La Reine des fées, d’E. Spenser (1596) -1/2-

The Faerie Queene , est un long poème d’Edmund Spenser (1552-1599) publié à la fin du XVIe siècle, qui met à l’honneur l’Eglise anglicane et la souveraine Elizabeth 1ère… Ce texte ( illisible pour nous !) a eu une réelle importance dans l’imaginaire anglo-saxon et donc, aujourd’hui, dans la Fantasy …

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L’œuvre, de manière générale, a trait à la promotion de la vertu. Chaque livre a vocation à traiter d’une vertu spécifique, incarnée par un chevalier dont cette vertu constitue la quête principale.

Couv -  from Stories from the Faerie Queen by Jeanie LangLe poème (inachevé) est composé de six livres (sur XII ou XXIV prévus), trois publiés en 1590 et trois autres en 1596. Chaque Livre correspond à une Vertu morale et à de nouveaux héros pseudo-arthuriens : Piété (le Chevalier à la Croix Rouge), Tempérance (Guyon), Chasteté (Britomart), Amitié(Cambell), Justice (Arthegall) & Courtoisie (Calidor, plus un septième posthume, incomplet et plus abstrait sur le caractère inconstant du monde terrestre).

Spenser Livre III  Britomart ou la Vertu de Chasteté
Britomart ou la Vertu de Chasteté

Le poème fait l’éloge de la dynastie des Tudors, à laquelle appartenait Élisabeth, en liant cette famille à la tradition arthurienne. Le texte est par ailleurs profondément allégorique et regorge de clés de lecture : il est possible d’identifier de nombreuses personnalités de l’ère élisabéthaine parmi les personnages du récit. De plus, ces allégories invitent à de multiples lectures : il n’y a pas de sens univoque, ce qui explique la grande richesse de l’ouvrage.

Una and the Red Cross Knight
Una and the Red Cross Knight

Les péripéties impliquant des combats de chevaliers contre des géants ou des sorciers ressemblent à la poésie épique de L’Arioste, de Torquato Tasso et de leurs successeurs.

Personnages allégoriques :

Parmi les principaux personnages allégoriques, on compte Una, qui symbolise la vraie et authentique religion protestante. La machiavélique Duessa représente quant à elle le catholicisme romain. Britomart et Belphoebe, jeunes guerrières, incarnent la vertu anglaise.

La Reine des fées Gloriana, enfin, est fortement soupçonnée de cacher Élisabeth Ire d’Angleterre. Mais la Reine est aussi présente derrière Belphoebe et Britomart. De manière générale, la personne de la souveraine constitue l’un des centres de gravité de l’ouvrage (bien qu’elle ne soit jamais explicitement nommée à part dans l’épître dédicatoire).

Briton Riviere - Una and the Lion, from Spenser's
Briton Riviere – Una and the Lion, from Spenser’s

Pour en savoir plus …

Livre I : Georges et la Vertu de Sainteté.

Le premier livre est centré sur la relation entre le Chevalier à la Croix Rouge sur Champ d’Argent (Saint Georges, la Chevalerie anglaise) et Una (la Vraie Foi, l’Eglise anglicane) – le Chevalier a une armure magique mais aussi un écuyer fidèle, un Nain. Georges ignore sa vraie identité et ne sera nommé que le Chevalier à la Croix Rouge jusqu’à la fin du livre. Né en Angleterre, il a été élevé par les Fées de la Reine Gloriana et vient accompagner Una mais un sorcier maléfique Archimago (le Pape) passe son temps à tenter de les séparer par ses illusions et métamorphoses en faisant croire à l’infidélité d’Una ou en prenant la forme de Georges. Una manque d’être violée par le perfide chevalier Sansloy mais est (ironiquement) sauvé par des Satyres, dont Satyrain, chevalier demi-satyre qui résiste à sa nature bestiale.

The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913
The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913

Le Chevalier à la Croix est conduit à la Maison de l’Orgueil où il est tenté par la reine Lucifera et surtout par l’hypocrite Duessa (l’Eglise catholique), qui feint la Vraie Foi. Il est fait prisonnier par le Géant-Orgueil (amant de Duessa) mais, grâce à son écuyer nain, il est délivré par le jeune roi Arthur (qui ignore encore ses origines). Il finit par être soigné à la Maison de la Sainteté (où la Contemplation enjoint le Chevalier à rester agir dans le monde séculier tant qu’il n’aura pas fini sa mission pour qu’un jour Albion devienne la « Nouvelle Jerusalem »).

Georges vient ensuite à la fin du Livre affronter le Dragon qui saccage le royaume du père d’Una, le Jardin d’Eden. Après un long combat où il est même tué mais ressuscité deux fois par une source magique et par l’Arbre de Vie, il finit par terrasser le Dragon. Il est fiancé à Una mais doit d’abord servir pour 6 ans la Reine des Fées Gloriana.

