La Morrigan – Confusion entre  »Morgane(s) »

Assez souvent, il y a confusion entre divers personnages : Morgause, Morgane, Morcade ; et même parfois Viviane…Camelot Oracle- Morgana From The Camelot Oracle

La légende fait également d’elle la fille de Garlois, duc de Cornouailles et d’Ygerne, châtelaine de Tintagel. Elle est la demi-soeur d’Arthur dont elle rejoint la cour.

Dans certain récits, Morgane (Morgue) est mariée à Urien, souverain du pays de Gorre, appelé aussi île de Voire ou de Verre. C’est un nom caché d’Avalon.

Le conte lui prête aussi parfois pour fils Yvain. A la cour de Camaalot, Morgane se montre marginale, solitaire. La reine Guenièvre la surprend avec son amant le chevalier Guyomard. Scandale au palais. Humiliée, Morgane mûrit sa vengeance. Elle trouve un nouvel amant, Accolon et projette la mort d’Arthur.

Merlin et Morgane par Frank Schoonover de King Arthur , 1932
Merlin et Morgane par Frank Schoonover de King Arthur , 1932

Viviane est aussi appelée Niniane, Niviene, ou encore Nimuë. Nemen, proche de Nimuë est un nom irlandais accolée à la déesse Morrigan, ce qui n’est pas pur fruit du hasard. C’est Viviane qui emprisonne Merlin dans la forêt de Darnantes après lui avoir « subtilisé » la formule, ce qui n’est pas sans rappeler la tradition du Val Sans Retour. Au cœur de la forêt de Brocéliande, dirigée par Morgane , les amants infidèles ne peuvent sortir du cercle.

Cette confusion entre Viviane et Morgane persiste toujours malgré la re-découverte des plus anciens textes. Ainsi dans Excalibur de John Boorman (1981), c’est encore Morgane qui emprisonne Merlin.

MorganeLes historiens ont constaté que beaucoup de fées arthuriennes portent un nom se terminant par le suffixe –ane. Petit rappel : Ana (également appelée Modron) est la grande déesse celte, la déesse mère ( en Bretagne son souvenir est resté dans les mémoires à l’état latent comme en témoigne sa patronne : sainte Anne !).

Morgane 2– Morgane, viendrait de mori – gena, celle qui est née de la mer. Cette explication est plausible puisque la Morgane originelle était l’aînée des neufs sœurs régnants sur Avalon. D’autres font dériver ce prénom de mor – rigain, c’est-à-dire la grande reine. Même si elle est présentée dans plusieurs textes arthuriens comme reine (au coté de son mari Urien), on peut y voir deux explications plus plausibles. D’abord Morgane est la reine D’Avalon, île paradisiaque ; ensuite entre Mor-rigain et Morrigan il n’y a qu’un pas. Le personnage de Morgane est lié à ces deux thèses. Après tout, n’est elle pas la reine du royaume d’Avalon, royaume qui est en fait une île ? De toute façons, Morgane représente l’incarnation suprême de la souveraineté.

Eva Green as Morgan Pendragon in Camelot (TV Series, 2011)
Eva Green as Morgan Pendragon in Camelot (TV Series, 2011)

Morgane est un personnage riche et complexe. Markale en dit que c’est « la Vierge qui fait peur, la Vierge qui engloutit, la Célibataire, l’Indomptable, à la fois vierge et putain, Mère de tous ceux qui ont été ses amants »…  C’est l’archétype de la femme celte. Le terme de  »vierge » a pour sens dans ce contexte: indépendante vis-à-vis des hommes.

Retenons que Morgane est une femme libre, indépendante vis-à-vis des hommes et de la société.

Epée morgan le fay king arthurC’est aussi la femme fatale du cycle arthurien ( très belle, indépendante, avec beaucoup de charme, magicienne de surcroit, et dotée des pouvoirs d’une reine…)

La résurgence du mythe de Morgane a lieu au XIIème siècle, époque de l’amour courtois, et la fée est pour les hommes un sujet de fascination. Mais à la fin du moyen âge, marquée par une recrudescence de la misogynie , Morgane devient maléfique, mangeuse d’hommes et sorcière !
Mais, pourquoi transformer la fée en sorcière ? Morgane représente l’indépendance, et donc la révolte contre l’autorité masculine, révolte aussitôt réprimée dans ce moyen age misogyne.

Le premier écrivain chrétien de la « saga arthurienne », Geoffroy de Monmouth fait allusion à l’enchanteresse Morgen dans un de ses romans. C’est ce même auteur qui, plus tard introduira le personnage Morgain comme il l’appelle dans sa vita Merlini. Avait-il fait le lien entre ces deux noms pourtant phonétiquement proches ? Il est probable que non. Mais ceci conforte la thèse selon laquelle Morgane est un personnage à part entière, sans aucun lien avec Arthur.

Morgan Le Fey 2Les explications succinctes des dictionnaires affirment que les origines de Morgane sont divines et apparentées soit à Modron soit à Morrigan.

Nous avons vu que Morgane était une femme fatale (ses amants sont indénombrables); cet aspect de sa sexualité est une des caractéristiques de la déesse celtique et va de pair avec la souveraineté chez les celtes . D’ailleurs son nom ( mor – rigain), attaché à la souveraineté, ne fait que confirmer cette idée.

Enfin, nous avons vu que Morgane avait été confondue avec Morcade que certains auteurs ont appelés Anna . En assimilant Morgane à Anna, les transcripteurs souvent mal informés ont fait de Morgane (qu’ils croyait être Morcade) Ana, la grande déesse. Involontairement, ils appuient la thèse selon laquelle Morgane serait un des visages de la grande déesse.

Ainsi, Morgane nous apparaît sous de multiples visages, tantôt bienveillante, magicienne, guérisseuse, tantôt séductrice et cruelle, mais toujours Reine.

Perceval, et la dame du Château de l’échiquier

Echecs Moyen-ageTexte de Chrétien de Troyes, Perceval…

Poursuivant sa route, Perceval, finit par arriver  devant une rivière.

Parvenant à la traverser, Il aperçoit par delà l’eau,  un châtelet digne d’admiration, posé sur un versant. Après  quelques chevauchées, il arrive au  château.

Perceval va droit à la tour, qui était digne  d’admiration.

Lewis Chessmen Knight
Lewis Chessmen Knigh

Il descend de cheval et pousse la porte. Au milieu, il y avait un échiquier peint d’azur et d’or fin.

De la magnificence de ces échecs poli, d’émeraude et de rubis, il ne puis vous dire toute la beauté tant ils lançaient une grande clarté. Admirant les pièces, le héros « pense en lui même » qu’il n’a jamais vu un jeu d’une telle richesse et, s’approchant du jeu, il prend un pion et le pousse en avant.

Alors mystérieusement, un pion du parti adverse se déplace tout seul. Perceval en repousse un autre et de nouveau, en face, un pion s’avance. Et le jeu se poursuit avec un adversaire invisible rendant coup pour coup … au point que Perceval perd la partie.

Lewis Chessmen Queen
Lewis Chessmen Queen

Notre chevalier demeure ébahi … d’autant plus que les pions se replacent tout seuls sur leurs cases.

Il engage une nouvelle partie. Mat cette fois encore, il s’entête, rejoue, reperd … et perd son sang-froid.

