L’Art d’aimer au Moyen-Age- 2/2 –

Book of Hours, MS M.677 fol. 3r - Images from Medieval and Renaissance Manuscripts - The Morgan Library & MuseumL’art d’aimer au Moyen-âge, c’est plus que les arts d’aimer d’Ovide ; Ovide infiniment copié, imité , traduit à cette époque… Le Moyen-âge s’est fait de l’amour une idée originale et neuve. Il a lié l’amour et la poésie, et a pris au sérieux le désir, au point d’y voir, par la médiation de l’art littéraire, la clé de toute révélation de soi et le moteur de tout dépassement de soi.Li Roumans du bon chevalier Tristan, filz au bou roy Meliodus de Loenois » translaté par « LUCE DE GAST ». Date d'édition  1401-1500 -2

Dans les dernières années du XIe siècle apparaissent des formes littéraires originales, promises à un développement rapide et spectaculaire : la chanson de geste en langue d’oïl, la poésie lyrique et amoureuse des troubadours en langue d’oc.

Les troubadours proposent un art d’aimer : la fin’amor, l’amour affiné, parfait, épuré, non pas dans le sens qu’il serait platonique, mais comme un métal en fusion qui coule du creuset, pur de tout alliage et de toute scorie. C’est cet amour que nous appelons communément aujourd’hui l’amour courtois, l’amour tel qu’il se pratique dans le milieu raffiné des cours.

On a souligné la parenté formelle qui unit les chansons de Guillaume IX aux genres poétiques cultivés par les arabes de l’Espagne andalouse, l’amour courtois et l’amour odhrite des poètes arabes…

L’art d’aimer médiéval découle de l’effort pour faire vivre le désir, pour lui éviter la satiété comme le désespoir…

En effet : L’amour est par nature paradoxal et contradictoire. L’amour c’est le désir. Le désir désire son assouvissement. Assouvi, il meurt. La nature du désir est de désirer la mort. Et s’il désire vivre sa vie de désir, il désire la frustration, non la satisfaction…

André le Chapelain, a écrit au XIIe siècle un traité intitulé ordinairement De Amore, et souvent traduit, de façon quelque peu fautive, Traité de l’Amour courtois… De Amore a été écrit à la demande de Marie de France, fille du roi Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine.

Dans la seconde partie du traité, « Comment maintenir l’amour ? », l’auteur expose vingt et un « jugements d’amour » qui auraient été prononcés par certaines des plus grandes dames du royaume de France : sept de ces jugements sont attribués à Marie de France, comtesse de Champagne, trois à sa mère, Aliénor d’Aquitaine, trois autres à sa belle-sœur, la reine de France Adèle de Champagne, deux à sa cousine germaine, Élisabeth de Vermandois, comtesse de Flandre, un à l’« assemblée des dames de Gascogne » et cinq à Ermengarde de Narbonne (jugements 8, 9, 10, 11 et 15), qui est la seule dame nommément désignée par l’auteur qui ne soit pas apparentée aux autres. En dépit du caractère probablement fictif de ces jugements, ils attestent de la renommée acquise par Ermengarde dans le domaine de l’amour courtois, même dans l’ère culturelle de la langue d’oïl.

Sources : L’Art d’aimer au Moyen-âge – Michel Zink

L’Art d’aimer au Moyen-Age- 1/2 –

« Apprenons l’art d’aimer, de plaire tour à tour. Ne cherchons en un mot que l’amour dans l’amour… » Lettre d’Héloïse à Abélard.

L’espèce humaine est la première à inscrire les relations entre les sexes dans une conception globale du monde. Elle fait même de  »l’amour » et de ses interdits un des fondements majeurs des premières civilisations…

Pour les premiers humains, la femme est accueil, lieu de ressourcement ; l’homme est puissance et mouvement ; la femme est  »terre », l’homme est  »ciel », disent les peuples des débuts. La femme a un projet de vie : la transmettre. L’homme a un projet de conquête, par peur de la mort. Les hommes ont peur des femmes qui, en leur donnant la vie, leur donnent du même coup la mort.

A partir du XIe siècle, alors que dans le reste du monde diminue encore très largement la polygamie, au moins pour les maîtres, l’ordre social commence à se réinstaller assez solidement en occident et à imposer la monogamie.

En 1074, au concile de Rome, le pape Grégoire VII continue d’interdire aux prêtres de convoler. Pour lui, la femme reste la tentatrice, et la sexualité un symbole du péché…

Cependant, du fait des guerres et des croisades, les femmes prennent de l’assurance, tiennent parfois la place du ‘seigneur’… Le mariage devient une forme de vie théologiquement acceptable : en 1123, le premier concile de Latran affirme que l’accès à la béatitude céleste n’est point réservée aux vierges, qu’il est permis entre époux. En matière sexuelle, l’Église a le plus grand mal à imposer ses règles, en particulier interdire aux prêtres de vivre avec des concubines …

En ce XIIe siècle, se créent des assemblées souvent féminines, dites cours d’amour, où l’on devise sur l’amour : venu de Byzance et des pays de culture grecque, Eros réapparaît sous la forme d’un coup de foudre meurtrier. Dans ce cours, le jour de la Saint-Valentin ( lequel devient à ce moment le ‘patron’ des amoureux), les seigneurs chantent et complimentent dames et demoiselles. Des chartes établissent les nombreuses règles…

Une des premières vois de femmes s’exprime, vers 1160, Marie de France écrit : « Ni vous sans moi, ni moi sans vous », dans son Lai du chèvrefeuille. Dans la première partie du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris, vers 1235, une jeune femme attire un jeune homme près d’une fontaine du jardin de Déduit où Eros lui décoche une flèche en plein cœur.

