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Quand le Graal est devenu chrétien …

En ce Moyen-âge, le christianisme se montre habile et – face à des croyances plus anciennes – préfère les intégrer dans le sens de la doctrine chrétienne… Plus tard, elle préférera les combattre avec violence …

Saint Edern sur son cerf
Saint Edern sur son cerf

Ainsi de nombreux personnages appartenant à des mythologies celtes ou nordiques sont devenus soit des saints, doit des diables. En Bretagne armoricaine, Edern, ancienne divinité d’ailleurs récupérée dans les romans du cycle arthurien, est devenu saint Edern, tandis que son frère Gwynn, au Pays de galles, s’est retrouvé portier de l’Enfer. Toujours en Bretagne, le dieu aux cornes de cervidés Cernunnos se retrouve sous les traits de  »saint » Kornely, plus ou moins confondu avec un hypothétique pape Corneille. ( voir note *)

Celtic-Danu-Brigit Celtic Danu is also identified with Brigit, Goddess of Knowledge
Celtic-Danu-Brigit Celtic Danu is also identified with Brigit, Goddess of Knowledge

En Irlande, la déesse celtique au triple visage Brigit réapparaît sous les traits de Sainte Brigitte, confondue alors avec une abbesse de Kildare dont l’historicité est finalement très loins d’être prouvée, ce qui ne l’empêche pas d’être la sainte patronne des Irlandais. Et les exemples sont innombrables sur tout le territoire de l’Europe occidentale … ( note **)St Brigit with lamp

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le thème de la  » Quête du Graal  », thème éminemment païen, mais présentant les étapes d’une initiation, d’un dépassement de soi-même pour arriver à la perfection, ait été récupéré pour la bonne cause, et l’évangélisation chrétienne – ce qui ne me choque pas, au contraire cette inculturation est habile et se justifie .. – et soit devenu un modèle de vie chrétienne…

perceval-sur-sa-montureLe Christianisme – aux environs de l’an 1200 – est en pleine évolution. L’abbaye de Cîteaux, dans un contexte de croisades et de cathédrales dites ‘gothiques’, va essaimer un peu partout ses idées… L’un de ceux qui a contribué à l’amplification du mythe du Graal est un certain Robert de Boron. Nous savons peu de choses de lui : était-il un clerc, un chevalier … ? Il a écrit une œuvre abondante sur la légende arthurienne ; des ouvrages postérieurs, en prose, seront considérés comme des adaptations de ses écrits et reconstitueront un cycle cistercien proprement dit tel le  » Lancelot en prose  » véritable corpus de la légende arthurienne …

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(*) D’étymologie celtique, Edern vient soit de l’adjectif gallois « edyrn », signifiant grand, gigantesque, soit du latin « aeternus » signifiant éternel. Dans la légende galloise, Edern, qui chevauchait aussi un cerf, est le fils du dieu Nuz et l’un des premiers amants de la reine Guenièvre, l’infidèle épouse du roi Arthur ( ceci, dans les textes celtes).

Saint Cornély. Eglise Saint-Pierre-aux-Liens. Baye. Cornouailles. Bretagne.
Saint Cornély. Eglise Saint-Pierre-aux-Liens. Baye. Cornouailles. Bretagne.

Le cerf est l’héritage de la religion celte qui tenait la bête en grande vénération. La chute annuelle des bois suivie de repousse passait aux yeux des anciens pour être symbole de la mort et de résurrection. Le cerf, on le sait était associé au culte rendu du dieu Cernunnos…

Cernunnos est un dieu solaire à visage humain jeune et aux bois de cerf, ou simplement cornu, il est le dieu de la fécondité. Il est également le maître du royaume des morts. Il a parfois été christianisé sous le nom de Saint Cornély ou Saint Corneille. Saint Cornély – Sant Korneli – est le plus connu des saints protecteurs du bétail ( bêtes à cornes) .

triple brigit
Triple Brigit

(**) Brigitte (connue sous les noms de Brigit, Brigantia…) est, dans la religion celtique et la mythologie irlandaise, la fille de Dagda le Dieu Bon et l’une des Thuata Dé Dana. Elle était la femme de Bress, un Fomore, avec qui elle a un fils, Ruadan.

Sainte Brigide d’Irlande ou Brigide de Kildare (ou en breton santez Berc’hed serait née au Ve siècle à Faughart près de Dundalk, dans le comté de Louth, en Irlande. C’est une sainte des Églises catholique et orthodoxe. Les fidèles l’honorent le 1er février.

Le culte de sainte Brigite est probablement dérivé de celui de la déesse celte triple Brigit, qui était célébrée lors de la fête druidique de Imbolc, au début de février. Brigide est, elle aussi, fêtée le premier jour de février. Ce culte a été christianisé comme beaucoup d’autres après l’évangélisation de l’Irlande

Le Graal – Les lieux où il est passé, et où il s’est perdu… ? -3/ –

Jérusalem

Une des sources les plus anciennes inhérentes à la recherche du Graal et de sa position, parle d’un calice argenté à deux manches qui était gardé dans un reliquaire d’une chapelle près de Jérusalem, entre la basilique du Golgotha et le Martyre.

Dessin de la basilique du Saint-Sépulcre au VIIe siècle - De Sanctis locis
Dessin de la basilique du Saint-Sépulcre au VIIe siècle – De Sanctis locis

Cette nouvelle est transmise par une source en relation avec le pèlerin et évêque du nom de Arkulf de Périgueux( en Gaule, ou en Allemagne selon d’autres sources …) qui vécut au VIIe siècle – à la recherche de reliques et qui affirme avoir vu et touché le calice Sacré, près d’une petite église à Jérusalem entre les deux basiliques… ! .C’est aussi le seul témoignage qui place le Graal en Terre Sainte. Sa mémoire est préservée par un écrit d’Adamnana, abbé du monastère de Hy sur l’île de Iona  »histoires de l’évêque Arkulfa « (De locisSanctis), qui reprend son récit de plusieurs mois de pèlerinage et qui a eu lieu entre les années 660 ou 679 et 687. Ses descriptions fournissent de nombreux détails sur le fonctionnement de l’ancienne Église et de l’architecture religieuse, en Terre Sainte, et en particulier de Jérusalem. Arkulf décrit également la relique de la Sainte Croix de Constantinople …

Que vit en réalité Arkulf ? Le Suaire, le Saint Graal ? Ou peut-être vit-il un autre objet, un objet qui au fil du temps à changé plusieurs fois de nom et d’aspect ?