Ramassant les pions en pestant contre le jeu il va à la fenêtre pour les jeter dans l’eau de la rivière qui passe juste devant.

knights, warders and pawns. National Museums Scotland owns 11 pieces
knights, warders and pawns. National Museums Scotland owns 11 pieces

A cet instant comme surgissant de l’eau, une demoiselle se montre : Vêtue de soie vermeille brodée d’or et semée d’étoiles d’or aussi claires que des chandelles, elle était, plus belle qu’aucune créature. Et cette merveilleuse apparition dit à Perceval :

 » Sire, les échecs sont en ma garde, ne les jetez point vous feriez grande vilenie.

Dans le monde on ne peut trouver un aussi beau jeu. Aussi doit-on le garder.

Perceval répond qu’ainsi il fera et lui demande d’avoir la courtoisie de venir en sa compagnie.

Elle acquiesce et, la prenant dans ses bras, à travers la fenêtre, il la dépose dans la chambre.

Là, assis près de l’échiquier, et la contemplant, Perceval se dit qu’il n’a jamais vu une aussi ravissante personne au point qu’il soupire et se sent tout saisi d’amour pour cette étrange châtelaine.16th century  Échecs amoureux

Ne pouvant cacher son désarroi il lui avoue sa passion et l’embrasse.

Se dégageant de son empreinte elle lui dit :

« Jamais d’aimer je ne fus requise ; vous êtes le premier.

Toutefois soyez certain que si violence me faisiez entièrement taillé en pièces vous seriez.

Mais si mon amour voulez avoir, il vous sera nécessaire d’aller dans le parc à côté et de chasser le blanc-cerf jusqu’à ce que vous puissiez l’atteindre. Si vous m’en rapportez la tête, mon amour aurez sans contredit »

Et voila, Perceval parti à la recherche de Cerf-Blanc.

Il existe un autre échiquier dans le Perceval de Chrétien de Troyes et qui intervient lors d’une aventure de Messire Gauvain. Ce dernier, accueilli cordialement en la cité d’Escavalon sur l’ordre du seigneur du lieu, ignore qu’il est introduit chez son pire ennemi. Et le seigneur, n’ayant jamais vu Gauvain (son hôte), ni demandé à celui qu’il invite si généreusement son identité, n’apprendra que plus tard sa méprise.

Table d'échecs du Roi Arthur
Table d’échecs du Roi Arthur

En attendant Gauvain est conduit dans une tour auprès de la gracieuse sœur du châtelain et le sémillant chevalier ne tarde pas à se montrer des plus courtois. Mais entre alors un vassal du seigneur qui, reconnaissant le preux, donne l’alerte à la cité.

La cloche sonne l’alarme, manants et bourgeois s’arment et bric et de broc et encerclent la tour où Gauvain se retrouve sans armes tandis que la demoiselle s’évanouit. Sans armes ?

Pas tout à fait puisqu’il portait au côté Excalibur, la meilleure épée qui fût capable de trancher le fer comme si c’était du bois, et que la demoiselle revenue à elle, loin de se montrer hostile à Gauvain, s’empresse de lui procurer une armure. Mais en ce lieu point de bouclier.

Aussi « en guise d’écu se saisit-il d’un échiquier. « Mon amie, lui dit-il, inutile d’aller me chercher un autre écu ». Il renverse les pièces sur le sol et se saisit de l’échiquier.

La demoiselle, quant à elle, se met à la fenêtre et reproche avec véhémence aux assaillants de manquer aux lois de l’hospitalité et de prendre des initiatives aux allures de révolte. L’arrivée du seigneur mettra fin à l’émeute et un accord sera conclu entre lui et Gauvain.

Les prouesses échiquéennes des Chevaliers de la Table Ronde étaient chantées par les troubadours :   Les chevaliers affrontaient aux Échecs des châtelaines aussi belles que cruelles dans des combats sans pitié. Celui qui perdait en devenait l’esclave, celui qui l’emportait la libérait de son enchantement et gagnait ses faveurs ou conquérait ses propriétés.

Mists of Avalon

The-Mists-of-Avalon 0Entrée dans les deux romans de Marion Zimmer Bradley : Les Dames du lac et Les Brumes d’Avalon, par la présentation des personnages.

L’auteure réécrit la légende arthurienne, en la centrant sur le personnage de Morgane. L’histoire d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde est ici racontée du point de vue des femmes. ( Parfois les noms diffèrent entre la version anglaise et française; j’indique les deux)

– Les images proviennent du téléfilm  »The Mists of Avalon » de Gavin Scott (2001), avec Anjelica Huston ( Viviane) , Julianna Margulies ( Morgane) , Joan Allen ( Morgause), Samantha Mathis ( Guenièvre) , Edward Atterton ( Arthur), Michael Vartan (Lancelot) ….

  • Morgane ou Morgaine : Protagoniste du roman, fille d’Igraine (Ygerne) et de Gorlois ( donc le premier mariage d’Igraine), elle est élevée à Avalon par sa tante Viviane à laquelle elle doit succéder comme Grande Prêtresse.
    Morgaine et Arthur
    Morgaine et Arthur

    Elle a un don de seconde vue. Lorsque Morgaine abandonne sa virginité à la déesse Ceridwen, lors du rite du roi cerf (cornu); elle est horrifiée de découvrir qu’elle a couché avec son demi-frère Arthur. De plus, elle découvre qu’elle est enceinte. Irritée contre Viviane, qui a tout manigancé, Morgaine fuit Avalon, avant d’y revenir … Amante donc, et demi-soeur d’Arthur, elle a un fils de lui, Mordred.

    Viviane, Morgaine
    Viviane et Morgaine

    Malgré ses liaisons avec Arthur, le barde Kevin et Accolon… ; elle éprouve toujours ‘quelque chose’ pour Lancelot, son premier amour, mais dont elle ne parvient à rien obtenir. Morgane veut perpétuer le culte de la Grande Déesse, mais, finalement, en découvrant que la Déesse survit au sein du Christianisme, mais avec une autre apparence, elle comprend l’inutilité de toutes ses tentatives de maintenir l’ancienne religion.

  • Viviane : l’une des Dames du Lac, Grande Prêtresse d’Avalon, demi-soeur aînée d’Ygerne et de Morgause, son père est un prêtre qui a été « éclipsée par la puissance de Dieu ».
    Viviane
    Viviane

    Viviane est comme une mère pour Morgane. Elle veut sauver Avalon et le culte de la Grande Déesse, même au prix de reprendre Excalibur à Arthur, mais elle finit par être assassinée, pendant un séjour à Camelot.

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    Arthur et Lancelot

    Lancelot : Son nom de naissance est Galaad ( Galahad) , il est le fils de Viviane ( la dame du lac) , le cousin de Morgane et le meilleur chevalier d’Arthur. Il constamment déchiré par sa loyauté envers Arthur, sa soif de pureté et son amour éperdu pour la reine Guenièvre auquel il finit par succomber. Mais à la suite d’un complot de Morgane, il doit épouser la jeune Elaine, avec laquelle il a ensuite plusieurs enfants, dont Nimue, et Galaad.

  • Arthur Pendragon : C’est le roi, fils d’Uther Pendragon et d’Ygerne, et père de Mordred, son unique fils, conçu avec Morgane au cours du rite du ‘Roi Cornu’.
    Arthur et Mordred
    Arthur et Mordred

    Arthur reçoit Excalibur, le fourreau magique et le Saint Insigne ( le Graal …) d’Avalon, et jure de défendre Avalon. Pourtant, il se détournera d’Avalon, et deviendra chrétien. Lors de la dernière bataille, Arthur est tué par son fils.

