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Les amazones sarrasines des Croisades -4/4-

Eva Green - Kingdom of Heaven
Eva Green – Kingdom of Heaven

Au chapitre XIV, nous allons être captivés par d’autres aventures. Ici, les songes vont jouer un rôle de premier plan. Les songes, émanent directement du Maître de l’Univers, qui par eux révèle aux humains ses célestes décrets :

Donc, par des songes, Godefroy est invité à rechercher Renaud, puisqu’il est vivant, et à le rappeler, puisque son bras apporte à l’armée un soutien efficace et un réconfort moral. Godefroy charge donc deux émissaires d’aller lui faire savoir qu’il lui pardonne, et qu’on attend impatiemment son retour. Mais où le trouver ? Le solitaire, c’est-à-dire Pierre l’Ermite, reçoit directement des renseignements de l’Au-delà et va les aider dans leur prospection. Devant les envoyés du Chef, les fleuves les plus impétueux vont s’écarter, comme la mer Rouge devant Moïse, afin qu’ils puissent les traverser à sec. Des grottes secrètes vont s’ouvrir, au coeur de la terre, emplies de pierreries, de diamants et d’or. Enfin, grâce à une femme spécialement attachée à leur service, ils vont monter dans une espèce de nacelle qui « d’un vol plus rapide que celui de l’aigle ou de l’éclair, leur permettra de franchir les mers ». En effet, le château où Armide, éprise, retient Renaud prisonnier de son charme, se trouve au-delà des limites du monde, dans ces îles qu’on appelle Fortunées…

Armide et Renaud de Bergeret
Armide et Renaud de Bergeret

Là, d’autres obstacles sont encore à franchir. Il y a un labyrinthe, dont il faut déceler le secret. Il y a des brumes épaisses à percer. Il y a un affreux dragon, un cerbère couvert d’écaillés, qui leur barrent le passage. Puis, un lion, des crocodiles, enfin des monstres de toutes sortes. Mais, grâce à une baguette magique, vaincre tous ces périls devient un jeu d’enfant. Après cela, les tentations vont s’offrir à eux : d’abord une fontaine où il ne faut pas boire, quelle que soit sa soif et son désir de se désaltérer : c’est la fontaine du rire. Une eau, sans doute, qui sent le haschich, d’où, sous forme de vapeur, se dégage un gaz hilarant. Puis des nymphes offrant des repas délicieux en apparence ; puis des sirènes offrant, au cours de leurs ébats sur l’eau d’un bassin, « leurs gorges d’albâtre, et des appâts encore plus secrets »….

'Renaud et Armide' Par le peintre italien Francesco Hayez 1814
‘Renaud et Armide’ Par le peintre italien Francesco Hayez 1814

Et les voici soudain en présence des deux fugitifs. Renaud et Armide sont dans les bras l’un de l’autre. Ils filent le parfait amour. Et, dans un cadre idéal de beauté, de douceur et de charme, ils sont heureux.  Mais il paraît que ce bonheur n’est qu’un péché de la part de celui qui a déserté pour s’y abandonner. Aussi les deux guerriers, dès qu’il sera seul, vont-ils se présenter à lui et le rappeler au devoir. Pour le convaincre, ils lui présentent un bouclier de diamant dont il fut dit : II s’y verra comme dans un miroir ; il y verra les habits efféminés dont il est revêtu ; la honte et le dépit s’allumeront dans son cœur et en banniront un indigne amour.

