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Autres légendes

La Légende arthurienne compose ce que l’on appelle La Matière de Bretagne, de tradition celtique… Au Moyen-âge, d’autres traditions et en particulier la tradition Carolingienne compose la Matière de France, et les traditions latines et antiques composent la Matière de Rome …

Le poète Jean Bodel (1165-1210) a écrit qu’il existait trois matières : « Celles de France, de Bretagne et de Rome. Ces trois matières ne se ressemblent pas. Les contes de Bretagne sont tellement irréels et séduisants ! Tandis que ceux de Rome sont savants et chargés de signification et que ceux de France voient chaque jour leur authenticité confirmée ! »

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Les légendes ci-dessous, sont soit plus tardives, soit tirées de la matière française, ou celtique…

Elles alimentent le répertoire des Contes Merveilleux…

Dans ce type de littérature interviennent des éléments surnaturels ou féeriques, des opérations magiques, des événements miraculeux propres à enchanter le lecteur, ou l’auditeur…

cavalier avec dame

On peut distinguer le mythe de la légende. Ainsi, une légende tient – dans le contexte de l’histoire de faits ou de lieux réels – ; cette histoire est racontée puis est transmise par oral d’où les modifications. On pourrait la définir comme un récit qui mêle le vrai et le faux…

Par exemple, ci-dessous : quelques liens ….

Bonne Visite !

Lady_Godiva_by_John_Collier

La légende de Lady Godiva

La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la …

Mélusine

melusine la fée serpentLa légende de Mélusine. 1/3

Cette légende s’enchasse dans une histoire plus large qui commencerait dans le royaume d’Albany ( Ecosse en celte ) avec la rencontre du roi …

The Fall of Arthur, by J R R Tolkien 2

Tolkien | La Quête du Graal

Si JRR Tolkien délaisse par la suite la légende arthurienne, il n’en retient pas moins quelques traits essentiels à l’élaboration de sa propre mythologie.

Ivanhoé de Walter ScottIvanhoé de Walter Scott -1/2-

Avec Ivanhoé l’écrivain fait revivre l’Angleterre au temps de Richard Ier coeur de Lion. Il s’appuie sur une éventuelle haine qui existerait entre …

Ivanhoé de Walter Scott -2/2-

Ivanhoé de Walter Scott – Ill Henri Coninx 1953 L’influence de Walter Scott a été grande sur les écrivains du XIX siècle et sur le romantisme …

Le chevalier au cygne apparaît dans les chansons de geste au XIIe siècleLe Chevalier au Cygne.

Fées détail 1Les fées, ça n’existe pas ! -1/3-

La légende de Lady Godiva

Lady Godiva ( ou Godgyfu en saxon) est la très belle épouse de Léofric (968-1057), comte de Mercie et seigneur de Coventry. Elle est aussi une héroïne de la culture anglo-saxonne…

Son mari, pour financer ses guerres, harcèle violemment ses sujets et les couvre de taxes ; et Lady Godiva – sensible aux conditions difficiles d’existence des habitants de Coventry- régulièrement plaide auprès de son époux, une réduction des impôts. A chaque fois, près de l’oreiller, Léofric promet de supprimer des taxes ; mais ensuite le besoin d’argent se fait sentir … Par ailleurs, si lady Godiva est fort belle, elle est aussi fort prude ; et malgré la vigueur de son mari, elle refuse de se montrer entièrement déshabillée, la dame ne se livre que dans l’obscurité …

lady Godiva Edmund Leighton dépeint point de décision (1892)

Ce jour là, Léofric, exaspéré, fait comprendre à sa femme qu’il ne réduirait les impôts qu’à la condition, qu’elle-même traverse – nue à cheval – la ville de Conventry. Il pense qu’ainsi, lady Godiva ne l’ennuiera plus jamais avec cette question de taxes …

Après une longue réflexion, Godiva accepte le défi.

out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Lady_Godiva - Alfred Joseph Woolmer out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

La dame demande alors aux habitants de rester chez eux lors de son passage, pour que personne ne puisse la voir nue. L’annonce à la population ajoute que toute personne qui enfreindrait cette règle serait durement puni… Il n’est pas précisé si la punition serait divine, ou séculière …

Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865
Sir Edwin Landseer – La prière de Lady Godiva, 1865
Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847 http://www.tate.org.uk/art/work/N00390
Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847

Ainsi, vêtue uniquement de ses longs cheveux, qui cachent sa poitrine, lady Godiva passe à dos de cheval, accompagné d’une servante.

Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens
Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens
William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877
William Holmes Sullivan – Lady Godiva, 1877

On dit que seul un tailleur, du nom de  »Peeping Tom » a osé transgresser cette règle. Effectivement, le malheur s’est abattu sur lui… Il devint aveugle pour le restant de ses jours. C’est de là que vient l’expression anglaise « Peeping Tom », que nous connaissons sous l’expression « voyeur ».

On dit aussi, que le Conte lui aussi, a regardé ( enfin) sa femme nue… On ne sait quel malheur l’a frappé… Peut-être s’en est-il expliqué avec son épouse… Il tint parole, et l’on sait – documents historiques à l’appui, que le roi Édouard 1er (XIIIe ) lui-même, a pu vérifier dans les annales de Coventry, que l’impôt n’a plus été perçu à partir de 1057.

Une forme plus ancienne de cette histoire raconte la traversée du marché de Coventry par Godiva, alors que le peuple était rassemblé, surveillée seulement par deux cavalières (vêtues). Cette version est narrée dans Flores Historiarum de Roger de Wendover (mort en 1236)

Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586
Lady Godiva, tableau d’Adam van Noort, 1586

En 1586 : le peintre Adam van Noort a représenté l’épisode et a montré Léofric en train de regarder sa femme par la fenêtre…

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Lady-Godiva Affiche lady Godiva_1955_American_film_star_M

La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la jeune comtesse parcourt sur un cheval blanc les rues de la ville de Coventry. La seule condition, absolue, est d’avoir des cheveux longs et dorés.Godiva_statue_Broadgate_Oct_2011 petit

 

 

Une statue représentant Lady Godiva à également été élevée près de la place du marché de Coventry afin de rappeler l’événement.

Le Roman de Tristan et Iseut illustré par Maurice Lalau

 Maurice Lalau (1881 – 1961) était un illustrateur et peintre français. Il avait également utilisé le pseudonyme de Maurice Manoi.

Cette version:  Le Roman de Tristan et Iseut a été publié par William Heinemann de Londres, et par JB Lippincott à Philadelphie, en 1910.
Frontispice: Tristan et Iseult
Le château est situé sur la côte , bien fortifié contre toutes les agressions…
Elle seule, initiée à l’utilisation des philtres, pourrait sauver Tristram
Tristram élança son cheval contre lui avec une telle furie …
A ce moment Bragwaine est entrée, et a vu comment ils se regardaient en silence, ravis et étonnés …
Après avoir convoqué tous ses barons, Le roi Mark prit Iseut la Blonde pour épouse …
Dans les branches, le roi est rassuré…
Les amants vivaient tapis dans le creux d’un rocher …
De nuit, en passant par les bois une dernière fois, ils partirent en silence…
Les portes du palais étaient ouvertes à tout venant; riches et pauvres pouvaient s’asseoir et manger
Sous les arbres, il la serra contre son cœur, sans un mot
Elle a pris la cloche magique, et a sonné une dernière fois, puis la jeta dans la mer
Le roi Marc et Iseut la Blonde étaient assis aux échecs
Tristram se déguisa en mendiant
Elle a rendu l’âme et elle est morte à côté de lui de douleur

Tristan et Yseult – Résumé -3/3-

Illuminated letter 'L ' - from The Romance of Tristram and Iseut. Illustration by Maurice Lalau. Published 1910.