Livre II : Guyon ou la Vertu de Tempérance 

The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913 -5Un Pèlerin vient chez Gloriana demander l’aide contre la maléfique Acrasia (Intempérance). Sire Guyon est envoyé en quête contre elle, mais il est manipulé par Archimago (qui s’est encore évadé) qui tente par ses mensonges de le détourner contre le Chevalier à la Croix Rouge.
Guyon trouve la malheureuse Amavia qui se suicide dans ses bras : la sorcière Acrasia avait séduit l’amant d’Amavia, Mordant, et l’avait ensuite maudit et tué dès qu’il était revenu vers Amavia. Guyon confie l’enfant de deux amants défunts, Ruddymane, à Medina et doit affronter les deux frères Pyrocheles (Passion furieuse) et Chymocheles (Inconstance) et ensuite aux Enfers Mammon (Richesse).
Archimago vole l’épée d’Arthur pour la donner aux deux frères passionnés mais avec l’aide du Pèlerin, Arthur vient sauver Guyon et récupérer ses armes magiques avec le Bouclier de Gloriana. Arthur et Guyon vont ensemble dans le Château d’Alma (l’Âme) et y visitent les différentes facultés de l’Âme, Imagination, Mémoire et Raison. Arthur et Guyon, avec l’aide du Pèlerin, doivent affronter les deux sorcières Impuissance etImpatience et divers Péchés & Monstres marins, avant d’arriver au domaine d’Acrasia qu’ils arrêtent pour ses crimes.

Le Chant X de ce Livre II a (dans les Palais de la Mémoire d’Alma) la Chronique des Rois de Faërie avec la liste généalogique des monarques des Fées (et Victor Hugo traduit d’ailleurs ce passage en français dans son William Shakespeare) : Elfe (le premier Elfe, créé directement par le Titan Prométhée), Elfin (qui régnait sur l’Inde et l’Amérique), Elfinan (qui fonda la cité de Cléopolis), Elfiline (qui en fit la Muraille d’or), son fils Elfinell (qui vainquit les Gobelins), Elfant (qui construisit la tour de Panthée en cristal), Elfar (le tueur de Géantspolycéphales), Elfinor le Magicien (qui fit le Siège de Verre et le Pont d’Airain, qui résonne comme le tonnerre), puis les 700 Princes issus d’Elfinor, Elficlée qui eut deux fils Elferon (mort prématurément) etOberon, lequel laissa ensuite son trône par testament à Tanaquil dite « Gloriana » (ou Gloriande, la Reine Mab, Titania). Le mélange de références classiques gréco-romaines (Prométhée, Tanaquil) et d’imaginaire plus médiéval (Oberon) est intéressant.The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913 -6

Livre III : Britomart ou la Vertu de Chasteté

L’histoire se tourne vers une nouvelle héroïne, la guerrière Britomart, jeune fille en armure de chevalier (inspirée de la Bradamante de l’Arioste) et symbole de la vertu féminine. Après avoir vu le chevalier Arthegall dans un miroir magique de l’Enchanteur Merlin (qui vit captif dans une caverne avec ses serviteurs Elfes), elle est tombée follement amoureuse de lui et est partie en quête d’Arthegall avec sa nourrice Glaucè déguisée en écuyer. Elle vainc en duel Sire Guyon, puis elle sauve le Chevalier à la Croix Rouge dans le Château de la Joyeuse Garde (dont la Maîtresse tente de la séduire).
Puis Britomart voyage dans les océans et c’est là qu’elle blesse grièvement le chevalier Marinell, fils de Cymodocé, une nymphe marine, dont on avait dit qu’il tomberait du fait d’une femme (mais on avait présumé que ce serait par passion amoureuse).The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913 -1

Cette blessure de Marinell déclenche la panique de celle qui l’aime, la malheureuse fée Florimel , qui s’enfuit éperdue à cheval. Les chevaliers de la Table ronde et notamment l’écuyer du Roi Arthur, Timias, tentent de retrouver cette mystérieuse et belle fugitive. Timias rencontre alors dans sa quête les deux soeurs Belphoebe (dont il tombe amoureux) et Amoret, deux filles du Soleil élevées dans les Jardins d’Adonis, dont la première a choisi la voie de Diane la Vierge et l’autre la voie de Vénus et est éprise deScudamore.The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913 -2
Le chevalier Satyrain (le demi-satyre vu dans le Livre I) participe aussi à la recherche de la fugitive Florimell, poursuivie par des monstres d’une Sorcière, mais il ne trouve que sa Ceinture, ancienne Ceinture de Vénus(cette Ceinture deviendra le bien convoité dans le Livre IV). Il rejoint Britomart et l’inconstant Paridell, séduisant descendant de Paris de Troie.
Ils sont hébergés chez le jaloux Malbecco et Paridell séduit l’épouse de Malbecco, la volage Hellenore, avant de l’abandonner dans le bois des Satyres. Malbecco engage alors comme mercenaire le brutalBraggadochio pour récupérer son épouse mais cette dernière, décidément insatiable, part avec les Satyres pendant que Braggadochio vole l’argent du riche cocu. Malbecco devient le Démon de la Jalousie.
La vierge Britomart part ensuite aider Scudamore (fiancé d’Amoret). Elle affronte les tentations de Cupidon et délivre Amoret de celui qui l’avait enlevée.

