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Le Moyen-âge, Histoire et Littérature

Le Moyen Âge est une période de l’histoire de l’Europe, s’étendant du Ve siècle au XVe siècle, qui débute avec le déclin de l’Empire romain d’Occident et se termine par la Renaissance et les Grandes découvertes. Le Moyen-âge dure 10 siècles : 1000ans … !histoire-de-merlin-merlin-dictant-ses-prophécties-à-blaise-roman-du-xiiic

Le Moyen Âge central ( après l’an mil) voit la formation des actuels États d’Europe occidentale. Les rois de France, d’Angleterre et d’Espagne renforcent leur pouvoir et instaurent des institutions durables.

Dès 800, on trouve des textes anglais écrits en latin qui évoquent le roi Arthur, le plus célèbre d’entre eux est l’Historia Brittonum (L’Histoire de la Bretagne), écrit par un clerc nommé Nennius.

Le Roi Arthur, qui aurait pu vivre au Ve ou VI e siècle, et se serait opposé aux invasions saxonnes, consolide la lignée généalogique des rois d’Angleterre… Henri II Plantagenêt s’y rattache.

Geoffrey de Monmouth livre en 1138 son Historia regum Britanniae, chronique en latin relatant les principaux événements historiques de la Grande Bretagne…

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Le roi Plantagenêt décide alors de confisquer la légende afin de se présenter comme l’héritier légitime du roi Arthur et il confie au clerc anglo-normand Wace, la « mise en roman », autrement dit la traduction du texte latin Geoffrey de Monmouth en langue vernaculaire, dans le cas présent en français.

Ces histoires, qui constituent la matière de Bretagne, passent en France au XIIe siècle sous forme de lais, dont les plus célèbres sont ceux de Marie de France.Effigies at Fontevraud Abbey of English Kings Richard I, Henry II and Queen Eleanor

Chrétiens de Troyes se présente néanmoins comme celui qui donne à la légende arthurienne une nouvelle dimension littéraire. La légende littéraire, replace les aventures du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde dans un environnement contemporain, le XIIème siècle …

Cette époque, incarne l’âge d’or de la chevalerie et les chevaliers de la Table Ronde figurent parfaitement toutes les valeurs qu’elle véhicule.Chateau Chevaliers

Ci-dessous, des exemples d’articles – parmi nombreux autres sur ce site – sur le thème du  » Moyen-Age, Histoire et Littérature  »… Chaque article, peut vous conduire à d’autres articles, pour le prolonger… Bonne Quête… !

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Origine et destin … du « Conte du Graal »

On peut s’étonner du destin d’une œuvre littéraire, comme le « Le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes. La question étant de se demander comment le « roman» (conte) devient-il un « mythe » ? Sans doute l’histoire de l’œuvre recèle une partie de la réponse…

bayeux-tapiss3-Hastings.jpgLes personnages sont facilement identifiés  comme faisant partie de la « matière de Bretagne » attachée à la légende du Roi Arthur …

Et, quelle en est l’origine?

– Historiquement ( si on tient vraiment à cette référence historique …) , plusieurs rois bretons , devant l’’importante menace d’invasion des Saxons, se rangent tous sous la bannière d’un dénommé Artorius.
roi-arthus.jpgCe guerrier, probablement né vers 470-475 en Cornouailles, est le chef d’une bande très mobile de cavaliers mercenaires. Tous voient en lui la seule personne capable de tenir tête à l’envahisseur. Artorius est nommé commandant en chef de la nouvelle armée et, tous unis, les rois Bretons et Gallois remportent, quelque part dans le sud-ouest de l’Angleterre vers 500-518, une grande victoire qui stoppe l’envahisseur pendant une quarantaine d’années. C’est la bataille de Mont Badon (ou Bath, ou Badbury). Quand Artorius trouve la mort dans une grande bataille, près de Camelford en Cornouailles, aux alentours de 540-542, c’est la fin de l’indépendance bretonne : à la fin du siècle, les Saxons occupent les trois quarts de l’île.

Ph-d-Alsace.gifC’est Robert Wace, dans son Roman de Brut ( Brutus ), en 1155, qui donne la coloration courtoise et légendaire à l’ « Historia regum Britanniae »du Gallois Geoffroy de Monmouth ( 1136).

Arthur devient le monarque idéal, un modèle d’humanité, de vaillance, de générosité et de délicatesse. C’est lui aussi qui, le premier, mentionne la Table Ronde, symbole politique de la société courtoise.graal et table ronde

La légende arthurienne est, dès la fin du onzième siècle, diffusée à travers toute l’Europe, et même au-delà, par les conteurs professionnels qui accompagnent les armées partant pour la Terre Sainte à l’occasion des deux premières croisades.

Chrétien de Troyes (1135-1183) , est un copiste, adaptateur de textes, et écrit sur commande, ainsi pour Marie de Champagne ( 1128-1190) au service de laquelle il reste de 1160 à 1185.

Le Conte du Graal est dédié à Philippe d’Alsace ( 1143-1191)  ( prétendant éconduit de Marie de Champagne.. ). Chrétien écrit ce roman entre 1182 et 1190, et meurt avant de l’avoir terminé.