Les seigneurs exigent cependant qu’Iseult ne rentre en grâce qu’à la condition qu’elle puisse prouver qu’elle n’a jamais trompé Marc.

Marc souffre d’être séparé de son neveu aussi Yseut lui propose-t-elle de faire serment devant les autorités de l’église qu’elle n’a jamais entretenu de relations coupables avec Tristan : les barons seront bien obligés de la croire et tout le monde vivra en paix. THE BEGGAR CARRIES ISEULT - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph BedierElle organise la cérémonie : pour se rendre au lieu dit, le « Mal Pas » elle traverse un marécage juchée sur les épaules de Tristan déguisé en Lépreux et jure que  » Jamais aucun homme ne pénétra entre [ses] cuisses, sauf le lépreux qui se fit bête de somme pour [la]faire passer le gué, et le roi Marc, son mari » Tristan peut rentrer à la cour et les amants peuvent s’aimer à nouveau.

Tristan et Iseult. - Anna Balbusso

Surpris par les seigneurs, Tristan en tue l’un puis l’autre en diverses circonstances. Et il poursuit ses visites à Iseut. Quand Tristan décide enfin de partir, il rencontre le roi Arthur en route pour Tintagel et celui-ci lui propose de se joindre à sa troupe pour passer du temps en compagnie d’Iseut. Tristan ne peut refuser; il se grime pour demeurer incognito. La fête à Tintagel est un bonheur pour tous sauf pour Marc jaloux de voir Iseut entourée de tant d’hommes et visiblement convoitée. Il organise alors un horrible traquenard : le tour du lit d’Iseut, au milieu de la chambre où tout le monde dort, est garni de fers de faux aiguisés plantés dans le sol en terre battue et cachés sous une jonchée de glaïeuls. Quand Tristan se lève pour rejoindre Iseut, il se blesse aux pieds; son écuyer réveille alors tous les dormeurs et déclenche une rixe au cours de laquelle tout le monde se blesse, escamotant ainsi l’acte de Tristan dans la confusion générale.

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Après cette sanglante entrevue, Tristan s’exile en petite Bretagne. Là il rencontre une autre Iseut, dite “aux Blanches Mains”; et la demande en mariage.

A noter : Retour de Tristan en Bretagne après de nombreuses aventures au service de l’empereur de Rome, et en Espagne. Il combat et lie amitié avec Kaherdin, fils du vieux duc de Bretagne, qui lui fait épouser sa sœur, Iseut aux Blanches Mains. Mais c’est toujours l’autre qu’il célébrait dans ses chants.

Des années passent. Un jour, un pauvre pèlerin fou qui cache son visage, se présente au palais et s’y répand en paroles insensées. On l’amène devant Iseut la blonde, entre grotesque et désespoir, il raconte leur histoire d’amour. Grâce à l’anneau de jaspe vert, Iseut finit par le reconnaître; et ils vivent de nouveau leur passion.… Pourtant… elle serait d’abord disposée le faire mettre à mort, car elle a appris qu’il avait, en Bretagne, épousé une autre Iseut, Iseut aux blanches mains…
Impardonnable félonie d’amour ! Si pourtant il ne l’avait commise que pour délivrer de lui Iseut la blonde, la seule aimée, l’Unique ? Il n’a jamais été le mari de l’autre : on n’aime qu’une fois.

Tristan retourne près de son épouse en Petite Bretagne. Tristan cherche dans les combats une diversion à sa mélancolie, à ses regrets. Lors d’un combat, il est mortellement blessé. Seule la magie d’Iseut peut le guérir. The Death of Tristan - Illustration from the 1927 edition of 'Tristan and Iseult' by Joseph BedierTristan envoie un messager la chercher à Tintagel, avec avis de hisser la voile blanche pour annoncer la venue d’Iseut, la noire pour signaler son absence. Et Tristan moribond attend. Quand arrive le navire, la voile blanche apparaît. Mais lorsque Tristan l’interroge, son épouse la dit noire, par vengeance de l’amour de Tristan pour l’autre Iseut. C’est alors que Tristan se laisse mourir. Quand Iseut débarque, elle trouve Tristan mort, s’étend contre lui et rend l’âme à son tour