  • Gwenhywfar, Lancelot
    Guenièvre et Lancelot

    Guenièvre ( Gwenhwyfar) : Fille du roi Léodagan, Guenièvre est la Haute-Reine, femme d’Arthur et amante de Lancelot du Lac. Chrétienne, elle aussi déchirée par sa dévotion envers Dieu et son malheureux amour pour Lancelot. Elle est incapable de donner un héritier à Arthur, et se sent coupable et punie. Pieuse, elle détourne Arthur des voies d’Avalon… En quelque sorte, elle est l’opposée de Morgane.

  • Morgause : Sœur d’Igraine, tante de Morgane et femme de Lot d’Orcanie, mère de Gauvain, elle élève Mordred comme un fils.
    Morgause et Mordred ( enfant)
    Morgause et Mordred ( enfant)

    Elle veut contrarier les plans de Viviane et de Morgane et s’approprier le pouvoir en faisant succéder à Arthur (qui n’a pas de fils légitime), celui qu’elle considère comme son fils. Elle pratique la magie noire.

  • Merlin : C’est le vieux druide d’Avalon, père d’Ygerne. Il est considéré comme un sage par les païens comme par les chrétiens.
  • Kevin : Kevin le barde (il joue de la harpe) est le successeur de Merlin. Il est horriblement laid et défiguré mais chante merveilleusement.
    Merlin et Morgaine
    Merlin et Morgaine

    Il est l’amant de Morgane puis son ennemi, lorsqu’il veut trahir Avalon en apportant le Saint Graal à Camelot, prévoyant qu’Avalon et les cultes païens vont disparaître.

  • Mordred (Gwydion) : Fils de Morgane et d’Arthur, nommé Gwydion à sa naissance. Il est élevé par Morgause.. Après son arrivée à la cour d’Arthur, il découvre que la reine trompe son père le roi Arthur … Il tente de s’emparer du trône… Il est tué par son père, qu’il blesse lui-même à mort.
  • Uther Pendragon : Haut Roi d’Angleterre, amoureux d’Ygerne, il tue Gorlois après une trahison de celui-ci et se marie avec la jeune femme. Il est le père d’Arthur.

    Gorlois et Igraine
    Gorlois et Igraine
  • Ygerne ( Igraine)  : Epouse de Gorlois et mère de Morgane, puis d’Uther et mère d’Arthur. Elle est la soeur de Viviane et de Morgause. D’abord, elle se rebelle contre Viviane quand celle-ci lui prédit qu’elle trahira son mari et mettra au monde le futur roi, mais finalement elle tombe amoureuse d’Uther et accepte son destin. Igraine est la première à voir l’attirance entre Guenièvre et Lancelot.
    Arthur(Edward Atterton) et Guenièvre(Samantha Mathis)
    Arthur(Edward Atterton) et Guenièvre(Samantha Mathis)

    Elle tente de s’opposer au mariage entre Guenièvre et Arthur, mais il est trop tard…

  • Gorlois : Duc de Cornouailles, époux d’Ygerne et père de Morgane. Il aime beaucoup Ygerne … mais il devient fou de jalousie en découvrant la relation entre sa femme et Uther, par lequel ensuite il est tué.
  • Gauvain : Fils de Lot et de Morgause, un des meilleurs chevaliers d’Arthur auquel il est très dévoué.
  • Elaine : Cousine de Guenièvre et femme de Lancelot, qu’elle a réussi à épouser grâce à une ruse de Morgane, à laquelle, en échange, elle promet de confier sa première fille.
    Elaine et Guenièvre
    Elaine et Guenièvre

    Elle est la mère de Galaad, Nimue et la petite Guenièvre, nommée ainsi en honneur de la reine.

  • Accolon : Initié d’Avalon, agile et charmant, amant de Morgane ; il tente de récupérer Excalibur à Arthur mais échoue et meurt après le duel.
  • Morgause, Morgaine, Vivianne and Igraine
    Morgause, Morgaine, Vivianne and Igraine

    Niniane : Fille de Merlin, donc demi-soeur d’Ygerne et de Morgause. Elle doit devenir Dame du Lac après la mort de Viviane, mais elle n’a pas une personnalité aussi forte et puissante que Viviane ou Morgane, qui cependant refuse de la remplacer. Elle est l’amante de Mordred, mais lorsqu’elle refuse de l’aider dans son plan pour trahir Arthur ; celui-ci, fou de rage, la tue.

  • Nimue : Fille d’Elaine et de Lancelot, elle vit isolée à Avalon, et, lorsque Kevin Harper trahit Avalon, c’est à elle qu’est confiée la mission de le séduire et de lui reprendre les objets sacrés qu’il a volé. Mais elle tombe amoureuse de lui et se tue après l’avoir trahi (en se noyant dans le lac.)
  • Galaad : Fils de Lancelot et d’Elaine et héritier du trône. Mais il meurt bien avant son couronnement, durant la quête de Graal.

Sur les traces du Roi Arthur

Je vous propose de suivre en quelques images les étapes proposées par le documentaire Arthur, L’invention d’un roi. Elles reprennent les romances médiévales qui racontent l’histoire de ce seigneur breton qui aurait organisé la défense de la Grande-Bretagne face aux envahisseurs saxons entre la fin du Ve siècle et le début du VIe siècle.. Elles s’interrogent sur l’historicité du personnage : Le Roi Arthur, aurait-il donc existé… ? Les sources historiques d’Arthur sont recueillies sur de rares textes, tels les Annales Cambriae, l’Historia Brittonum et les écrits de Gildas le sage.

Le documentaire (DEU, 2008 87′) Réalisé par Wilfried Hauke :  » Le roi Arthur a-t-il existé ?  » est une enquête historique en forme de polar médiéval sur les traces des héros arthuriens.

Ici, un extrait:


Arthur – L’invention d’un roi par Kilgore81

Première étape à Tintagel, en Cornouailles, où Arthur aurait vu le jour et où Merlin l’Enchanteur l’aurait caché, tout en lui enseignant son futur métier de roi. Du lac où dormirait l’épée Excalibur, à Cadbury – ou plutôt Camelot – siège supposé de la brillante cour du souverain, en passant par l’île d’Avalon, où des fées auraient transporté Arthur mourant, et par Winchester, fière de son authentique « Table ronde », l’épopée prend vie. Elle se poursuit sur le continent, à la cour de Thuringe en 1207.

Pendragon Castle, Cumbria, England Merlin’s Well, Cornwall, England
Pendragon Castle, Cumbria, England Merlin’s Well, Cornwall, England

Chemin faisant, émergent les figures qui ont façonné la légende arthurienne :

Geoffrey de Monmouth, qui évoqua Arthur dans son Historia Regum Britanniae publiée en 1133; le Français Chrétien de Troyes, qui embellira le récit avec les délices de l’amour courtois et la recherche du Graal; l’Allemand von Hopfgarten, narrateur en 1430 des exploits du valeureux chevalier arthurien Vigalois; l’écrivain anglais Thomas Malory, enfin, prisonnier à la tour de Londres, qui y rédigea en 1469 le plus connu des récits arthuriens, La mort d’Arthur, annonçant la résurrection et le règne futur du roi légendaire pour un nouvel âge d’or.

Aujourd’hui, le pape des recherches arthuriennes est l’historien britannique Geoffrey Ashe. Il pense qu’Arthur est inspiré du personnage de Riothamus, qui fut roi des Bretons de 454 à 470 et aurait combattu en Gaule contre les Wisigoths. D’autres historiens évoquent aussi le préfet romain Lucius Artorius Castus, en poste à York au IIe siècle.