Renaud prend son épée, qui « n’était devenue pour lui qu’une vaine parure », et il s’échappe du Palais des mirages. Mais Armide revient. Elle devine ce qui s’est passé. Elle court après lui, le rattrape, lui adresse des objurgations suppliantes, où tour à tour la prière alterne avec la menace. Rien n’y fait. Et, bien que sa douleur d’être abandonnée fasse peine à voir, Renaud retourne à son destin, qui est de massacrer des Infidèles…

Armide essaye de retenir Renaud détail
Armide essaye de retenir Renaud détail

Tandis que Renaud, conduit par le magicien de service, a regagné les rangs de ses compagnons d’armes, Armide, minée par le dépit et poussée par un ardent désir de vengeance, a juré de la punir de son inconstance. Pour cela, elle se rend au camp des Égyptiens, qui viennent de débarquer sur la côte de Gaza sous la conduite de leur calife. Celui-ci commande à l’un d’eux : « Va, pars, triomphe » comme Don Diègue dira plus tard au Cid : « Va, cours, vole, et nous venge ! »

Renaud, dès son retour, s’est vu confier des missions que lui seul pouvait accomplir, protégé qu’il se sent par la Puissance divine. Ainsi, comme il est nécessaire — nous l’avons vu — de construire une autre machine de guerre, et pour cela de couper des arbres, c’est Renaud qui est chargé de rompre l’enchante ment de la forêt où nul n’ose plus pénétrer. Godefroy lui a dit en termes flatteurs et éloquents : « Je ne te demande plus que de te ressembler à toi-même. » Et Renaud d’élever alors ses pensées jusqu’au trône de l’Éternel : « O mon Père, dit-il, ô mon Souverain Maître, jette un regard de pitié sur ma vie et mes erreurs ! »

L’assaut final est donné. Il est couronné de succès, après des efforts méritoires de part et d’autre. Les derniers défenseurs de la Ville se sont réfugiés dans la citadelle. Et quand la puissante armée des Égyptiens s’approchera, ce sera trop tard. Jérusalem sera prise. Et il ne restera plus aux Croisés qu’à se retourner contre ces nouveaux assaillants pour les tailler en pièces. Et Jérusalem aura été prise après un carnage affreux.

Herminie 1Il nous faut encore assister au second tournoi qui dresse Argant contre Tancrède, ce qui permet d’ailleurs à Herminie — que nous avions un peu oubliée — de retrouver celui qu’elle adore. Et puis il faut bien aussi que Renaud retrouve Armide. Celle-ci cherche à le revoir pour se venger. Mais une femme « est volage, indiscrète », et au moment où, de désespoir, elle va s’arracher à elle-même une vie qui lui paraît devenue un fardeau trop lourd pour ses belles épaules, c’est lui qui arrête son geste, c’est lui qui la sauve. Alors elle se rend à son amour. « Commande à ton esclave, dit-elle à Renaud ; décide de son sort ; tes désirs seront ses lois. » Et l’on suppose que, repu de gloire, Renaud, cette fois, pourra la chérir sans remords.

La phase finale du combat nous vaut ,au vingtième et dernier chant, un tableau particulièrement coloré de l’ultime bataille. Le Tasse nous montre les femmes de la Ville aidant les défenseurs, et se battant comme eux, avec des fiertés d’amazones. On voit des blessures terribles faites par des épées impitoyables dans des corps que ne protègent plus les cuirasses : « La pointe ressort entre les épaules, et ouvre à l’âme fugitive une large et double issue. » On voit des morts hallucinants sur le champ de bataille : «  Par un bizarre effet de sa blessure, celui-ci est obligé de rire en expirant. » Enfin Aladin, Soliman, le Calife, tout le monde est en fuite ou tout le monde est couché sur la terre à jamais. Godefroy, vainqueur, entre dans Jérusalem, et n’a plus qu’à se rendre au Temple pour y adresser à Dieu ses actions de grâces. Il doit bien cela au Créateur, qui l’a puissamment aidé dans son entreprise. Et Le Tasse ne cherche pas d’autre conclusion à son œuvre…

