu en Anjou  et en Aquitaine (7 ans sur l'ensemble de son règne). Ses voyages permettent au roi de s'approprier l'espace par sa seule présence physique. Ils lui permettent également de surveiller la noblesse locale et les agents du roi. Cela a une incidence évidente sur la perception du pouvoir royal dans ses territoires.

absalom leavs david to plotLa cour est le lieu par excellence du pouvoir royal. Elle est le centre à partir duquel le roi gouverne sa périphérie. Elle n'est pas statique. Le rayonnement du roi (et de sa cour) dépend de sa mobilité, des enquêtes et des missions de ses envoyés et des rapports de ses informateurs. La cour centralise les informations et envoie les ordres pour assurer son autorité sur les territoires.

Pour expliquer la situation d'un Richard avec l'Aquitaine qu'il soulève contre son père Henri II, il faut comprendre la figure du Juvenis, fondamentale pour expliquer ces luttes internes: au Moyen Age, les jeunes, surtout les jeunes de l'aristocratie, sont désireux de partager le pouvoir de leur père qui souvent le leur refuse. Ces jeunes peuvent s'appuyer sur les seigneuries locales (et inversement certaines attisent l'ambition du fils) pour contester l'autorité de son père…

King_John_from_De_Rege_Johanne (1)La cour d'Henri II impressionne par la qualité et la quantité d'écrivains latinistes. Ces écrivains, la plupart des clercs, instruisent la cour sur sa corruption et "corrigent" ses dysfonctionnements. Ces écrivains ont aussi la volonté de pacifier la noblesse guerrière en proposant des "codes" idéologiques: guerre juste, légitime. Ici se trouvent les prémisses de ce que sera la chevalerie. Ces écrivains vont participer à la création du miles litteratus, le chevalier lettré. La littérature chevaleresque et la prédication cléricale se font l'écho d'une façon de se comporter à la cour.

Henri II Plantagenet
Henri II Plantagenêt

Les chroniqueurs redessinent l'arbre généalogique d'Henri II pour mettre en valeur ses liens avec le saint roi Edouard le Confesseur (1005-1066) petit-fils de Richard Ier, duc de Normandie. Ces écrivains tentent de faire remonter la généalogie des Plantagenêts à Arthur, le légendaire roi de Bretagne qui a repoussé les Saxons. Henri II va même jusqu'à organiser la découverte de sa tombe. Et si Arthur ne suffit pas, alors ils vont jusqu'à rechercher Brutus, héros troyen qui aurait fondé l'Angleterre, dont se réclame Henri II.

Harley 4379 f.19vLa notion de chevalerie doit être comprise dans une double acceptation: elle désigne d'une part un groupe de professionnels du combat (milites), elle renvoie d'autre part  à un idéal, un système de valeurs, fortement christianisées, qui détermine l'éthique guerrière aristocratique. Cette seconde définition est liée à l'idée de courtoisie.

A la fin du XIIème siècle, le roi cherche à avoir le monopole de la violence. En conséquence, il tente d'abolir ou du moins atténuer toute forme spontanée de violence nobiliaire. Le roi exige que la chevalerie mettent ses armes à son unique service.

Sources : L'Empire des Plantagenêts 1154-1224 de Martin Aurell

Ce que l'on a appelé « l'empire Plantagenêt » dure 70 ans : 1154-1224. Ces dates correspondent au couronnement d'Henri II et d'Aliènor en 1154 et à la perte des territoires continentaux par Henri III en 1224 (à l'exception de la Gascogne).

Bien que désormais roi d'Angleterre, Henri II choisira d'être enterré dans l'abbaye de Fontevraud, aux confins de l'Anjou et de la Touraine. Richard Cœur de Lion (1189-1199), qui succède à son père, repose dans ce même monastère.

ST Thomas A Becket

Après l'assassinat de Thomas Beckett (1170), qui fut un vrai scandale… Les Anglais ne l’acceptèrent pas et la popularité du roi s’en ressentit. Les rapports familiaux sont tendus et dispersés entre l'Angleterre et la France: Ses fils, Henry le Jeune Roi, Geoffrey, Richard et Jean ne sont pas fidèles à leur père qui gouverne seul. Il a fait emprisonné sa femme Aliénor qu’il accuse de comploter contre lui avec des vassaux de France. Elle avait aussi poussé ses fils, surtout Richard celui qu’elle préfère, contre leur père qu’elle dit tyrannique.