The Death of Tristram marianne stokes 1902

On les enterra tous les deux ensemble dans la chapelle de la cour du roi Marc. Un chèvrefeuille avait poussé au-dessus de la tombe d’Iseult et une vigne sur celle de Tristan. Et les deux plantes s’étaient entrelacées, comme pour relier leur deux tombes ……

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Tristan et Yseult – Résumé -2/3-

Illuminated letter M from The Romance of Tristram and IseultMais Yseult – la jeune mariée – n’est plus vierge.  Commence dès lors une série de ruses, de complots et de mensonges qui ne cesseront jamais. Tout d’abord, c’est Brangien qui prend la place d’Iseut dans le lit conjugal pour la nuit de noce. De leur côté, Tristan & Iseut profitent de toutes les occasions pour se voir et s’aimer.Eowyn-from Lord of the Rings. This image reminds me of Medraut's sister, Essylt...so like her, I wish it was her.

Inquiète du risque de trahison de Brangien, Iseut commande à des serviteurs de la tuer; elle regrette cependant cet ordre que les serviteurs, pris de pitié, n’ont heureusement pas exécuté. Et Brangien reprend sa place auprès d’Iseut. Bien entendu, les seigneurs ne sont pas dupes des amours de la reine; et préviennent le roi…

Le nain, Froncin, excite perfidement la jalousie du roi Marc. Il a surpris le secret des amants et conduit le roi à l’endroit de leurs rendez-vous, au bord d’une fontaine. Mais l’eau qui reflète son image le trahit et les amants feignent une rencontre amicale.Maurice Lalau ~ Le roi eut pitié ~ Le Roman de Tristan et Iseut ~ ~ 1909

Marc cherche toutefois à confondre Iseut en lui posant d’insidieuses questions qu’elle retourne avec une habileté stupéfiante, redoublant dès lors la confiance du mari. Celle-ci décuple l’audace de l’amant, pourtant toujours malheureux de sa trahison mais incapable de renoncer à son amour. Bien sûr les seigneurs veillent; et dénoncent les amants. Marc leur tend alors un nouveau piège : il fait répandre de la farine autour du lit conjugal et s’esquive au petit matin; Tristan a vu la feinte : il saute alors dans le lit d’Iseut pour ne point marquer la farine de son pas. Hélas, il a une blessure à la jambe et le saut la rouvrant, Tristan perd son sang. Le lit ensanglanté de la reine révèle donc la visite de Tristan. Marc décide alors de punir les amants : ils périront sur un bûcher. Maurice Lalau ~ The Lovers ~ Le Roman de Tristan et Iseut ~ ~ 1909Mais Tristan parvient à s’échapper. Pour raffiner sa vengeance, Marc livre Iseut aux lépreux qui la réclament pour la contaminer et assouvir sur elle leur violence sexuelle. Mais Tristan leur arrache Iseut et tous deux s’enfuient en forêt de Morois.

A noter : Petit Crû, le chien enchanté de Tristan. Ce chien est originaire d’Avalon, le pays des fées, et son grelot calme les chagrins.

Tristan et Iseult Magdalena Korzeniewska

Commence alors une longue période de vie sauvage : Tristan & Iseut se cachent et vivent à la dure; jamais cependant ils ne se plaignent de leur sort. Un jour que Tristan revient de chasse épuisé, il s’étend près d’Iseut avec son épée posée entre eux. Marc qui les surprend, voit dans ce fait le signe de la chasteté des amants.