Inspirés par les pratiques et les lectures d’Arabie, d’Inde, ainsi que des classiques grecs et latins, les croisés réimportent l’érotisme et l’amour en Europe.

L’Eglise continue de tenter d’endiguer l’amour, qu’il soit réel ou courtois. Elle se résigne néanmoins au XIIIe s., à ce que les conjoints s’aiment. En 1204, Innocent III proclame que le mariage est l’un des sept sacrements, mais les théologiens disputent toujours sur la nature de ce sacrement.

Sources : Amours de Jacques Attali.

Les illustrations proviennent de différentes éditions du  » Roman de la Rose »

Le Roman de la Rose est une des oeuvres importantes de la littérature médiévale française. Il comporte deux parties.

La première partie fût écrite par Guillaume de Lorris, vers 1237.

Le poète a la vision, dans un songe de son destin amoureux. Il accède au verger de déduit (plaisir) où il est séduit par une rose merveilleuse. En effet, au milieu d’un verger paradisiaque, il découvre dans la fontaine de narcisse, miroir magique, un buisson de roses.. Fasciné par un bouton de rose, il en tombe amoureux. Ce récit, qui s ‘inspire de l’Art d’Aimer d’Ovide, raconte la cour du poète à son aimée et ses tentatives de pénétrer dans le jardin. Les aventures du narrateur sont un parcours initiatique, semé d’embûches qui sont autant d’épreuves nécessaires à l’accomplissement du parfait amant. Tous les thèmes courtois destinés à enchanter le lecteur sont représentés (vertu, jalousie, danger). Malheureusement, le poème reste inachevé.

Quarante ans plus tard, Jean de Meung, ajoute 17000 vers à la première partie. Il ne s’agit plus là, de sublimation de l’amour, mais d’une critique de la femme et d’une satire du mariage. Cette deuxième partie a provoqué en son temps, de nombreuses polémiques sur la vision de la femme. Christine de Pisan, s’en est insurgée, en particulier ce qu’elle nomme contre le caractère obscène du récit.

Tarot -16- La Maison-Dieu – La Tour spirale –

16- La Maison-Dieu – La Tour spirale –

Le Tarot de la Quête du Graal

Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs »

16-maison-dieuCet arcane symbolise des changements importants et soudains, des destructions et des ruptures mais aussi des reconstructions. Cette lame est terrible : à l’image de la destruction du Temple de Jérusalem, pour les juifs, à l’image – dans la tradition du Graal – quand le chevalier Balin, fougueux et manquant de discipline, arrive au château où sont déposés les  »objets sacrés », et se sert de l’un d’entre eux – la Lance – pour se défendre… Ce faisant, il blesse le roi du Graal, qui ne pourra être guéri qu’étant touché par la même arme ( cf la lame 12 – le Roi blessé – )… Cet acte, le Coup Douloureux, fait tomber en ruine la chapelle du Graal et ruine les terres entourant le château – les Terres Dévastées – .maison-dieu-cathedrale-damiens

La Maison-Dieu est la carte de la crise salutaire, de la rupture mais aussi des prises de conscience et de la soudaineté. Cet arcane est aussi symbole de destruction, de ruine, d’obstacles difficilement surmontables.

Lorsque dans nos vies nous installons les choses de manière permanente, immobile, la Maison Dieu nous rappelle l’ouverture. Nos principes installés sont remis en question (le toit-couronne qui vacille), on a besoin de sortir, on a grandi et la maison est trop petite.

16 La Tour spiraleSur une haute butte, une tour est frappée par un éclair, les pierres tombent à terre. Mais tandis que la tour physique s’écroule, demeure une tour spirale de cristal. Atour de la butte, brillent les signes du zodiaque. Un hibou s’envole.

Le Graal n’est obtenu que par le chercheur le plus valeureux ( Peredur, Perceval, ou Galahad …)… Quand le Graal est obtenu, Il sort de la manifestation comme coupe symbolique, et s’imprime physiquement dans la vie du pays et de son peuple.

16-la-chute-du-templeCe cycle de changement est rarement bien accueilli, car il est considéré comme une altération catastrophique du temps et de l’espace. Cela apparaît dans le cycle arthurien tardif, où la découverte du Graal annonce la destruction de la Fraternité de la Table Ronde…

La Tour Spirale est le lieu d’initiation dans la tradition celtique. Chacun a là une expérience différente ; mais un seul poète comme Taliesin est capable de parler, bien qu’obscurément, de ce qu’il trouve en ce lieu.

La Tour Spirale représente l’hostellerie intérieure de tous les chercheurs, où la nourriture spirituelle est donnée…

– La Question du Graal : Quels dangers, quels pièges m’attendent?