Amour-courtois.jpgMarie de Champagne abandonne la courtoisie, à la mort de son mari, pour la dévotion. Philippe d’Alsace est fort pieux… Aussi la tonalité mystique de ce dernier roman est peut-être plus conforme aux goûts des commanditaires..

« Perceval, ou le conte du Graal » est le seul roman de Chrétien de Troyes qui suscitera un grand nombre de continuations et de reprises, donnant naissance à un mythe durable : le mythe du Graal. Le Parzival de Wolfram von Eschenbach (1201-5) est le texte le plus ancien après le Conte du Graal.

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Marie de Blois ou Marie de Champagne (1128 † 1190), duchesse de Bourgogne, fille de Thibaut IV de Blois, dit le Grand, et de Mathilde de Carinthie. Veuve en 1162 d’Eudes II de Bourgogne. Abbesse de Fontevraud en 1174. ( Wiki..)

Voilà, ce qui en est du contexte de l’écriture de ce « roman-conte », et finalement ces explications semblent bien insuffisantes, pour comprendre, analyser et s’enrichir d’un tel texte.

Pourquoi… ?

Sans doute, le plus délicat à saisir c’est le passage du niveau conscient de la lecture au niveau inconscient de la suggestion mythique. Peut-on s’autoriser à passer de l’un à l’autre.. ? S’agit de la part de l’auteur, qui parle par images, jeux de mots … de simples allégories.. ? Par exemple :

–       Le « gaste pays » ou pays dévasté a t-il un rapport avec la blessure à la hanche du souverain ? Ce rapport peut désigner le concept de « stérilité ». Il se trouve que ce rapprochement avait déjà été pratiqué ( selon Plutarque, Isis rendit sa fécondité à Jupiter en lui séparant les jambes qui se trouvaient soudées et bloquées…)

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Certains auteurs ont montré que le conte du Graal, était le passage d’un mythe à un autre : il y a un mythe venu de la mémoire, ancien qui évoque le souvenir d’un monde païen, disparu …(notamment à travers les textes littéraires que l’auteur a pu connaître), et un mythe en création ( le Graal ) ; plus précisément la christianisation d’un mythe. Nous en avons déjà parlé…

Idylles du Roi – Enide –

De Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi , est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Enide est fille de Licoranz et de Tarsenesyde, originaire de Laluth. Erec l’épouse après avoir remporté le challenge de l’épervier et s’être présenté comme le champion de la jeune femme.

Après le mariage, elle reproche à Erec sa paresse. Une série d’aventures où la parole avisée d’Enide fait merveille conduit le couple vers la consécration d’un couronnement à Noël.

Voir ici: LE ROMAN COURTOIS DE CHRÉTIEN DE TROYES -1/4- EREC ET ENIDE

A noter que : Enide signifie  »blanc lumineux » et désigne une fée ( une dame blanche)

*****

Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead,

Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

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« Le Mariage de Geraint »

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« Geraint et Enide »

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Lancelot ou le chevalier à la charrette – Chrétien de Troyes

LanGauvain et Hector arrivent devant l'ïle Perdue, où Lancelot est emprisonné dans une tourcelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Troyes, écrit à la fin du XII°s, à la demande de Marie de Champagne. Le roman ne comportait pas de titre à l’origine.

 Lancelot est le chantre de l’amour courtois. Ce sera d’ailleurs sa plus grande faiblesse, ce qui nous le rend d’autant plus attachant. Son amour est sans limite pour la reine Guenièvre, l’épouse du roi Arthur, son suzerain. Il oublie souvent l’objet de sa quête pour se soumettre à tous les caprices de sa dame.La reine Guenièvre interroge Lancelot sur ​​son amour pour elle

