La beauté de la femme, au Moyen-âge – 2 – La peur

Lustful friar. Book of hours (the calendar page for December), Nantes 15th centuryObjet de désir, le corps de la femme est aussi celui d’une peur masculine… Même si les évangiles s’en éloignaient… Des clercs célibataires, qui idéalisent le vœu de chasteté, vont disserter sur le corps de la femme, ils n’est pas étonnant qu’ils voient en lui la source de tous les dangers … !

Le Moyen-âge est l’héritier de vielles superstitions misogynes : le sang des menstrues passe pour empêcher les plantes de germer, il fait rouiller le fer e

Transgressing the Boundaries of Holiness-  Sexual Deviance in the Early Medieval
Transgressing the Boundaries of Holiness- Sexual Deviance in the Early Medieval

t donne la rage aux chiens … !

Au XIVe s., le franciscain Alvaro Pelayo condense un traité, le Deplanctu ecclesie écrit à la demande du pape d’Avignon Jean XXII, toutes ces terreurs misogynes.. Il y dresse la longue liste des cent deux vices des femmes.

La femme est toute de corps, animale et sexuelle, sa faiblesse l’induit en tentation.

MEDIEVAL KAMASUTRA Book of Hours, France 15th centuryLe corps de la femme peut réserver bien de mauvaises surprises… On raconte l’histoire de la fée Mélusine tombée amoureuse d’un mortel …

Les deux derniers siècles du Moyen-âge sont saisis d’une véritable peur de la femme. Cette phobie est à mettre en relation avec la crise que connaît l’occident : pestes, famines, épidémies et guerres engendrent la recherche de boucs émissaires. La coquetterie des femmes est la cause de tous les maux…

Sources : La vie des femmes au Moyen-âge par Sophie Cassagne.

Aliénor d’Aquitaine et l’abbaye de Fontevraud -1/3-

Louis VII prend l'oriflamme à Saint-Denis, avec Alienor

Après avoir été éloignée – du temps de son mariage avec Louis VII ( Roi de France) – de toute activité politique; Aliénor d’Aquitaine ne sera pas déçue et va vivre des années fécondes, non seulement parce qu’elle donne naissance à huit enfants, mais parce qu’elle se révèle administratrice infatigable ; le grand nombre de lettres et chartes émanant d’elle montre quelle attention elle porte, à la fois à ses domaines personnels et au Royaume tout entier…

Abbaye Fontevraud 1

L’exemple en est son attachement de plus en plus proche avec l’abbaye de Fontevraud, prouvé par ses nombreuses chartes, qui nous révèlent l’activité d’une reine en cette seconde moitié du XIIe siècle… Aliénor, perpétue ce qui était devenu comme une tradition dans sa lignée en se rendant à Fontevraud.

L’histoire de l’abbaye débute en 1101, année de la première Croisade et de la prise de Jérusalem. L’abbaye est fondée par un ermite breton,

Robert d'Arbrissel fonde l'abbaye de Fontevraud
Robert d’Arbrissel fonde l’abbaye de Fontevraud

Robert d’Arbrissel à qui le pape Urbain demande de prêcher la croisade en Anjou. Il devient prédicateur itinérant et sillonne, à ce titre, tout l’Ouest de la France. Le charisme de cet homme attire des centaines de personnes qui décident de le rejoindre à Fontevraud pour y créer une communauté religieuse.

Grâce à la générosité des comtes d’Anjou, Robert d’Arbrissel va commencer la construction de deux couvents : le Grand Moûtier (ou couvent Sainte-Marie) pour les religieuses, et le couvent Saint-Jean pour les moines. Robert d’Arbrissel dédie sa fondation à le Vierge Marie dont il veut perpétuer la maternité spirituelle. C’est pourquoi ce sont toujours des abbesses qui régiront l’abbaye et religieuses et moines lui devront tous obéissance et respect filial.

Au XIIème siècle, l’ordre compte 300 contemplatives et 5000 religieux nommés les Fontevristes.

Fontevraud - L'abbaye  - 1699
Fontevraud – L’abbaye – 1699

Curieusement voulu, par son fondateur, mixte et gouverné par une abbesse ayant autorité tant sur des moniales que sur des frères assujettis à celles-ci, l’Abbaye de Fontevraud était rapidement devenu célèbre ; relevant du diocèse de Poitiers, il n’avait pas tardé à essaimer largement, spécialement en Poitou et en Aquitaine. La grand-mère paternelle d’Aliénor, Philippa de Toulouse, épouse bafouée du duc troubadour Guillaume IX d’Aquitaine, avait de bonne heure honoré Fontevraud de sa visite avant de fonder en 1114, dans son Toulousain natal, le prieuré fontevriste de Lespinasse où elle était morte peu après sous le voile qu’elle y avait pris avec sa fille Audéarde.

Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869
Alienor-charte-affranchit-les-habitants-du-Poitou-des-servitudes-féodales-et-donne-à-Poitiers-son-premier-échevin-par-A.-Steinheil-1869

La première visite d’Aliénor, connue à l’abbaye, lui permet de promulguer la toute première de ses chartes personnelles en faveur de Fontevraud, intervient en 1152, aux lendemains immédiats de son divorce et de son rapide remariage avec Henri Plantegenêt, comte d’Anjou – Maine – Touraine et duc de Normandie. Elle lui apporte, comme naguère à Louis VII, le duché d’Aquitaine en dot et elle reçoit le 19 décembre 1154, avec Henri la couronne d’Angleterre.