Sources : Le Tarot du Graal, et Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews

Les Mabinogion

The Mabinogion by Lady Charlotte Guest cover Alan leeLes contes des Mabinogion ne sont pas le produit d’une seule main; mais un récit qui a évolué au cours des siècles, qui est passé de conteur en conteur, jusqu’à un maître barde gallois qui en a fait une transcription autour du XIIe siècle. Son contenu s’appuie sur les mythes et l’histoire de Grande-Bretagne celtique…

lady Charlotte Guest
Lady Charlotte Guest

Les Mabinogion ne semblent pas avoir été bien connus jusqu’à ce que Lady Charlotte Guest propose une traduction en anglais en 1849…

Certaines parties ont été traduites en français par Théodore Hersart de la Villemarqué, mais c’est Joseph Loth qui va établir la première édition française intégrale.

The Mabinogion 1910

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Detail of page from the Red Book of Hergest, one of the sources of the mabinogion

Ce texte provient d’ histoires, initialement trouvées dans deux manuscrits, le  Livre blanc de Rhydderch  (1300-1325) (maintenant à la Bibliothèque nationale galloise) et le Livre rouge de Hergest  (1375-1425) (aujourd’hui conservé à l’Université d’Oxford) , mais certaines de ces histoires sont considérées comme ayant été écrites dès le 11ème siècle.

Les Mabinogion sont constitués de 4 branches, intitulées Pwyll, prince de DyfedLe Mabinogi de BranwenManawydan fils de Llyr et Math fils de Mathonwy.. Ces récits, sans être véritablement articulées, mettent en scène des personnages communs et font appel à une mythologie originale sans rapport exact avec les mythes gréco-latins ou germaniques. « Ce sont [quatre] nobles et francs [héros] agissant dans toute leur spontanéité. Chaque homme apparaît comme une sorte de demi-dieu caractérisé par un don surnaturel ; ce don est presque toujours attaché à un objet merveilleux, qui est en quelque sorte le sceau personnel de celui qui le possède », explique Ernest Renan

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d’ Alan Lee The-Mabinogion The-dream-of-rhonabwy

En dehors de ces quatre branches, il y a encore quatre récits qui se rattachent au cycle arthurien, dont le célèbre Culhwch and Olwen (vers 1100) ; enfin trois « nouvelles », que l’on considère aujourd’hui comme des adaptations « receltisées » des romans de Chrétien de Troyes.

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alan-lee The Mabinogion The-lady-of-the-fountain

En effet, si on a considéré comme allant de soi que ces textes étaient anciens et qu’ils étaient une mise en écrit d’une très antique tradition orale. On en a déduit que le Mabinogi de Peredur ab Evrawc pouvait être la source du Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Joseph Loth, linguiste et historien français qui s’est particulièrement intéressé aux langues celtiques, abonde dans ce sens et dira ainsi, dans sa traduction de ces textes: «Les Bretons insulaires, avant l’apparition des romans français, avaient mis sur pied des romans d’aussi longue haleine et aussi bien composés pour le moins que les romans français. Il est même remarquable que dans l’ensemble, Owen et Lunet, Peredur, Gereint et Enid sont supérieurs aux romans français correspondants (Yvain, Perceval, Erec et Enide). Au point de vue artistique, la supériorité des écrivains gallois est également incontestable. Aucun écrivain français du temps de Chrétien, ni en France ni en Angleterre, ne saurait lutter contre les Gallois comme conteurs. Chez les Français, l’histoire se déroule lentement, terne, incolore, embarrassée de maladroites répétitions, de digressions oiseuses. Chez les Gallois, la narration est vivante, colorée, mettant en relief avec un sûr instinct artistique, les traits de nature à produire un effet pittoresque et romantique. »

Alan Lee illustration from 'Peredur, son of Efrawg', from 'The Mabinogion'
Alan Lee illustration from ‘Peredur, son of Efrawg’, from ‘The Mabinogion’

Cependant, bien que certains passages des Mabinogion soient très anciens, on croit aujourd’hui que certains contes se sont plutôt inspirés des textes français. Anne Berthelot, médiéviste, ira même plus loin en disant que non seulement ils s’en sont inspirés mais qu’en plus, ils n’en ont pas toujours compris le sens.

Les Mabinogion gardent encore aujourd’hui une partie de leurs secrets…

T.H. White: The Witch in the Wood

En 1939, TH White a écrit une suite à  »L’épée dans la pierre », un grand succès, qui contait la jeunesse du roi Arthur.

La Quête du Roi Arthur - T.H. WHITE - La sorcière de la foret » The Witch in the Wood  » (La Sorcière dans le bois) raconte les débuts de l’histoire de Gauvain, Agravain et Gareth, les enfants du rebelle roi Lot des Orcades et de sa magicienne de femme, Morgause…
L’histoire est riche en contenu comique avec Morgause décrite comme une vampire un peu déjantée qui met son bonnet (ou sa couronne) à tous les mâles qu’elle rencontre…

 Lorsqu’en 1958, White a rassemblé ses romans arthuriens en un seul volume, The Once and Future King, La Sorcière dans le bois a subi une révision drastique: une grande partie de l’élément comique a été minimisée ou éliminée, et a été rebaptisé «The Queen of Air and Darkness »the_queen_of_air_and_darkness_by_emlaThe Queen of Air and Darkness est un bref second tome qui a pour principale vertu d’introduire le clan d’Orcanie ou des Orcades (Orkney), c’est-à-dire Gauvain et ses frères (la sorcière du titre français est leur mère)…

L’enfance d’Arthur a pris fin lorsqu’il a saisi Excalibur, l’épée dans la pierre. Mais le royaume doit encore être conquis, ce qui passe par la soumission des royaumes Gaëls, notamment les Orcades où vivent Morcade, femme du Roi Lot et demi-soeur d’Arthur, et ses quatre fils, dont l’aîné est Gauvain.