la Muraille de feu Affiche

Un film italien de 1957 : » la Muraille de feu  » reprend la légende : L’armée croisée de Tancrède avance à marches forcées vers Jérusalem pour amener à Godefroy de Bouillon les tours d’assaut indispensables à la prise de la ville. En route, Tancrède s’éprend de la mystérieuse amazone et sarrasine Clorinde ( jouée par Sylva Koscina) , mais Herminie, une princesse musulmane d’Antioche vivant à Jérusalem, prisonnière des croisés et amoureuse du jeune chevalier, le met en garde contre les stratagèmes de la belle, qui serait une guerrière ennemie (en fait, la fille du roi de Perse). Pourtant, Clorinde a sauvé du bûcher deux chrétiens, Olinde et Sophronie, et elle n’est pas insensible au charme de Tancrède. Argant, le champion des Sarrasins, défie Renaud, autre redoutable chevalier. Pour semer la zizanie dans le camp des assiégeants, la troublante Armide, fille de l’émir de Damas, se prétend convertie au christianisme et séduit Renaud ; fou d’amour, celui-ci se dispute avec Fernand de Norvège qu’il tue en combat singulier, puis s’enfuit devant la colère de Godefroy de Bouillon. Armide lui tend une embuscade et l’emprisonne dans les souterrains de son château. Déguisée en Clorinde, Herminie cherche à rejoindre Tancrède, mais elle est reconnue et s’enfuit, tandis que Tancrède, ayant appris le sort de Renaud grâce à Clorinde, pénètre incognito dans le repaire d’Armide et le libère.

Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.
Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.

 

Les Sarrasins livrent bataille sous les murs de Jérusalem et sont sur le point de l’emporter quand surgissent Renaud et Tancrède. Au cours des combats, ce dernier croise le fer avec Clorinde, qu’il ne reconnaît pas sous son heaume, et la tue. Elle meurt dans ses bras en acceptant le Christ. Tancrède s’effondre, inconsolable et grièvement blessé après avoir tué Argant, tandis que Renaud hisse les couleurs de Godefroy de Bouillon sur les murs de Jérusalem. Herminie retrouve Tancrède sans connaissance sur le champ de bataille. Elle l’aide à rejoindre les autres croisés au Saint-Sépulcre et à remercier le Ciel pour la victoire de leur cause. Une croix flamboyante brille à l’horizon.

Les amazones sarrasines du temps des Croisades -2/4-

Le poète, ( »Le Tasse »), voulait séduire la fastueuse Éléonore, et c’est sans-doute elle, qu’il a peinte sous les traits de Sophronie, figure sympathique entre toutes; aussi ne la laisse-t-il pas mourir, dès le second chapitre, sur le bûcher où le tyran l’a fait attacher aux côtés d’Olinde, qui soupirait pour elle. Il fait intervenir, pour les délivrer, une autre femme extraordinaire, la guerrière Clorinde. croisade,-tome-2---le-qua-dj-854492 Elle se présente sous un vêtement d’homme, avec casque et cuirasse, une sorte de  »Jeanne d’Arc des Mahométans ». Elle n’est pas d’ailleurs dépourvue de bons sentiments, puisqu’elle va faire délivrer les deux prisonniers, au moment où le feu allait les consumer. Elle exerce une grande influence sur le Sultan, et ne craint pas de lui faire déclarer : « Innocents, je les absous ; coupables, je leur fais grâce ! » II est vrai que Clorinde nous est présentée de la façon suivante :

 »Dès ses plus jeunes ans, elle a méprisé les amusements et les occupations de son sexe. Sa main superbe a dédaigné de s’abaisser à de vils travaux, et de manier l’aiguille ou le fuseau. Elle a fui la mollesse des villes et recherché ces retraites, asiles d’une vertu qui se conserve au sein même de la liberté. Elle arma son front d’orgueil ; elle se plut à mettre de la rudesse dans ses traits ; mais ses traits, tout rudes qu’ils sont, plaisent toujours. »

Ils plaisent tellement qu’ils séduisent même des capitaines de l’armée chrétienne, ainsi que nous allons le voir plus loin.