Tristan et Iseult Magdalena Korzeniewska 2

Cela fait trois ans que les deux amants ont bu le philtre magique et l’effet se termine.He watched them they lay - Illustration from the 1927 edition of  Tristan and Iseult  by Joseph Bedier

Le roi, en leur faisant grâce de la vie, les a voués au repentir. Ils se confessent à un vieil ermite qui leur conseille de se séparer. Ils lui obéissent. Ils regrettent leur passé et par lettre, ils demandent la permission au roi de Marc de réintégrer le château et leur place respective. Le roi accepte le retour d’Yseut mais Tristan doit quitter, seul, la cour… Avant de se séparer, les amants s’échangent des preuves de leur amour. Iseut garde Husdent, le chien de Tristan, tandis qu’elle lui offre un anneau de jaspe vert.

A suivre…

Tristan et Yseult – Résumé -1/3-

 …Aucun texte ne contient le début de l’histoire de Tristan et Iseult ( ou Iseut, Yseult ), et pour la suite plusieurs versions proposent des épisodes semblables… Ce résumé constitue donc une histoire composite…

Illuminated letter 'T ' - from The Romance of Tristram and Iseut. Illustration by Maurice Lalau. Published 1910.

Tristan est un jeune chevalier réputé pour sa bravoure, sa beauté, ses dons de chanteur et de musicien. Il vit à Tintagel au pays de Galles, auprès de son oncle, le roi Marc.

Morholt Fights Tristan Julek Heller Illustration, 1990
Morholt Fights Tristan Julek Heller Illustration, 1990

Tristan est l’enfant de Blanchefleur, la sœur de Marc, roi de Cornouailles, qui a épousé le roi de Lonnois en Bretagne continentale. En apprenant la mort de son mari, elle meurt en mettant au monde son jeune enfant qui sera nommé Tristan. Elevé par Governal, celui-ci rejoint la cour du roi Marc.

Le royaume de Cornouailles est à cette époque assujetti à une coutume ancienne : payer chaque année un tribut de de cent jeunes filles à un géant d’Irlande, le Morholt.

Tristan-Slays Beast - MAC HARSHBERGER - Illustration from the 1927 edition of  Tristan and Iseult by Joseph Bedier.
MAC HARSHBERGER – Illustration from the 1927 edition

A noter : Le Morholt : C’est le beau-frère du roi d’Irlande. Dans la version wagnérienne ,il est le promis d’Yseult… « Mor » signifie en celte « mer » mais aussi « haut », « grand ». Il est, en bref, le monstre que doit abattre Tristan-Thésée, symbole de la vieille humanité, par opposition à la jeunesse prometteuse de notre héros.

Tristan Lies in the Barge by Julek Heller 2
Tristan Lies in the Barge by Julek Heller

Tristan, défie et vainc, dans un terrible combat, le Morholt d’Irlande. Mais Tristan sort de ce combat affligé d’une blessure incurable causée par une flèche empoisonnée. Il abandonne la cour et s’en va sur une barque sans rames, sans voiles ni gouvernail, en la seule compagnie de sa lyre. Il arrive ainsi par prodige jusqu’en terre d’Irlande où Yseult la Blonde ( la belle aux cheveux d’or) , experte en arts de médecine et de magie comme l’avait été sa mère, guérit sa blessure. Tristan se présente sous le nom de Tantris pour dissimuler son identité. Mais Yseult reconnaît en lui le vainqueur du Morholt. En effet, elle compare l’ébréchure de son épée avec un fragment de métal qu’elle a extrait du crâne du vaincu. Bbrewing love potion - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult  by Joseph BedierMalgré tout, mue par la compassion et peut-être par une attirance naissante, elle soigne le blessé.