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Le roi Lot vient de rassembler une confédération de rois rebelles refusant la suzeraineté de ce garçon trop jeune qui appartient à la « race » détestée des Normands. Le roi Arthur a grandi : il fait l’apprentissage du métier de souverain sous l’œil sarcastique, critique et bienveillant de Merlin.

fée morgane 2Si cette famille est pour le moins belliqueuse à l’égard d’Arthur, ce dernier, secondé par Merlin, entrevoit l’idée de la Table Ronde autour de laquelle aucun Chevalier ne serait au-dessus des autres. Il faudra pourtant une bataille et un enfant incestueux pour rapprocher les deux clans.

Mais le mystère de sa naissance pèse sur lui comme une malédiction, et le jeune homme pourrait bien n’être pas à l’abri des noirs desseins que fomente dans l’ombre la sorcière de la forêt…

La sorcière de la forêt, c’est donc Morcade ( ou Morgause), sœur de la fée Morgane, demi-sœur d’Arthur et épouse du roi Lot.

Avec La sorcière de la forêt, T.H. WHITE poursuit sa relecture du cycle arthurien tel qu’il est compilé par Thomas MALORY.

The Witch in the Wood (The Once and Future King, Tome 2) by T.H. White Couv T H white old 00

Si WHITE avait choisi la fable pour la forme du premier volume de sa Quête du Roi Arthur, il passe à la farce pour le deuxième. Il prend en effet très largement ses distances par rapport au mythe de la Chevalerie et ridiculise sans état d’âme la celtitude du clan des Orcades. Ce sont même tous les nationalismes, sans exception, qu’il brocarde, à l’instar de l’enseignement de Merlin :  » La destinée de l’Homme, c’est de s’unir, et non pas de se diviser. Si l’on ne cesse de se diviser, on finit par être une collection de singes, perchés chacun sur son arbre, qui se jettent des noix à la tête « . Bien entendu, il est une fois de plus nécessaire d’analyser cela au regard du contexte politique de l’édition originale du roman (1939).

Notons aussi que l’auteur situe son intrigue au XIIème siècle, et non au Vème comme des raisons historiques pourraient placer le cycle arthurien. Cela lui permet de s’affranchir de la thématique religieuse, le christianisme étant bel et bien implanté définitivement dans le Royaume de Bretagne, pour ne se préoccuper que de la thématique politique.

Comme dans le premier tome du cycle donc, la légèreté de l’oeuvre n’est qu’apparente et dissimule une condamnation sarcastique et sans appel d’une doctrine politicienne qui n’en finit pas de faire des ravages encore aujourd’hui.

 » La Belle dame sans merci  », œuvre d’Alain Chartier (1424)

 »Merci », vient du latin ‘ merces ‘avec le sens de  » salaire, récompense  », mais aussi avec la signification de  » grâce, pitié  », peut-être parce que la grâce peut parfois être considérée comme une forme de récompense (je te gracie parce que tu t’es bien battu). C’est d’ailleurs ce dernier sens qu’a  »merci » lorsqu’il apparaît en français avec cette orthographe au XIe siècle.

En 1427 Alain Chartier est envoyé en Écosse pour y négocier le mariage du jeune dauphin (plus tard Louis XI), alors âgé de cinq ans, avec Marguerite d’Écosse. Ici, ce tableau illustre : l’histoire de ce fameux baiser donné par Marguerite d’Écosse sur « la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses paroles »

 

 

La Belle dame sans merci. ‘ (1424) est l’oeuvre la plus connue de Alain Chartier ; poète français et orateur en langue latine (Bayeux vers 1385-vers 1435). Secrétaire du Dauphin, le futur Charles VII, il est considéré comme un des créateurs de la prose oratoire française (le Quadrilogue invectif, 1422).

 

 

La Belle Dame sans mercy, rédigée par Alain Chartier dix ans après la défaite d’Azincourt (1415), fait scandale dans les milieux de la cour. Le sujet est généralement considéré comme un défi aux valeurs de l’amour courtois. Ce poème emprunte une forme courante au XVe siècle, le huitain à trois rimes enlacées, ababbcbc .

L’intrigue met en scène trois personnages : un amant plaintif qui déclare son amour, une dame impitoyable repoussant ses avances et un poète malheureux qui écoute leur conversation en cachette.

La combinaison de « l’amant-martyr » et de « la dame-sans-merci » n’est pas rare dans la littérature médiévale . On retrouve également une situation analogue du poète dans le Débat de deux amans de Christine de Pizan. Pourtant, une opposition aussi constante de la Dame à l’Amant est remarquable parmi les textes de poésie lyrique où est mise en scène la « dame-sans-merci ».