Suivront ensuite : une installation d’un monastère de l’ordre à Westwood en Angleterre ; des conventions passées entre le monastère et les habitants d’Angers au sujet du péage des Ponts de Cé ; et autres droits et concessions …

Alienor d'Aquitaine 3Marquée par une très généreuse donation à l’abbaye, l’année 1170 est une date capitale pour Aliénor et Henri : celle des accords de Montmirail… En présence du roi de France, Henri II se reconnaît son sujet et son vassal pour toutes les possessions sur le continent, et repartit entre ses enfants les divers territoires du royaume Plantagenêt. De ces accords qui ont lieu pour l’Épiphanie de 1170 ( 6 janvier), Aliénor est absente et ne va trader à prendre sa revanche en faisant à son tour acte de politique personnelle : pour Pâques de la même année, elle instaure solennellement, comme duc d’Aquitaine et Comte de Poitou, son second fils Richard, celui que plus-tard on nommera Cœur de Lion.

Dans l’esprit d’Aliénor, la cérémonie n’eût pas été complète si elle n’avait pas été suivie d’une donation solennelle à l’abbaye de Fontevraud. Elle y associe ses fils et aussi son époux ( dont elle est de plus en plus éloignée à l’époque, puisque c’est le temps où il la trompe ouvertement avec la belle Rosemonde). L’acte porte sur plusieurs terres, en particulier l’une sur la cour royale qui va de  »Belle Villa » à Chizé, et sur les bois d’Argathum ( Argy).

Autre charte en faveur de l’abbaye, que celle promulguée conjointement par elle et par son fils Richard, promu duc d’Aquitaine depuis 1169, sa charte que confirme, en même temps, une autre, perdue, d’Henri II, est passée à Chinon où le roi, alors à l’apogée de sa puissance, tient, entouré des siens, sa cour à Noël 1172.

THEATRE GALISSON - Carole Galisson, ici dans le rôle d'Aliénor d'Aquitaine
THEATRE GALISSON – Carole Galisson, ici dans le rôle d’Aliénor d’Aquitaine

Aliénor reprend résolument son titre de duchesse d’Aquitaine, comtesse de Poitiers. C’est aussi l’époque où elle soulève ses États contre le pouvoir devenu despotique d’Henri Plantagenêt. En 1173, la révolte, qui couve partout, animée par la reine et incarnée en ses fils Henri le Jeune et Richard, éclatera ouvertement. Elle ne sera matée par Henri II que l’année suivante, lorsque, surprise en vêtements d’homme au milieu d’une petite escorte de Poitevins, au moment où elle tente de gagner les terres de son premier époux, Louis VII roi de France, la reine Aliénor est faite prisonnière.

L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)
L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole)

Prisonnière de son mari, d’abord à Chinon de fin novembre 1173 à juillet 1174, puis en Angleterre pendant la douzaine d’années qui suivit l’échec de cette grande révolte, elle ne retrouve sa liberté — et, encore, temporairement — qu’au début de 1185. Au long de ces années, les fontevristes — demeurées dans les meilleurs termes avec le roi qui continue de multiplier les interventions et donations en leur faveur ne semblent nullement s’être préoccupées de son triste sort et il est remarquable qu’en 1204 encore, exaltant sa mémoire dans son éloge nécrologique, elles se soient prudemment abstenues de toute allusion à sa longue captivité. Pour l’heure, elles s’inquiètent de ce qu’il allait advenir des dons qu’elle leur a consentis en forêt de Chizé et, vers 1180, elles prennent la précaution de les faire confirmer par son fils Richard, duc d’Aquitaine. Quant à Aliénor elle-même, elle refuse en 1175 une proposition de son époux de lui rendre la liberté sous condition de sa prise de voile à Fontevraud.

Tarot -12- Le Pendu – Le Roi Blessé.

Le Tarot de la Quête du Graal

Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs »

12-penduLe Roi Blessé apparaît, dans les légendes du Graal, comme son gardien privé de ses pouvoirs… Ses blessures non guéries le maintiennent dans une continuelle souffrance, et il ne peut être guéri, tant que le héros du Graal n’a pas obtenu le récipient rédempteur…

Mais le Graal ne peut opérer ainsi avant qu’un héros du Graal ne vienne poser la question : «  Qu’est-ce que cela signifie ? », ou «  A qui sert le Graal ? »

Rappelons-nous la visite de Perceval au Château du même Roi Pêcheur ; son manque de réaction devant le cortège du Graal… !perceval au chateau du Roi Pecheur

Ainsi, Perceval quitte le château du Roi Pêcheur sans avoir eu l’occasion de se renseigner sur le merveilleux cortège.

Dans la campagne alentour, toujours aussi dévastée et sans vie, il aperçoit une cavalière qui vient rapidement à sa rencontre, et l’interpelle en ses termes :

« Tu es un mauvais chevalier ! Pourquoi n’as tu pas demandé au Roi ton hôte ce qu’était le cortège qui a traversé trois fois la salle devant toi ? Tu aurais pu par cette simple question guérir le Roi de sa blessure et redonner vie à son royaume ! Mais tu n’as rien fait, tu ne t’es intéressé qu’à toi-même, et tu n’as fait preuve d’aucune compassion pour tous ceux qui souffrent dans ce royaume ! Va, maintenant, vivre tes aventures, mais que ta conscience ne trouve pas de repos tant que tu n’auras pas réparé ta mauvaise action ! ».

le Roi Pêcheur
le Roi Pêcheur

Sur ce, la jeune fille éperonne sa monture et s’enfuit dans la campagne.

– Pourquoi le Roi est-il blessé ? Cette question nous emmène dans les mythes profonds du pays. Les romans médiévaux parlent du Coup Douloureux, par lequel Balin blesse le Roi Pelles avec la lance de Longimus ( celle du Christ…), causant ainsi la désertification du Pays… Les coutumes celtiques imposent au chef estropié ou défectueux d’abdiquer.

Les romans médiévaux montrent qu’Arthur devient virtuellement un Roi Blessé, la Reine se tourne vers un autre chevalier ; l’unité du royaume est brisé… Le Gaste Pays est évidemment un royaume en dépression, comme aujourd’hui un homme ou une femme pourrait l’être.