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De Constantinople à Troyes

Garnier de Traignel
Garnier de Traignel

Le Graal ( ou sa copie …) aurait été conservée à Constantinople ! C’est du moins ce qu’affirme une source du XIIIe siècle, et plus exactement le roman de « Titurel le jeune ».

Le Saint-Calice aurait été volé de l’église du Boucoleon durant la quatrième croisade et porté de Constantinople à Troyes par Garnier de Trainel, dixième évêque de Troyes, en 1204.

Lors de la quatrième croisade, les croisés firent main basse sur les trésors (reliques et pierreries) de Contantinople. Garnier de Trainel, que la mort attendait en cette ville, acquit un grand nombre de reliques et ses chapelains ramenèrent avec eux une part considérable de ce trésor dans laquelle on trouvait un morceau considérable de la vraie Croix, du sang du Christ, mais aussi le chef de saint Philippe, le bras de saint Jacques le Majeur ou le corps entier de sainte Hélène vierge. (Mentionné dans les inventaires des églises de Troyes).

Caliz de los Patriarcas,Constantinopla Siglo X-XI Tesoro de San Marcos -Venecia
Caliz de los Patriarcas,Constantinopla Siglo X-XI Tesoro de San Marcos -Venecia

Le vase de la Cène était, assurément, le plus précieux des trésors.

En 1429, le Chapitre fait l’inventaire de s

on Trésor, dont le vase de la Cène : «  c’est un grand plat d’argent, dont le fond est fait d’un vase qui a servi à Notre-Seigneur.  »

En 1611, le chanoine Camusat dans un inventaire du Trésor de la cathédrale, donne une description détaillée du vase de la Cène :  » il est en porphyre vert et noir, en forme de bassin rond, garni d’argent, au milieu duquel il y a un crucifix d’argent doré, aux coings des croisons y a 5 émeraudes fines« .

The Attarouthi Treasure - Chalice 7th century,Byzantine Made in Attarouthi,Syria silver and gilt
The Attarouthi Treasure – Chalice 7th century,Byzantine Made in Attarouthi,Syria silver and gilt

En 1637, Des Guerrois rappelle que Garnier de Trainel a envoyé un fort beau vase de jaspe, entouré d’un bord d’argent sur lequel il y a 4 vers grecs qui sont gravés en lettres majuscules : «  Autrefois, ce plat servait à Notre-seigneur, quand il mangea avec ses bien-aimés apôtres. Maintenant il sert aux saintes Particules (c’est-à-dire les Hosties consacrées) de notre même Seigneur, ce que témoigne ce don si artistement orné.  »

Un inventaire de la Cathédrale de 1700, ajoute que ce vase «  a servi à la Cène de Notre-Seigneur, les lettres grecques qui sont autour le disent ainsi.  »

Calice de Kremsmünster offert par le Duc Tassilon. Cuivre fondu et doré, plaques d'argent. Vers 770 ; 22,5 cm de haut, 15,7 cm de diamètre. Abbaye bénédictine de Kremsmünster
Calice de Kremsmünster offert par le Duc Tassilon. Cuivre fondu et doré, plaques d’argent. Vers 770 ; 22,5 cm de haut, 15,7 cm de diamètre. Abbaye bénédictine de Kremsmünster

Un chanoine raconte après le terrible incendie de 1700, qu’il y a à la cathédrale «  un bassin assez grand, qui a servi à la Cène, lorsque Notre-Seigneur mangea avec ses Apôtres la veille de sa Passion, sur le bord duquel on lit 4 vers qui en font foi.  »

En 1709, des bénédictins venus à Troyes, constatent l’existence de notre précieuse relique «  dont Notre-Seigneur se servit à la Cène lorsqu’il lava les pied à ses disciples, dans le fond duquel on voit un beau vert émeraude, et autour on lit 4 vers grecs qui prouvent son antiquité. Ce vase de porphyre, ou de quelque autre pierre plus précieuse, en forme de petit bassin, a un pied et demi environ de diamètre, y compris un bord d’argent qui en augmente la circonférence. Le fond est enrichi d’une croix d’or ou d’argent doré, fixé çà la circonférence par ses quatre extrémités. Le bord d’argent est chargé de 4 iambes grecs en lettres capitales, gravées en relief. Le caractère de ces lettres, maigre et allongé, est assez semblable à celui des lettres capitales que l’on voit dans quelques manuscrits du temps de Charlemagne.  »

Gold Goblet with Personifications of Cyprus, Rome, Constantinople, and Alexandria c700. Byzantine or Avar
Gold Goblet with Personifications of Cyprus, Rome, Constantinople, and Alexandria c700. Byzantine or Avar

Courtalon-Delaistre, curé de Sainte-Savine écrit :  » On voit dans le Trésor de la Cathédrale, un plat de jaspe avec un cercle d’argent large d’environ 3 pouces, autour duquel on lit 4 vers grecs, par lesquels on assure que ce plat servit à Jésus-Christ dans la dernière Cène qu’il fit avec ses apôtres, lorsqu’il institua l’Eucharistie.  »

  Il en reste le témoignage dans les verrières exécutées sous Nicolas de Brie (verrière 10, la seconde à droite du chœur).