Livre IV Cambell et Triamond, ou la Vertu de l’Amitié

The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913 -7Duessa (l’hypocrite du Livre I) et Atè (l’Erreur) font croire à Scudamore (fiancé d’Amoret) que c’est Britomart (qu’on prend pour un homme) qui aurait enlevé Amoret. L’infidèle Paridell, le chaste Satyrain et d’autres chevaliers se battent pour celle qu’ils croient être la Dame Florimell (et qui n’est en réalité qu’un double magique façonné par la Sorcière qui voulait la tuer).
Ils rencontrent Cambell et Triamond, les amis parfaits et on revient sur leur histoire. Cambell avait promis la main de sa soeur Canacé à celui qui pourrait le vaincre et il tua ainsi les deux frères de Triamond, Priamond et Dyamond, dont les âmes passèrent alors successivement dans le corps de leur dernier frère, Triamond.  Cambell avait un Anneau de régénération et Triamond disposait ainsi de deux « Vies » supplémentaires par les âmes de ses frères défunts. Leur combat fut donc interminable jusqu’à ce que leurs soeurs les réconcilient et qu’ils deviennent beaux-frères. Les deux amis participent ensuite au Grand Tournoi organisé par Satyrain pour avoir la Ceinture de Florimell, et chaque ami tente de se sacrifier pour l’autre.
Arthegall (déguisé sous l’armure du « Chevalier Sauvage ») vient participer au Tournoi et est battu par Britomart, qui n’a pas reconnu celui qu’elle recherchait. A la fin du Tournoi, Britomart est la gagnante mais elle refuse la Fausse Florimell, qui choisit d’aller avec le vil Braggadochio. Amoret est à nouveau enlevée par un homme des bois. Arthegall et Scudamore attaquent Britomart mais découvrent enfin qu’elle est une femme. Arthegall tombe amoureux de Britomart mais celle-ci n’ose pas lui avouer ses sentiments.
Pendant ce temps, dans les Bois, le Roi Arthur délivre Amoret et Belphoebe (soeur d’Amoret), suite à un quiproquo, se croit trahie par l’écuyer Timias.
Dans les Océans, Marinell, le Chevalier des Mers (qui avait été blessé par Britomart dans le Livre III), obtient de sa mère la nymphe Cymodocé et de Neptune qu’ils fassent libérer la vraie Florimell (qui était séquestrée par le Vieux de la Mer, Protée).

Livre V Arthegall ou la Vertu de Justice

The gateway to Spenser. Tales retold by Emily Underdown from The faerie queene of Edmund Spenser-1913 -3Arthegall a été élevé par la déesse de la Justice Astrae et elle lui a offert Chrysaor, une épée qui tranche tout, les armes d’Achille et un écuyer au corps de fer nommé Talus. Il était en quête pour la Reine Gloriana pour aider Irène (la Paix) contre Grantorto. Il affronte diverses épreuves pour montrer ce qu’est la Justice, dont plusieurs Jugements de Salomon. Il lutte contre un Géant qui prétend imposer une égalité stricte à la place de l’équité. Pendant les noces de Marinell et Florimell, Braggadochio vient avec le simulacre magique, la Fausse Florimell, mais celle-ci disparaît devant l’original.
Arthegall est vaincu par Radigonde, une Reine Amazone en guerre contre les hommes, et elle le contraint à porter une robe et à tisser à ses pieds (comme Hercule chez Omphale). Britomart, prévenue par Talus l’Homme de Fer, part pour le délivrer et au Temple d’Isis, elle reçoit la prédiction qu’elle aura un jour un fils d’Arthegall qui les dépassera en vaillance (la prédiction ne sera jamais réalisée dans le poème). La guerrière vainc Radigonde et devient Reine des Amazones, dont elle supprime les anciennes lois pour restaurer les droits des hommes.

La suite redevient une allégorie politique transparente sur l’actualité des années 1590. Arthegall et le Roi Arthur capturent l’hypocrite Duessa (l’Eglise catholique) et ils la jugent pour ses crimes, malgré les hésitations de la Mercilla (la Compassion). Ils doivent ensuite défendre les enfants de Belgè (les Pays-Bas) contre le monstrueux Geryoneo (l’Espagne). Arthegall part ensuite lutter contre le Géant Grantorto (la Sédition des Guerres de religion) qui a séduit Floeurdelis (la France). Bourbon (Henri IV), l’ancien ami de Floeurdelis, a trahi la Vraie Foi (le Protestantisme) pour lui plaire. Après avoir vaincu Grantorto, Arthegall retourne avec Talos vers Faërie.