Par étourderie, il se retrouve dans les situations les plus embarrassantes qui soient pour un homme de son rang.
Un jour, un chevalier inconnu enlève la reine et l’emmène dans un pays d’où nul ne revient. Le preux chevalier ne pense plus qu’à délivrer la belle captive. Pour l’amour de la reine, il est prêt à accepter la pire humiliation: monter dans une charrette. Celle-ci appartenait à un nain qui disait connaître le lieu où se trouvait la reine disparue.
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On comprend mieux le titre donnée à ce roman en vers octosyllabiques. En effet, un proverbe de l’époque disait: « Quand charrette rencontreras, fais-toi le signe de croix afin qu’il ne t’arrive pas malheur« . Celle-ci était réservée aux félons, aux meurtriers ou aux voleurs. Lancelot savait en tout état de cause que cela lui couterait cher et qu’il allait y laisser une bonne partie de sa réputation de chevalier. De ce fait, il hésitera un court instant avant d’y monter, ce qui lui sera reproché assez vertement par la reine dont les exigences courtoises sont démesurées. Pour elle, il a failli aux règles courtoises en hésitant puisque la vie de sa dame était en danger.Lancelot ou le chevalier à la charrette est le troisième roman de Chrétien de Tr
La personnalité attachante, mais néanmoins complexe, de Lancelot n’a pas échappé aux successeurs de Chrétien de Troyes. En effet, si personne n’a songé à reprendre le personnage d’Erec, chevalier attachant également par ses faiblesses (n’oublie -t-il pas ses devoirs de chevalier pour une belle jeune fille?), beaucoup se sont attachés à compléter le personnage de Lancelot, devenu ainsi le chevalier le plus connu de la table ronde.
lancelot-et-vivianeDès le début du XIII°s, on lui imagine une enfance féérique dans le palais de Viviane, au fond d’un lac.
On le rattache également à la quête du Graal (qui n’intéressait pas encore Chrétien lors de l’écriture du Lancelot) en le faisant père de Galaad, le chevalier le plus pur qu’il soit. Il fait également partie des trois chevaliers désignés pour rencontrer le Graal et en percer son mystère.
Ce roman, avec l’accord de Chrétien, sera fini par un clerc, Godefroi de Lagny. Ainsi, il est dit, à la fin du texte:
« Seigneurs, si j’en disais davantage,
Je dépasserais l’étendue de mon sujet,
C’est pourquoi je vais mettre un terme à mon travail;
Ici même s’arrête le récit.
Godefroi de Leigni, le clerc,
A terminé La charrette;
Que nul ne songe à le blâmer
S’il a continué Chrétien,
Car il l’a fait avec l’approbation
De Chrétien, qui commença l’œuvre:
Lui est responsable de tout ce qui suit
Le moment où Lancelot fut emmuré,
C’est-à-dire jusqu’à la fin du conte.
Voilà son œuvre à lui; il ne veut rien y ajouter,
Ni retrancher, par crainte d’endommager le conte.
Lancelot et l'Humiliation de la Charrette (enluminure, vers 1475) qui a donné le fameux titre Le Chevalier à la Charrette.
Voici un extrait de l’épisode de la charrette:
Le Chevalier, à pied et sans lance,
S’avance vers la charrette
Et voit sur les limons un nain
Qui, en bon charretier, tenait
Dans sa main une longue baguette.
Et le Chevalier dit au nain:
Nain, fait-il, pour Dieu, dis-moi tout de suite
Si tu as vu par ici
Passer ma dame la reine.
Le nain perfide et de vile extraction
Ne voulut point lui en conter des nouvelles,
Mais se contenta de dire: Si tu veux monter
Sur la charrette que je conduis,
D’ici demain tu pourras savoir
Ce qu’est devenue la reine.
Sur ce, il a maintenu sa marche en avant
Sans attendre l’autre l’espace d’un instant.
Le temps seulement de deux pas
Le Chevalier hésite à y monter.
Quel malheur qu’il ait hésité, qu’il eût honte de monter,
Et qu’il ne sautât sans tarder dans la charrette!
Cela lui causera des souffrances bien pénibles!
Mais Raison, qui s’oppose à Amour,
Lui dit de bien se garder de monter;
Elle l’exhorte et lui enjoint
De ne rien faire ni entreprendre
Qui puisse lui attirer honte ou reproche.
Ce n’est point dans le cœur mais plutôt sur les lèvres
Que réside Raison en osant lui dire pareille chose;
Mais Amour est dans le cœur enclos
Lorsqu’il lui ordonne et semonce
De monter sans délai dans la charrette.
Amour le veut, et le Chevalier y bondit,
Car la honte le laisse indifférent
Puisqu’Amour le commande et veut.
Et messire Gauvain se met à la poursuite
De la charrette en galopant,
Et lorsqu’il y trouve assis
Le Chevalier, il s’en étonne beaucoup;
Alors il dit au nain: Instruis-moi
Au sujet de la reine, si tu sais le faire.
Le nain dit: Si tu te détestes autant
Que ce Chevalier assis ici,
Monte aec lui, si cela te convient,
Et je t’emmènerai avec lui.
Quand messire Gauvain l’eut entendu,
Il jugea qu’accepter la proposition serait insensé
Et il dit qu’il n’y monterait point,
Qu’échanger son cheval contre la charrette
Serait n échange par trop infâme.
Mais où que tu veuilles aller
J’irai là où tu iras.
Si bien qu’ils se mettent tous les trois en route,
L’un d’eux à cheval, les deux autres sur la charrette,
Et ensemble ils gardèrent le même chemin.
À l’heure des vêpres, ils atteignirent un château,
Et sachez que ce château
Était fort puissant et beau.
Ils entrent tous les trois par une porte.
La vue du Chevalier que le nain transporte
Dans la charrette frappe les habitants d’étonnement,
Mais ils ne cherchent nullement à se renseigner davantage;
Tous se mettent à le conspuer,
Grands t petits, vieillards et enfants,
Par les rues, en poussant des huées;
Le Chevalier entendit ainsi dire
À son sujet de viles injures et des paroles de mépris.
Tous demandent: À quel martyre
Ce Chevalier sera-t-il condamné?
Sera-t-il écorché vif ou pendu,
Noyé ou brûlé vif sur un bûcher d’épines?
Dis-le-nous, nain, dis, toi qui le traînes ainsi,
De quel forfait fut-il trouvé coupable?
L’a-t-on jugé pour vol? Serait-ce un assassin
Ou est-il le vaincu d’un combat judiciaire?
Et le nain garde un silence absolu,
En ne répondant ni une chose ni l’autre.
Il conduit le Chevalier là où il sera hébergé,
Et Gauvain suit de près le nain
Qui se dirige vers une tour, laquelle, de plain-pied
Avec la ville, se trouvait à la limite de celle-ci.
Au-delà il y avait des près,
Tandis qu’en face la tour s’élevait
Sur la cime d’un rocher gris,
Haut et taillé à pic.
Derrière la charrette, toujours à cheval,
Gauvain pénètre dans la tour.
Dans la salle, ils ont rencontré, élégamment mise,
Une demoiselle
Dont la beauté n’avait pas de rivale au pays;
Et ils voient s’approcher deux pucelles
Avec elle, gentes et belles.
Dès qu’elles virent
Messire Gauvain, elles lui firent
Un accueil joyeux et le saluèrent;
Et elles voulurent s’informer du Chevalier:
Nain, quel crime ce Chevalier a-t-il commis
Que tu conduis là comme s’il était impotent?
Il ne veut leur offrir aucune explication,
Mais se contente de faire descendre le Chevalier
De la charrette, et puis s’en va;
On ne sut point où il alla.