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Au reste, Clorinde ne sera pas la seule femme-soldat de cette étrange guerre. Nous en connaîtrons plusieurs autres, en particulier Armide, auprès de laquelle Clorinde pâlira, si virile et batailleuse qu’elle puisse paraître.

Clorinde - par E Delacroix Détail
Clorinde – par E Delacroix Détail

Au cours du troisième chant, Tancrède, un chef chrétien, s’éprend de la farouche Clorinde; et, dans le même temps une rescapée d’Antioche, la belle Herminie, qui vit chez Aladin, va ‘soupirer’ pour le même Tancrède. Or le hasard fait bien les choses : un combat singulier va opposer Tancrède à Clorinde. Il n’a pas reconnu, sous l’habit du guerrier, avec un casque baissé sur son visage, la terrible amazone. Et à la lance, à l’épée, ils s’affrontent. Ce n’est qu’au plus fort de l’action que soudain il devine que c’est elle. Alors, au lieu de poursuivre son avantage, il l’épargne, et, pour un peu, il offrirait sa poitrine aux coups de là cruelle. Heureusement que, la bataille devenant générale, les deux adversaires se perdent de vue ! Mais d’autres chocs vont avoir lieu entre les capitaines des deux camps. Et chaque fois, avant de se battre, ils s’adressent des harangues de menaces, de défi ou de mépris.. Et nous allons assister à la mort du brave Dudon et aux premiers exploits de Renaud, le plus beau des Croisés.

Mais les premières escarmouches ayant démontré la hardiesse des Chrétiens, Jérusalem se sent menacée. Et cela ne fait pas l’affaire de Satan, qui tient conseil et assemble « dans son noir palais son horrible sénat », c’est-à-dire tous les damnés, tous les démons… Quels spectres étranges, horribles, épouvantables ! La terreur et la mort habitent dans leurs yeux : quelques-uns, avec des figures humaines, ont des pieds de bêtes farouches ; leurs cheveux sont entrelacés de serpents…

Le Tasse poursuit la description :

 »On voit d’immondes harpies, des centaures, des sphinx, des gorgones, des scylles qui aboient et dévorent, des hydres, des pythons, des chimères qui vomissent des torrents de flammes et de fumée ; des polyphèmes, des géryons, mille monstres nouveaux, mille formes plus bizarres que jamais n’en rêva l’imagination, mêlées et confondues ensemble. Ils se placent les uns à la gauche, les autres à la droite de leur sombre monarque. »

CROISADE - Jean Dufaux & Philippe Xavier 2

Et le résultat de ces cogitations infernales sera d’user d’un subterfuge que l’on estime infaillible : on va envoyer Armide, la plus belle des magiciennes, promener sa séduction irrésistible parmi les ennemis — c’est-à-dire les Chrétiens — et l’on escompte bien qu’elle y fera des ravages.

Ah ! si elle pouvait affoler, par le poison de sa beauté, le grand Godefroy en personne ! Mais là, c’était espérer trop. Elle ne prendra à son hameçon que le jeune frère du grand Chef, le petit Eustache, qui s’écrie en la voyant : « J’ai juré de protéger un sexe faible et sans défense ! » II ne sait pas, le malheureux, que ce représentant du sexe faible est la plus redoutable des enchanteresses : « Pour envelopper de nouveaux amants dans ses filets, elle va employer tous ses secrets et tous ses charmes. »

Et nous devinons que c’est Renaud qui va être sa proie, avant d’être son châtiment.

Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.
Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.

Les coqs vivaient en paix; Armide survient, et voilà, entre eux, la guerre allumée ! Une querelle éclate, suscitée par Eustache, entre Gernaud le Wiking et Renaud le séducteur. Mais Renaud, le plus habile aux armes, Renaud, l’invincible, tue son compagnon…. Après cela, il va lui falloir fuir la colère de Godefroy. Croisade-tome-2Il quitte le camp, où chacun le regrette, tandis qu’ Armide entraîne à sa suite Eustache, et dix autres soldats valeureux, et plusieurs qui désertent pour elle. Elle a fait des ravages, en effet, la mystérieuse Orientale, parmi les soldats du Christ, trop prompts à ressentir les effets de sa beauté !