Livre VI Calidor ou la Vertu de Courtoisie

Au retour d’Arthegall en Faërie, Sire Calidor, le plus courtois des Chevaliers, part à son tour en quête contre un monstre rencontré par le Chevalier de Justice, la « Bête Braillarde » (Blatant Beast) aux Mille Langues, symbole de la Calomnie. Les allégories sur la rumeur et la renommée tournent autour de la pudeur et de la réputation des femmes par des historiettes pastorales ainsi que cette vertu de « courtoisie ». Je ne sais si c’est la lassitude de la fin de l’épopée mais cela me paraît être le Livre le plus ennuyeux de tout le poème.

Le prétendu « livre VII » laissé à l’état d’ébauche incomplète porte sur la Mutabilité, personnification du changement, et on ne voit absolument pas le rapport entre cette allégorie métaphysique ou cosmologique avec les six livres précédents sur les vertus morales. La Mutabilité vient demander aux Dieux (et notamment à Diane Déesse de la Lune) à régner sur la Nature et la Nature (Isis Voilée) donne le verdict que c’est plutôt tout l’univers qui règne sur la Mutabilité puisque tout change mais que le changement a pour fin l’accomplissement vers un état permanent. Cette conclusion aristotélicienne annonçait peut-être un autre développement plus théologique ?

Sources: le site http://anniceris.blogspot.fr/

A suivre, avec : Spenser’s Faerie Queene – et des  illustrations de Walter Crane 

La Légende du roi Arthur – Spectacle de Dove Attia

Dove Attia – est le producteur à succès de : « Le Roi Soleil », « Mozart, l’Opéra Rock », « 1789, les amants de la Bastille ». Ici, il ne prend palegende-roi-arthur affs de risque à prendre cette histoire universelle et internationale.

Le risque était peut-être de prendre la chanteuse Zaho, plus connue pour son style urbain que pour la puissance de sa voix. En complétant son casting avec des valeurs sûres du genre et des profeslegende-roi-arthursionnels reconnus, Dove Attia a pleinement accompli sa mission de nous divertir et de nous apporter un peu de rêve dans un quotidien qui en a bien besoin.

Dove Attia a eu la bonne idée de faire appel à Giuliano Peparini pour la mise en scène de ce spectacle. Exigent et pointilleux jusque dans les moindres détails…170915-roi-arthur-1

Giuliano Peparini est avant tout un chorégraphe qui a collaboré avec le Cirque du Soleil et Franco Dragone comme co-metteur en scène et chorégraphe des plus grands spectacles au monde : « Le Rêve » à Las Vegas et « The House of Dancing Water » à Macao, qui a coûté 250 millions de dollars. Giuliano Peparini a déjà travaillé avec Dove Attia en 2012 pour la mise en scène et la chorégraphie de la comédie musicale « 1789, Les Amants de la Bastille », produite par Dove Attia et Albert Cohen.

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« La Légende du Roi Arthur » est un voyage musical à travers les décors de la Bretagne médiévale et les mystères de la féerie celtique, avec de magnifiques tableaux sublimés par de remarquables effets spéciaux… roi-arthur-come-die-musicaleCette histoire nous offre une panoplie de personnages qui sont autant de héros légendaires connus de tous tels que Arthur, Guenièvre, Merlin, Morgane, Lancelot, Perceval, Gauvin, Tristan, Yseult. Le spectacle c’est aussi de nombreux mythes tels que Excalibur, Camelot, les Chevaliers de la Table Ronde et la Quête du Graal. Même si le public connaît plus ou moins l’histoire, ils’attache rapidement aux personnages. Des héros sublimés par un casting de choc puisque l’on retrouve Florent Mothe (« Mozart l’Opéra Rock ») dans le rôle du Roi Arthur, la reine Guenièvre est jouée par Camille Lou (« 1789, Les Amants de la Bastille »), Charlie Boisseau (découvert dans The Voice 3 sur TF1) est le chevalier Lancelot, et surtout Zaho dans le rôle de la fée ou sorcière, c’est selon, Morgane. Une époustouflante Zaho qui va en surprendre plus d’un dans ce projet. On la découvrira danseuse, actrice, chanteuse à voix…

170915-roi-arthur-3Pour la composition et l’écriture des chansons, Dove Attia s’est accompagné de pointures : Zaho, Rodriguie Janois, Silvio Lisbonne, Skread, Nicolas Boisnard, Antoine Elie, Vincent Baguian, Orelsan.

Emotions, grandes scènes d’action chorégraphiées, humour avec le personnage de Merlin, intrigues et trahisons à la cour de Camelot, ambitions, jalousies et luttes de pouvoir jalonne cette très belle histoire du plus grand Roi médiéval. « La Légende du Roi Arthur » de Dove Attia devrait être l’une des plus belles comédies musicales de ces dernières années… !

Sources: fashions-addict.com/

T. H. White: La Quête du Roi Arthur

En France, nous connaissons peu Terence Hanbury White (1906-1964), auteur de fantasy et célèbre pour un de ses romans adapté en dessin animé par Walt Disney sous le nom de Merlin l’Enchanteur (1963), film adapté du roman The Sword in the Stone (littéralement « L’épée dans la pierre »).