En janvier 1794 tous les reliquaires et reliques furent livrés aux flammes révolutionnaires !

Gold Chalice, Europe 5th-10th century
Gold Chalice, Europe 5th-10th century

Dans ce cas également le doute exprimé en ce qui concerne l’objet décrit par Arkulf devient légitime, car Constantinople était justement célèbre parce qu’elle gardait la Couronne d’Épines, le Suaire et même la Croix du Christ, amenée dans la ville par l’Empereur Bizantin Héraclius en 629. Encore une fois il est légitime de se demander: Quels sont les mots employés à cette époque pour désigner le Graal ?

Blasons des Chevaliers de la Table Ronde

« Ce sunt les noms, armes et blasons des chevaliers companions de la Table ronde au tamps du roy Artus et insi qu’ils estoyent assis, au comencemant de la grant queste du saint Greal, a la dite Table ronde » Date d’édition : 1401-1500

On rapporte l’institution de l’héraldique aux tournois, où ceux qui se présentaient pour entrer en lice prouvaient leur extraction par l’écu de leurs ARMES ; d’autres prétendent qu’elles furent introduites à l’occasion des croisades, où la différence des bannières servit à distinguer les chevaliers et à faciliter le ralliement de leurs vassaux.

Les ARMES sont les symboles, emblèmes peints et figurés sur l’écu. Il ne faut pas les confondre avec les ARMOIRIES. Les ARMOIRIES sont des marques d’honneur héréditaires, d’émaux et de figures déterminées, d’usage immémorial ou concédées par les souverains, qui distinguent les familles nobles l’une de l’autre.

Un blason est un ensemble de couleurs et de dessins ( les armes) peints sur un écu. Un écu est un bouclier. Il servait aux guerriers à se protéger bien sûr, mais aussi à effrayer l’ennemi (dans l’Antiquité on dessinait des figures monstrueuses sur le bouclier) et puis à identifier le porteur, sa famille ou son clan sur les champs de bataille.

En héraldique, les couleurs ont un nom particulier, on les appelle les « émaux ». On les classe en trois catégories : les métaux, les couleurs et les fourrures.

Le roi Arthur

Le chevalier Lancelot

D’azur aux treize couronnes d’or.

Sa devise : « Pendragon Teste de Dragon« .

D’argent aux trois bandes de gueules.

Sa devise: « Du lac ma Dame« 

 

Le Graal – Les lieux où il est passé, et où il s’est perdu perdu… ? -2/ –

Quand on ne sut plus ce qu’était devenu le Saint-Graal,  et qui avait pu le cacher.. ?

Il sera recherché des siècles par des chevaliers, et donnera lieu à une série d’aventures merveilleuses, et littéraires… Puis, on tenta même de mettre une fin à cette Quête, affirmant que le Saint-Graal ne serait plus en Occident mais en Inde, non loin de l’emplacement du Paradis Terrestre, et confié au Prêtre Jeanpreste joao : Wolfram von Eschenbach, dans son Parzival, fait du Prêtre Jean le neveu de Perceval, chevalier de la Table ronde cherchant le Graal, Perceval lui-même devenant le père du Chevalier au Cygne, ancêtre légendaire de Godefroy de Bouillon, le premier roi de Jérusalem. Dans ces constructions complexes, qui mêlent autour de Jérusalem les croisades, le Graal et le Prêtre Jean, c’est toute une mythologie chrétienne qui s’invente…

Peinture murale -montreal-sos
Peinture murale – Montreal de Sos

* Mais, pour revenir chez nous ; il faut compter sur les Templiers. La grotte située sous Montreal de Sos ( commanderie du Temple en Ariège) en garde la trace… Deux auteurs : Coincy St Palais et d’Artaran font mention de l’existence d’une crypte antique qui serait « celle de l’initiation des Gardiens du St Graal » et aussi « témoin ou sont gravés des signes spéciaux ». Ces auteurs s’interrogent sur la vraie destination du château… Et si le Graal a pu trouver un temps un refuge à Usson, ou dans une commanderie voisine, le Graal n’a pu être confié qu’aux Templiers …

Quel était donc cet objet que les Templiers d’Espagne, envoyèrent en 1247, au roi d’Angleterre Henri Ier, en passant par Gisors ? Bien sûr, nous reviendrons prochainement sur ce lien entre le Graal et les Templiers…

Castel-del-Monte_aerea
Castel-del-Monte

** Le Castel del Monte est un château italien du XIIIe siècle construit par l’empereur du Saint Empire, Frédéric II de Hohenstaufen (à70 km à l’ouest de Bari, dans les Pouilles). Construit en 1240, l’empereur n’y serait jamais entré… parfaitement octogonal, ses huit côtés sont surmontés de huit tours octogonales elles aussi; il affiche également huit fenêtres et offre huit salles communes! Le château n’avait rien à défendre. D’ailleurs, il n’y a ni fortifications, ni douve, ni pont-levis, ni meurtrière!  Castel del Monte ne fut jamais utilisé, du moins officiellement, pour aucun but, que ce soit civile ou militaire et encore moins comme habitation de l’Empereur.Virgo Mater Adoratrix[2]

Cette construction est inadaptée pour la réception, et semble avoir été construit pour … recevoir le Graal ! ….. Il occupait une position indispensable pour tous ceux qui étaient sur ​​le point d’atteindre le Saint Sépulcre

On pense qu’au centre de la cour, il existait un bassin, également octogonal, fabriqué en marbre d’une seule pièce, selon la description de Troyli en 1743. Ce bassin représentait le Graal, Graal déposé dans le château par les chevaliers teutoniques, grâce à une confrérie soufie…

Noël au Moyen-âge -2/2- A la cour d’Arthur…

Bien que Noël – au Moyen Age- était différent d’aujourd’hui, beaucoup d’activités que nous associons à cette fête auraient été familières en ce temps là… . Faire la fête, jouer à des jeux, chanter, boire et manger autour d’un feu, décorer sa maison avec des conifères, et même s’offrir des des cadeaux, sont en effet, quelques-unes des traditions appréciées en ville au Moyen-âge.