Dans l’œuvre d’Alain Chartier, « tous les arguments de l’amoureux sont immédiatement réfutés » par la Dame. Du début jusqu’à la fin, la Dame se défie des paroles de l’Amant, sans jamais changer d’attitude.

La notion de défiance en moyen français (defiance, deffiance et desfiance) désigne à la fois le « défi » et la « défiance ». Le premier sens, « défi », implique l’« action de défier, de provoquer quelqu’un au combat, de déclarer la guerre à quelqu’un ». Le second sens est : « sentiment de celui qui n’a pas de confiance, manque de confiance, défiance »

Dans La Belle Dame sans mercy, l’Amant, à travers le terme deffiance, insiste sur le fait que les yeux de la Dame le provoquent à la guerre en lui envoyant un héraut représenté par le ‘doux regard’. Ici, la deffiance prend le sens de « défi » (au combat) en ancien français

Au début du débat, les « belles paroles » sont l’objet de la défiance de la Dame. Le choix de l’adjectif beau pour qualifier les paroles de l’Amant suggère la futilité des paroles des amoureux

Dans la suite du poème, l’Amant remplace le beau parleur auquel la Dame faisait allusion par le jangleur, celui qui se plaint par calcul…

L’Amant souligne le contraste qui existe entre un tel jangleur – qui ne sait guère dissimuler sa faintise (faux-semblant) – et un homme réellement triste. Aussi justifie-t-il l’authenticité de ses propres paroles. La Dame renchérit sur ce motif, employant l’expression « cruel losengeur »

La faintise atténue la divergence entre deux adjectifs, « villain » et « courtoise », à savoir qu’elle dissimule un cœur vil par des paroles courtoises.

La faintise de la parole est donc un fondement de la défiance de la Dame envers les paroles de l’Amant.

La Dame déprise la souffrance d’amour dont l’Amant se plaint, en l’attribuant à une « plaisant folie »…

Si la Dame adoucit son attitude, l’Amant la contredit en se comparant à des animaux de chasse apprivoisés.

En se défendant de la double accusation de faintise et de change, l’Amant synthétise ici l’objet de la défiance de la Dame.

Le refus de l’Amant de croire les propos de la Dame fait un parallélisme avec la défiance de la Dame. Une valeur de l’amour courtois, à savoir la « loyauté », fait l’objet de la foi de l’Amant. ( …)

La Dame reproche à l’Amant de ne pas s’en rapporter à elle…

De son côté, l’Amant n’accepte pas le conseil de la Dame de trouver ailleurs une dame « plus belle et jente », et n’ajoute pas non plus foi aux paroles de sa bien-aimée…

L’Amant prétend que la démonstration de sa loyauté peut dissiper le soupçon de la Dame. (…) En vain l’Amant essaie-t-il de convaincre la Dame…

La guerre verbale entre l’amoureux et son « amoureuse annemie » prend fin avec l’ultimatum de la Dame : « Une fois pour toutes croyez / Que vous demourrez escondit. » . Nous pouvons interpréter le terme croire comme signifiant « être persuadé » . Le verbe escondire signifie « refuser, repousser », en contexte amoureux.

Ici se déroule une guerre verbale, sous forme de débat entre deux combattants qui ne se font pas confiance et refusent jusqu’à la fin de reculer. Dans cette guerre verbale, bien différente de la bataille conforme au code chevaleresque, le fait de se rendre en demandant « merci » n’est pas accepté. Les requêtes formulées par l’Amant, aussi bien celles destinées à obtenir la « pitié » que la « grâce », sont repoussées par la dureté de la Dame… !

D’une part, la défiance de la dame sans merci porte entièrement sur la fausseté de la parole énoncée par l’amoureux, ainsi que sur l’inconstance du cœur de ce dernier.

La légende de la mort d’Arthur à la Fosse-Arthour ( Normandie) -2/2-

Moyen-age révé ChâteauxCependant, un matin, l’aurore naissait à peine, brillant à l’horizon et promettant un beau jour, Arthur quittait la Reine. Son retour devait être prochain. Déjà il franchissait la vallée, quand un bruit inusité se fait entendre. Bientôt ce grondement approche et devient plus sensible. Le Roi écoute et s’arrête : il reste interdit. Son épouse, qui du seuil de la grotte, l’a suivi des yeux, porte alors ses regards vers la forêt d’où s’échappe cet étrange vacarme.

C’est un torrent qui mugit. Il renverse bois, rochers, obstacles de toute nature, entraînant tout sans sa course vertigineuse, et rapide comme l’éclair qui sillonne la nue, prompt comme la pensée, il arrive au pied de la montage, pour y envelopper le royal Arthur de son onde intelligente et vengeresse. Le prince se débat en vain contre les étreintes de la mort : le torrent impétueux engloutit sa victime dans sa colère, ne laissant derrière lui qu’un faible tourbillon presqu’aussitôt dissipé.

arthur détail Mort

Témoin de cette agonie si soudaine, muette de désespoir, la Reine ne voit et n’entend que le gouffre qui crie vers elle. La voix de son époux semble l’invoquer.