Mort Roi Arthur - Roi blessé

Le héros du Graal est potentiellement un nouveau roi ; sa quête du Graal le met en relation avec l’Autre-Monde, avec la  »Souveraineté »…

D’autre part les blessures du Roi Blessé sont associées au sacrifice rédempteur du Christ, dans une parfaite union de la tradition ancienne et de la tradition chrétienne.

12 Le Roi blesséLe roi blessé fait partie d’une lignée de gardiens du Graal descendant de Joseph d’Arimathie

Le Roi blessé est notre volonté brisée, qui ne nous relaie plus les commandements de l’âme, sans laquelle nous ne trouvons plus de sens à la vie, sans laquelle nous ne savons plus pour quoi vivre.

Et pourtant le conte nous enseigne qu’il y a un trésor merveilleux dans ce royaume, et que pour délivrer le Roi et le royaume de la dépression qui les accable, il suffirait qu’un étranger de passage s’intéresse à ce trésor.

Cette lame suggère au  »Chercheur » la vulnérabilité aux blessures, tant mentales que spirituelles ; et l’espoir, l’attente de la venue de celui qui le guérira… Il en est ainsi, pour ‘Le Pendu’ : c’est le moment de l’attente, de la réflexion, toute action semble exclue.

– La Question du Graal : Quelles sont mes blessures ?

Sources : Le Tarot du Graal, et Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews

La porteuse de Graal -4/4-

Galahad Kneeled ~ King Arthur by Henry Frith ~ Garden City Publishing ~ 1932
Galahad Kneeled ~ King Arthur by Henry Frith ~ 1932

La fonction de la Porteuse du Graal, est de donner naissance à celui qui lèvera les sortilèges et délivrera le royaume des forces obscures qui le rendaient stérile. Malheureusement, ce n’est pas le royaume d’Arthur que Galaad sauvera, mais seulement celui – quelque peu surnaturel – de la Terre Foraine, c’est à dire une  »terre extérieure »…

Si la Porteuse du Graal est prêtresse et appartient à une lignée sacrée. Elle n’en demeure pas moins femme… Elle est réellement amoureuse de Lancelot, et cette passion qui s’est éveillée en elle lui fait outrepasser les limites de sa mission.

Lady Kundry Holding the Grail by Sigune on DeviantArt
Lady Kundry Holding the Grail by Sigune on DeviantArt

En effet lorsque qu’elle vient avec son père Pellès à la cour du roi Arthur, emmenant d’ailleurs avec elle son jeune fils Galaad, elle est fort bien reçue par la reine Guenièvre qui reconnaît en Galaad la beauté de Lancelot et qui a complètement pardonné la  »trahison » de son amant. Mais c’est la fille de Pellès qui va brouiller les cartes. Son désir de Lancelot est si aigu qu’elle demande à sa suivante Brisane de s’arranger pour lui faire passer la nuit avec lui. Et Brisane va une nouvelle fois utilisé le breuvage magique qui a déjà si bien réus i. Lancelot va rejoindre celle qu’il prend pour Guenièvre et satisfait à la fois son propre désir et celui de la fille du Roi Pêcheur.The Damsel of the Sanct Grael Dante Gabriel Rossetti - 1857

Malheureusement, Guenièvre, qui attend impatiemment la visite de son amant, finit par surprendre en flagrant délit, et prise d’un accès de jalousie furieuse, d’ailleurs four compréhensible, chasse Lancelot qui quitte la cour pour tomber bientôt dans d’autres pièges, encore plus redoutables, ceux de Morgane.

La porteuse de Graal est-elle une prêtresse dévoyée ou une des incarnations de la déesse de l’Amour?   Elle est en tout cas l’image de la Féminité porteuse de lumière, devant laquelle, surtout lorsqu’elle tient dans ses mains, la mystérieuse coupe qu’on appelle le Graal, et qui est un emblème sexuel féminin, tous les hommes sont tentés de s’incliner, rendant ainsi hommage à sa beauté transcendante et presque irréelle.

Sources : Les dames du Graal de Jean Markale.

La porteuse de Graal -3/4-

Suite de l’histoire de la fille du Roi Pellès ( le Roi Pêcheur) – la porteuse du Graal – et de Lancelot …

Lancelot and ElaineCar rien n’est possible sans machination. La vielle femme, qui se révèle quelque peu sorcière, fait allusion à la passion exclusive que Lancelot a pour la Reine Guenièvre «  qui lui interdit de désirer toute autre femme ». Et elle conclut : » Il faut donc manœuvrer avec habileté de façon à ce qu’il ne s’aperçoive de rien. » Et sans s’en rendre compte, Lancelot va être la victime – non consentante – de ce qu’on appellerait en termes de droit « dol et tromperie ». Mais qui veut la fin veut les moyens, même si ceux-ci sont forts suspects.

Tout se déroule comme prévu. La suivante Brisane fait croire à Lancelot que la reine Guenièvre va passer la nuit dans une forteresse voisine et qu’elle l’attend avec impatience. Elle conduit le chevalier vers son rendez-vous après avoir pris soin d’emporter une fiole contenant une  »potion magique » qui persuadera Lancelot qu’il est en présence de Guenièvre. Elaine with Lancelot's ShieldEt, pendant ce temps, Pellès envoie sa fille à la même forteresse, par un autre chemin. Effectivement, après avoir bu le breuvage, Lancelot se croit dans l’une des résidences d’Arthur et n’hésite pas à rejoindre celle qu’il croît être Guenièvre.