Tintagel Castle in Cornwall is steeped in legend and mystery; said to be the birthplace of King Arthur, despite having been constructed over 700 years after any real basis for Arthur may have lived Tintagel Castle, Cornwall, England
C’est ici, dans un château, qu’aurait été conçu le roi Arthur. Tintagel en Cornouailles, et où Merlin l’Enchanteur l’aurait caché, tout en lui enseignant son futur métier de roi. Sauf que l’imposant édifice n’a été construit qu’au XIIe siècle par le duc Richard de Cornouailles – à une époque donc où Arthur était depuis longtemps déjà entré dans la légende. En prétendant descendre du mythique souverain, sans doute espérait-il lui-même entrer dans la légende…

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Valle Crucis Abbey near the town of Llangollen in North Wales Merlin, Arthur's advisor (c. 1300)
Crucis Abbey Valle près de la ville de Llangollen dans le nord du Pays de Galles. Les ruines actuelles datent d’environ 1200, mais un bâtiment monastique a résisté à cet endroit depuis le début des âges sombres. C’est ici que des documents concernant la légende de Merlin et les deux dragons ont été préservés et furent  consultés par le moine du IXe siècle Nennius et le clerc du XIIe siècle Geoffrey de Monmouth. Vers 1136, Geoffroy de Monmouth, moine de son état, écrit « Historia Regum Britanniae » (l’histoire des rois de Bretagne). C’est la première relation détaillée de la vie du roi Arthur, monté sur le trône à 15 ans, qui remporte bataille sur bataille contre les Romains et les peuples d’Occident. La toute première fois qu’il est fait mention du roi celte, c’est au IXe siècle, dans l’Historia Brittonum du chroniqueur Nennius. Ce dernier raconte qu’il aurait lui-même combattu aux côtés du roi de Bretagne contre l’envahisseur saxon et qu’il aurait tué 960 ennemis

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étang de Dozmary Glastonbury Tor, Somerset, England. Another site from the King Arthur legend (Isle of Avalon)
C’est dans l’étang de Dozmary, au Sud-Ouest de l’Angleterre, qu’aurait été jetée la fameuse Excalibur, l’épée qui donnait à Arthur des pouvoirs magiques et le rendait invincible face aux ennemis et aux dragons. Arthur mort, elle aurait été jetée dans un lac. Mais est-ce ce lac-là ?

Glastonbury Tor,

Somerset, England.

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Selon la légende, le roi Arthur, mourant, aurait été transporté sur l’île mythique d’Avalon, pour, un jour, revenir dans son royaume... dans l’abbaye bénédictine de Glastonbury Peinture de la découverte des moines de la tombe du roi Arthur
Selon la légende, le roi Arthur, mourant, aurait été transporté sur l’île mythique d’Avalon, pour, un jour, revenir dans son royaume. Non loin de là, à la frontière du Pays de Galles, dans l’abbaye bénédictine de Glastonbury, des moines auraient, en 1191, trouvé les restes de la dépouille d’Arthur et de son épouse Guenièvre. Leur intention était-elle de donner un nouvel élan à leur monastère ? Le fait est que, peu de temps avant la mirobolante trouvaille, l’édifice avait totalement brûlé. Les pèlerins, qui ne manqueraient pas d’affluer, permettraient sans doute, avec leur obole, de le reconstruire.

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Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion L’histoire du roi Arthur et de sa ravissante épouse Guenièvre - qui lui fera quelque infidélité - se propage dans l’Ouest de l’Europe au milieu du XIIe siècle
« Le poète Chrétien de Troyes introduit à la cour d’Arthur de nouveaux héros tels que Lancelot et Perceval, tout en reliant à l’histoire d’origine la quête du Saint-Graal. Arthur qui symbolisait la résistance acharnée contre les envahisseurs, devient l’incarnation des idéaux courtois. Chrétien de Troyes rédige un « best-seller » européen, où Arthur et ses fidèles jouent les Superman du Moyen-Âge. L’épopée relatant les exploits des Chevaliers de la Table ronde est le premier ouvrage de divertissement de la littérature mondiale et donnera lieu à moult variantes ». Ainsi s’exprime Wilfried Hauke, l’auteur du documentaire « Arthur, l’invention d’un roi » au sujet de la matière livrée par Chrétien de Troyes

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La légende d’Arthur est un succès dans toute l’Europe de l’Ouest. En Allemagne, les plus anciennes illustrations d’Arthur datent de 1220-1230 (Schmalkalden, Thuringe) Wolfram_Parzifal
La légende d’Arthur est un succès dans toute l’Europe de l’Ouest. En Allemagne, les plus anciennes illustrations d’Arthur datent de 1220/1230 (Schmalkalden, Thuringe)  Le Parzival de Wolfram von Eschenbach est un roman en vers de la littérature courtoise en moyen haut-allemand, dont on pense qu’il a été composé au cours de la première décennie du XIIIe siècle

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en 1290, le roi Edouard commande à l’occasion d’un banquet avec tournoi à cheval une table ronde de six mètres de diamètre table ronde et Graal au centre 1
Le succès et la notoriété d’Arthur ne se démentent pas : en 1290, le roi Edouard commande à l’occasion d’un banquet avec tournoi à cheval une table ronde de six mètres de diamètre. Les tournoyants, lors du dernier repas, se réunissent autour de la table comme les chevaliers de la légende. « Cette table ronde relève d’une idée totalement révolutionnaire : celle que, en théorie, tous ceux qui y sont assis sont égaux. C’était le symbole inhérent à cette création. Sauf que cela n’a jamais existé dans la réalité, sauf pour cette table qui vit le jour à Winchester. » explique Martin Biddle dans le documentaire de Wilfried Hauke.

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Dans la Tour de Londres, Sir Thomas Malory, poète et aventurier anglais, réécrit l’histoire d’Arthur malory
Dans la Tour de Londres, Sir Thomas Malory, poète et aventurier anglais, réécrit l’histoire d’Arthur. En 1469/1470 paraît, après sa mort, « Le Morte Darthur ». Le livre connaît un succès immense : il reste à ce jour l’une des œuvres anglaises les plus célèbres. « Cette geste arthurienne reprend tous les éléments majeurs des histoires antérieures, mais les imbrique pour obtenir une seule ligne narrative d’une grande cohérence. L’imprimeur William Caxton s’est chargé d’en faire un livre qui devint sans doute le premier best-seller anglais consacré à Arthur. En opérant une synthèse géniale des textes précédents, Malory parvient à captiver le lecteur et offre un portrait d’Arthur susceptible de toucher tout le monde, y compris les générations à venir. Même des siècles après lui, chacun peut s’approprier Arthur. L’Arthur que nous connaissons, c’est le sien » commente Justin Clegg, archiviste de la British Library de Londres, dans le documentaire.

Historique du mot  » Graal « 

Le mot Graal apparaît en 1010, dans le testament du comte Ermengaud d’Urgel, qui lègue à l’abbaye de Sainte-Foy de Conques « gradales duas de argento ».

Sainte-Foy-de-Conques, Calice
Sainte-Foy-de-Conques, Calice

Il est employé pour la première fois en littérature française dans le Conte du Graal ou le Roman de Perceval de Chrestien de Troyes, paru vers 1170, et s’inspirant d’une source perdue.

un graal entre ses meins une damoisele tenoit.. / Li graaus qui aloit devant / De fin or esmeré estoit, / Pierres precïeuses avoit / El graal de meintes menieres, / Des plus riches et des plus chieres (v. 3173)

li graaus … la u li sains sans glorieux del Roi des rois fu recheus.