« Tu m’appelles, s’écrie-t-elle, Arthur ! Ici, je serai seule et désolée ; là-bas nous serons ensemble !… Onde bruyante, que tes flots soient doux à l’épouse qui cherche son époux !… Arthur, je te suis ; ouvre tes bras … me voilà ! »La Fosse-Arthour 2

Et, du haut des rochers, dans un mouvement rapide, elle s’élance avec précipitation dans l’abîme.

On la voit, comme une candide colombe atteinte d’un fer meurtrier, tomber dans la fosse bouillonnante ; les eaux s’agitent avec force et un lugubre murmure semble sortir de leur sein. Les deux époux s’unissaient pour l’éternité.

Le Génie de ces lieux solitaires apparut en ce moment sur un roc renversé, au bord du précipice, tombeau royal des deux héros. Un immense voile de deuil aux longs plis flottants, se déroulait jusqu’à ses pieds ; une larme même tomba de ses yeux, car sa vengeance avait été cruelle. Il étendit lentement la main vers l’eau qui frémissait encore : « Torrent, dit-il d’une voix pleine d’émotion, torrent, tu mugiras toujours : pleure jusqu’à la fin des siècles, pleure de ta grande voix ceux qui viennent de mourir … Redis sans cesse et répète à tous leur déplorable destinée. »

En aval de la Fosse-Arthour

Et pour jamais le Génie disparut de ce ravin désolé.

On affirme qu’autrefois, deux corbeaux, aussi blancs que des cygnes, venaient planer lentement et mélancoliquement chaque jour au dessus du gouffre, tombeau des deux amants. Leur aire était établi dans un creux du rocher, et les laboureurs les respectaient, car ils protégeaient les moissons des champs d’alentour contre les oiseaux du ciel.

Un soir, ils prirent leur volée vers l’horizon lointain, disparurent, et depuis nul ne les a revus. On raconte encore qu’au bon vieux temps, celui qui ne pouvait suffire à ses labours, allait demander aide sur le bord de la fosse-Arthour, en ayant soin d’y déposer une piécette blanche.

Le lendemain matin, il voyait sortir de l’eau deux taureaux noirs qu’il emmenait, et qui se montraient infatigables au travail durant la journée toute entière. Il fallait les ramener au bord de la fosse à la tombée de la nuit, et ne pas oublier de leur attacher une botte de foin entre les cornes. Arrivés au bord de l’eau ils prenaient leur élan, et plongeant, regagnaient leur humide demeure.

Sources : Jules LECOEUR – Esquisse du Bocage Normand -1887-

Une autre  »histoire » soutient qu’il ne s’agit pas du Roi Arthur, qui serait concerné mais du sage Merlin :viviane enserre Merlin

« Viviane, fée de la forêt de Brocéliande, en Petite Bretagne, projetait de séquestrer son ami Merlin dans une prison immatérielle afin de lui soutirer le reste de ses connaissances magiques. D’abord méfiant, Merlin s’éloigne en Grande-Bretagne, mais finalement, fait ses adieux au roi Arthur et regagne Brocéliande sans idée de retour. Entre-temps, le cœur de Viviane s’est ouvert à un jeune soupirant, et un complot s’est tramé. La fée attirera Merlin dans une chambre secrète, formée de rochers de la forêt. A l’intérieur se trouve la tombe de deux amants inséparables dont Merlin avait jadis appris à Viviane la tragique histoire. Lorsque pour satisfaire la curiosité de sa mie merlin soulève la lourde dalle, l’indigne demoiselle et son complice le précipitent dessous. Un Chevalier de la Table Ronde, le roi Baudemagus, perçoit encore ses cris au bout de quatre jours. » Si l’on suit le texte de Wace et si l’on prend en compte les ressemblances de noms, Merlin est bien l’occupant de la Fosse-Arthour.

Sources: Cité par Jean-Charles Payen, et Jeanine Rouch (patrimoine normand), et Patrick Dacquay…

La légende de la mort d’Arthur à la Fosse-Arthour ( Normandie) -1/2-

Une eau tumultueuse, un chaos de rochers tout proches, et la forêt : voici réunis les trois éléments qui ont suscité l’imaginaire des populations anciennes. Nous sommes à la fosse-Arthour, site est classé espace naturel sensible par le conseil général de l’Orne bien qu’il soit situé à cheval sur le département de l’Orne et de la Manche.La Fosse-Arthour

La Normandie armoricaine, de souche celte est un pays de légendes : les fées, le diable, les géants ont toujours hanté les sources et les nombreux mégalithes de la région. Les Normands du Passais ont revendiqué le passage du fameux roi Arthur sur ces terres ; terres où, au VIe siè­cle, situées près de la marche de Gaule, elles étaient sous le contrôle des Bretons.

La fosse est une gorge de 70 m de profondeur. Au fond, coule la Sonce, rivière qui se jette dans l’Egrenne. Ses eaux tourbillonnantes ont formé le gouffre après avoir dévalé les blocs de pierre. Autrefois, ici, il y eut beaucoup de noyés … La baignade y est désormais interdite.Légende de la Fosse Arthour

Selon la légende, Arthur et sa reine se sont noyés dans ce gouffre. La croyance anglo-saxonne raconte que le Roi Arthur ne serait pas mort à la suite de blessures reçues dans un dernier combat mais gardé par neuf fées, dont Morgane, dans l’île d’Avalon. La tradition normande veut, au contraire, qu’il soit enseveli dans les profondeurs de la Fosse Arthour.