La reine est enfermée dans la tour de Salisbury tandis que le roi vit avec la belle Rosemonde et fait tout son possible pour obtenir le divorce.

Après la mort de Henry le Jeune, l'héritier royal, la captivité d’Aliénor se relâche un peu. Pour Noël 1184, elle participe à Westminster à une fête qui réunit toute la famille.

En 1189, à Chinon en France, Henri II s’alite et meurt en trois jours, le 6 juillet, et ses ennemis disent qu’il mourut solitaire et presque misérablement.

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Aliénor d’Aquitaine – 3/3 –

Henri II discutant avec Thomas BecketHenri II entend affranchir l’Eglise d’Angleterre de l’autorité du Pape, et le fait brutalement, et sans scrupule…  En 1170, Henri II fait assassiner son ancien conseiller, l’archevêque de Cantorbéry Thomas Becket qui, après l’avoir servi fidèlement, s’oppose maintenant à lui sur la question de l’obéissance, ou pas, de l’église d’Angleterre au pape. Ce meurtre, survenu en pleine cathédrale de Canterbury et au pied même de l’autel, soulève l’indignation en Europe et provoque une vive émotion parmi les sujets britanniques. Faisant spectaculairement acte de contrition, Henri II décide de se faire fouetter en place publique afin d’expier…

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Henri II s'oppose à ses fils, Aliénor prend leur parti et entraîne avec eux leurs vassaux continentaux…

eleanor of aquitaine- the mother of Richard the Lionheart and wife of Henry IIC'est la grande révolte de 1173, La répression s’engage en Poitou et en Touraine. Décidant de fuir les combats, Aliénor se déguise en homme et chevauche à bride abattue pour franchir la frontière et rejoindre le territoire du roi de France Louis VII, son ex-mari…. Arrêtée, reconnue, et capturée, elle est expédiée à Henri II qui la fait enfermer dans un couvent en Angleterre (1173-1189).

Aliénor d'aquitaine 2A l’avènement de Richard Coeur de Lion en 1189, elle retrouve toute son influence politique. Elle récupère l’Aquitaine que son mari lui avait confisquée, puis assure la régence pendant la 3e Croisade (depuis 1190) et la captivité de Richard en Allemagne lors de son retour (1192). Enfin, elle réunit la rançon que l’empereur demande pour la libération du roi et la porte elle-même à Mayence (1194).

Elle a une part décisive dans l’avènement de son dernier fils, Jean sans Terre (à la mort de Richard en 1199). Grande voyageuse, d’une énergie inlassable, elle se rend en Espagne pour organiser les fiançailles de sa petite-fille Blanche de Castille avec le futur Louis VIII.

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Elle décide de venir à l'abbaye de Fontevraud, pour finir ses jours dans une retraite austère, où elle prend le voile malgré son grand âge. Elle a voulu être inhumée dans l'église du monastère. Elle meut le 31 mars 1204.

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Aliénor eut deux filles avec Louis VII : Marie de France, né en 1145 et morte en 1198, qui épousa le comte de Champagne Henri Ier dit le Large ; Alix, née en 1150, au retour de la croisade, et morte en 1195, qui fut mariée à Thibault le Bon, comte de Blois et de Chartres (frère du comte de Champagne).