Source:  , une passionnée par la littérature, et notamment la littérature médiévale…

 

« Perceval ou le Conte du Graal « , est-il un mythe ?

Citer «  Perceval » ( et la quête du Graal ), comme un mythe, est peut-être un raccourci, que des spécialistes pourraient contester… ? Cette histoire étant rattachée à une œuvre littéraire, peut-être est-il plus exact de parler de «  mythe littéraire » .. ? L’histoire est de plus relativement récente …

Parsifal-Odilon-Redon.jpgRevenons donc à la définition du Mythe et, j’en retiens de la part de spécialiste, quelques unes qui vont dans le sens de ce que j’entrevois…, comme :

– Mircéa Eliade :  « Le mythe raconte une histoire sacrée : il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements »

– Gilbert Durand « Nous entendons par mythe un système dynamique de symboles, d’archétypes et de schèmes, système dynamique qui, sous l’impulsion d’un schème, tend à se constituer en récit ».

– Marc Eigeldinger « Le mythe n’est pas uniquement récit, mais aussi discours du désir et de l’affectivité. Il ne s’exprime pas à l’aide d’idées ou de concepts et se développe en marge de la rationalité ; il se consacre à dire la vérité psychique […], à suggérer l’affleurement de l’irrationnel et de l’inconscient, à traduire le contenu du désir et ses relations avec le sentiment »

– Jean-Pierre Vernant : le mythe ne se réfère pas à un genre particulier… Il serait « l’envers, l’autre du discours vrai, du logos »

– Campbell : « Non, le mythe n’est pas un mensonge. Une mythologie complète est constituée d’une organisation d’images symboliques et narratives, métaphoriques des potentialités de l’expérience humaine, et de l’accomplissement d’une culture donnée à un moment donné. »

parsifal_Odilon-Redon.jpgEt forcément, je dirai que le mythe littéraire, contrairement peut-être au mythe ethno-religieux, ne fonde ni n’instaure plus rien. Les oeuvres qui l’illustrent sont d’abord écrites, signées par une (ou quelques) personnalité singulière. Évidemment, le mythe littéraire n’est pas tenu pour vrai.

– Jean Pouillon ajoute, que « ni l’opposition du vrai et du faux, ni celle du croire et du ne pas croire ne sont pertinentes pour situer le mythe ».. !

 Sans doute, pouvons nous admettre que la littérature, si elle ne le crée pas, est un « conservatoire des mythes ». De plus, comme le dit Véronique Gély, « la littérature n’est pas seulement le conservatoire des mythes, elle est leur laboratoire, et le lieu de leur épiphanie »

Pour ce qui est du « mythe de Perceval », il nous est donc parvenu tout enrobé de littérature », il ne nous est accessible qu’en tant que « mythe littéraire ». Il a cette particularité que sa première rédaction est caractérisée, par l’absence de clôture. Le « Conte du Graal » de Chrétien de Troyes est inachevé… !

Odilon-Redon-17.jpgEnsuite, ce corpus est à l’image d’un arbre dont le tronc serait constitué de la tradition médiévale, à partir de laquelle les multiples ramifications modernes s’élanceraient vers le ciel, toujours plus éloignées de la souche première, mais puisant leur sève dans un réseau de canaux toujours plus vaste et plus complexe….

Effectivement, si le mythe de Perceval est extrêmement présent dans le demi-siècle qui suit son entrée en littérature, c’est le silence presque total du début de la Renaissance à la fin du siècle des Lumières. Après un timide renouveau au tournant des XVIIIème et XIXème siècles, c’est le drame wagnérien qui le ramène sur le devant de la scène artistico-littéraire. Au cours du XXème siècle également, la fortune de ce mythe varie considérablement : après avoir connu une certaine vogue jusqu’à la seconde guerre mondiale, il se fait beaucoup plus discret pendant les années qui suivent, pour resurgir avec une vigueur inattendue dans les années 1980.