The grail maiden détailOn y voit Perceval témoin, au château du riche roi pêcheur, d’un cortège au milieu duquel se trouve le Graal aux vertus fécondantes, mais que le silence du bachelier réduit à l’impuissance.

Un auteur allemand de la fin du XIIe siècle, Wolfram von Eschenbach, reprend avec succès ce thème dans son roman Parzival. Wagner s’en inspirera pour le livret de son Parsifal.

Chez Wolfram von Eschenbach, le Graal est taillé d’une pierre précieuse, l’émeraude tombée du front de Lucifer, lors de la chute des Anges. Elle sera emportée plus tard là où l’on situait le paradis terrestre. L’on se souvient que la pierre de la kaaba des musulmans est aussi une pierre taillée apportée du ciel par l’ange Gabriel.Virgo Mater Adoratrix[2]

Enfin apparut la reine. Son visage rayonnait d’un tel éclat que tous crurent que le jour se levait. Son vêtement était fait de soie d’Arabie, et sur un tissu vert émeraude, elle portait la quintessence de toutes les perfections du Paradis, une chose qui était à la fois racines et branches. Cet objet s’appelait le Graal et il dépassait tout ce qu’on pouvait souhaiter sur la Terre. La Noble dame qui était seule à pouvoir porter le Graal avait nom Répanse de Schoye. La nature du Graal était telle qu’il fallait que celle qui en prenait soin fut pure et exempte de toute fausseté… Le Graal était la fleur de toute félicité, une corne d’abondance de tous les délices du monde, si bien qu’on pouvait presque le comparer aux splendeurs du Paradis. (Parzival, Livre V)

Le chaudron de Gundestrup trouvé en 1891 dans une tourbière du Jutland au Danemark. Il s’agit d’un chaudron celtique datant du 2e siècle av. J.-C Le calice d’Ardagh, trouvé à Ardagh en Irlande au VIIIe siècle et apparenté au Saint Graal
Le chaudron de Gundestrup trouvé en 1891 dans une tourbière du Jutland au Danemark. Il s’agit d’un chaudron celtique datant du 2e siècle av. J.-C Le calice d’Ardagh, trouvé à Ardagh en Irlande au VIIIe siècle et apparenté au Saint Graal

À Munsalvaesche, de vaillants chevaliers ont leur demeure auprès du Graal. Ces Templiers livrent combat afin d’expier leurs péchés… Leur nourriture, ils la reçoivent d’une pierre qui, en son essence, est toute pureté, on l’appelle lapsit exilis. C’est par la vertu de cette pierre que le phénix se consume et devient cendres, mais il renaît de ses cendres. Il n’est point d’homme, si malade fut-il, qui, s’il voit cette pierre, ne soit assuré de ne pas mourir dans la semaine qui suit ce jour. Il ne vieillit pas non plus mais il garde l’apparence qu’il avait au moment où il a vu la pierre. Elle lui donne une telle force que le corps garde la fraîcheur de la jeunesse. Cette pierre est ainsi nommée le Graal. (Parzival, L. IX)

'' calice de Doña Urraca '', exposé dans la basilique de San Isidoro
le  » calice de Doña Urraca  », exposé dans la basilique de San Isidoro

 

On trouve encore cette référence au Graal au cours des siècles suivants:

Au XIIIe siècle

·                      dans la Vulgate du Lancelot en prose ou corpus Lancelot-Graal, œuvre anonyme composée vers 1225-1228, premier roman en prose et en langue vulgaire de notre histoire. Deux des cinq volumes qui la constituent sont consacrés au Graal: le premier à l’Estoire del saint Graal, et le quatrième à la Queste del saint Graal.

C’est l’écuelle dans laquelle Jésus mangea l’agneau le jour de Pâques avec ses disciples. C’est l’écuelle qui a servi pour leur agrément tous ceux qui m’ont servi; c’est l’écuelle que jamais mécréant ne vit sans le payer d’un profond désagrément. Parce qu’elle a servi l’agrément de tous, on l’appelle le Saint Graal. Tu as vu maintenant ce que tu as tant désiré voir et convoité… (La Queste del Saint Graal)

·                      chez Robert de Boron, premier auteur à avoir composé un cycle complet autour du Graal, lequel fait paraître en 1212 une trilogie, le Roman de l’Estoire dou Graal ou Joseph d’Arimathie en vers, Merlin, Perceval.

Nous sommes désormais dans un dépassement, sous influence chrétienne, des significations du Graal attachées au chaudron d’abondance des Celtes. Chez Robert de Boron, le Graal est le vase dans lequel Jésus but pendant la Cène, qu’il utilisa pour dire la première messe et où Joseph d’Arimathie recueillit le sang de ses plaies après son supplice. Transporté en Occident, il repose dans l’île d’Avalon, lieu mystique identifié, dans l’entourage des Plantagenêt, à l’abbaye cistercienne de Glastonbury. La lignée de Joseph d’Arimathie, celle des gardiens du Graal, dont Lancelot est un descendant, assure sa protection. Le propre fils de Lancelot, Galaad, achèvera la Quête et le cycle pourra alors se renouveler.

Copie du XIXe siècle, Graal original du VIIIe siècle Angleterre. Exposé au Victoria et Albert Museum de Londres.
Copie du XIXe siècle, Graal original du VIIIe siècle Angleterre. Exposé au Victoria et Albert Museum de Londres.

Au XIIIe siècle, on retrouve encore cette référance

·                      dans le Roman de Balain, lui-même partie du Merlin en prose du XIIIe siècle,

·                      dans Cleomades d’Adenet le Roi,

·                      dans Durmart le Gallois,

·                      dans Le roman des aventures de Fergus, de Guillaume le Clerc;

au XIVe siècle

·                      dans Fouke Fitze Warin,

·                      dans Gyron le Courtois,

·                      dans Die Abenteuer Gawains und le Morholt mit den drei Jungfrauen aus der Trilogie,

·                      dans Le Roman du Hem de Sarrasin.

À partir du XIVe siècle, on trouve des traductions des romans du Graal dans toutes les langues européennes, le mythe contaminant alors la sculpture, la peinture, l’architecture et le théâtre. Un des témoins de ce dernier genre, encore observable de nos jours, est le Teatro dei Puppi sicilien qui représente les aventures des chevaliers de la Quête.Le Saint Calice du Monastére de San Juan de la Pena

Le Saint Calice du Monastére de San Juan de la Pena

Au XVe siècle

Sir Thomas Malory, mort en 1471, présente, dans sa Morte d’Arthur, le Sangrail à la contemplation de Galahad et de ses compagnons, reprenant le scénario du Lancelot-Graal.

On trouve encore mention du mot graal chez du Cange sous la forme Grasala, qui parle de «plats trancheurs et grazals d’étains»; il a perdu ici sa connotation sacrée pour passer dans le langage courant.

Au XVIe siècle

En 1537, lorsqu’il publie Pantagruel, Rabelais fait, semble-t-il, une référence au Graal en nommant son héros Panta/Gruel, à cause, dit-il, de la sécheresse qui sévissait, car «panta» en grec vault autant à dire comme tout et «gruel» en langue Hagaréne vault autant comme altéré voulant inférer que à l’heure de sa nativité le monde estoit tout altéré, et voyant en esprit de prophétie qu’il seroit quelque jour dominateur des altérez.