Elle donna huit enfants à Henri II d'Angleterre : Guillaume, né en 1153 et mort en 1156 ; Henri le Jeune ou de Court-Mantel, né en 1155 et mort en 1183, qui épousa Marguerite, fille que le roi Louis VII eut avec sa deuxième épouse Constance de Castille ; Mathilde, née en 1156 et morte en 1189, mariée à Henri le Bon, duc de Bavière, et mère de l'empereur Othon IV ; Richard, né en 1157 et mort en 1199, qui devint roi d'Angleterre (son frère Henri étant mort) sous le nom de Richard Cœur de Lion ; Geoffroy, né en 1158 et mort en 1186, qui épousa l'héritière de Bretagne et fut père du malheureux Arthur ; Aliénor, née en 1161 et morte en 1214, mariée à Alphonse VIII roi de Castille dit le Noble, mère de Blanche de Castille ; Jeanne, née en 1165 et morte en 1199, qui épousa Guillaume II roi de Sicile, puis Raimon V comte de Toulouse, avant de devenir après la mort de ce dernier (1194) abbesse de l'abbaye de Fontevraud ; Jean sans Terre, né en 1166 et mort en 1216, qui devint roi d'Angleterre au détriment de son neveu Arthur.

Aliénor d’Aquitaine – 2/3 –

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On suppose, qu'en ce jour de Noël 1161, alors que l'on baptise la dernière-née du couple royal : une « Aliénor » qui épousera le roi de Castille Alphonse VIII, un ténor de la Reconquista contre les Musulmans, Chrétien de Troyes assiste à l’événement…

alienor_1_gdAliénor réside le plus souvent dans son duché, qu’elle continue à administrer et où elle tient une cour brillante de poètes et d’artistes, à Poitiers notamment. Elle donne 8 enfants à Henri II, mais ce second mariage n'est guère plus heureux que le premier, d’autant qu’à la mésentente royale s’ajoute des dissentiments politiques. On dénonce son caractère et on dit qu'on la vit poursuivre et humilier les femmes qu'elle supposait plaire au roi.

A 46 ans et après 16 ans de mariage, Aliénor est lasse de son (deuxième) époux. Décidément insoumise, saisissant l’opportunité que constitue la révolte de seigneurs aquitains (qu’il convient évidemment, de mater), Aliénor décide de quitter la cour de Londres et de retourner s’établir sur ses terres, en France, à Poitiers. Là, elle entretient un cercle d’artistes, de poètes et de troubadours (tel Bernard de Ventadour) qui chantent ce que l’on appelle désormais l’« amour courtois ». Elle y vit aux côtés de Marie de Champagne, sa fille aînée, née de sa précédente et première union avec Louis VII. Libres, les dames y prononcent leurs jugements sur la conduite de leurs amants en fonction des règles de cet « amour courtois »…

Le cycle des aventures des chevaliers de la Table ronde, se diffuse et influence le modèle littéraire.

Aliénor d’Aquitaine, La reine insoumise de France et d’Angleterre

Le chevalier, modèle de noblesse est invité à ne pas suivre les comportements des mâles de l’époque, avides de rapt et de pillages. Le chevalier se donne pour mission de conquérir le cœur de son aimée par son comportement irréprochable, sa bravoure, son élégance, sa patience, sa fidélité, etc… Ainsi l’amour qu’il lui inspirera sera-t-il fondé sur une attraction réciproque où les aspirations de la femme seront, enfin, prises en compte. Cest ainsi que le roman arthurien raconte les amours plus ou moins contrariés de Lancelot et Guenièvre (l’épouse d’Arthur), de Tristan et Iseult, etc…

Au Moyen Age, c’est une nouveauté de faire ainsi émerger la notion d’individu, son désir et un amour qui serait fondé sur l’attraction réciproque.

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Sous le pseudonyme d’Aziman, Bernard de Ventadour lui consacre plusieurs chansons; on lui prête d'ailleurs une 'aventure' avec Aliénor, selon son propre témoignage : ainsi les termes de la chanson qu'il lui dédia :« Elle peut maintenant me dénier son amour, Je pourrai toujours me flatter, D'en avoir obtenu le doux témoignage…. » Wace lui dédicace le Roman de Brut et fait son éloge dans la dédicace du Roman de Rou, de même que Benoît de Sainte-Maure dans le Roman de Troie; Philippe de Thaon lui dédie une copie de son Bestiaire. On peut aussi se demander si elle n’aurait pas inspiré Marie de France ou Chrétien de Troyes pour le personnage de la reine Guenièvre. Dans son Traité de l’amour courtois, André le Chapelain lui attribue plusieurs jugements d’amour qui affirment avec force la doctrine courtoise de l’amour en dehors du mariage.