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Sources: en partie Thèse de doctorat présentée par Christophe Imperiali  » En quête de Perceval – Étude sur un mythe littéraire « , et le peintures sont d’Odilon Redon.

Le Merlin en prose – Robert de Boron

Merlin - Timbre anglaisLe Merlin en prose est attribué à Robert de Boron. Il semble avoir été composé au tout début du XIII°s.

Il fait partie d’une trilogie (de Robert de Boron), L’estoire du Graal Le Merlin en prose et le Perceval en prose…

Eude vieux manuscritsC’est un peu plus compliqué: Ce qui nous reste de l’oeuvre de Robert de Boron comprend un roman de l’Estoire du Graal, qui compte 3500 vers, et le début d’un roman de Merlin, interrompu au vers 502, au milieu d’une phrase . Mais le tout fut mis en prose, et dans ce deuxième état le  »Merlin » est complet.

Joseph d’Arimathie, raconte la première consécration du mystérieux Graal et annonce qu’il sera plus tard porté en Occident et trouvé par un chevalier de la famille de Joseph d’Arimathie.

Dans le second, Merlin, la scène est transportée dans la Grande-Bretagne; le célèbre enchanteur nous est présenté comme un enfant du diable, engendré par lui pour combattre le Christ, mais trompant l’attente de son père et servant la bonne cause par sa connaissance du passé et de l’avenir.

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La conception de Merlin

Dans le dernier poème Perceval, l’auteur raconte comment ce chevalier trouva le Graal perdu depuis longtemps et mit fin ainsi aux « merveilles de Bretagne ».

Histoire de Merlin L'enfer et le conseil des démons Angers, vers 1450-
Histoire de Merlin – L’enfer et le conseil des démons Angers, vers 1450

Lorsqu’il rédige le Merlin , Robert de Boron cherche à christianiser la figure de Merlin qui existe depuis le IXème siècle. En tant que ‘clerc’, il veut illustrer une morale : celle du rachat, à travers le personnage de Merlin. Cette volonté, fréquente dans la littérature arthurienne de cette époque, permet de faire entrer dans l’histoire païenne la présence de Dieu. Il s’agit aussi de trouver comment intégrer la figure du  »diable » au mythe.

Le « Merlin en prose » est le roman des origines du royaume arthurien.

a souvenir program from the 19th century play King Arthur by J.Comyns Carr, starring Henry Irving as Merlin

Le Merlin en prose s’ouvre sur le conseil des démons qui, au lendemain de la Passion, s’efforcent de créer un antéchrist et d’annihiler l’œuvre de rédemption. Il est centré sur la figure du fils du diable racheté par Dieu. Dans ce récit, où s’entremêlent chronique historique, discours didactique et moralisant, merveilles et sortilèges de la matière de Bretagne, geste épique des fils de Constant ou encore la passion amoureuse d’Uterpandragon, Merlin multiplie les fonctions.

Merlin and Arthur by alanlathwell
Merlin and Arthur by alanlathwell

Il inspire, soutient et organise les efforts de la dynastie légitime des fils de Constant, Uter et Pandragon, pour reprendre leur royaume à l’usurpateur Vertigier et en assurer définitivement, lors de la bataille de Salesbieres, l’indépendance face aux Saxons. Il persuade le nouveau roi d’établir à sa cour la Table Ronde, mais brise le cercle parfait en laissant vacant le fameux « siège périlleux », siège laissé vide par Judas à la Table de la Cène.

Par ses dons d’enchanteur et de magicien, Merlin le prophète est également celui qui, se jouant des passions et des faiblesses humaines, assure la naissance d’Arthur. Il n’hésite pas à reprendre tout aussitôt l’enfant à ses parents légitimes et à en faire, à son image, un « fils sans père », qui devra faire ses preuves, s’imposer comme l’élu de Dieu pour retrouver son Royaume et obtenir une certaine maîtrise du monde.

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Merlin-dictant-ses-prophécties-à-blaise roman-du-xiiic

Enfin, Merlin dicte à Blaise le Livre du Graal, ce livre qui relate le passé (Joseph d’Arimathie avec le Joseph en Prose), le présent (le temps du Merlin en prose) et l’avenir (le temps du Perceval en prose).

Concernant toute la partie historique du texte – la chronique des rois bretons et leur lutte contre les Saxons- le Merlin s’inspire très largement du Roman de Brut de Wace

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Après la mort de Vertigier, brûlé dans un incendie, le devin se met au service des rois légitimes de Grande-Bretagne et les aide à repousser les envahisseurs saxons. Lorsque Pendragon est tué sur le champ de bataille de Salisbury, Merlin transporte et érige des pierres d’Irlande sur le lieu du combat, en l’honneur du souverain défunt. Il assiste alors le frère de ce dernier Uter, à qui il suggère de fonder la Table Ronde..