* Illustrations de Dessins de la BD  »CROISADE » – Jean Dufaux & Philippe Xavier.

Les neuf Preuses, ou chevaleresses -1/2-

Dans le premier livre de La morte d'Arthur de sir Thomas Malory, le roi fait prêter un serment solennel le jour de la Pentecôte à ses chevaliers de la Table Ronde.

Gauvain vole au secours de la demoiselle à la ceinture d'or Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475
Gauvain vole au secours de la demoiselle à la ceinture d'or Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475

Ce serment, qui entend résumer toute l'éthique chevaleresque, comprend la ladies clause: chaque chevalier s'engage à porter secours aux gentes dames, demoiselles et veuves et à défendre leurs droits et à ne jamais les violenter sous peine de mort. La communauté chevaleresque dépeinte par Malory, se construit donc sur une nette distinction des sexes. Pour devenir un homme, le chevalier a littéralement besoin d'une femme en détresse.

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Les neuf Preux – Cologne – 

Le thème littéraire des « neuf Preux » connut pendant les XIVe s. et XVe siècles, un grand succès. Le Preux, – incarnant les valeurs chevaleresques, comme la prouesse et l'honneur – est une idée qui remonte au XIe siècle. Elle trouve une forme quasi définitive au début du XIVe siècle, sous la plume d'un poète lorrain, Jacques de Longuyon, dans les Vœux du Paon vers 1310-1312.

La notoriété du roi Arthur, lui vaut d'être compté parmi les Neuf Preux aux côtés de Josué, David, Judas,Macchabée, Hector, Jules César, Alexandre, Charlemagne et Godefroy de Bouillon. C'est dire surtout, l’extraordinaire diffusion et faveur dont jouissent les textes relatifs à la matière de Bretagne tout au long du Moyen Âge …

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Les neuf Preuses au château de Pierrefonds

C'est à la fin du XIV° siècle, sous la plume du procureur au parlement de Paris, Jean Le Fèvre, qu'apparaissent les Neuf Preuses, dans son ouvrage "Le Livre de Lëesce" (1385) , véritable défense et illustration des femmes, modèles de vertu, de vaillance et de courage. Toutes sont issues de la mythologie de l'Antiquité païenne. Elles sont reines.

Penthésilée, reine des Amazones, et Preuse

Penthésilée, reine des Amazones,

 et Preuse

Sémiranis, reine de Babylone. Sinope, Hippolyte sa sœur ; Ménalippe, Lampeto et Penthésilée souveraines des Amazones. Tomirys, qui a vaincu l’empereur perse Cyrus. Teuca reine d’Illyrie. Déiphyle, femme de Tydée roi d’Argos, qui a vaincu Thèbes.

Dans les pays germaniques, on substitue aux Amazones et reines de l’Antiquité une triade juive avec Esther, Judith et Yael, une triade païenne avec Lucrèce, Veturia et Virginie, et une triade chrétienne avec Sainte Hélène, Sainte Brigitte, et Sainte Elisabeth.

Portrait de Jeanne d'Arc, selon une miniature du XV° siècle, musée de Rouen
Portrait de Jeanne d'Arc, selon une miniature du XV° siècle, musée de Rouen

Au début du XVème siècle, Christine de Pizan évoque les Preuses dans son Livre de la Cité des Dames.

La facilité étonnante de l’accueil fait à la pucelle de Donrémy à la cour de France avait été préparée par les décennies de succès du thème des Preuses et la mode de la ' egregia bellarix ' . De son vivant, Jeanne d’Arc est qualifiée de "dixième Preuse".