Ici, la montagne semble avoir été coupée en deux crêtes distinctes, pour livrer passage aux eaux, et les deux rives surplombent le ravin. Si vous gravissez le rocher ; à une hauteur prodigieuse, après une périlleuse ascension, pendant laquelle le pied peut glisser à chaque pas et vous précipiter dans l’abîme, vous arrivez à une grotte, assez vaste, taillée dans le roc, et qui présente un large orifice aux chauds rayons du soleil, près d’un chêne dont l’ombrage les tempère en les faisant aimer. Sa forme est triangulaire. Elle possède une issue secrète qu’Arthur, dit la légende, savait bien découvrir, car cette grotte était la Chambre de la Reine. En face, sur le flanc de l’autre coteau, dominant une hauteur qu’on ne peut mesurer sans éprouver un sentiment d’effroi et de vertige, étroite et crevassée, est la Chambre du Roi.

Le gouffre dans lequel le roi Arthur et sa reine se seraient noyés.

Arthur passa quelque temps au fond de ce réduit. Mais la fatalité, qui à cette époque reculée pesait surtout sur les héros, avait enchaîné ses désirs. Il ne pouvait visiter son épouse que lorsque le soleil dorait les sommets de la montagne de ses derniers rayons. Ainsi l’avait voulu le puissant Génie qui le protégeait : la Fée qui avait fait naître dans ce noble cœur ces douces pensées d’amour, après y avoir calmé l’ardeur des combats et l’enthousiasme de la gloire.

Guenievre et lancelotLe frein était trop lourd pour sa brûlante passion : Arthur transporta dans son amour le feu qui l’animait à la tête de ses armées. Impatient des obstacles, il osa les dédaigner. Plusieurs fois il descendit durant le jour de sa retraite inaccessible, et traversant le cours d’eau de la vallée, dont les ondes gazouillaient dans les pierres et venaient s’apaiser au milieu des roseaux et des glaïeuls en fleurs, il surprit sa bien-aimée qui gémissait dans l’attente…

Elle redouta d’abord les suites de cette désobéissance aux ordres du génie, mais comme l’habitude enlève la crainte, au bout de quelques jours, tous les deux à l’envi multipliaient ces douces entrevues et prolongeaient ces heureux rendez-vous.

Tarot -15- Le Diable – Le Chevalier Vert

Le Tarot de la Quête du Graal

Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs »

15-diableLe Diable est un personnage imaginaire, mythique, servant le plus souvent à incarner « le Mal ». On pourrait aussi dire qu’il incarne tout ce qui est interdit et tout ce qui dépasse l’entendement, tout ce qui inspire des peurs…

Le diable est celui qui divise, et nous place en face de nos paradoxes…

* Le diable représente le désir de vivre. Le désir sous toutes ses formes… Cet arcane est synonyme de passion, d’instinct, d’énergie et de la liberté.  Il est aussi synonyme de déséquilibre, d’excès ou d’insuffisance. Le Diable peut alors se révéler maléfique, violent, incontrôlable et tyrannique mais aussi instable, dépendant ou complètement passif.

* Le Diable invite à se faire face afin d’oser affronter son ombre et ses peurs. Il est dit que derrière les peurs se cachent des talents latents. Le Diable est l’autre en soi, la part animale (instinctive) millénaire (mémoire collective).

* Mais Attention! Le Diable est le Prince des séducteurs, un redoutable manipulateur. Il est le Maître du jeu. Le Diable vous encouragera toujours à capituler devant vos envies, votre superficialité, et vous incitera à répondre à vos pulsions.

Llewellyn Tarot (by Anna-Marie Ferguson) XV the Devil (the Horned One) The Devil (Herbal Tarot deck)

Et, pourtant :

* Le serpent de la genèse, le diable, est l’instrument de l’éveil à la conscience!

Le diable porte dans son nom même, l’énoncé de sa fonction qui est de séparer. C’est le diable qui pousse à transgresser la loi. Le désir, la pulsion de vie nous oblige à nous dépasser, aller au delà de nos limites pour accéder à plus de conscience.

15 Le chevalier VertDans la légende Arthurienne,  »Le Chevalier Vert » représente celui qui met au défi tous les chercheurs dans leur quête. Il répond aux questions, donne des conseils, et pose aussi des énigmes. Ceux qui pensent tout savoir, il les égare et les tourmente… Son plus grand désir c’est d’être surpassé par un adversaire valeureux…

Le  »Diable  » –  » Chevalier Vert  » représente le défi, les obstacles dont je dois venir à bout… Il matérialise mes peurs, mon ignorance, ma stagnation …etc

Cette carte renvoie à l’histoire contée dans le texte :  »Sire Gauvain et le Chevalier vert » :

Sir gawain et le chevalier vert

Le  » Chevalier Vert  » fait irruption dans la salle, portant un défi appelé le ‘ jeu de la décapitation’. A lire ICI :