« Ainsi furent unis le meilleur et le plus beau des chevaliers et la plus belle des vierges appartenant au plus haut lignage de ce temps, animés tous deux par un même désir mais pour des raisons différentes : elle ne se donnait à lui non pas tant pour sa beauté, ni par luxure ni par échauffement des sens, mais pour recevoir le fruit grâce auquel tout le pays, ravagé à la suite de coup douloureux reçu par le Roi Pêcher, devait recouvrer sa beauté première. » ( version Gautier Map, trad. J Markale)

Guinevere and Lancelot.Tout le contexte indique que la fille du Roi Pêcheur est passionnément amoureuse de Lancelot – d’ailleurs – toutes les femmes qu’il rencontre tombent amoureuses de lui et s’offrent à lui avec une rare impudence. Beaucoup plus tard, lorsque qu’elle viendra à la cour d’Arthur en compagnie de son père, elle s’arrangera, toujours grâce à la  »potion magique » de Brisane, pour passer une seconde nuit dans le même lit que Lancelot. Il serait ridicule de faire de la Porteuse du Graal, une nouvelle Vierge Marie se sacrifiant pour sauver le Royaume…

Paris, Bibliothèque de l’Ecole des Beaux-Arts, Ms. 0482, detail of f.60v. Book of Hours. 15th centuryOn pourrait faire , suggère J Markale, une lecture psychanalytique de ‘haut vol’, à partir des travaux de Jessie Weston ( deb XXe s.). Sachant que le mot Graal vient de l’ancien occitan gradale, devenu depuis grazale, et qui est du genre féminin, il n’est pas ridicule d’affirmer que, pendant le cortège, la fille du Roi Pêcheur présente son sexe de façon à ce que Lancelot en soit fou de désir. Le graal n’est qu’un récipient, un réceptacle, une matrice dont l’ouverture est une vulve. Cette matrice est à l’image du royaume du Roi Pêcheur, stérile parce qu’elle est vide. Chrétien de Troyes s’est bien gardé de dire ce que contenait ce récipient mystérieux. Il est probable qu’il ne le savait pas lui-même. Ce sont ses continuateurs qui y ont mis le sang du Christ…

The Sacred Marriage by Emily Balivet
The Sacred Marriage by Emily Balivet

Ici, l’union de Lancelot et de la Porteuse de Graal, est un hierogame, un mariage sacré… Tout héros de lumière, tout salvateur ont des naissance irrégulière, hors du commun…

Le personnage de Lancelot du Lac n’est lui-même que l’aspect héroïsé, presque folklorique, du grand dieu pan-celtique Lug au Long Bras, le Multiple artisan, celui qui représente toutes les fonctions divines, qui dispose d’une lance redoutable dont la chaleur est telle qu’il faut la plonger dans un chaudron rempli de sang humain pour la refroidir…

Donc, la conjonction de la prêtresse et du dieu incarné s’est faite, mais sous un voile de ténèbres et par le biais d’une illusion magique. Tout cela est en quelque sorte du domaine du rêve, de l’irréel. album Auzou LancelotLe matin, quand le soleil se lève, le voile se déchire et le réel reprend ses droits. L’effet du breuvage magique s’est dissipé, et Lancelot comprend qu’il a été dupé : ce n’est pas Guenièvre qui est à ses côtés, mais la fille du Roi Pêcheur. Il ne cherche pas à comprendre. Furieux parce qu’il a été infidèle – même sans le vouloir – à la femme qu’il aime, il veut tuer le la jeune femme, sans doute dans l’intention puérile d’effacer toute trace de ce qu’il considère comme un péché contre l’amour. Et ce n’est que par sa douceur et par ses larmes que la Porteuse de Graal parvient à le calmer, puis à l’apitoyer. Lancelot repartira vers son destin, et celui de la fille de Pellés se déroulera comme prévu.

– Sources : Les dames du Graal de Jean Markale.

La beauté de la femme, au Moyen-âge – 1 – L’amour

isabeau de bavière épouse Charles VIParler de ‘La femme’, au Moyen-âge, c’est généraliser sur un thème qui occulte le plus souvent l’infinité des destinées humaines, sauf pour magnifier quelques personnalités… Femmes réelles et femmes fantasmées comme Mélusine, Iseult ou Guenièvre, elles sont au cœur du discours monopolisé par les clercs pour qui, elles demeurent inconnues et menaçantes…

Pourtant, c’est au cœur de ce Moyen-age, que la condition féminine s’affirme dans le débat… puisque ‘débat’,  il y a eu … !

Christine de Pizan présente son ouvrage à Isabeau of Bavaria
Christine de Pizan présente son ouvrage à Isabeau de Bavière

Débat ‘perdu’ pour la cause des femmes, à la fin du Moyen-âge, alors que la « querelle des femmes » bat son plein…

Cependant… Face à la longue plainte misogyne ambiante, se présentent la voix de  »champions des dames » : clercs et chevaliers, et de femmes comme celle de Christine de Pizan

La beauté féminine, tantôt redoutée, tantôt désirée, est un objet de fantasmes pour les clercs comme pour les laïcs.

Book of hours of Anne de France 1473Le troubadour périgourdin Elias Cairel décrit sa dame, au début du XIIIe s. «  Elle possède un corps gracieux, joyeux, agréable et ennemi de tout mal, la belle qui me brûle le cœur et le corps ». Avant cette période, la mode n’a pas encore proposé d’extravagances vestimentaires… Ce n’est qu’autour du XIVe s., que les clercs pourront rappeler que c’est la faute d’Eve qui a condamné les humains à cacher leur nudité : le vêtement devient le symbole du péché et ses outrances en soulignent le caractère diabolique… Au XIVe s., saint Bernardin de Sienne soupçonne les coquettes Toscanes d’être à l’origine du déclin de l’Occident.