Calendar page for February in British Library MS Additional 24098 ‘The Golf Book (Sixteenth Century)

Dans la légende arthurienne, le conte de Sire Gauvain et du Chevalier vert est présenté comme une histoire de Noël, remplie de célébrations et réjouissances… Le motif de Noël est facilement observable dans la personne même du Chevalier Vert…

SIRE GAUVAIN ET LE CHEVALIER VERT ILLUSTRATION PAR WILLIAM MCLAREN

Le récit relate l’arrivée d’un mystérieux géant vert, monté sur un cheval verts, à la cour d’Arthur se préparant à fêter Noël.Sir Gawain takes up the challenge. As instructed by the Green Knight, ... Le mystérieux chevalier lance un défi au roi et à ses preux : que celui qui en aura le courage accepte de le frapper avec sa propre hache de forestier ; en retour, le chevalier lui impose seulement d’accepter le même traitement un an et un jour plus tard. Arthur serait prêt à relever le défi, mais par souci de le protéger, c’est Gauvain son neveu qui aura finalement cet  »honneur ». Pensant éviter toutes suites désagréables, Gauvain décapite à la hache son adversaire tout de vert vêtu, maos ô surprise, le génat ramasse sa tête qui avait roulé par terre dans des flots de sang. La tête se met à parler, donnant à Gauvain rendes-vous à la Chapelle Verte, avant que le chevalier portant sa tête sous le bras et chevauchant son destrier aussi vert et superbe que lui ne s’éloigne au galop…. L’aventure ne fait que commencer …. !Christmas preparations on a calendar page for December in 'The Golf Book'

Les activités décrites à la cour du roi Arthur lors de Noël dans le célèbre roman du XIVe siècle Sire Gauvain et le Chevalier vert  offrent un bon aperçu de la fête dans une cour médiévale tardive:

Le roi est à Camelot au moment de Noël et, avec les meilleurs chevaliers de la noble confrérie de la Table ronde, dûment assemblés, ils s’adonnent aux réjouissances et aux plaisirs insouciants de la fête. Auparavant, ils avaient participé à des tournois… Ces célébrations s’étalent sans interruption pendant quinze jours, alternant toutes sortes d’activités festives et de la danse la nuit, pour le plus grand contentement des seigneurs et des dames de la cour …

'The Golf Book', British LibraryAlors que la Nouvelle Année est toute jeune – ce jour même la splendeur de la table est redoublée – le roi après la messe rejoint la grande salle avec tous ses chevaliers… Noël est célébré à nouveau, chacun apportant des présents …

La majeure partie du poème (37-197, de 750 à 2479) a lieu pendant la saison de Noël. Le défi du chevalier vert a lieu le jour de la Nouvelle Année.

Un an plus tard, Gauvain arrive au château de Bertilak la veille de Noël; il y reste pour être  »testée » par Lady Bertilak pendant trois jours, et répond au défi du chevalier vert, le jour de l’An. Ainsi, les principaux éléments de l’intrigue se produisent lors de la Veillée de Noël et au cours de ses douze jours.

Noël au Moyen-âge -1/2-

La plupart des religions anciennes ont donné de l’importance au phénomène du solstice d’hiver, le moment de l’année, où le jour est le plus court et la nuit la plus longue.saturnales Noel

Dans le calendrier julien, cette date tombait le 25 Décembre. C’était à ce moment de l’année que les Romains organisaient des célébrations d’hiver appelées Saturnales, ( dieu Saturne). Lors de ces fêtes, la coutume étaient de donner des poupées de cire aux enfants, comme cadeaux. Il y avait d’autres traditions, par exemple dans les zones celtiques de l’empire romain, les hommes et les femmes s’habillaient avec des vêtements du sexe opposé, et ensuite allaient danser avec des masques d’animaux.

Dans le christianisme, c’est autour de l’an 300, qu’il a été décidé qu’une fête serait organisée en l’honneur de la naissance du Christ : le 25 Décembre a été choisi. L’argument théologique reposait sur le fait que c’était neuf mois à partir du 25 Mars, qui était considéré comme le jour où le monde a été créé, et était également la date de la conception du Christ.

'La fête du paon' du Livre des conquêtes et des faits d'Alexandre, 15ème siècle

Au début du Moyen Age, ce n’était pas le jour de Noël qui importait. La grande fête était l’Epiphanie : la manifestation de Jésus comme Christ, aux Mages. Le calendrier médiéval était dominé par des congés tels que les  »quarante jours de Saint-Martin », qui débutaient le 11 Novembre avec la fête de St Martin, période qu’on nomme aujourd’hui l’Avent.

Breviaire-romain-clermont-ferrand-BM-ms-0069-f-127-reduitL’importance du jour de Noël a augmenté progressivement après Charlemagne qui fut couronné empereur le jour de Noël 800. Le roi Edmund martyr a été oint au Noël de 855 et le roi Guillaume Ier d’Angleterre a été couronné le jour de Noël 1066. Autour du 12ème siècle, les  »douze saints jours » apparaissent dans les calendriers liturgiques, à compter du 25 Décembre et durent jusqu’au 6 Janvier à l’Epiphanie.

À la fin du Moyen Âge, la fête est devenue si importante que les chroniqueurs régulièrement relèvent ce que les rois font à cette date Noël. C’est lors de la fête de Noël en 1377 – avec le roi Richard II – que vingt-huit bœufs et trois cents moutons ont été mangés.

©Photo. R.M.N. / R.-G. OjŽda
©Photo. R.M.N. / R.-G. OjŽda

Evêque de Myra (Turquie actuelle) au IIIème siècle, saint NicolasSaint Nicolas aurait réalisé de nombreux miracles auprès d’enfants.

