Enluminures – Arthur et Lancelot – 13e s.

Célice porte une lettre à Arthur (Lancelot Ms Fr118) - M des cleres femmes
Célice porte une lettre à Arthur (Lancelot Ms Fr118) – M des cleres femmes

1. De part et d’autre de l’enluminure, on peut lire : « Et la damoiselle prist la boiste et louvri en p?t. |Si en traist unes lettres pendanz » (Cf. LP p. 88).

Analyse de l’image :
     Alors qu’Arthur séjournait avec sa cour à Camaalot, une demoiselle arrive de Carmélide (p. 87), accompagnée notamment d’un vieux chevalier, envoyé parsa maîtresse pour soutenir sa cause (p. 95). Cette demoiselle, qui se nomme Célice (p. 93), et son chevalier, Bertelai le vieux (p. 105, en vert couleur de la trahison ?), se tiennent à gauche sur l’enluminure. Elle tend à Arthur la lettre de sa maîtresse, la fausse Guenièvre, qui prétend être la véritable épouse du roi. Sur cette lettre on distingue le cachet rouge, dans le texte un sceau d’or (p. 89). La lettre est extraite d’une boîte d’or (ibid.), qu’on distingue en dessous, entre le roi et la demoiselle. 
    A droite sur l’enluminure, Guenièvre (en rouge et hermine, emblèmes royaux) et à côté d’elle, soit le clerc qui dépliera le parchemin et refusera de le lire à haute voix (p. 91), soit plutôt le chapelain, qui la lira finalement (p. 93).
    Arthur porte toutes les couleurs.

Cette notice fait partie d’une série :
Lancelot du lac, Bnf ms fr 118 
(pièce ou n° 264 / 0)
Datation : entre 1400 et 1415   (date conjecturale)

Source textuelle :
Lancelot du lac, début du 13e siècle   Lancelot III, La fausse Guenièvre, LP p. 87-93

frise article 2

La Chambre aux images (La Mort du roi Arthur Bnf fr116) - Evrard d’Espinques
La Chambre aux images (La Mort du roi Arthur Bnf fr116) – Evrard d’Espinques

« comment le roy artus vint herberger ches morgain la fee sa seur et elle luy monstra la chambre où lancelot avoit paintes les premieres acointances de luy et de la royne genievre. »

Analyse de l’image :
    Arthur découvrant les peintures faites par Lancelot durant sa captivité chez Morgane.

Datation : 1470   (date conjecturale)

Source textuelle :
La Mort du roi Arthur (fin du 13e siècle)   §§ 51-52 (10-18, pp. 99-100)

frise article 2

 
Lancelot présenté à la cour d’Arthur (Lancelot du Lac, Ms Fr 112-1)
Lancelot présenté à la cour d’Arthur (Lancelot du Lac, Ms Fr 112-1)

Analyse de l’image :
    C’est devant Camaalot, en extérieur donc, que la dame du Lac a présenté Lancelot à Arthur, en lui demandant de le faire chevalier. Lancelot et elle étaient alors vêtus de blanc. Il ne peut donc s’agir de cette scène (p. 425). 
   Le lendemain, Lancelot richement vêtu est présenté à la cour à la demande de la reine Guenièvre. Il tombe amoureux d’elle en la voyant (pp. 437-438). C’est Guenièvre qui est donc représentée à droite. Elle porte la même coiffe dans l’épisode du baiser.
   Mais l’enlumineur ne représente pas l’échange des regards des futurs amants : il lui préfère le rituel féodal de la présentation au roi.

Cette notice fait partie d’une série :
Lancelot du lac, Bnf ms fr 112 (1)
Datation : 1470

Source textuelle :
Lancelot du lac, début du 13e siècle   éd. F. Mosès, LP, ch XXI, p. 445

frise article 2

 
Bertelai aux pieds d’Arthur (Lancelot du lac, Ms Fr118) - M. des cleres femmes
Bertelai aux pieds d’Arthur (Lancelot du lac, Ms Fr118) – M. des cleres femmes