On pointera ici la fonction fécondante et d’abondance du graal. L’oeuvre de Rabelais est d’ailleurs organisée comme une véritable quête du Graal par les compagnons de Pantagruel partis à la recherche de la «dive bouteille», fontaine d’abondance et de sagesse.

Le thème du Graal apparaît encore

·                      dans Meliadus de Laonnois, édité en 1528,

·                      dans le Didot-Perceval,

·                      dans Perceforest édité en 1528,

·                      dans le Tristan Ménestrel de Gerbert de Montreuil,

·                      dans le Roman en prose de Tristan,

·                      dans les continuations de Perceval,

·                      dans Meraugis de Portlesguez de Raoul de Houdenc.

Le mot connaît ensuite une fortune considérable, du plat à barbe du Don Quichotte de Cervantès à Jean d’Auton, lequel, dans son Lacurne, publié par les Annales de Louis XII, au XVIIe siècle, cite «celuy plat qu’on appelle le saint graal».

Au XIXe siècle

Dans son célébre roman The Pickwick Club Papers, Dickens mettra en scène Mr. Pickwick et ses compagnons attelés communément à la quête des épinoches d’Hampstead. Il y aurait beaucoup à gloser sur les significations de ce roman comique plus tragique que l’on ne le pense souvent.

Santo_Grial_Valencia Benoît XVI en visite Valence, en Espagne
Le Santo_Grial de Valencia Benoît XVI, avec le graal,  en visite Valence, en Espagne
 Au XXe siècle

T.S. Eliott s’inspirera de la terre Gaste dans son roman The Waste Land. Le thème du Graal se retrouve également dans le Roi pêcheur de Julien Gracq (1949), dans les romans de T.H. White The Once and Future king et The Sword in the Stone, et chez Boris Vian Le Chevalier de neige représenté par Jo Tréhard en 1945, à Caen et à Strasbourg, dans une version «opéra» sur un livret de Georges Delerue. Il faut encore mentionner l’ouvrage de l’académicien Pierre Benoît, Montsalvat (1957) qui reprend la thématique de l’exode du graal présente chez Wolfram jointe à des références cathares. On retrouve ici le croisement littéraire cher aux écrivains médiévaux entre la femme inaccessible et la quête du saint vase.

Tout près de nous, nous voyons ce thème refleurir dans la littérature contemporaine: Mary Stewart, Le cycle de Merlin 1979, Barjavel, L’Enchanteur , 1984, Jean-Pierre Le Dantec, Graal-Romance, 1985, Florence Trystram, La nuit du motard, 1986, Lancelot , 1987, Michel Rio, Merlin, 1989, Morgane 1999, Arthur, 2001, Marion Zimmer Bradley, La dame du Lac et Les Brumes d’Avalon, proches du légendaire celtique, Gilles Nadin, Le retour d’Avalon (1993), Peter Berling, Les enfants du Graal , 1997, tandis que se multiplient dans tous les pays les études arthuriennes dont rend compte le bulletin bibliographique de la Société internationale arthurienne.

Sources : Bertin Georges dans RELIGIOLOGIQUES

Cordélia, et le Roi Lear.

 »Le Roi Lear » (1606) , de Shakespeare, reprend la figure légendaire de Leir, roi mythique de l’île de Bretagne à l’époque celtique précédant la conquête romaine et de sa fille Cordélia. Elle contient une double intrigue… Il y a d’un côté l’histoire du roi Lear lui-même avec ses trois filles, Goneril, Régane et Cordelia, et, de l’autre, celle du duc de Gloucester et de ses deux fils, le bâtard Edmond et son fils légitime, Edgar.King Lear Disinheriting Cordelia by John Rogers Herbert (1850)

Le vieux roi qui, lassé des tracas du pouvoir, va, par les preuves d’amour qu’il impose à ses trois filles, comme dans un conte de fées, (on compare souvent Le Roi Lear à Cendrillon) choisir de mettre fin à son règne et de tout donner à ses héritières. La décision, sans précédent, va créer la confusion et la division dans le royaume et entraîner le monarque dans la spirale de la folie.

Dans la grande salle du palais des rois de Grande-Bretagne, le vieux roi Lear réunit ses filles, leurs maris et son fidèle ami le comte de Kent. Il annonce son désir de se retirer du pouvoir et sa décision de diviser son royaume entre ses trois filles, Goneril mariée au duc d’Albany, Régane épouse de Cornouailles et Cordélia, la plus jeune, courtisée par le duc de Bourgogne et le roi de France. La plus large part sera offerte à celle qui saura lui déclarer qu’elle l’aime le mieux. Alors que les deux aînées n’hésitent pas à jouer la carte de la flagornerie, Cordélia se montre sobre et sincère en affirmant qu’elle devra un jour la moitié de son affection à un futur mari bien qu’elle aime profondément son père.

king-Lear Goneril et ReganeBlessé par cette réserve qui pique d’autant plus son orgueil qu’elle émane de son enfant préférée, Lear déshérite Cordélia, partage le royaume entre les deux autres sœurs, la chasse impitoyablement et annonce qu’il ira vivre alternativement sur les terres de Goneril et de Régane avec sa suite d’une centaine de chevaliers. Le comte de Kent, proche du roi, s’oppose à ce traitement injuste et tente de faire entendre raison au souverain qui, excédé, le bannit également. Apprenant l’infortune de Cordélia, le duc de Bourgogne renonce à ses vues mais le roi de France, sa passion raffermie par tant de vertus qu’il juge plus précieuses qu’une dot, annonce que Cordélia régnera sur la belle France où elle trouvera mieux que ce qu’elle a perdu.(…)

Il y a les passages où Goneril, qui va délaisser son mari Albany, et Régane, veuve du duc de Cornouailles, vont toutes deux s’entretuer en se disputant l’amour du bel Edmond. Goneril empoisonne en effet Régane qui ensuite va se poignarder. (…)

Á la fin, Cordélia est pendue. Le roi Lear arrive en scène dans un état de chagrin au dernier degré et il porte sa fille morte dans ses bras…

 

 

 

 

 

Edwin Austin Abbey (1852-1911) - King Lear - Cordelia's Farewell
Edwin Austin Abbey (1852-1911) – King Lear – Cordelia’s Farewell

 

Les adieux de Cordelia par Edwin Austin Abbey (1898)

 D’inspiration préraphaélite – qui met le Moyen-âge est au cœur de l’attention car il évoque la dignité de l’homme et sa foi profonde – le tableau met en scène Cordelia en robe virginale en opposition avec ses sœurs, Goneril et Regan, vêtues de rouge et de noir. Lear, entouré de ses hommes et de ses pages, tourne le dos à ses trois filles.

L’oeuvre exprime avec force et élégance la grandiloquence de la confrontation entre père et filles au premier acte de la tragédie. Peut-être toutefois sa discrétion ne fait-elle qu’en augmenter le caractère touchant et tragique.

Cordelia est présentée au centre du tableau, en vierge harcelée par une masse hostile que constituent ses sœurs à gauche, son père et les hommes de la Cour à droite. Cette scène manichéenne met en valeur une Cordelia résignée confrontée au regard insolent, méprisant et lâche de ses sœurs, Regan et Goneril en noir et rouge tandis que Lear et son vieux chien quittent la scène. Davantage que par celle du roi, le peintre se préoccupe de la tragédie que vit la jeune femme. Son bras tendu donne de l’ampleur à sa présence dans la scène et tandis qu’elle reçoit un baiser de France, elle semble irrésistiblement fuir le regard provocateur de ses sœurs, toute happée qu’elle est par le mouvement de départ de son père.