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Avec dédicace et dessin de l’auteur – 1958

T. H. White est né à Bombay en 1906 et mort à Athènes en 1964. Après des études brillantes à Cambridge et quelques années d’exercice de hautes fonctions à l’université, il fuit les milieux intellectuels anglais pour se retirer en Irlande et s’adonner à la pêche au saumon et à l’écriture. Mal à l’aise dans une époque dont il n’approuvait ni les modes ni les valeurs, T. H. White préférait, l’histoire, en particulier le Moyen-âge et le XVIIIe siècle, l’histoire naturelle et les fées…

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Merlin-Arthur – T.H.-White’s The-Once-and-Future-King – art-by-John Lawrence

Son cycle romanesque, La Quête du Roi Arthur (The Once and Future King), classiques parmi les classiques en Grande-Bretagne, dénonce par le biais de la fantasy les régimes fasciste et nazi.

Dans cette oeuvre, extraordinaire pastiche du mythe de la Table Ronde, on retrouve un peu de T H White, de ses craintes d’une guerre, de ses opinions… Une histoire qui commence de manière très drôle, car l’humour domine la plupart du temps dans ce récit, entrecoupé de passages fort poétiques et de moments bien plus sombres.

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T.H.-White’s The-Once-and-Future-King” Art-by-John-Lawrence

 

 

La référence arthurienne, c’est Le Morte d’Arthur, écrit au XVe siècle en anglais par Sir Thomas Malory. T. H. White en reprend personnages et péripéties, pour leur appliquer un point de vue moderne. Et n’hésite pas à renvoyer, en souriant, le lecteur à l’œuvre de Malory pour plus de détails sur les événements qu’il passe sous silence.

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T.H.-White’s-The-Once-and-Future-King” Art-by-John-Lawrence

Le cycle comprend :

  • L’Épée dans la pierre, 1938 (le célèbre The Sword in the Stone, adapté au cinéma en 1963 par Walt Disney sous le titre français de Merlin l’Enchanteur.)
  • La Sorcière de la forêt, 1939 (The Witch of the Wood) – rééd. Joëlle Losfeld, 2010
  • Le Chevalier mal adoubé, 1940 (The Ill-made Knight) – rééd. Joëlle Losfeld, 2009
  • La Chandelle dans le vent, 1958 (The Candle in the Wind) – rééd. Joëlle Losfeld, 2009
  • Le Livre de Merlin, posthume, 1977 (The Book of Merlyn) – rééd. Joëlle Losfeld, 2009

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Tarot -14- La tempérance – Le Chaudron

Le Tarot de la Quête du Graal

Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs »

14-temperanceTempérance est l’arcane de l’échange, de l’écoulement serein de la vie. Cette carte représente un ange qui fait circuler de l’eau entre deux amphores. Cette carte symbolise le passage d’une situation à une autre. Elle est synonyme de soulagement, de guérison, et d’harmonie.

La Tempérance fait le pont reliant inconscient personnel et collectif. Entre le Divin et l’homme, se situe l’Ange. Pour aller vers l’unité du Divin, il faut avoir fait sa propre unité interne.

14 Le ChaudronDans une caverne de l’Inframonde, est suspendu le chaudron de la renaissance, dont trois femmes s’occupent : une jeune femme, une femme d’âge moyen, et une vieille femme. Les sculptures derrière elles représentent d’anciens rois, dont Pen Annwn, le Seigneur de l’Inframonde. Près du chaudron, une vipère.

Le chaudron est l’objet principal de la descente d’Arthur dans Annwn, sur le navire Prydwen.

Chaudron kerridwenLe Chaudron n’est pas ( encore) le Graal.. Il peut être l’un de ses aspects, car il donne connaissance de l’Autre-Monde, il fait reverdir le désert et guérit le roi blessé. Il donne la nourriture que chacun désire. Ainsi, le chaudron est rattaché à l’histoire de Taliesin et du chaudron de Ceridwen, ainsi qu’à celle du chaudron de renaissance que possède Bran le Béni. ( Ce chaudron de l’autre monde pouvait ramener les hommes à la vie, sans leur redonner la parole…)14-sarras

Pour en venir au Graal, on pourrait dire symboliquement que le chaudron celte contient le Graal, comme la ville de Sarras ( mentionnée dans la Queste del Saint-Graal du XIIIe s.) , contient  »à présent » le Graal… C’est ainsi qu’à Sarras, le voile entre les mondes est mince : il y règne l’équilibre, la frugalité et la consolation, et bien sûr la sublimation de l’âme et l’échange mutuel entre pairs… Sarras pourrait être ce que Jérusalem pourrait être idéalement… !

– La Question du Graal : Quels sont vos objectifs, intermédiaires…, final?

Sources : Le Tarot du Graal, et Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews

De L’Annwn, au pays des fées

Viking Ship enterrement au Barradoole, Isle of Man
Isle of Man

L’Annwn ( prononcer Annonn ou Anaon) désigne l’Autre-Monde dans les les textes gallois du Moyen-âge.