Merlin et les pierres de Salisbury (extrait)

Lorsque grands seigneurs et prélats furent rassemblés, il [Uter] se fit couronner et sacrer et succéda à son frère sur le trône. Quinze jours après son sacre et son couronnement, Merlin parut à la cour, accueilli avec joie par Uter et, quinze jours plus tard, il vint trouver le nouveau roi.
-Il faut que vous disiez à votre peuple tout ce que je vous avais prédit: l’invasion de ce pays par les Saxons, l’accord passé entre moi, votre frère et vous, le serment que vous avez échangé entre vous.
Uter exposa à ses sujets les actions accomplies par son frère et par lui-même d’après les indications de Merlin, mais ne parla pas du dragon dont, tout comme les autres, il ne savait rien. À la suite du rapport d’Uter Merlin dévoila la signification du dragon: il représentait la mort du roi, l’élévation d’Uter en dignité, une impérissable marque d’honneur pour son frère. En raison du dragon miraculeux qui planait dans les airs Uter se fit appeler Uterpandragon.

Les barons découvrirent ainsi le fidèle dévouement du devin et Merlin fut le maître écouté d’Uter et de son conseil.
Il régnait depuis longtemps en maintenant le royaume en paix, lorsque Merlin vint lui parler.
-Quoi! lui dit-il. C’est tout ce que vous faites pour votre frère qui repose dans la terre de Salisbury?
-Que veux-tu que je fasse? Je ferai tout ce que tu voudras et que tu me suggéreras.
-Vous lui avez juré, et moi aussi je lui ai promis, de lui consacrer un monument aussi durable que la chrétienté; respectez votre serment et je ne manquerai pas à ma parole.
-Dis-moi ce que je peux faire et je l’accomplirai de grand coeur.
-Entreprendre une oeuvre immortelle et qui à jamais résiste au temps.
-Très bien, j’y consens.
Envoyez chercher d’énormes pierres qui sont en Irlande et des bateaux pour les transporter. Si énormes soient-elles, je saurai les dresser; j’irai montrer à vos gens celles qu’ils doivent apporter.
Uter approuva cette expédition et envoya hommes et bateaux en grand nombre; quand ils furent là-bas, Merlin leur montra des pierres colossales pour leur longueur et leur largeur.
-Voici, dit-il, les pierres que vous êtes venus chercher et que vous emporterez.
En les voyant, les hommes jugèrent que c’était une folie et déclarèrent que personne au monde ne pour­rait même en faire bouger une et ils refusaient de les embarquer. Merlin leur répondit que dans ces condi­tions ils étaient venus pour rien. Alors ils s’en retour­nèrent chez le roi, lui exposèrent la besogne inouïe que Merlin leur avait commandée et qui à leur avis était au-dessus de toute force humaine.
-Attendez qu’il revienne, dit le roi.
Quand Merlin fut de retour, Uter lui rapporta les paroles de ses gens.
-Puisqu’ils me font défaut, répondit Merlin, je tiendrai ma promesse.
Il eut recours aux ressources de son art magique et fit venir les pierres d’Irlande qui sont encore aujourd’hui au cimetière de Salisbury Swinside stone circle, in the Lake District, England et quand elles furent en place, il invita Uterpandragon et une grande partie de son peuple à venir admirer le prodigieux amas. Arrivés sur les lieux et en pré­sence de ce spectacle, ils avouèrent qu’aucun être humain n’était assez fort pour en soulever une seule et qu’il aurait fallu beaucoup d’audace pour embar­quer pareilles masses. Ils se demandèrent, éberlués, comment Merlin les avait transportées à l’insu de tous. Merlin leur ordonna de les dresser, car elles seraient plus belles debout que couchées sur le sol.
-Personne, dit Uter, n’en serait capable sauf Dieu et toi-même.
-Allez-vous-en, dit Merlin, je m’en chargerai et j’aurai tenu la promesse faite à Pandragon, j’aurai entrepris pour lui une oeuvre que personne ne pourrait mener à bien.
C’est ainsi que Merlin érigea les pierres d’Irlande qui sont au cimetière de Salisbury et qui y resteront aussi longtemps que durera la chrétienté.

Robert de Boron, Merlin, traduction Alexandre Micha, éd Garnier-Flammarion, 1994

Idylles du Roi – Viviane –

« Idylles du Roi »; Illustrations de George Wooliscroft Rhead, & Louis Rhead. Tirées des  »Idylls of the King » de Tennyson – 1898 –

Œuvre majeure du poète victorien Sir Alfred Tennyson, Les Idylles du roi est constitué d’un ensemble de textes romantiques autour de quatre personnages féminins de la légende arthurienne : Énide, Viviane, Élaine, Guenièvre.

Quatre femmes, quatre personnalités et quatre destins…

A travers les histoires légendaires de ces femmes – qui se croisent et se décroisent – personnages de l’univers arthurien, Tennyson évoquent pour nous un monde révolu, mais encore prégnant, où l’amour courtois était le lien qui unissait chevaliers et dames au coeur des cours médiévales.