Sire Palamède et le jeu d’échecs

Mais si l’origine du jeu est difficile à fixer avec précisions, de nombreux pays (Egypte, Grèce, Chine)  revendiquent l’invention car il existe plusieurs jeux anciens voisins de l’actuel jeu d échecs.

Firdausi2La plupart des historiens sont maintenant d’accord pour dire que les pièces les plus anciennes datent  environ de l’an 600. C’est également la date approximative des premières références au jeu d’échecs dans la littérature.

A partir du XIII ème siècle, la pratique du jeu d’échecs est devenue courante en Occident.

Des joueurs éclairés ont voulu assurer au « roi des jeux » le prestige et la légitimité de la haute Antiquité.

De nombreuses fables et légendes ont alors circulé. Sachant que le jeu provenait d’Orient, certains ont imaginé le roi Salomon jouant aux échecs pour éblouir la reine de Saba.

Joute entre Tristan et Palamède
Joute entre Tristan et Palamède

Roman de chevalerie médiéval des plus célèbres, le Tristan en prose retrace les épisodes de la Table ronde. Parmi ses nombreux personnages se trouve un chevalier échiqueté, Palamède, rival malheureux de Tristan, qui aime Yseut mais n’en est pas aimé.

Palamède, chevalier de la Table ronde, occupe une place importante dans la littérature courtoise du XIII ème siècle. Jouant sur l’homonymie avec le héros grec, la légende du roi Arthur fait de ce chevalier Palamède, Sarrasin, fils du sultan de Babylone, Palamède s’est converti au christianisme avant de rejoindre la cour du roi Arthur. Il devient l’instructeur de ses compagnons d’armes avec ce jeu qu’il a rapporté d’Orient.Joute entre Palamède, Tristan et Lamorat de Galles

Ce Palamède devient l’inventeur « idéal » du jeu d’échecs pour la société médiévale : il concilie fable avec de réelles origines orientales et pense le jeu comme un parcours initiatique qui s’inscrit dans la quête du Graal.

En s’appropriant le jeu, la société médiévale crée son propre mythe : pour de nombreux joueurs, Palamède demeurera « l’inventeur des échecs » jusqu’au … XIX ème siècle.

Afin de mettre en valeur le mérite d’avoir livré « le plus noble des jeux », l’héraldique littéraire lui a donné pour armoiries un écu en forme d’échiquier, échiqueté de sable et d’argent, c’est-à-dire en damier noir et blanc.

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Palamède est ainsi mis en scène, dans de nombreux combats et tournois, sur les miniatures de cet imposant manuscrit peint par Évrard d’Espingues et achevé en 1463.

knights, warders and pawns. National Museums Scotland owns 11 pieces » L’homme froid, raisonnable, ne transgresse les règles et son propre tempérament que lorsqu’il a pesé le pour et le contre, et qu’à la fin de cette pesée il a conclu que le « contre » est sans doute la meilleur solution, et la plus honorable pour gagner.

Lors des parties suivantes, Lenfant ( le jeune Lancelot) abandonna, à regret, sa préférence pour les cavaliers et leurs curieux mouvements sur l’échiquier. il se concentra sur la reine. Il est facile, à tout débutant, de comprendre que cette pièce est la plus libre et la plus forte de toutes. Lewis Chessmen QueenCe même débutant, en général, en abuse et n’a de cesse qu’elle soit en jeu, filant le long des rangées et des diagonales, meurtrières, insaisissable – jusqu’au moment où elle est prise à son propre jeu.

Lenfant ne commit pas cette erreur: il voyait en sa reine blanche une figure de sa mère Viviane; il la fit jouer comme Viviane, selon lui, aurait joué. Pas d’attaques intempestives, pas de longs sauts en travers de l’échiquier. Lewis Chessmen KnightAu contraire: des déplacements rares, presque invisibles, tandis que les fous et les tours la soutenaient. Puis, alors qu’ils semblaient caracoler de case en case pour le plaisir de caracoler, il posa l’un de ses cavaliers – un chevalier – au centre de la partie, et l’autre, protégé par le premier, entre la reine et le roi adverses.

– Le roi est mort …. (…)  »

Extrait de Graal: Le chevalier sans nom de Christian de Montella

 

Morrigan

Morrigan, fille d’Ernwas des Tuathas et de la déesse Dana… Elle est la déesse irlandaise de la Guerre et de la Mort, combattante dont dépend l’issue de bien des batailles. Tantôt louve, tantôt corbelle (fém. de corbeau), elle possède de multiples visages : tantôt une jeune femme d’une très grande beauté, tantôt une vieille femme hideuse au rire plein de haine.

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Elle possède une triple identité composée de Macha, de Nemhain (« frénésie ») et de Badba (« corneille » ou « corbeau »).

Macha maudit les hommes d'Ulster, illustration par Stephen Reid, The Boys' Cuchulainn, Eleanor Hul, 1904
Macha maudit les hommes d’Ulster, illustration par Stephen Reid, The Boys’ Cuchulainn, Eleanor Hul, 1904

Macha  est connue pour avoir été à l’origine de la faiblesse des Ulates (habitants du royaume d’Ulster) selon une malédiction qui fait suite à la vantardise de son époux « Crunnchú ». Après le veuvage du fermier Crunnchú, une magnifique jeune femme vient dans son lit (probablement mariée et enlevée de force) prendre la place de son épouse, il s’agit de la déesse Macha… Elle lui propose un pacte : les affaires de Crunnchú seront prospères et il sera heureux tant que leur relation restera secrète. Mais lors d’une fête il ne peut s’empêcher de se vanter et affirme que sa femme court plus vite que le meilleur attelage du roi.

Badb est la seconde Corneille qui collectionne les crânes des soldats et qui sait aussi envoûter les guerriers trop séduisants. Nemain, la Frénétique entraîne à la victoire ou à la mort. L’aspect guerrier de la triple déesse associe destruction, sexualité et prophétie.

Au cours des guerres, elle apparaît sous diverses formes animales et pour l’invoquer, il faut croasser. Entre autres pouvoirs qui lui sont nombreux, elle peut inspirer la peur ou le courage aux guerriers.

Morrigan by DavidGaillet The Morrigan - Shape-shifting Celtic goddess of War, Fate and Death
Morrigan by David Gaillet The Morrigan – Shape-shifting Celtic goddess of War, Fate and Death

Comme les autres déités, elle n’est qu’un avatar de la grande déesse féminine Brigit. Brigit – connue par une épithète, «La Haute / Exaltée» – est l’unique principe divin féminin. Connue, donc, sous les noms de Brigit, Brigantia, elle est, schématiquement, à la fois la mère, l’épouse, la sœur et la fille des autres dieux. Son culte sera détourné par les chrétiens.  Elle est toujours associé à la guérison ou aux puits, comme à St. Bride’s Church, à St. Andrews.

The Morrígan
by Fionabus on deviantART

Morrigan serait héritière de la figure de l’Aurore indo-européenne ; c’est une divinité complexe qui est à la fois la rivale et l’auxiliaire du héros par excellence Cúchulainn. Déesse dite guerrière, elle n’est pas essentiellement une combattante, mais procède à la qualification des héros…

Elle s’unit à Dagda ( ancien Ciel diurne indo-européen) , le dieu bon des druides, durant la nuit de Samhain dans le lit de la rivière Boyne. Dagda est aussi le dieu tutélaire des musiciens et à ce titre il possède une harpe magique.