Représenté coiffé d’une mître, vêtu d’un long manteau de fourrure avec une crosse à la main, il est fêté depuis le Moyen-Age, le 6 décembre, anniversaire de sa mort, particulièrement dans les régions de l’Est.

De Amore – d’André Le Chapelain

15c86d433a96cce9a93020347e10d42c08 »De Amore » d’André le Chapelain, paraît vers 1186. Ce texte fournit des renseignements précis sur le rôle que l’amour et les débats sur les questions d’amour ont pu jouer dans la société aristocratique française du XIIe s. Imprégné lui-même de tradition cléricale, Le Chapelain était aussi familier de la Bible que d’Ovide et de Chrétien de Troyes. Sa définition de l’amour courtois est lapidaire : il s’agit d’ « un embellissement du désir érotique ».Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

André le Chapelain, un clerc intimement mêlé à la vie de la cour de Marie de Champagne, la célèbre inspiratrice de Chrétien de Troyes, prodigue d’abord à son disciple Gautier, les conseils les plus avertis dans la difficile technique de la conquête amoureuse, mais finalement, en un brusque retournement, il dénonce, avec la véhémence d’un sermonnaire, les méfaits de l’amour et accable d’opprobres la femme pourvue de tous les vices.

994891204Dans la première partie de son ouvrage, il définit l’amor purus, constituant « une source de perfectionnement » et s’opposant donc à tous les excès, notamment ceux de la concupiscence masculine. Il le différencie de l‘amor mixtus, où le désir parvient à sa réalisation. Même alors, cependant, la passion débridée se voit déniée toute valeur et est finalement ravalée au rang d’instinct bas et méprisable. Le mot clé du traité est sapiens, évoquant aussi bien la modération que la magnanimité qui devaient plus tard définir en partie l’idéal de l’honnête homme du XVIIe S.The Fountain of Life, detail of a couple embracing (15th century) Giacomo Jaquerio

Dans la première partie de son livre, Le Chapelain rend hommage à l’amour où la sexualité et l’adoration ne font qu’un. Dans la seconde, au contraire, il le représente soudain, au mépris de toute logique, comme le modèle abject de tout crime et de tout péché. Le clerc dut-il inopinément se plier à l’autorité morale de l’Église, pour qui tout amour hors norme constituait un danger ?

Foliate border with a medieval couple Book of Hours for the use of Rouen (France), ca. 1460-1470Le dernier chapitre de De Amore, où apparaissent des éléments nettement misogynes absents jusqu’alors de l’ouvrage, continue bien de célébrer l’amour courtois mais sous une forme  »domestiquée », conforme à la doctrine de l’Eglise. Après mûre réflexion, la passion se soumet à la raison, sans plus accorder aucune importance au désir ni au rêve. Dans cette seconde variante, l’amour courtois dédaigne la tentation des sens, dépasse son égocentrisme et réalise une union transfigurée avec l’être aimé. Une nouvelle fois, la femme est idéalisée : aussi parfaite qu’inaccessible, elle est l’objet d’une vénération constante mais sans espoir.

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumLa position de Le Chapelain, à la fois théoricien de l’amour courtois transgressif et représentant de l’enseignement répressif de l’Église, confère à son texte une dichotomie saisissante. Ce dualisme profond est caractéristique du Moyen-âge. La Fin’amor représentait une tentative pour échapper au temps, non dénuée d’une dimension utopique…

L’amour courtois, qui ne se réalisait qu’en dehors du mariage, avait beau se caractériser par des éléments cultuels, et même religieux, il n’avait au fond presque rien en commun avec la conception chrétienne de l’amour ….

Sources: Verena Heyden-Rynsch, La passion de séduire

Les Préceptes d’Amour

1. Fuis l’avarice comme un fléau dangereux et, au contraire, sois généreux.Master of Guillebert de Mets, Tender Embrace  marginal decoration, c.1425-30