dame_et_servantes (1)Si la beauté des femmes constitue un danger pour les clercs, elle n’en est pas moins célébrée par les chantres de l’amour courtois. Car c’est la beauté de la dame qui engendre l’amour du chevalier et du troubadour. Un corps célébré dans les chansons et les romans qui fleurissent à partir du XIIe s. Certains ecclésiastiques n’hésitent pas à célébrer la beauté de leurs protectrices. Tour à tour, Marbode, évêque de Rennes ( 1035-1123) et Baudri de Bourgueil (1060-1141), évêque de Dol, chantent les grâces de la duchesse de Bretagne Ermengarde.Bibliothèque nationale de France, Français 874 f. 179v. Ovid. Heroides. Paris, early 16th century. ‘Ariadne abandoned by Theseus Le moraliste Hugues de Saint-Victor (1096-1141) va jusqu’à reconnaître que « la beauté du corps humain possède son agrément, les étoffes tentes et les habits de couleur vivent ont leur attrait », avant de devoir les condamner… L’abbé cistercien anglais Gilbert de Hoyland s’interroge dans un sermon sur le Cantique des Cantiques sur les proportions du sein, susceptibles de procurer les plus d’agrément et va même jusqu’à donner quelques conseils… Il rejoint les préoccupations des poètes depuis le premier troubadour, le duc Guillaume IX d’Aquitaine, jusqu’à Guillaume de Machaut ( v 1300-1377) qui a chanté la beauté de la femme ; pour lui elle contient toute la beauté du monde …

La beauté éveille l’amour. Au XIIe s., grâce aux traductions de savants arabes, les médecins acquièrent une meilleure connaissances des organes et proposent même des conseils pour un art érotique…Lovers. April, from a Book of Hours (Use of Paris), c. 1450-75, French

Pour les clercs, comme pour les laïcs, l’amour prend souvent les traits d’un désir puissant, violent et destructeur qui se moque des interdictions et des censures. Les fabliaux font de la femme rusée qui trompe son cocu de mari l’un des personnages favoris, sans s’apitoyer une seconde sur le sort de la vierge dépucelée par un chevalier ou abusée par un clerc rusé. Il n’est guère question d’amour ici, mais du plaisir dépeint dans les termes les plus crus.Secrets revealed in bed. Roman de la Rose

Cette veine érotique est également présente dans la poésie de Guillaume IX d’Aquitaine. Pourtant, d’autres de ses chansons évoquent un sentiment respectueux pour la dame aimée, et qui n’envisage plus seulement la femme comme un instrument du désir masculin.

L’amour serait-il une invention de l’occident médiéval, née au XIIe s., sous la plume des troubadours… ?

L’amour courtois place l’homme devant un dilemme épineux : Choisir entre le mariage, qui assure puissance et honneur, et la  »fin’amor », qui plie l’amant aux volontés de sa dame …

Sources : La vie des femmes au Moyen-âge par Sophie Cassagne.

Tarot -11- La Force – Souveraineté.

Le Tarot de la Quête du Graal

Les arcanes majeurs ou  » grands pouvoirs »

11-forceSeuls les effets de la Force, peuvent être perçus… Souveraineté est une déesse ; et elle est très importante dans l’arrière plan des pouvoirs arthuriens. Déesse du Pays : tout ce qui affecte le pays cause en elle des changements… Sous ces nombreux aspects, elle est répandue dans toute la Matière de Bretagne.

Nous ne comprenons pas grand chose aux dieux païens, ici celtes … Nous les comparons au Dieu Chrétien, comme s’ils étaient d’autres dieux en concurrence… La concurrence ce sont les chrétiens qui l’expriment dans la guerre qu’ils ont – eux-mêmes – déclarée aux autres divinités…

La Chekhinah - peinture de Denny
La Chekhinah – peinture de Denny

Mais comme la Force, la déesse de la Souveraineté ne se révèle qu’au travers de  »formes » … pour comprendre, il nous faut revenir à notre histoire.

Les candidats à la Royauté, à la Quête, à l’Aventure doivent la rencontrer et relever son défi. Le plus souvent, elle prend la forme de Cailleach, la vieille sorcière, qui demande un baiser au héros ; s’il lui donne ce baiser sans répugnance, elle reprend son bel aspect de jeune fille…

Le Roi Arthur la rencontre sous maintes formes, mais le plus souvent sous l’aspect de Guenièvre, Morgane et de la Dame du Lac… 11 La SouverainetéCette rencontre, permet au héros de déployer Energie, Maîtrise et Volonté , ce que vivent les  »champions » du Roi : Gawain, Perceval, et les autres chevaliers de la Table Ronde.

Dans les légendes du Graal, la Souveraineté est représentée par la Porteuse du Graal, qui porte la coupe de la régénération. Elle est reconnaissable sous son aspect de vieille sorcière, comme Messagère du Graal, et Dame Hideuse … Elle apparaît aussi comme la Reine des Objets Sacrés dans Peredur.

11-la-chekhinah
Le Chercheur du Graal marche seul dans un paysage de désolation. Derrière lui, invisible, se tient une femme vêtue d’une robe bleu foncé ornée d’étoiles, la tête recouverte d’un voile. Un faible éclat nimbe cette femme. Plus loin sur la route solitaire le Chercheur se dessine vaguement un château en ruine…

La tradition médiévale chrétienne va reprendre le Mythe, en l’appelant  »présence compatissante de Dieu », sous les traits de la Chekhinah, ou d’une contrepartie féminine de Dieu… La tradition gnostique parle de  »Sophia » la Fiancée divine… On peut dire que cette force féminine compatissante, écartée par l’Église officielle, a survécu dissimulée dans les traditions du Graal…

– La Question du Graal : En qui, en quoi, reconnaissez-vous cette Force, qui vous soutient ?