 


 

Sources : articles de Sophie Cassagnes-Brouquet, professeure d’histoire médiévale à l’Université de Limoges  

Perceval et la Quête du Graal, chez Robert de Boron. -2/2-

perceval dormant à coté du lion qu'il a sauvé rêve
Perceval dort à côté du lion qu'il a sauvé …

Pour Robert de Boron, Perceval – son élu – est le petit-fils de Bron, beau-frère de Joseph d'Arimathie. Bron, avec qui débute la lignée des « gardiens du Graal ». C'est ce même Bron qui achève, sur l'ordre du Christ, la translation du Graal d'Orient en Occident, en installant le château du Graal à Avalon ( revendiqué par Glastonbury …?…).

 A cette histoire centrée sur Joseph, Robert de Boron en ajoutera une autre narrant la naissance et la jeunesse de Merlin. De cette partie, il ne reste que le début ; mais nous possédons sa reprise en prose par un anonyme, qui écrivit un cycle composé d'un Joseph, d'un Merlin, d'un Perceval et d'une courte Mort d'Artur. C'est de ce texte que proviendront une grande partie des éléments contenus dans le cycle du Lancelot-Graal.

perceval et la tentatrice
Perceval et sa tentatrice …

C'est dans cette œuvre, que l'on trouve le premier accomplissement de la Quête du Graal par un des héros. En effet, chez Robert de Boron, le héros de la Quête, qui est encore Perceval, va finir par guérir le Roi Pêcheur et ensuite lui succéder comme « roi du Graal ». L'échec du roman de Chrétien est oublié, refoulé pourrait-on dire ! Reste, que l'oeuvre parachève le rapprochement entre des mythes occidentaux d'origines celtiques, et des histoires provenant de l'antiquité judéo-chrétienne. On peut ainsi dire que cette oeuvre raconte une histoire symbolique qui va du Christ à Perceval, ou de la Cène à la Table Ronde.

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Apparition du Graal

Ensuite : Perceval va être relégué au second plan, il sera supplanté par Galaad dans « La Queste del Saint Graal ». Ce nouveau héros prédestiné, encore plus parfait que le chevalier parfait qu'était déjà Perceval, se rattache au Lancelot en prose qui, avec l'échec de la Quête de son père Lancelot du lac, annonce sa naissance. Enfin, la fin de l'oeuvre de-Robert de Boron, deviendra le roman  qui va clôturer le cycle arthurien : La mort d'Artu.

(1) La Queste del Saint Graal est un roman en prose appartenant au cycle du Lancelot-Graal et composé dans les années 1225-1230 par un auteur resté anonyme

Vision du Saint Graal Sir Galahad, accompagné par Sir Bors, et Sir Perceval

Vision du Saint Graal Sir Galahad, accompagné par Sir Bors, et Sir Perceval – par Sir Edward Burnes-Jones

Perceval et la Quête du Graal, chez Robert de Boron. -1/2-

ParzivalLe récit de Chrétien de Troyes puise dans l'antique fond celtique; celui de Robert de Boron ( 1190-1200) amorce la christianisation du Graal…

Conformément à la version de Chrétien de Troyes, Perceval est au centre du récit (Gauvain n'apparaît plus). Le thème de la question à poser demeure, de même que l'échec de Perceval lors de sa première visite au Château du Roi pêcheur.

Vers 1205-1210, on passe d'une forme en vers, à des mises en prose ; prose qui servait jusque-là à la traduction et au commentaire des textes sacrés, elles sont fondamentales pour l'avenir des romans du Graal qui seront presque tous écrits sous cette forme.

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Joseph d'Arimathie et le Graal

Les éléments bretons et les épisodes fantastiques s'estomperont progressivement, dernières lueurs de cultes disparus. Merlin, le druide-prophète qui lit le futur et en avertit les rois Uterpendragon et Arthur en sera l'un des derniers vestiges, dans la version de Robert de Boron (1200).