Sophie Busson - La rencontre de Merlin et de Vivianne
Sophie Busson – La rencontre de Merlin et de Vivianne

Si les personnages secondaires s’appellent ici Arthur, Lancelot, Merlin ou Mordred, les lieux de l’action demeurent ceux qui ont enchanté des dizaines de générations de lecteurs : Brocéliande, Camaalot ou Avalon.

« Merlin et Vivien ( Viviane) « 

Viviane et Merlin 2
Viviane et Merlin – Gaston Bussiere (French, 1862-1929)

Merlin a succombé, lui aussi. La séduction du vieillard est la page la plus hardie des Idylles. Ce grand sujet n’a été traité jusqu’ici qu’en farce grossière ou en photographie libidineuse. Goethe, avant de jeter Marguerite dans les bras de Faust, rend la jeunesse au docteur. Le chaste Tennyson a osé nous montrer Viviane, en robe collante de satin blanc, assise sur les genoux de Merlin, et plongeant ses bras roses dans la barbe neigeuse de l’enchanteur. Cette fois, Faust a gardé ses quatre-vingts ans, et Méphisto est entré dans le corps de Marguerite.Idylls Of The King merlin et Viviane

Tantôt Viviane est une femme du monde buvant les paroles d’un professeur célèbre, tantôt une fille entretenue caressant « son vieux. » Ne croyez pas que Merlin cède à un vulgaire accès de sensualité. Viviane est son élève, son sujet, son monstre favori. Il la connaît si bien ! Il se croit si sûr de la dominer ! Il éprouve pour elle des alternatives de dégoût et de complaisance ; et c’est au moment où il vient de déchiffrer sa perversité qu’il devient sa victime.

viviane enserre MerlinElle obtient de lui, sans les comprendre, les paroles magiques, et le premier usage qu’elle fait de cette puissance est de transformer en une léthargie éternelle le sommeil dans lequel est tombé le vieillard, après son ivresse passagère. Légère, triomphante, elle s’échappe en murmurant : « L’imbécile ! » Et l’écho du bois répète, après elle : « Imbécile ! » Lorsque l’homme a vaincu la femme, il l’oublie ; lorsque la femme a vaincu l’homme, elle le méprise.

Extrait de la Revue des Deux Mondes tome 71, 1885. Ecrit par
Auguste Filon, sur Lord Tennyson

L’origine de l’histoire de ‘Tristan et Iseult’

44393f9ab218935b941515e0baf4d84dLa plupart des critiques s’accordent aujourd’hui pour dire que des récits celtiques sont à l’origine de cette histoire… Un récit irlandais intitulé La fuite de Diarmaid et Grainne, attesté dès le Xe siècle, contient ainsi un certain nombre d’éléments qui annoncent les versions postérieures de Tristan et Iseut : Diarmuid and Gráinneun roi irlandais Finn a pour épouse Grainne ; elle jette un sort (geis) sur le neveu du roi, Diarmaid, et l’oblige à l’enlever et à se réfugier avec elle dans la forêt. D’abord chaste, Diarmaid laisse chaque matin un morceau de viande crue à l’endroit où ils ont dormi. GrainneD’autres récits celtiques font allusion à des combats contre un dragon, à des philtres magiques préparés par des femmes expertes en enchantements. Certains rapprochements ont été faits avec des récits persans, mais aussi avec des thèmes développés dans les textes antiques et les récits mythologiques : on a comparé la figure du Morholt et celle du Minotaure, l’évocation des deux voiles, blanche et noire, du bateau qui amène Iseut auprès de Tristan mourant rappelle la traversée de la mer Égée par Thésée après qu’il a réussi à sortir du labyrinthe…

L’histoire de Tristan et Iseult s’est diffusée à partir du XIIe s. dans toute l’Europe chrétienne. Aujourd’hui, elle n’est plus confinée à l’époque médiévale.

Tristan et Iseut - manuscrit de Gottfried von Strassburg (1210)

Les textes qui – aujourd’hui – nous révèlent ce mythe sont :

  • Tristan und Isolde 10Deux romans en vers, l’un écrit en Angleterre par Thomas en 1170 : défini comme une version courtoise, il n’en reste qu’environ le quart ; et l’autre composé vers 1180 par le poète normand, Béroul, dont il ne reste qu’un fragment de 4485 vers.
  • S’y ajoutent trois nouvelles en vers : Folies de Tristan …
  • Un lai de Marie de France, le Lai de chèvrefeuille.
  • On peut y ajouter une saga scandinave composée par frère Robert en 1226
  • Tristan und Isolde 12Une réécriture vers 1230 : le Tristan en prose, influencé par le Lancelot en prose ; le récit se passe à la fois à la cour du roi Marc, et celle du roi Arthur. Tristan devient un chevalier de la Table Ronde …
  • Des adaptations en moyen haut allemand de Gottfried de Strasbourg et ses continuateurs vers 1200, 1210…
  • Vers 1300, en Angleterre : Sir Tristrem d’un auteur anonyme.
  • Fin du XIIIe s. une version italienne Tristano Riccardiano.