Sources : Le Tarot du Graal, et Le Tarot Arthurien de Caitlin et John Matthews

Prince Vaillant à la cour du Roi Arthur. -3/3-

A young Prince Valiant meets the famed King Arthur and his wife Guinevere for the first time 19370PV-7-3-37
Le jeune Prince Vaillant rencontre le fameux Roi Arthur et la Reine Guenièvre

Prince Vaillant et les chevaliers de la Table Ronde, en images:

Arthur and Launcelot PV-10-6-46c
Arthur et Lancelot

Queen Guinevere PV-5-10-46b
La Reine Guenièvre

Sir Gawain as drawn by John Cullen Murhpy (installment #2164, July 30, 1978) PV-7-30-78e
Sir Gawain as drawn by John Cullen Murhpy (1978)

Sir Gawain – always the ladies' man PV-8-11-40
Sir Gawain – toujours, un  »homme à femmes »

The young Prince Valiant meets Sir Gawain for the first time PV-5-27-37c
Le jeune Prince Vaillant rencontre Sir Gawain pour la première fois…

Sir Tristram PV-11-10-40i
Sir Tristram

PV-3-7-10d Merlin
Merlin, et la jeune Viviane

Morgan - half sister of King Arthur, beautiful, evil, and mistress of strange magic PV-3-12-38e
Morgan – half sister of King Arthur, beautiful, evil, and mistress of strange magic

Hal Foster va s’éloigner des ‘carcans’ arthuriens ( Malory…) et s’inspirer également du western et des romans de pionniers comme ceux de James Fenimore Cooper (1789-1851) et sa fameuse série des Bas-de-Cuir (Leatherstocking tales).

Prince Valiant  by Hal Foster (1937)

Un  »Moyen-âge » proche de l’époque du  »Western »…

C’est particulièrement net au début des aventures de Valiant. Chassés de Thulé (royaume mythique de Scandinavie) par un usurpateur, le jeune prince (qui n’est encore qu’un enfant) et son père doivent affronter, en débarquant sur une nouvelle terre, des autochtones bretons « barbares » que l’on assimile facilement à des Amérindiens. Après d’âpres négociations, ils réussissent à s’installer dans un marais où ils construisent un fortin digne de la Frontière américaine . Prince Valiant, 1937. Le jeune héros de Hal Foster, en plein rodéoPlus tard, Valiant, ayant décidé de devenir chevalier, décide de fabriquer lui même son équipement en self-made-man de l’Ouest  et de capturer un cheval sauvage, à l’image d’un cowboy domptant un mustang.  Après une scène digne d’un rodéo , voilà le jeune prince en selle gouttant à la « joie suprême d’être un homme à cheval ». Le mythe du chevalier rejoint ici celui idéalisé du ‘frontiers-man’ américain forgé à la fin du XIXe siècle, dont la monture et le fusil constituent les garants d’une indépendance personnelle .

Harold-Foster-El-Principe-Valiente-4Le Moyen-âge de Foster est un  » Ouest-américain » durant laquelle les hommes ne subissaient pas le carcan de la civilisation. L’âpreté du monde médiéval permet au jeune prince de se forger un caractère et de vivre des aventures.Prince Valiant Vol. 5  1945-1946 by Hal Foster - detail

 

Anecdote…

Certaines éditons catholiques retouchaient « Prince Vaillant » dans les années 1940 ….

 

 

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Final Strip – March 25, 2012
Final Strip – March 25, 2012

Sources: Erwann Tancé, dans nrblog.fr/,  et mythologica.fr/,  et Wiki … et …

Les amazones sarrasines des Croisades -4/4-

Eva Green - Kingdom of Heaven
Eva Green – Kingdom of Heaven

Au chapitre XIV, nous allons être captivés par d’autres aventures. Ici, les songes vont jouer un rôle de premier plan. Les songes, émanent directement du Maître de l’Univers, qui par eux révèle aux humains ses célestes décrets :

Donc, par des songes, Godefroy est invité à rechercher Renaud, puisqu’il est vivant, et à le rappeler, puisque son bras apporte à l’armée un soutien efficace et un réconfort moral. Godefroy charge donc deux émissaires d’aller lui faire savoir qu’il lui pardonne, et qu’on attend impatiemment son retour. Mais où le trouver ? Le solitaire, c’est-à-dire Pierre l’Ermite, reçoit directement des renseignements de l’Au-delà et va les aider dans leur prospection. Devant les envoyés du Chef, les fleuves les plus impétueux vont s’écarter, comme la mer Rouge devant Moïse, afin qu’ils puissent les traverser à sec. Des grottes secrètes vont s’ouvrir, au coeur de la terre, emplies de pierreries, de diamants et d’or. Enfin, grâce à une femme spécialement attachée à leur service, ils vont monter dans une espèce de nacelle qui « d’un vol plus rapide que celui de l’aigle ou de l’éclair, leur permettra de franchir les mers ». En effet, le château où Armide, éprise, retient Renaud prisonnier de son charme, se trouve au-delà des limites du monde, dans ces îles qu’on appelle Fortunées…

Armide et Renaud de Bergeret
Armide et Renaud de Bergeret

Là, d’autres obstacles sont encore à franchir. Il y a un labyrinthe, dont il faut déceler le secret. Il y a des brumes épaisses à percer. Il y a un affreux dragon, un cerbère couvert d’écaillés, qui leur barrent le passage. Puis, un lion, des crocodiles, enfin des monstres de toutes sortes. Mais, grâce à une baguette magique, vaincre tous ces périls devient un jeu d’enfant. Après cela, les tentations vont s’offrir à eux : d’abord une fontaine où il ne faut pas boire, quelle que soit sa soif et son désir de se désaltérer : c’est la fontaine du rire. Une eau, sans doute, qui sent le haschich, d’où, sous forme de vapeur, se dégage un gaz hilarant. Puis des nymphes offrant des repas délicieux en apparence ; puis des sirènes offrant, au cours de leurs ébats sur l’eau d’un bassin, « leurs gorges d’albâtre, et des appâts encore plus secrets »….

'Renaud et Armide' Par le peintre italien Francesco Hayez 1814
‘Renaud et Armide’ Par le peintre italien Francesco Hayez 1814

Et les voici soudain en présence des deux fugitifs. Renaud et Armide sont dans les bras l’un de l’autre. Ils filent le parfait amour. Et, dans un cadre idéal de beauté, de douceur et de charme, ils sont heureux.  Mais il paraît que ce bonheur n’est qu’un péché de la part de celui qui a déserté pour s’y abandonner. Aussi les deux guerriers, dès qu’il sera seul, vont-ils se présenter à lui et le rappeler au devoir. Pour le convaincre, ils lui présentent un bouclier de diamant dont il fut dit : II s’y verra comme dans un miroir ; il y verra les habits efféminés dont il est revêtu ; la honte et le dépit s’allumeront dans son cœur et en banniront un indigne amour.