Robert de Boron, puise dans les évangiles apocryphes (non retenus dans le 'canon' ), comme L'Evangile de Nicodème ou Actes de Pilate, composé en grec au IVe siècle, qui met l'accent sur la mort et la résurrection de Jésus mais aussi sur la figure de Joseph d'Arimathie. Robert de Boron en fait un personnage central de la quête : c'est lui qui recueillit le sang du Christ dans la coupe de la Cène et la transféra dans l'Angleterre pré-arthurienne. Ensuite, on aurait perdu sa trace.

 

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Jésus, et la Coupe

Chez Robert de Boron (Roman de l'histoire du Graal ou Joseph d'Arimathie, 1200), le Graal est donc le récipient dans lequel Joseph d'Arimathie aurait recueilli le sang des plaies du Crucifié et le plat dans lequel le Christ aurait mangé l'agneau du Jeudi saint, lors de la dernière cène.

Dans la symbolique chrétienne, la coupe est d'ailleurs omniprésente : elle désigne l'Eucharistie, la Coupe du salut… Quant à la lance qui saigne, elle devient celle de Longinus, le centurion qui frappa Jésus sur la croix.

Perceval, abandonnant les séductions de l'amour courtois, de la gloire mondaine et des mirages de la vie chevaleresque, offre ici sa vie à la contemplation du Saint Vase.

Au moment, où le royaume d'Arthur entre dans une sorte de léthargie, Perceval, apprend l'origine, le devenir et le sens du Graal… Et c'est en lui qu'est enfin révélé non pas « à qui on fait le service du Graal » comme chez Chrétien de Troyes, mais « à quoi il sert et pourquoi il intervient dans l'univers des hommes »

Galaad, Bohort et Perceval en prière devant le Graal 2

Galaad, Bohort et Perceval

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Au château du Roi pêcheur, il ose, cette fois : « A quoi servent ces objets que je vois ici porter ? » Ces mots qui osent enfin lèvent la malédiction : le roi malade se lève, guéri et « les enchantements qui pèsent sur le Royaume de Bretagne sont dissipés ». S'inscrivant dans une lignée sacrée, Perceval prend alors la place du Roi pêcheur.

« Merveilles de toutes les merveilles ! »

Seuls ceux qui sont touchés par la grâce de Dieu sont admis au "Service du Graal" qui annonce le nouveau rituel de la Messe catholique. Á l'époque, l'Église énonce le dogme de la "Transsubstantiation", Présence réelle dans l'Eucharistie, (Concile du Latran en 1215 )

Le Morte d’Arthur (la mort d’Arthur) – Thomas Malory

En 1450, sir Thomas Malory (né vers 1405, décédé le 14 mars 1471), chevalier anglais, est enfermé dans une geôle royale, inculpé de crimes tels que des meurtres, viols, vols, et braconnages. Comme Marco Polo avant lui (enfin… selon la légende!), comme Lancelot du Lac lui-même dans le Lancelot, lors de sa captivité chez Morgane, il passe le temps en faisant oeuvre de créateur. Marco Polo a dicté le récit de ses aventures orientales au compilateur Rusticien de Pise, qui se trouvait partager sa prison. Lancelot a peint sur les murs de la chambre où il était enfermé les épisodes centraux de ses amours avec Guenièvre. Thomas Malory réalise, quant à lui la synthèse définitive de tous les romans en vers, et surtout en prose, qui ont traité de la matière de Bretagne. Tout est rassemblé dans son roman, curieusement et mélancoliquement appelé Le Morte d'Arthur (la mort d'Arthur). Pour la dernière fois, un écrivain s'est donné le plaisir de faire revivre les aventures du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.