Il est question de l’Annwn dans le premier des quatre contes des Mabinogion : Pwyll, prince de Dyved. Après une dispute de chasse, Arawn, roi de l’Autre Monde et Pwyll échangent leurs situations pour une durée de un an, c’est le mythe fondateur de la dynastie des princes de Dyved. Dans le Livre de Taliesin, un poème gallois du IXe s. ( Preideu Annwn) évoque qu’ Arthur et ses hommes partent pour l’Annwn afin d’en rapporter un chaudron magique. Seuls, sept hommes – dont le barde Taliesin qui raconte l’aventure – reviendront de cette quête qui préfigure celle d’autres objets talismaniques dans les récits arthuriens.  Cet Autre Monde est aussi présent dans le conte Kulhwch et Olwen.

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By Shaun William Kerr

L »Autre-Monde » est très présent dans les contes arthuriens ; et localisé au-delà d’une limite naturelle : rivière, forêt, arbre, mégalithe…etc. C’est un pays qui peut surgir partout mais ne se trouve nulle part … On peut le rapprocher du château du Graal… Et de l’île d’Avalon…

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La littérature arthurienne – en se christianisant – va se construire en opposition à cette notion capitale d’Autre-Monde. L’Annwn est à distinguer clairement des représentations chrétiennes de l’au-delà.

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Aujourd’hui, on peut rapprocher l’Annwn, du pays des fées..

Lady of the lake, Arthurian LegendLe pays des fées est fondamentalement d’essence matriarcale. En témoignent ces nombreuses fées et Dames du Lac (qui donna l’Épée au roi Arthur), le plus souvent non mariées (supposées et dites « vierges » comme Diane-Artémis), qui séduisent et collectionnent les mortels valeureux. Malheur à qui osera rejeter les avances de ces dames. Les plus chanceux se verront expédiés dans « l’autre monde », lors d’une chasse, poursuivant un gibier magique, un animal blanc surnaturel (biche, cerf, sanglier… un animal totémique, héraldique, sacré), qui les attirera au travers d’une porte invisible du Sidh, afin qu’ils y réapprennent les bonnes manières amoureuses envers les femmes.

En pénétrant dans l’Autre Monde de nos légendes, on entre au propre comme au figuré dans le pays des rêves : on pourra y trouver le repos ou le tourment, y voir réaliser ses souhaits les plus chers ou bien y rencontrer d’incompréhensibles mystères, et passer en quelques battements de cœur du plus merveilleux des songes au plus terrible des cauchemars… Il n’est alors guère surprenant de voir les terres d’abondance et de jouvence se confondre avec le monde des trépassés, le terme « Autre Monde » pouvant aussi bien désigner le pays des fées que le séjour des morts.

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Cet Autre Monde est toujours séparé du nôtre par une frontière qu’il convient de franchir, une limite devant être outrepassée, symbolisée le plus souvent par une barrière naturelle (l’orée d’un bois, l’entrée d’une caverne, la surface d’un lac, les flots de l’océan, une nappe de brume ou tout simplement l’horizon…) mais dont l’emplacement peut aussi être marqué par un cercle de pierres levées ou, dans les récits médiévaux, par le portail d’un château… The Knight And The Nymph  by Edward Okun (1872 – 1945)De manière plus abstraite, cette limite peut aussi être celle qui sépare la veille et le sommeil, la conscience et l’état de transe, la sagesse et l’imprudence, ou encore le respect des interdits et leur transgression. Dans tous les cas, le passage dans l’Autre Monde correspond à une incursion dans l’inconnu. Ainsi, le chasseur impétueux qui s’écarte de son chemin ou s’éloigne de ses compagnons pour poursuivre un gibier surnaturel (blanc cerf, sanglier géant etc) passera sans s’en apercevoir d’un monde à l’autre : l’animal fabuleux l’y a certes attiré, mais c’est le chasseur lui-même qui a transgressé un interdit symbolique en quittant le sentier ou en abandonnant le groupe.

Le Graal, à Brive en Limousin, au Ve s.

Une tradition limousine affirme que le Graal aurait, vers le Ve siècle, séjourné à Brive avant d’être emporté par les Normands.

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Texte repris de l’édition de 1892 de l’Echo de la Corrèze

Grâce à Richard Wagner, les romans de chevalerie, qui se rattachent au cycle des chevaliers du Cygne, retrouvèrent au XIXe siècle un regain de vogue, d’actualité. Lohengrin, ce pur chef-d’œuvre, et Parsifal, cette sublime envolée d’au-delà, puisent leur sujet, en effet, dans la célèbre légende du Saint-Graal dont les chevaliers du Cygne avaient la garde.