Morrigan tente de séduire Cúchulainn qui signifie «Chien de Culann» [forgeron]), fils de Lug, dieu suprème, et de Eithne la mère de tous les dieux. Ce héros dont la genèse est multiple refuse les avances de Morrigan. Celle-ci le menace sous l’aspect de différents animaux et, pendant qu’il combat, elle s’enroule autour de sa cuisse alors qu’elle prit la forme d’une anguille. Le héros s’en défait et la blesse. Il est alors absent du combat pour un long moment, mais lorsqu’il revient combattre, il aperçoit une femme qui lave ses vêtements ensanglantés dans la rivière. Il sait alors que son heure a sonné.

Macha

C’est en corneille perchée sur l’ épaule de Cúchulainn que Morrigan assiste à son agonie le jour même de Samain.

la Morrigan BadbCatha

Morrigan a, selon certains critiques, servi d’inspiration à la Fée Morgane. Morgane serait une variante gaélique de Morrigan et les deux personnages peuvent se transformer en oiseau

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The-morrigan: badb-macha-nemain par Jason-Torgerson

La fée Morgane, demi-soeur du roi Arthur, souveraine de l’île fortunée d’Avalon, séjour des bienheureux, est parfois identifiée à Morrigan, et tient lieu de déesse celtique de la mort. Sous l’identité de Fata Morgana, elle préside à la destinée humaine. Réputée pour ses dons de prophétie et de guérison, elle anticipe le sort réservé à chaque personne et connaît la vertu particulière des plantes médicinales.

Vers 1120, Giraud de Barri fait référence à Morgane dans Speculum Ecclesiae (Le Miroir de l’Église), et la présente en tant que dea phantastica, une déesse imaginaire.

Le pouvoir, politique militaire et thérapeutique, est partagé en Morrigan entre trois femmes qui semble avoir précédé la trinité mâle de la doctrine chrétienne.

En Quête du Graal…

Hans Thoma (1839-1924), Die Gralsburg - 1899Encore quelques mots sur le Graal… En parler ( le chercher ) : c’est sa fonction… Ainsi, de tous les mythes arthuriens… Mais, bien sûr en parler de façon contemporaine, de manière à tracer une transversale entre « les temps anciens » ( là, ce sera le Moyen-âge qui sert de support…) et aujourd’hui. Les mythes entrent en dialogue en même temps qu’ils nous racontent nos origines…

alex_grey-holy_grailLe mythe, du fait de son origine ancienne, se frotte à notre héritage – plus récent – de la pensée dualiste qui veut qu’à une proposition on en oppose une autre, aboutissant à une logique du tout ou rien, et nous fait négliger la réalité, elle toujours paradoxale… Le mythe nous ramène, de ce point de vue, à une certaine humilité…

Nous n’échappons pas à la complexité, comme le sont Perceval, ou même Lancelot du Lac, figure hermétique, aux carrefours de sa propre histoire et de la Quête, nous devons simultanément et dialectiquement interroger le sens des interactions à l’œuvre là où elles sont, c’est à dire toujours en interface.cde

Le mythe est un langage, mais par sa fonction il relève de la croyance, tant il suscite adhésion, et est moteur de réflexion, de désir, de volonté… C’est ainsi qu’il possède réellement une efficacité symbolique dont témoigne la réflexion que nous pouvons avoir sur le mythe du Graal.

Cette réflexion, aussi modeste soit-elle, est une expérience. Le mythe, dans son expression symbolique, est pétri des profondeurs de l’humain.

Au Graal est lié l’idée de contenant, et de nourriture… Les liens entre nutrition et mystique, sont évidents…

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Au XIIIe siècle, la Quête du Saint Graal devient la fin ultime de toute chevalerie. Celui-ci est encore décrit comme coupe d’abondance dans le Roman en Prose lorsque, le jour de la Pentecôte, les Chevaliers de la Table Ronde étant réunis, apparaît un vieillard en robe blanche tenant un jeune chevalier vêtu d’une armure couleur de feu (Galaad), qui annonce au Roi et à ses compagnons la venue du Graal, lequel se manifestant dans les airs, remplit la palais de parfums et charge les tables de mets succulents. Les Chevaliers de la Table Ronde jurent tous alors, après Gauvain, de se mettre en campagne, toute affaire cessante, pour découvrir la vérité du vase très précieux, à la fois nourricier et but d’une quête spirituelle.

Illustration of Percival Finding Holy GrailAu terme de cette Quête, seuls trois chevaliers, les plus jeunes et les plus purs, Bohort, Perceval et Galaad parviendront au château du Graal, ils assisteront à une messe dite par Josephé, le fils de Joseph d’Arimathie, au cours de laquelle Jésus-Christ leur apparaît, et assisteront aux mystères du Graal et de la lance qui saigne.

Mais un seul d’entre eux, Galaad, sera admis à contempler l’intérieur du Vase; ayant considéré les choses spirituelles qui s’y trouvent, il sera ravi au ciel. «Depuis lors, il n’y a jamais eu aucun homme, si hardi fût-il, qui aie osé prétendre qu’il l’avait vu.»

The Damsel of the Sanct Grael Dante Gabriel Rossetti - 1874La mystique du vase mystique est d’ailleurs très présente à l’époque médiévale dans la pensée chrétienne, notamment grâce au culte de la Vierge Marie développé par saint Bernard. Adam de Saint-Victor, dans un hymne à la Vierge, l’interpellait ainsi: « Salve Mater Salvatoris,Vas electum, vas honorisvas cælestis gratiæab æterno vas provisum vas insigne, vas excisumManu sapientiæ. »

(Salut, mère du Sauveur,vase choisi, vase d’honneur,vase de la grâce céleste,vase préparé de toute éternité,vase insigne, vase creux,main de sagesse.)

Le Graal comme contenant du sang du Christ, ou Saint Graal, signifierait aussi Sang Réel (voir l’anglais Sangrail). L’évolution du mot est ici liée au développement, à l’époque des croisades, du culte du Précieux Sang et, mutatis mutandis, du Sacré Cœur, etc.

The Damsel of the Sanct Grael Dante Gabriel Rossetti - 1857En même temps, le contenant Graal est, d’une manière mystérieuse, identifié à son contenu…

On passe en quelques décennies d’un Graal-chaudron symbolisant les cultes de fécondité de l’Europe chrétienne, via le Graal féminin, vase d’élection, dans le jeu complémentaire du principe mâle (lance) et du féminin où le graal est assimilé à la dame, lieu de toutes les aspirations courtoises, à la coupe de souveraineté, gradalis. Puis dans une mystique influencée par les croisades et leurs prédicateurs, le Graal ou graduel prend la figure de la sagesse, dont rend compte une Quête mystique sous double influence: cistercienne et trinitaire. La quête du Graal permettra le passage des chevaleries terrestres aux chevaleries célestes.

Beato de Saint-Sever (s. XI) Beato de Fernando I y Doña Sancha (s. XI) The Beatus Apocalypse of Gerona, 975
Beato de Saint-Sever (s. XI) Beato de Fernando I y Doña Sancha (s. XI) The Beatus Apocalypse of Gerona, 975

De nos jours les aventures du Graal connaissent à nouveau un immense succès dont témoigne une production intense notamment sur le plan cinématographique…

Il faut reconnaître également, comme l’indique un récent rapport parlementaire sur les sectes, que l’on peut identifier plusieurs mouvements néo-religieux qui n’hésitent pas à convoquer ostensiblement le mythe du Graal au service d’idéologies simplistes ou régressives…

Sources : Bertin Georges in RELIGIOLOGIQUES