Renaud prend son épée, qui « n’était devenue pour lui qu’une vaine parure », et il s’échappe du Palais des mirages. Mais Armide revient. Elle devine ce qui s’est passé. Elle court après lui, le rattrape, lui adresse des objurgations suppliantes, où tour à tour la prière alterne avec la menace. Rien n’y fait. Et, bien que sa douleur d’être abandonnée fasse peine à voir, Renaud retourne à son destin, qui est de massacrer des Infidèles…

Armide essaye de retenir Renaud détail
Armide essaye de retenir Renaud détail

Tandis que Renaud, conduit par le magicien de service, a regagné les rangs de ses compagnons d’armes, Armide, minée par le dépit et poussée par un ardent désir de vengeance, a juré de la punir de son inconstance. Pour cela, elle se rend au camp des Égyptiens, qui viennent de débarquer sur la côte de Gaza sous la conduite de leur calife. Celui-ci commande à l’un d’eux : « Va, pars, triomphe » comme Don Diègue dira plus tard au Cid : « Va, cours, vole, et nous venge ! »

Renaud, dès son retour, s’est vu confier des missions que lui seul pouvait accomplir, protégé qu’il se sent par la Puissance divine. Ainsi, comme il est nécessaire — nous l’avons vu — de construire une autre machine de guerre, et pour cela de couper des arbres, c’est Renaud qui est chargé de rompre l’enchante ment de la forêt où nul n’ose plus pénétrer. Godefroy lui a dit en termes flatteurs et éloquents : « Je ne te demande plus que de te ressembler à toi-même. » Et Renaud d’élever alors ses pensées jusqu’au trône de l’Éternel : « O mon Père, dit-il, ô mon Souverain Maître, jette un regard de pitié sur ma vie et mes erreurs ! »

L’assaut final est donné. Il est couronné de succès, après des efforts méritoires de part et d’autre. Les derniers défenseurs de la Ville se sont réfugiés dans la citadelle. Et quand la puissante armée des Égyptiens s’approchera, ce sera trop tard. Jérusalem sera prise. Et il ne restera plus aux Croisés qu’à se retourner contre ces nouveaux assaillants pour les tailler en pièces. Et Jérusalem aura été prise après un carnage affreux.

Herminie 1Il nous faut encore assister au second tournoi qui dresse Argant contre Tancrède, ce qui permet d’ailleurs à Herminie — que nous avions un peu oubliée — de retrouver celui qu’elle adore. Et puis il faut bien aussi que Renaud retrouve Armide. Celle-ci cherche à le revoir pour se venger. Mais une femme « est volage, indiscrète », et au moment où, de désespoir, elle va s’arracher à elle-même une vie qui lui paraît devenue un fardeau trop lourd pour ses belles épaules, c’est lui qui arrête son geste, c’est lui qui la sauve. Alors elle se rend à son amour. « Commande à ton esclave, dit-elle à Renaud ; décide de son sort ; tes désirs seront ses lois. » Et l’on suppose que, repu de gloire, Renaud, cette fois, pourra la chérir sans remords.

La phase finale du combat nous vaut ,au vingtième et dernier chant, un tableau particulièrement coloré de l’ultime bataille. Le Tasse nous montre les femmes de la Ville aidant les défenseurs, et se battant comme eux, avec des fiertés d’amazones. On voit des blessures terribles faites par des épées impitoyables dans des corps que ne protègent plus les cuirasses : « La pointe ressort entre les épaules, et ouvre à l’âme fugitive une large et double issue. » On voit des morts hallucinants sur le champ de bataille : «  Par un bizarre effet de sa blessure, celui-ci est obligé de rire en expirant. » Enfin Aladin, Soliman, le Calife, tout le monde est en fuite ou tout le monde est couché sur la terre à jamais. Godefroy, vainqueur, entre dans Jérusalem, et n’a plus qu’à se rendre au Temple pour y adresser à Dieu ses actions de grâces. Il doit bien cela au Créateur, qui l’a puissamment aidé dans son entreprise. Et Le Tasse ne cherche pas d’autre conclusion à son œuvre…

la Muraille de feu Affiche

Un film italien de 1957 : » la Muraille de feu  » reprend la légende : L’armée croisée de Tancrède avance à marches forcées vers Jérusalem pour amener à Godefroy de Bouillon les tours d’assaut indispensables à la prise de la ville. En route, Tancrède s’éprend de la mystérieuse amazone et sarrasine Clorinde ( jouée par Sylva Koscina) , mais Herminie, une princesse musulmane d’Antioche vivant à Jérusalem, prisonnière des croisés et amoureuse du jeune chevalier, le met en garde contre les stratagèmes de la belle, qui serait une guerrière ennemie (en fait, la fille du roi de Perse). Pourtant, Clorinde a sauvé du bûcher deux chrétiens, Olinde et Sophronie, et elle n’est pas insensible au charme de Tancrède. Argant, le champion des Sarrasins, défie Renaud, autre redoutable chevalier. Pour semer la zizanie dans le camp des assiégeants, la troublante Armide, fille de l’émir de Damas, se prétend convertie au christianisme et séduit Renaud ; fou d’amour, celui-ci se dispute avec Fernand de Norvège qu’il tue en combat singulier, puis s’enfuit devant la colère de Godefroy de Bouillon. Armide lui tend une embuscade et l’emprisonne dans les souterrains de son château. Déguisée en Clorinde, Herminie cherche à rejoindre Tancrède, mais elle est reconnue et s’enfuit, tandis que Tancrède, ayant appris le sort de Renaud grâce à Clorinde, pénètre incognito dans le repaire d’Armide et le libère.

Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.
Armide (Gianna Maria Canale) envoûte Tancrède, à dr Godefroy de Bouillon (Philippe Hersent) devant Jérusalem.

 

Les Sarrasins livrent bataille sous les murs de Jérusalem et sont sur le point de l’emporter quand surgissent Renaud et Tancrède. Au cours des combats, ce dernier croise le fer avec Clorinde, qu’il ne reconnaît pas sous son heaume, et la tue. Elle meurt dans ses bras en acceptant le Christ. Tancrède s’effondre, inconsolable et grièvement blessé après avoir tué Argant, tandis que Renaud hisse les couleurs de Godefroy de Bouillon sur les murs de Jérusalem. Herminie retrouve Tancrède sans connaissance sur le champ de bataille. Elle l’aide à rejoindre les autres croisés au Saint-Sépulcre et à remercier le Ciel pour la victoire de leur cause. Une croix flamboyante brille à l’horizon.

La porteuse de Graal -2/4-

King Pelles' Daughter bearing the Sancgraal, 1861
King Pelles’ Daughter bearing the Sancgraal, 1861

Dans les récits du Graal, cette porteuse du Saint-objet, est reconnue comme la fille du Roi Pêcheur, et ultime descendante d’une lignée sacrée, celle qui remonte à Joseph d’Arimathie, et même à Salomon.

Le récit gallois affirme que le Roi Pêcheur est l’oncle du héros Peredur-Perceval qui est le héros attendu, celui qui doit guérir le Roi Pêcheur blessé et devenir à son tour le gardien du Graal.

Perceval apparaît pour certains, trop païen… L’influence cistercienne du récit de ‘Gautier Map’ lui substitue un autre personnage, Galaad, le double mystique de Lancelot, le meilleur chevalier du monde, un chevalier débarrassé, comme le dit le texte , de son échauffement de luxure.

Eleanor Fortescue-Brickdale ~ Lancelot ~  Idylls of the King by  Alfred Lord Tennyson ~ 1913
Eleanor Fortescue-Brickdale ~ Lancelot ~
Idylls of the King by
Alfred Lord Tennyson ~ 1913

Mais alors, tout se complique. Avec qui Lancelot allait-il donner naissance à l’Élu ? Avec Guenièvre, son seul amour ? Cela eût été la reconnaissance officielle de la légitimité de l’adultère. Il fallait trouver autre chose. Et l’on a trouvé. Puisque la fille du Roi Pêcheur est la descendante d’une lignée sacrée et que Lancelot lui-même appartient à cette même lignée, le héros du Graal, pur et sans tache, ne pouvait naître que de l’union de ces deux êtres…

Conduite par une femme dont on ne connaît pas le nom, mais qui est en quelque sorte son introductrice, Lancelot arrive dans la forteresse de Corbénic dont le maître est Pellès, le Roi Pêcheur. La première chose qu’il voit, c’est une jeune fille plongée dans une eau qui semble bouillir. Et cette jeune fille le supplie de la délivrer de son terrible supplice. « Lancelot la saisit par les bras et la tire aussi facilement qu’une botte de paille. » Cela, personne avant lui n’avait pu le faire, pas même le preux Gauvain. On comprend donc qu’il est prédestiné et que sa venue à Corbénic n’est pas due au hasard. C’est alors que les habitants du lieu emmènent Lancelot vers le cimetière et lui demandent de satisfaire à une autre épreuve : soulever la dalle d’une tombe, ce qu’auparavant personne n’a réussi à faire. Or, sur la dalle on peut lire cette inscription : « Jamais cette pierre ne sera soulevée avant que n’y mette le léopard dont sera issu le grand lion. Alors sera engendré le grand lion en la fille du Roi de la Terre foraine. ». SirborsÉvidemment Lancelot ne comprend pas le sens de cette inscription, et ne se doute nullement qu’il va bientôt rencontrer la fille de la Terre Foraine, autrement dit la Porteuse de Graal. Il soulève la dalle, en fait surgir un serpent monstrueux qui vomit des flammes combat celui-ci et le tue. Il est alors reçu triomphalement par le Roi Pêcheur. Au cours du repas, pendant lequel les plats, présenté vides, sont remplis dès le passage du Graal, il voit pour la première fois la fille de son hôte. En apparence, rien n’est prémédité, mais on comprend vite que tout est truqué dans cette affaire …

En effet, après avoir appris que le héros est le fils du roi Ban de Benoïc, Pelles a cette réflexion qui en dit long, mais que Lancelot ne comprend toujours pas : « J’ai toutes las raisons de croire que mon pays va être délivré des étranges aventures qui s’y produisent jour et nuit, et cela grâce à toi ou à quelqu’un de ta descendance » A quoi Lancelot rétorque sèchement : «  Je ne suis pas marié et je ne pense pas avoir engendré un enfant. »

A ce moment, une vieille femme vient trouver le Roi Pêcheur et l’entraîne à l’écart. «  Qu’allons-nous faire de ce chevalier que Dieu nous a amené ? » demande t-elle. Car, pour les habitants de Corbénic, il ne fait aucun doute que Lancelot est un envoyé de Dieu :

Eleanor Fortescue Brickdale  Knight carrying child
Eleanor Fortescue Brickdale
Knight carrying child

il leur faut maintenant tout mettre en œuvre pour appliquer le plan divin, même si celui-ci paraît en dehors des normes morales. «  Je n’en sais rien, répond le roi, sinon qu’il aura ma fille pour disposer d’elle selon son désir. »

Donc, la décision est prise d’avance : Lancelot doit engendrer un enfant avec la fille du Roi Pêcheur, la Porteuse de Graal, « celle qui doit être pure et exempte de toute fausseté ». On verra d’ailleurs qu’en fait de fausseté, elle n’a pas de leçon à recevoir de personne : elle se prêtera avec joie et plaisir à la machination qui se prépare.

– Sources : Les dames du Graal de Jean Markale.