August Spiess. Muerte de Isolda. 1883

Le Roman de Tristan et Iseut, a été renouvelé par Joseph Bédier, médiéviste de la fin du XIXe siècle qui a reconstitué le récit que nous ne possédons que par fragments : ceux de Thomas et de Béroul du XIIe siècle, celui d’Eilhart d’Oberg, celui de Gotfried de Starsbourg.

Robert de Boron et le Graal. -2/2-

«La position de Robert de Boron dans la tradition romanesque du Graal est décisive, non pas tant, comme on le dit, par les innovations qu’il introduit dans l’histoire du Graal que par la forme d’écriture et de compilation qui est la sienne. Chacun le sait : il est le premier à faire du Graal le calice de la Cène (encore cette formulation est-elle doublement inexacte, car il ne s’agit pas vraiment de la Cène et le Graal n’est pas essentiellement un calice), dans lequel Joseph d’Arimathie a ensuite recueilli le sang du Christ…»  Michel Zink – Collège de France

Christ Graal

On lit généralement Robert de Boron comme le continuateur de Chrétien de Troyes, en effet le Joseph d’Arimathie « christianise définitivement le graal en s’inspirant d’écrits apocryphes » (J.-M. Fritz). « Pourtant rien ne dit, ni que la légende ait connu une évolution cohérente allant vers la christianisation, ni que les étapes de cette évolution au tournant du XIIe et du XIIIe siècles se réduisent à Chrétien et ses continuateurs d’une part, à Robert de l’autre. Le Parzival de Wolfram est même un indice du contraire et accréditerait plutôt l’idée que Chrétien, à sa manière épurée, n’a retenu que le peu qui l’intéressait d’une matière foisonnante. » Michel ZinkThe Holy Grail with the Blood of Christ

Robert de Boron n’a sans doute pas ignoré qu’à son époque, vers 1229, un moine de l’abbaye cistercienne de Fromont ( qui existait de puis 1141, et il n’en reste que des vestiges …), en Ile de France, non loin de Beauvais, avait écrit, en latin bien sûr, une sorte de chronique historique, et pour l’année 717 (!), s’exprime ainsi :Cisterciens stjacques8 « En Bretagne, un ermite se fit montrer par un Ange, l’histoire de Joseph d’Arimathie, celui qui descendit le corps de Chist de la croix et celle de la Coupe, avec laquelle le Sauveur avait célébré la Cène avec ses disciples et cet objet est connu dans l’histoire sous le nom de  »Grasal » or, chez les francs il désignait un plat destiné à servir des personnes de haut rang. Ce document a disparu, mais des princes français le font refaire en ce moment… »

Ce moine mélangeait tout, bien entendu, et jamais ledit document ne fut retrouvé, et le fait qu’il en fait allusion montre combien à l’époque, le merveilleux était bien accepté…

Robert de Boron et le Graal. -1/2-

Robert de Boron, né en territoire de Belfort, est au service de Gautier de Montbéliard. Gautier s’embarque pour la Croisade en 1201, et meurt en Terre sainte en 1212.

Robert de Boron découvre la littérature byzantine et syriaque… Il a le projet d’une grande synthèse poétique…

Il a l’intuition de rattacher les légendes celtiques, avec le mythe du Graal, ramené aux origines du christianisme et écrire une sorte d’allégorie chrétienne de la Rédemption.

 Joseph of Arimathea walks on water holding the holy grail
Joseph of Arimathea walks on water holding the holy grail

Ses sources sont dans la Bible, mais aussi dans des textes apocryphes comme l’Évangile de Nicodème et La Vengeance du Sauveur. On nous dit, en particulier, comment Joseph fut maintenu en vie dans sa prison grâce au « vaissel » dans lequel le Christ avait institué l’Eucharistie au cours de la Cène, vase qui est aussi le calice où fut recueilli son sang. Le transfert de cette relique à Glastonbury assure le lien entre les âges et les civilisations : le calice devient le Graal.boron-graal

Le  »Merlin » raconte l’histoire du Graal jusqu’à la fondation de la Table ronde annoncée sous forme de prophétie par ce curieux personnage, décrit précédemment par Geoffroy de Monmouth.

C’est à la cour des Plantagenets qu’il écrit son œuvre. Bien au fait des mythes de son temps, des légendes celtiques, Robert de Boron affirme qu’il tient la substance de son récit d’un texte latin appelé le Grand Livre, rattaché à la Table Ronde … Une histoire reliée à celle des roi anglais, puisque par Merlin, le Roi Arthur est reconnu, roi des Bretons…

Le saint Graal et Table ronde
Le saint Graal à la Table ronde

Le XIIe siècle, qui abrite le récit est fort agité par les querelles brûlantes autour du dogme de la Transsubstantiation, adopté en 1215 par le Concile de Latran.

C’est en vers que Robert de Boron a composé sa trilogie : le  »Joseph d’Arimathie ou Roman de l’estoire dou Graal  »,  »Merlin  » et  »Perceval ». Seuls le premier de ces trois textes et le début du deuxième nous ont été conservés dans un manuscrit, mais une ou plusieurs versions en prose (Merlin en prose, Perceval de Modène et Didot-Perceval) nous transmettent le contenu de l’œuvre.