GAUVAIN ET LE CHEVALIER VERT -1/2-

GAUVAIN ET LE CHEVALIER VERT -2/2-

le chevalier vert 2Cette histoire a beaucoup de précédents… En particulier un récit qui fait partie du cycle d’Ulster, où Cuculainn est semblablement défié par un terrible géant qui est Cu Roi mac Daire, Roi de Munster, déguisé et personnage puissant de l’autre-Monde… et considéré comme un instrument de la déesse de la Souveraineté ( figure déjà rencontrée …) … Parallèlement : le mystère du Chevalier Vert, s’explique par l’enchantement de Morgane, du chevalier Sire Bertilak … Morgane elle-même une manifestation de la Déesse sous son aspect de Cailleach, ou Femme de la Connaissance Obscure …

Dans le contexte de la  »Quête du Graal », cette Image, appelle à la transformation, et encourage le Chercheur à avancer. Accepter le défi d’échapper du mode normal de l’existence pour s’imposer une nouvelle manière inédite et puissante …

– La Question du Graal : Qu’est-ce qui vous retient?

Sources : Le Tarot du Graal, et Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews

T.H. White: The Sword in the Stone

The Sword in the Stone (littéralement « L’épée dans la pierre ») est le titre anglais original d’un roman de Terence Hanbury White (1938).  Merlin l’Enchanteur, adapté du roman est un film des studios Disney (1963).

Disney sword-in-the-stone

Excalibur, l’épée dans la pierre de T.H. WHITE, est le premier volet du cycle «The Once and Future King », écrit entre 1939 et 1958… En France, il n’est sorti qu’en 1997… !The_Sword_in_the_Stone  Howard david Johnson

 »The Sword in the Stone » : tout le monde connaît d’une certaine façon, par le dessin animé du même titre, sorti par Disney dans les années 60 (la version française fut baptisée Merlin l’Enchanteur). L’enfance et l’éducation d’Arthur en compagnie de Kay et Ector y sont imaginées de façon décalée, avec déjà beaucoup de distanciation par rapport au mythe chevaleresque (en particulier de la part de Merlin, tuteur bougon).

The Sword in the Stone by Alan Lee
The Sword in the Stone by Alan Lee

Le jeune Arthur surnommé La Verrue, est élevé au château de Messire Auctor, avec le fils de celui-ci, Keu. Sa vie est à peu près normale jusqu’à ce qu’il rencontre son précepteur, le magicien Merlin, lequel navigue entre présent et futur, ce qui provoque un grand nombre de confusions (dans ses enseignements, il fait référence à des choses aussi anachroniques qu’Eton, Linné ou Sherlock Holmes !) et d’incidents burlesques. Merlin est ce vieil homme à barbe blanche et chapeau pointu capable de transformer un jeune garçon en poisson, de faire la conversation à la chouette Archimède et de jeter des sorts plus ou moins réussis. Au cours de son apprentissage avec l’Enchanteur, le jeune Arthur aura l’occasion de se faire une idée de la société humaine… en observant les animaux (les oies et les fourmis lui fourniront matière à réflexion…), croisera des personnages irrésistibles de drôlerie : le roi Pellinor qui poursuit sans relâche la Bête Questante, mais sans plus trop bien savoir pourquoi, et qui combattra en un long duel Messire Grummore, et puis Petit Jean, Marianne et Robin des Bois qui ont des ennuis avec la Fée Morgane.arthurleg3

« Pas le moindre gramme de graisse dans ce corps musclé. Il n’était pas à demi-nu comme John, mais vêtu discrètement de vert décoloré, un cor en argent à portée de main. Robin, rasé de près, bronzé, plein de vitalité, noueux comme les racines des arbres mais mûri par les intempéries et la poésie plutôt que par l’âge, ne comptait pas encore trente années ».

arthurleg2Vient enfin le jour où Keu doit être armé chevalier. Cela coïncide avec la mort du Roi Uter, ça tombe bien, car il est question d’une épée fichée dans une enclume et d’une inscription qui dit : « Qui tirera cette épe de cette pierre et de cette enclume est bien né pour régner sur toute l’Angleterre« . La Verrue, pas encore tout à fait Arthur, est un peu dépassé par les événements et n’a pas pleinement saisi la signification de ce couronnement ni songé au terrible fardeau à porter.

Conte plein d’humour et totalement moderne,  »Excalibur : l’épée dans la pierre » est aussi une excellente démonstration de la pensée, de la morale et de l’engagement politique de l’auteur : écrit au moment où commence à se faire entendre la voix d’Hitler, le livre se veut une sorte de pamphlet contre la guerre et la dictature. Malgré le contenu puissant et grave, l’auteur donne une vision symbolique mais toujours drôle des légendes arthuriennes.L'épée dans le roc - Bibliot Verte HACHETTE Jeunesse, 1er trimestre 1965

En France, seul ce premier volume a fait l’objet d’une adaptation dans la Bibliothèque verte en 1965 et n’est plus disponible à l’heure actuelle. Cette unique « adaptation » semble avoir enfermé l’auteur dans le domaine restreint de la littérature pour la jeunesse. En réalité, à l’instar de Tolkien, T.H. White a toujours eu de nombreux adeptes de tous âges qui continuent à lire La Quête du roi Arthur, constamment rééditée aussi bien en Angleterre qu’aux États-Unis ainsi que dans d’autres pays européens comme l’Italie, l’Allemagne, la Norvège.