Le roi Marc, point tout jeune, est résolument célibataire, comptant d’abord sur son neveu Audret pour prendre sa succession, puis sur son neveu Tristan qui lui paraît plus digne. Mais les seigneurs de sa garde, coalisés autour d’Audret dépité, exigent que le roi se marie pour engendrer un héritier “légitime”. Se dérobant par une pirouette, Marc s’engage à épouser la femme dont un cheveu d’or vient de tomber du bec d’une hirondelle juste sur son épaule. Croyant apaiser la haine des seigneurs, Tristan se propose pour aller chercher la belle aux cheveux d’or … qu’il connaît.Bedier - Marty

Tristan se rend donc en Irlande pour la demander en mariage au nom de Marc, son oncle. Mais la main d’Iseut est promise à l’homme qui délivrera l’Irlande du dragon qui la domine. Tristan se mesure alors au dragon et le tue. Mortellement blessé, il est de nouveau sauvé par Iseut et sa mère.

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Tristan by Duncan

 

Recevant Iseut pour prix de son exploit, Tristan se conforme à sa promesse et la conduit à Tintagel auprès de Marc. Queen Drank deep draught and gave it tristan - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph BedierRedoutant l’absence d’inclination de sa fille pour un mari imposé, la reine confie alors à Brangien, la suivante d’Iseut, un breuvage magique destiné à provoquer l’amour entre Iseut et son époux à qui Brangien doit le faire boire. Puis Tristan embarque Iseut à destination de Tintagel. Iseut est à la fois charmée par Tristan et fâchée de le voir distant : en effet, Tristan se veut loyal vis-à-vis de son oncle et se détourne d’Iseut.

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Par erreur ou par calcul, Brangien leur offre un jour à boire le breuvage magique. L’amour est immédiat entre les deux jeunes gens. Arrivés à Tintagel, Iseut épouse Marc.

TRISTAN RETURNS TO KING MARK - MAC HARSHBERGER 1927 (Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph Bedier.)
TRISTAN RETURNS TO KING MARK – MAC HARSHBERGER 1927 (Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph Bedier.)

Les Mabinogion

The Mabinogion by Lady Charlotte Guest cover Alan leeLes contes des Mabinogion ne sont pas le produit d’une seule main; mais un récit qui a évolué au cours des siècles, qui est passé de conteur en conteur, jusqu’à un maître barde gallois qui en a fait une transcription autour du XIIe siècle. Son contenu s’appuie sur les mythes et l’histoire de Grande-Bretagne celtique…

lady Charlotte Guest
Lady Charlotte Guest

Les Mabinogion ne semblent pas avoir été bien connus jusqu’à ce que Lady Charlotte Guest propose une traduction en anglais en 1849…

Certaines parties ont été traduites en français par Théodore Hersart de la Villemarqué, mais c’est Joseph Loth qui va établir la première édition française intégrale.

The Mabinogion 1910

Detail of page from the Red Book of Hergest, one of the sources of the ... mabinogion
Detail of page from the Red Book of Hergest, one of the sources of the mabinogion

Ce texte provient d’ histoires, initialement trouvées dans deux manuscrits, le  Livre blanc de Rhydderch  (1300-1325) (maintenant à la Bibliothèque nationale galloise) et le Livre rouge de Hergest  (1375-1425) (aujourd’hui conservé à l’Université d’Oxford) , mais certaines de ces histoires sont considérées comme ayant été écrites dès le 11ème siècle.

Les Mabinogion sont constitués de 4 branches, intitulées Pwyll, prince de DyfedLe Mabinogi de BranwenManawydan fils de Llyr et Math fils de Mathonwy.. Ces récits, sans être véritablement articulées, mettent en scène des personnages communs et font appel à une mythologie originale sans rapport exact avec les mythes gréco-latins ou germaniques. « Ce sont [quatre] nobles et francs [héros] agissant dans toute leur spontanéité. Chaque homme apparaît comme une sorte de demi-dieu caractérisé par un don surnaturel ; ce don est presque toujours attaché à un objet merveilleux, qui est en quelque sorte le sceau personnel de celui qui le possède », explique Ernest Renan

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d’ Alan Lee The-Mabinogion The-dream-of-rhonabwy

En dehors de ces quatre branches, il y a encore quatre récits qui se rattachent au cycle arthurien, dont le célèbre Culhwch and Olwen (vers 1100) ; enfin trois « nouvelles », que l’on considère aujourd’hui comme des adaptations « receltisées » des romans de Chrétien de Troyes.