Chapitre I

Il advint au temps d'Uter Pendragon, lorsqu’il était roi de toute l’Angleterre et régnait comme tel, qu’il y ait en Cornouailles un puissant duc qui avait soutenu contre lui une longue guerre. Ce duc s’appelait le duc de Tintagel. Le roi Uter fit venir ce duc, lui ordonnant d’amener avec lui son épouse, car elle était réputée belle dame et grandement sage. Elle avait nom Ygerne.

Ainsi, lorsque le duc et sa femme arrivèrent chez le roi, grâce à l’entremise de grands seigneurs ils furent réconciliés. La dame plut beaucoup au roi, il s’éprit d’elle et festoya sans mesure. Il aurait voulu partager la couche de la duchesse. Mais c’était une femme de grande vertu, et elle refusa de consentir aux désirs du roi. Elle avertit le duc, son époux, lui disant. « Je soupçonne qu’on nous a mandés pour que je sois déshonorée. C’est pourquoi, mon époux, je conseille que nous partions d’ici au plus vite pour chevaucher toute la nuit jusqu’à notre château. » Il en fut fait ainsi, et ni le roi ni aucun de ses conseillers ne s’aperçurent de leur départ .

Dès que le roi Uter apprit qu’ils s’en étaient allés aussi soudainement, il entra en grand courroux. Il réunit ses conseillers particuliers et les informa du brusque départ du duc et de sa femme. Les conseillers demandèrent alors au roi d’obliger le duc et son épouse à venir par mandement impératif " Et s’il refuse de se rendre à votre ordre, alors vous serez libre d’agir à votre guise. Vous aurez fondement à mener contre lui une dure guerre ".

Ainsi fut fait. Réponse fut donnée aux messagers. C’était en peu de mots ceci – ni le duc ni son épouse n’acceptaient de venir au roi. Alors le roi entra en grand courroux. À nouveau il fit remettre au duc un message clair, disant qu’il lui fallait se préparer, renforcer troupes et défenses, car avant quarante jours il viendrait le tirer de son plus puissant château. Quand le duc reçut cet avertissement, il alla aussitôt pourvoir d’hommes et de défenses deux de ses châteaux forts, dont l’un avait nom Tintagel et l’autre Terrabel. Il mit sa femme, dame Ygerne, dans le château de Tintagel, et lui-même prit place dans celui de Terrabel, lequel avait maintes issues et poternes. Lors en diligence accourut le roi Uter avec une grande armée. Il mit le siège devant le château de Terrabel. Il y planta des tentes en grand nombre, de grands assauts furent menés de part et d’autre et bien des gens tués.

Si vive était sa colère et si impérieux son amour pour la belle Ygerne que le roi Uter tomba malade. Vint alors à lui messire Ulfin, noble chevalier, qui demanda au roi les causes de sa maladie. « je vais te les donner, dit le roi. Si je suis malade, c’est de colère, et c’est l’amour que je porte à la belle Ygerne qui m’empêche de guérir. – Eh bien, repartit messire Ulfin, je vais quérir Merlin. Il y apportera remède et votre coeur sera content. »

C’est ainsi qu ‘ Ulfin partit, et d’aventure il rencontra Merlin sous l’accoutrement d’un gueux. Merlin demanda à Ulfin qui il cherchait. « Ce n’est pas ton affaire, lui fut-il répondu. – Eh bien, dit Merlin, je sais qui tu cherches, car tu cherches Merlin. Donc ne cherche pas plus longtemps, car je suis cet homme-là. Si le roi Uter veut bien m’en récompenser et s’il peut s’engager à satisfaire mon désir, il en tirera plus d’honneur et de profit que moi, car je ferai en sorte qu’il obtienne tout ce qu’il souhaite. -je m’engage, repartit Ulfin, à ce que, dans la limite du raisonnable, ton désir soit satisfait. – Eh bien, dit Merlin, le sien sera exaucé et comblé. Poursuis donc ton chemin. J’aurai tôt fait de te rejoindre. »

 
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