2. Evite toujours le mensonge.

3. Ne sois pas médisant.

4. Ne divulgue pas les secrets des amants.

5. Ne prends pas plusieurs confidents à ton amour.

6. Conserve-toi pur pour ton amante.

7. N’essaie pas sciemment de détourner l’amie d’un autre.

8. Ne recherche pas l’amour d’une femme que tu aurais quelque honte à épouser.medieval-couple

9. Sois toujours attentif à tous les commandements des dames.

10. Tâche toujours d’être digne d’appartenir à la chevalerie d’amour.

11. En toutes circonstances, montre-toi poli et courtois.

12. En t’adonnant aux plaisirs de l’amour, n’outrepasse pas le désir de ton amante.

13. Que tu donnes ou reçoives les plaisirs de l’amour, observe toujours une certaine pudeur.

Amour courtois détail

Les Règles

1. Le prétexte de mariage n’est pas une excuse valable contre l’amour.

2. Qui n’est pas jaloux ne peut pas aimer.

3. Personne ne peut avoir deux liaisons à la fois.

4. Toujours l’amour doit croître ou décroître.

5. Il n’y a point de saveur à ce que l’amant obtient sans le gré de son amante.rose_secrets

6. L’homme ne peut aimer qu’après la puberté.

7. A la mort de son amant, le survivant attendra deux ans.

8. Personne ne doit sans raison suffisante être privé de l’objet de son amour.

9. Personne ne peut aimer vraiment sans être poussé par l’espoir de l’amour.

10. L’amour est toujours étranger dans la maison de l’avarice

11. Il n’est pas bon d’aimer une femme qu’on aurait quelque honte à épouser.

12. L’amant véritable ne désire d’autres baisers que ceux de son amante.

13. Rendu public, l’amour résiste peu.Bibliothèque Nationale de France, lat. 14429, Folio 112v

14. Une conquête facile rend l’amour sans valeur, une conquête difficile lui donne du prix.

15. Tout amant doit pâlir en présence de son amante.

16. A la vue soudaine de son amante, le cœur d’un amant doit tressaillir.

17. Un nouvel amour fait oublier l’ancien.

18. Rien que le bon caractère rend l’homme digne d’amour.

19. Quand l’amour diminue, il diminue vite et se renforce rarement.

20. L’amoureux est toujours craintif.

21. Vraie jalousie fait toujours croître l’amour.

22. Un soupçon sur son amante, jalousie et ardeur d’aimer augmentent.Enluminure du Codex Manesse, Zurich, XIVe siècle

23. Il ne dort ni ne mange celui que passion d’amour démange.

24. N’importe quel acte de l’amant se termine dans la pensée de son amante.

25. L’amant véritable ne trouve rien de bien, qui à son amante ne plaise bien.

26. L’amant ne saurait rien refuser à son amante.

27. L’amant ne peut se rassasier des plaisirs de son amante.

28. La moindre présomption pousse l’amant à soupçonner le pire sur son amante.La-sexualite-au-Moyen-Age-c-etait-comment_w670_h372

29. Il n’aime pas vraiment celui qui possède une trop grande luxure.

30. L’amant véritable est toujours absorbé par l’image de son amante.

31. Rien ne défend à une femme d’être aimée de deux hommes, ni à un homme d’être aimé de deux femmes.

A Dictionary of Chivalry – Pauline Baynes

 Pauline Baynes 1
Photo : Pauline Baynes

Pauline Baynes est née à Hove, dans le Sussex en 1922.  Elle étudia à la Farnhalm School of Art et plus tard à Slade. Elle a derrière elle une longue carrière d’illustratrice, elle contribua à l’illustration de plus d’une centaine de livres.

J.R.R. Tolkien l’a choisie pour illustrer Farmer Giles of Ham en 1967. Illustration by Pauline Baynes for Dictionary of Chivalry by Grant UdenAprès cela, elle illustra de nombreux autres de ses livres, comme The Adventures of Tom Bombadil, Smith of Wootton Major, Tree and Leaf ou encore Bilbo’s Last Song.

C’est Tolkien qui présenta Pauline Baynes à C.S. Lewis en 1950. Ce sont les illustrations de cette dernière pour Les Chroniques de Narnia qui la rendirent célèbre. Elles s’étalent sur une période remarquablement longue, depuis l’armoire Magique, parue en 1950, jusqu’à la mise en couleurs, à la main de l’intégralité des sept titres, quarante ans plus tard !

Ses autres travaux incluent également des illustrations pour Thanks Be to God, All Things Bright and Beautifulet Good King Wenceslas.

baynes_chivalryPauline Baynes a remporté la Kate Greenaway Medal pour son travail sur The Dictionary of Chivalry, et compte parmi les meilleurs illustrateurs pour enfants de cette époque.

GREENAWAY MÉDAILLE – 1968

A Dictionary of Chivalry

par Grant Uden

illustrations de Pauline BaynesIllustration from A Dictionary of Chivalry 1 - Pauline Baynes

Un dictionnaire pour toutes les choses liées à des chevaliers et la chevalerie. Écrit pour un public jeune, avec des extraits de nombreuses œuvres littéraires relatives à la question, de Chaucer à Shakespeare de Tennyson à TH White. Les notices comprennent le nom des morceaux spécifiques de armes et armures, de courtes biographies de personnages célèbres de l’histoire et de la littérature, des récits de batailles remarquables et les croisades, les termes de l’héraldique, les descriptions des châteaux, des joutes, des sports, des loisirs, des vêtements et de la vie médiévale général.

Tout ceci avec  un regard divertissant de l’histoire médiévale.

L’Art d’aimer au Moyen-Age- 2/2 –

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumL’art d’aimer au Moyen-âge, c’est plus que les arts d’aimer d’Ovide ; Ovide infiniment copié, imité , traduit à cette époque… Le Moyen-âge s’est fait de l’amour une idée originale et neuve. Il a lié l’amour et la poésie, et a pris au sérieux le désir, au point d’y voir, par la médiation de l’art littéraire, la clé de toute révélation de soi et le moteur de tout dépassement de soi.Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

Dans les dernières années du XIe siècle apparaissent des formes littéraires originales, promises à un développement rapide et spectaculaire : la chanson de geste en langue d’oïl, la poésie lyrique et amoureuse des troubadours en langue d’oc.

Les troubadours proposent un art d’aimer : la fin’amor, l’amour affiné, parfait, épuré, non pas dans le sens qu’il serait platonique, mais comme un métal en fusion qui coule du creuset, pur de tout alliage et de toute scorie. C’est cet amour que nous appelons communément aujourd’hui l’amour courtois, l’amour tel qu’il se pratique dans le milieu raffiné des cours.

On a souligné la parenté formelle qui unit les chansons de Guillaume IX aux genres poétiques cultivés par les arabes de l’Espagne andalouse, l’amour courtois et l’amour odhrite des poètes arabes…

L’art d’aimer médiéval découle de l’effort pour faire vivre le désir, pour lui éviter la satiété comme le désespoir…

En effet : L’amour est par nature paradoxal et contradictoire. L’amour c’est le désir. Le désir désire son assouvissement. Assouvi, il meurt. La nature du désir est de désirer la mort. Et s’il désire vivre sa vie de désir, il désire la frustration, non la satisfaction…

André le Chapelain, a écrit au XIIe siècle un traité intitulé ordinairement De Amore, et souvent traduit, de façon quelque peu fautive, Traité de l’Amour courtois… De Amore a été écrit à la demande de Marie de France, fille du roi Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine.