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alan-lee The Mabinogion The-lady-of-the-fountain

En effet, si on a considéré comme allant de soi que ces textes étaient anciens et qu’ils étaient une mise en écrit d’une très antique tradition orale. On en a déduit que le Mabinogi de Peredur ab Evrawc pouvait être la source du Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Joseph Loth, linguiste et historien français qui s’est particulièrement intéressé aux langues celtiques, abonde dans ce sens et dira ainsi, dans sa traduction de ces textes: «Les Bretons insulaires, avant l’apparition des romans français, avaient mis sur pied des romans d’aussi longue haleine et aussi bien composés pour le moins que les romans français. Il est même remarquable que dans l’ensemble, Owen et Lunet, Peredur, Gereint et Enid sont supérieurs aux romans français correspondants (Yvain, Perceval, Erec et Enide). Au point de vue artistique, la supériorité des écrivains gallois est également incontestable. Aucun écrivain français du temps de Chrétien, ni en France ni en Angleterre, ne saurait lutter contre les Gallois comme conteurs. Chez les Français, l’histoire se déroule lentement, terne, incolore, embarrassée de maladroites répétitions, de digressions oiseuses. Chez les Gallois, la narration est vivante, colorée, mettant en relief avec un sûr instinct artistique, les traits de nature à produire un effet pittoresque et romantique. »

Alan Lee illustration from 'Peredur, son of Efrawg', from 'The Mabinogion'
Alan Lee illustration from ‘Peredur, son of Efrawg’, from ‘The Mabinogion’

Cependant, bien que certains passages des Mabinogion soient très anciens, on croit aujourd’hui que certains contes se sont plutôt inspirés des textes français. Anne Berthelot, médiéviste, ira même plus loin en disant que non seulement ils s’en sont inspirés mais qu’en plus, ils n’en ont pas toujours compris le sens.

Les Mabinogion gardent encore aujourd’hui une partie de leurs secrets…

 » La Belle dame sans merci  », œuvre d’Alain Chartier (1424)

 »Merci », vient du latin ‘ merces ‘avec le sens de  » salaire, récompense  », mais aussi avec la signification de  » grâce, pitié  », peut-être parce que la grâce peut parfois être considérée comme une forme de récompense (je te gracie parce que tu t’es bien battu). C’est d’ailleurs ce dernier sens qu’a  »merci » lorsqu’il apparaît en français avec cette orthographe au XIe siècle.

En 1427 Alain Chartier est envoyé en Écosse pour y négocier le mariage du jeune dauphin (plus tard Louis XI), alors âgé de cinq ans, avec Marguerite d’Écosse. Ici, ce tableau illustre : l’histoire de ce fameux baiser donné par Marguerite d’Écosse sur « la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses paroles »

 

 

La Belle dame sans merci. ‘ (1424) est l’oeuvre la plus connue de Alain Chartier ; poète français et orateur en langue latine (Bayeux vers 1385-vers 1435). Secrétaire du Dauphin, le futur Charles VII, il est considéré comme un des créateurs de la prose oratoire française (le Quadrilogue invectif, 1422).

 

 

La Belle Dame sans mercy, rédigée par Alain Chartier dix ans après la défaite d’Azincourt (1415), fait scandale dans les milieux de la cour. Le sujet est généralement considéré comme un défi aux valeurs de l’amour courtois. Ce poème emprunte une forme courante au XVe siècle, le huitain à trois rimes enlacées, ababbcbc .

L’intrigue met en scène trois personnages : un amant plaintif qui déclare son amour, une dame impitoyable repoussant ses avances et un poète malheureux qui écoute leur conversation en cachette.

La combinaison de « l’amant-martyr » et de « la dame-sans-merci » n’est pas rare dans la littérature médiévale . On retrouve également une situation analogue du poète dans le Débat de deux amans de Christine de Pizan. Pourtant, une opposition aussi constante de la Dame à l’Amant est remarquable parmi les textes de poésie lyrique où est mise en scène la « dame-sans-merci ».