Cette légende a des racines jusque dans l’antiquité mythique la plus haute. Les textes sacrés de l’Inde font mention d’un lieu sur la terre d’où toute misère est bannie, où règne une félicité parfaite, où les désirs se taisent, parce qu’ils sont satisfaits, où l’âme jouit d’une paix sereine, inaltérable. On se représentait ce lieu de délices, ce paradis, tantôt comme une coupe merveilleuse, qui répand sur le monde, — à l’inverse de la boîte de Pandore, — tous les dons du ciel, tantôt comme un sanctuaire, un temple inviolable et sacré. Les légendes bretonnes parlent aussi d’un vase merveilleux, dont Pérédur (Parsifal) avait fait la-conquête et qui avait le pouvoir de ressusciter les guerriers morts.

L’imagination chrétienne s’empara de ces mythes en les purifiant. Une pierre précieuse tombée de la couronne de Lucifer, lorsque Dieu le précipita dans les abîmes, fut ciselée en coupe, et, par on ne sait quelle circonstance, devint la propriété de Joseph d’Arimathie. C’est dans ce vase que le Christ but à la Cène et que fut recueilli, plus tard, sur le Calvaire, le sang qui s’échappa de la blessure faite par la lance du soldat romain.

Quand Joseph d’Arimathie vint en Bretagne prêcher la foi catholique, il apporta cette coupe qui était désignée sous le nom de Saint-Graal. Le lieu où elle était déposée abondait en biens terrestres ; ceux qui, en danger de mort, étaient assez purs pour le contempler, étaient certains de vivre, et ceux qui le voyaient tous les jours conservaient une éternelle jeunesse.

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Ce symbole du Graal est, toute question confessionnelle mise à part, certainement un des plus admirables, des plus sublimes que l’humanité ait connu. Le Graal était gardé au Montsalvat ou Mont-du-Salut, dans les Pyrénées, en Biscaye, par des chevaliers. Un mystère présidait à leur élection. Ils devaient être braves, d’une conduite irréprochable et purs de toute étreinte d’amour. Leurs noms étaient inscrits en lettres de feu sur les bords du vase. Chaque soir, comme aux temps du paganisme grec sur l’Olympe, le Graal se remplissait lui-même de nectar et d’ambroisie.

Sur cette légende vient se greffer celle qui a trait aux douze chevaliers de la Table-Ronde, dont les exploits merveilleux remplissent tout le Moyen Age. Ils furent fondés par Artus, roi de Bretagne, pour aller, dit-on, à la recherche du Graal, volé par des infidèles.

Si nous examinons cette légende du Graal, au point de vue littéraire, nous voyons qu’elle inspira, en tous temps, un très grand nombre d’écrivains. Les messingers, en Allemagne, les trouvères, en France — entre autres, Chrétien de Troyes, Robert Boron, Gauthier Map, William d’Eschenbach —, écrivirent au Moyen Age sur ce sujet, de très longs romans, des poèmes qui sont venus jusqu’à nous. A la fin du XIXe siècle, un certain nombre de jeunes écrivains, épris de littérature mythique, se groupèrent pour la rédaction d’une revue portant le titre : Le Saint-Graal. Le romantisme, dont le fond était une évocation du Moyen Age, s’empara aussi de cette légende, que nous retrouvons dans les œuvres de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas.

Les Chevaliers à la Table du Graal - enluminure extraite de La Quête du Saint Graal, manuscrit sur parchemin, copié à Tournai en 1351
Les Chevaliers à la Table du Graal – enluminure extraite de La Quête du Saint Graal, manuscrit sur parchemin, copié à Tournai en 1351

Si l’origine du mot graal reste très discutée, certains cherchèrent son étymologie dans le mot limousin grial, griala, qui signifie vase en terre, en bois ou en pierre (en provençal il se ditgrazal). Il est intéressant de rechercher si, dans le pays limousin, cette légende du Graal a laissé quelques traces.

Collégiale St-Martin Brive
Collégiale St-Martin Brive

Un disciple du Christ, connu sous le nom de saint Martin l’Espagnol, vint en Gaule prêcher l’Evangile, vers le commencement du Ve siècle, et se fixa dans le Périgord. Ayant appris que les habitants de Brive (Briva curretia), sacrifiaient aux faux dieux et adoraient Priape, il accourut dans cette ville — en 407 —, dans le but de les convertir à sa foi. Il pénétra dans le temple, troubla du geste et de la voix leur cérémonie et brisa leurs idoles. Furieux, les Brivistes le chassèrent, le poursuivirent à coups de pierre et lui tranchèrent la tête dans la vieille rue de la Jaubertie, depuis rue de Corrèze. On raconte, à propos de ce martyre, que chaque fois que le chef de Saint-Martin était porté en procession, sa figure pâlissait quand elle passait à cet endroit.

Mais dès la mort de saint Martin une terrible épidémie décima Brive. En vain ses habitants recouraient-ils à leurs dieux. Ils eurent alors l’idée d’implorer leur victime elle-même et le fléau cessa. Frappés de ce prodige, les Brivistes se convertirent au christianisme, exhumèrent les restes de saint Martin l’Espagnol, qui furent portés dans le temple de Priape, de ce jour transformé en église.