Dans la seconde partie du traité, « Comment maintenir l’amour ? », l’auteur expose vingt et un « jugements d’amour » qui auraient été prononcés par certaines des plus grandes dames du royaume de France : sept de ces jugements sont attribués à Marie de France, comtesse de Champagne, trois à sa mère, Aliénor d’Aquitaine, trois autres à sa belle-sœur, la reine de France Adèle de Champagne, deux à sa cousine germaine, Élisabeth de Vermandois, comtesse de Flandre, un à l’« assemblée des dames de Gascogne » et cinq à Ermengarde de Narbonne (jugements 8, 9, 10, 11 et 15), qui est la seule dame nommément désignée par l’auteur qui ne soit pas apparentée aux autres. En dépit du caractère probablement fictif de ces jugements, ils attestent de la renommée acquise par Ermengarde dans le domaine de l’amour courtois, même dans l’ère culturelle de la langue d’oïl.

Sources : L’Art d’aimer au Moyen-âge – Michel Zink

Le Graal, à Brive en Limousin, au Ve s.

Une tradition limousine affirme que le Graal aurait, vers le Ve siècle, séjourné à Brive avant d’être emporté par les Normands.

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Texte repris de l’édition de 1892 de l’Echo de la Corrèze

Grâce à Richard Wagner, les romans de chevalerie, qui se rattachent au cycle des chevaliers du Cygne, retrouvèrent au XIXe siècle un regain de vogue, d’actualité. Lohengrin, ce pur chef-d’œuvre, et Parsifal, cette sublime envolée d’au-delà, puisent leur sujet, en effet, dans la célèbre légende du Saint-Graal dont les chevaliers du Cygne avaient la garde.

Cette légende a des racines jusque dans l’antiquité mythique la plus haute. Les textes sacrés de l’Inde font mention d’un lieu sur la terre d’où toute misère est bannie, où règne une félicité parfaite, où les désirs se taisent, parce qu’ils sont satisfaits, où l’âme jouit d’une paix sereine, inaltérable. On se représentait ce lieu de délices, ce paradis, tantôt comme une coupe merveilleuse, qui répand sur le monde, — à l’inverse de la boîte de Pandore, — tous les dons du ciel, tantôt comme un sanctuaire, un temple inviolable et sacré. Les légendes bretonnes parlent aussi d’un vase merveilleux, dont Pérédur (Parsifal) avait fait la-conquête et qui avait le pouvoir de ressusciter les guerriers morts.

L’imagination chrétienne s’empara de ces mythes en les purifiant. Une pierre précieuse tombée de la couronne de Lucifer, lorsque Dieu le précipita dans les abîmes, fut ciselée en coupe, et, par on ne sait quelle circonstance, devint la propriété de Joseph d’Arimathie. C’est dans ce vase que le Christ but à la Cène et que fut recueilli, plus tard, sur le Calvaire, le sang qui s’échappa de la blessure faite par la lance du soldat romain.

Quand Joseph d’Arimathie vint en Bretagne prêcher la foi catholique, il apporta cette coupe qui était désignée sous le nom de Saint-Graal. Le lieu où elle était déposée abondait en biens terrestres ; ceux qui, en danger de mort, étaient assez purs pour le contempler, étaient certains de vivre, et ceux qui le voyaient tous les jours conservaient une éternelle jeunesse.

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Ce symbole du Graal est, toute question confessionnelle mise à part, certainement un des plus admirables, des plus sublimes que l’humanité ait connu. Le Graal était gardé au Montsalvat ou Mont-du-Salut, dans les Pyrénées, en Biscaye, par des chevaliers. Un mystère présidait à leur élection. Ils devaient être braves, d’une conduite irréprochable et purs de toute étreinte d’amour. Leurs noms étaient inscrits en lettres de feu sur les bords du vase. Chaque soir, comme aux temps du paganisme grec sur l’Olympe, le Graal se remplissait lui-même de nectar et d’ambroisie.

Sur cette légende vient se greffer celle qui a trait aux douze chevaliers de la Table-Ronde, dont les exploits merveilleux remplissent tout le Moyen Age. Ils furent fondés par Artus, roi de Bretagne, pour aller, dit-on, à la recherche du Graal, volé par des infidèles.

Si nous examinons cette légende du Graal, au point de vue littéraire, nous voyons qu’elle inspira, en tous temps, un très grand nombre d’écrivains. Les messingers, en Allemagne, les trouvères, en France — entre autres, Chrétien de Troyes, Robert Boron, Gauthier Map, William d’Eschenbach —, écrivirent au Moyen Age sur ce sujet, de très longs romans, des poèmes qui sont venus jusqu’à nous. A la fin du XIXe siècle, un certain nombre de jeunes écrivains, épris de littérature mythique, se groupèrent pour la rédaction d’une revue portant le titre : Le Saint-Graal. Le romantisme, dont le fond était une évocation du Moyen Age, s’empara aussi de cette légende, que nous retrouvons dans les œuvres de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas.

Les Chevaliers à la Table du Graal - enluminure extraite de La Quête du Saint Graal, manuscrit sur parchemin, copié à Tournai en 1351
Les Chevaliers à la Table du Graal – enluminure extraite de La Quête du Saint Graal, manuscrit sur parchemin, copié à Tournai en 1351

Si l’origine du mot graal reste très discutée, certains cherchèrent son étymologie dans le mot limousin grial, griala, qui signifie vase en terre, en bois ou en pierre (en provençal il se ditgrazal). Il est intéressant de rechercher si, dans le pays limousin, cette légende du Graal a laissé quelques traces.