Dans l’œuvre d’Alain Chartier, « tous les arguments de l’amoureux sont immédiatement réfutés » par la Dame. Du début jusqu’à la fin, la Dame se défie des paroles de l’Amant, sans jamais changer d’attitude.

La notion de défiance en moyen français (defiance, deffiance et desfiance) désigne à la fois le « défi » et la « défiance ». Le premier sens, « défi », implique l’« action de défier, de provoquer quelqu’un au combat, de déclarer la guerre à quelqu’un ». Le second sens est : « sentiment de celui qui n’a pas de confiance, manque de confiance, défiance »

Dans La Belle Dame sans mercy, l’Amant, à travers le terme deffiance, insiste sur le fait que les yeux de la Dame le provoquent à la guerre en lui envoyant un héraut représenté par le ‘doux regard’. Ici, la deffiance prend le sens de « défi » (au combat) en ancien français

Au début du débat, les « belles paroles » sont l’objet de la défiance de la Dame. Le choix de l’adjectif beau pour qualifier les paroles de l’Amant suggère la futilité des paroles des amoureux

Dans la suite du poème, l’Amant remplace le beau parleur auquel la Dame faisait allusion par le jangleur, celui qui se plaint par calcul…

L’Amant souligne le contraste qui existe entre un tel jangleur – qui ne sait guère dissimuler sa faintise (faux-semblant) – et un homme réellement triste. Aussi justifie-t-il l’authenticité de ses propres paroles. La Dame renchérit sur ce motif, employant l’expression « cruel losengeur »

La faintise atténue la divergence entre deux adjectifs, « villain » et « courtoise », à savoir qu’elle dissimule un cœur vil par des paroles courtoises.

La faintise de la parole est donc un fondement de la défiance de la Dame envers les paroles de l’Amant.

La Dame déprise la souffrance d’amour dont l’Amant se plaint, en l’attribuant à une « plaisant folie »…

Si la Dame adoucit son attitude, l’Amant la contredit en se comparant à des animaux de chasse apprivoisés.

En se défendant de la double accusation de faintise et de change, l’Amant synthétise ici l’objet de la défiance de la Dame.

Le refus de l’Amant de croire les propos de la Dame fait un parallélisme avec la défiance de la Dame. Une valeur de l’amour courtois, à savoir la « loyauté », fait l’objet de la foi de l’Amant. ( …)

La Dame reproche à l’Amant de ne pas s’en rapporter à elle…

De son côté, l’Amant n’accepte pas le conseil de la Dame de trouver ailleurs une dame « plus belle et jente », et n’ajoute pas non plus foi aux paroles de sa bien-aimée…

L’Amant prétend que la démonstration de sa loyauté peut dissiper le soupçon de la Dame. (…) En vain l’Amant essaie-t-il de convaincre la Dame…

La guerre verbale entre l’amoureux et son « amoureuse annemie » prend fin avec l’ultimatum de la Dame : « Une fois pour toutes croyez / Que vous demourrez escondit. » . Nous pouvons interpréter le terme croire comme signifiant « être persuadé » . Le verbe escondire signifie « refuser, repousser », en contexte amoureux.

Ici se déroule une guerre verbale, sous forme de débat entre deux combattants qui ne se font pas confiance et refusent jusqu’à la fin de reculer. Dans cette guerre verbale, bien différente de la bataille conforme au code chevaleresque, le fait de se rendre en demandant « merci » n’est pas accepté. Les requêtes formulées par l’Amant, aussi bien celles destinées à obtenir la « pitié » que la « grâce », sont repoussées par la dureté de la Dame… !

D’une part, la défiance de la dame sans merci porte entièrement sur la fausseté de la parole énoncée par l’amoureux, ainsi que sur l’inconstance du cœur de ce dernier.