St Martin de Brive
St Martin de Brive

Le bruit des miracles opérés par saint Martin se propagea. L’empereur Valentinien III (dans les faits sa mère, Galla Placidia, qui assurait la régence, puisque l’empereur romain n’était alors âgé que de 6 ans), sur le point de perdre une bataille, implora le martyr de Brive et remporta la victoire. Reconnaissant, on fit au nom du souverain de riches présents à l’église de cette ville, vers l’an 425. Dans ce trésor se trouvait un reliquaire en argent renfermant une coupe de marbre, qu’on disait avoir servi à la Cène du Christ, et qui était désignée sous le nom de Saint-Graal.

Le temple de Priape démoli, Rorice Ier, évêque de Limoges, fit à la fin du Ve siècle édifier sur son emplacement une superbe basilique, dans laquelle on venait voir et le tombeau de saint Martin et le Saint-Graal. Lorsque Gondebaut ou Gondovald, fils naturel du roi mérovingien Clotaire Ier — lui-même fils de Clovis Ier et roi des Francs entre 558 et 561 —, vint à Brive, s’y faire couronner roi (décembre 584), pour se venger des habitants qui l’avaient mal accueilli il brûla l’église et vola le Graal qu’il fit servir à ses orgies.

Le poète et philologue occitan Joseph Roux fit de cet épisode le sujet d’une des plus belles pages de sa Cansou lemouzina. Voici les quelques vers qui parlent du rapt du Graal :

E se beu e se minja !… Al mais qui n’en chap ! Or,
Gondebaut — trop de vi li ne java lou cor —
Coumanda que li arazon lou Saint-Grial, hanap d’or
Que Joset d’Arimat te prestet, per l’amor,
Crist de lei célébrar ta darrieire « Pascor » ;
Apueis, Valentinian, pious emperador,
Lou mandet al martire per garnir soun trésor.
Es ilh, dins las chansous, que lous douge d’Armor
Chercharan per tout carre.

Chercharan per tout carre ; e qu’anueg sier de veire
Al bastart Gondebaut, afourtunat venceire.
Mas Libéral se leva ! Auria chaugut lou veire !
Devans lou rei Hérodes tal se quilhava Peire :
« Boulaire de cristias ! sacrelege beveire !
« Gondebaut ! Gondebaut ! cre me, que sui de creire :
« N’estrenaras jamais lou trone de toun reire,
« Toumbaras d’aici a pauc ! »

En voici la traduction :

Et l’on boit et l’on mange !… A celui qui en tiendra davantage ! Or Gondebaud — trop de vin lui noie le cœur — commande qu’on lui emplisse jusqu’au bord le Saint-Graal hanap d’or que Joseph d’Arimathie te prêta afin, ô Christ ! de célébrer dedans ta dernière Pâque ; puis, Valentinien, pieux empereur, l’envoya au martyr, pour garnir son trésor. C’est ce vase que dans les chansons de gestes les douze d’Armorique chercheront par tout pays.

Chercheront par tout pays ; et qui aujourd’hui sert de coupe au bâtard Gondebaud, fortuné vainqueur. Mais Libéral se lève ! Il aurait fallu le voir ! Devant le roi Hérode, tel se dressait Pierre : « Brûleur de chrétiens ! sacrilège buveur ! Gondebaud, Gondebaud, crois-moi, je mérite d’être cru, tu ne t’assiéras jamais sur le trône de ton ancêtre, tu tomberas d’ici peu ! »

Comme le lui avait prédit Libéral, Gondebaut fut tué sous les murs de Comminges, pour avoir profané le Saint-Graal. Ainsi périt Salammbô, dans le roman de Flaubert, « pour avoir osé toucher au manteau de Tanit. » Le bâtard de Clotaire mort, le Graal fut restitué à Saint-Martin, puis volé plus tard par les Normands. Il faudrait peut-être, à ce moment, placer l’institution des chevaliers de la Table-Ronde, dont la mission était d’aller à la recherche de la précieuse coupe. Mais les romans de chevalerie sont muets sur la version limousine de cette légende que nous venons de raconter.

Parsifal 1882
Parsifal 1882

Le Graal revint-il à Brive, après le vol des Normands ? Les auteurs ne disent rien sur ce point ; certains attestent cependant que ce vase, ainsi que les autres dons de Valentinien, disparurent seulement de l’église de Brive sous la Terreur. Une royauté du Saint-Graal fut-elle créée en Limousin, au Moyen Age ? Il serait curieux de le rechercher.

Le caractère des chevaliers était d’aller, par tout pays, prendre la défense des faibles, des innocents. L’exploit d’Archambaud de Comborn, partant du Limousin en Allemagne défier en combat singulier les calomniateurs d’une reine accusée d’adultère, n’aurait-il pas quelque rapport avec l’aventure de Lohengrin, chevalier du Graal, débarquant en Brabant pour défendre Elsa des accusations de Frédéric de Teralmund et de sa femme, la sorcière Ortrude ?…