Collégiale St-Martin Brive
Collégiale St-Martin Brive

Un disciple du Christ, connu sous le nom de saint Martin l’Espagnol, vint en Gaule prêcher l’Evangile, vers le commencement du Ve siècle, et se fixa dans le Périgord. Ayant appris que les habitants de Brive (Briva curretia), sacrifiaient aux faux dieux et adoraient Priape, il accourut dans cette ville — en 407 —, dans le but de les convertir à sa foi. Il pénétra dans le temple, troubla du geste et de la voix leur cérémonie et brisa leurs idoles. Furieux, les Brivistes le chassèrent, le poursuivirent à coups de pierre et lui tranchèrent la tête dans la vieille rue de la Jaubertie, depuis rue de Corrèze. On raconte, à propos de ce martyre, que chaque fois que le chef de Saint-Martin était porté en procession, sa figure pâlissait quand elle passait à cet endroit.

Mais dès la mort de saint Martin une terrible épidémie décima Brive. En vain ses habitants recouraient-ils à leurs dieux. Ils eurent alors l’idée d’implorer leur victime elle-même et le fléau cessa. Frappés de ce prodige, les Brivistes se convertirent au christianisme, exhumèrent les restes de saint Martin l’Espagnol, qui furent portés dans le temple de Priape, de ce jour transformé en église.

St Martin de Brive
St Martin de Brive

Le bruit des miracles opérés par saint Martin se propagea. L’empereur Valentinien III (dans les faits sa mère, Galla Placidia, qui assurait la régence, puisque l’empereur romain n’était alors âgé que de 6 ans), sur le point de perdre une bataille, implora le martyr de Brive et remporta la victoire. Reconnaissant, on fit au nom du souverain de riches présents à l’église de cette ville, vers l’an 425. Dans ce trésor se trouvait un reliquaire en argent renfermant une coupe de marbre, qu’on disait avoir servi à la Cène du Christ, et qui était désignée sous le nom de Saint-Graal.

Le temple de Priape démoli, Rorice Ier, évêque de Limoges, fit à la fin du Ve siècle édifier sur son emplacement une superbe basilique, dans laquelle on venait voir et le tombeau de saint Martin et le Saint-Graal. Lorsque Gondebaut ou Gondovald, fils naturel du roi mérovingien Clotaire Ier — lui-même fils de Clovis Ier et roi des Francs entre 558 et 561 —, vint à Brive, s’y faire couronner roi (décembre 584), pour se venger des habitants qui l’avaient mal accueilli il brûla l’église et vola le Graal qu’il fit servir à ses orgies.

Le poète et philologue occitan Joseph Roux fit de cet épisode le sujet d’une des plus belles pages de sa Cansou lemouzina. Voici les quelques vers qui parlent du rapt du Graal :

E se beu e se minja !… Al mais qui n’en chap ! Or,
Gondebaut — trop de vi li ne java lou cor —
Coumanda que li arazon lou Saint-Grial, hanap d’or
Que Joset d’Arimat te prestet, per l’amor,
Crist de lei célébrar ta darrieire « Pascor » ;
Apueis, Valentinian, pious emperador,
Lou mandet al martire per garnir soun trésor.
Es ilh, dins las chansous, que lous douge d’Armor
Chercharan per tout carre.

Chercharan per tout carre ; e qu’anueg sier de veire
Al bastart Gondebaut, afourtunat venceire.
Mas Libéral se leva ! Auria chaugut lou veire !
Devans lou rei Hérodes tal se quilhava Peire :
« Boulaire de cristias ! sacrelege beveire !
« Gondebaut ! Gondebaut ! cre me, que sui de creire :
« N’estrenaras jamais lou trone de toun reire,
« Toumbaras d’aici a pauc ! »

En voici la traduction :

Et l’on boit et l’on mange !… A celui qui en tiendra davantage ! Or Gondebaud — trop de vin lui noie le cœur — commande qu’on lui emplisse jusqu’au bord le Saint-Graal hanap d’or que Joseph d’Arimathie te prêta afin, ô Christ ! de célébrer dedans ta dernière Pâque ; puis, Valentinien, pieux empereur, l’envoya au martyr, pour garnir son trésor. C’est ce vase que dans les chansons de gestes les douze d’Armorique chercheront par tout pays.

Chercheront par tout pays ; et qui aujourd’hui sert de coupe au bâtard Gondebaud, fortuné vainqueur. Mais Libéral se lève ! Il aurait fallu le voir ! Devant le roi Hérode, tel se dressait Pierre : « Brûleur de chrétiens ! sacrilège buveur ! Gondebaud, Gondebaud, crois-moi, je mérite d’être cru, tu ne t’assiéras jamais sur le trône de ton ancêtre, tu tomberas d’ici peu ! »

Comme le lui avait prédit Libéral, Gondebaut fut tué sous les murs de Comminges, pour avoir profané le Saint-Graal. Ainsi périt Salammbô, dans le roman de Flaubert, « pour avoir osé toucher au manteau de Tanit. » Le bâtard de Clotaire mort, le Graal fut restitué à Saint-Martin, puis volé plus tard par les Normands. Il faudrait peut-être, à ce moment, placer l’institution des chevaliers de la Table-Ronde, dont la mission était d’aller à la recherche de la précieuse coupe. Mais les romans de chevalerie sont muets sur la version limousine de cette légende que nous venons de raconter.

Parsifal 1882
Parsifal 1882

Le Graal revint-il à Brive, après le vol des Normands ? Les auteurs ne disent rien sur ce point ; certains attestent cependant que ce vase, ainsi que les autres dons de Valentinien, disparurent seulement de l’église de Brive sous la Terreur. Une royauté du Saint-Graal fut-elle créée en Limousin, au Moyen Age ? Il serait curieux de le rechercher.

Le caractère des chevaliers était d’aller, par tout pays, prendre la défense des faibles, des innocents. L’exploit d’Archambaud de Comborn, partant du Limousin en Allemagne défier en combat singulier les calomniateurs d’une reine accusée d’adultère, n’aurait-il pas quelque rapport avec l’aventure de Lohengrin, chevalier du Graal, débarquant en Brabant pour défendre Elsa des accusations de Frédéric de Teralmund et de sa femme, la sorcière Ortrude ?…