Analyse de l’image :
    Bertelai, malgré son grand âge, se déclare champion de la fausse Guenièvre :
    « Alors la demoiselle prend de nouveau par la main le chevalier qui l’accompagnait et qui s’appelait Bertelai le vieux. Elle l’amène devant le roi et lui dit : Bertelai, prononcez votre défi. […] Aussitôt le chevalier s’agenouille devant le roi et se propose pour la bataille, dans les conditions fixées par la demoiselle. Monseigneur Gauvain le regarde, fâché d’avoir affaire à un homme d’un si grand âge. »
   On distingue à gauche Guenièvre, reconnaissable à sa robe rouge et à sa couronne. A droite, Arthur siège sur son trône. Devant lui, Bertelai est agenouillé. Célice, la demoiselle de Carmélide, en robe verte (et non plus bleue comme dans l’enluminure précédente ?), le soutient par l’épaule.
   Entre Guenièvre et Célice, l’homme en manteau bleu et chapeau vert est probablement Gauvain, qui s’interpose et prend la défense de la reine : dans le texte, il tient une badine à la main (p. 101), dont on ne voit pas trace ici.
   Derrière Gauvain, portant un grabnd chapeau bleu et blanc, c’ets probablement Dodinel le sauvage, qui jure devant Dieu qu’il ne combattra pas un chevalier aussi vieux que Bertelai (p. 105).
   Difficile d’identifier les autres personnages, notamment le page vêtu de vermillon à gauche. En tous cas ni Lancelot, ni Galehaut n’assistent à ce premier procès.

Datation : entre 1400 et 1415   (date conjecturale)

Source textuelle :
Lancelot du lac, début du 13e siècle   Lancelot III, La Fausse Guenièvre, 

frise article 2

 

Sources: Le projet Utpictura18: Etude d'images ( Histoire )

La légende de Merlin l’enchanteur. – 3/3 –

Artus et les chevaliers

Le roi tableAprès avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n’en sortirent que pour s’apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, les regardaient. Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus.
Aussitôt désigné, le roi les vit s’agenouiller devant lui pour lui dire qu’ils désiraient tous recevoir de lui l’ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs.
L’air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d’abord : c’était Gauvain, fils du roi d’Orcanie. Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.

– Je vous octroie la charge de connétable, lui dit-il.

Et il l’investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres. Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa 1’éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d’or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l’accolade. Il adouba de même, c’est-à-dire revêtit d’une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l’un d’eux, Sagremor, neveu de l’Empereur de Constantinople, ne voulut point d’autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe.
Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l’histoire du Graal. Pour finir, il dit, s’adressant à Artus :
– Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d’où il adviendra quantité de merveilles.
– La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j’élirai les chevaliers qui auront droit d’y siéger.

épée sword fond blanc 600

Merlin et Viviane

Merlin et Viviane (la Dame du Lac), peint par Gustave DoréUne seconde fois, Merlin s’en alla rejoindre Viviane, ainsi qu’il le lui avait promis. Vous devez croire qu’il avait grand désir de s’y rendre très vite. Pourtant, il fit un détour au royaume de Bénoïc, en Petite Bretagne, puis au royaume de Gannes, où il conta ce qui s’était passé en Carmélide. Et sachant toutes choses, il demanda aux rois de ces pays de prendre la mer avec des soldats afin d’aider Artus à chasser les Saines du royaume de Logres.
Alors, satisfait de leur réponse, il s’en fut donc en forêt de Brocéliande. Quand Viviane l’aperçut, elle courut à lui, et tous deux éprouvèrent une grande joie à se retrouver.
Sans plus tarder, Viviane voulut connaître de nouveaux jeux.
– Beau Sire, lui dit-elle, dites-moi comment je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps qu’il me plairait…
Elle se garda bien de lui révéler pour qui elle désirait cette science, car elle croyait que Merlin ne la lui aurait pas enseignée. Mais Merlin lisait dans sa pensée. Et il savait qu’elle invoquait une fausse raison quand elle ajouta :
– J’aimerais endormir mon père Dyonas, et ma mère, quand vous viendrez me voir, pour être tout à fait libre.
Merlin refusa. Viviane n’en parut que peu contrariée. Déjà, elle était sûre d’elle-même et de son pouvoir sur Merlin, et, quand arriva le dernier jour, ainsi qu’elle le prévoyait, Merlin céda. Ils se trouvaient alors tous deux dans le verger nommé « Repaire de joie et de liesse », et Merlin lui apprit non seulement ce qu’elle désirait, mais beaucoup d’autres choses encore, par exemple trois mots qu’elle prit par écrit et qui avaient cette vertu de l’empêcher d’appartenir à un homme lorsqu’elle les portait sur elle. Merlin se munissait ainsi contre lui-même, mais il se savait si amoureux de Viviane qu’il lui céderait toujours.
Alors qu’il s’en revenait à Logres, il prit l’aspect d’un vieillard affublé d’un costume démodé, mais pimpant. Or, le jour était extrêmement beau, et Gauvain, dans le dessein d’en profiter, avait demandé son cheval et avait pris le chemin de la forêt.
C’est ainsi qu’il rencontra Merlin monté sur un palefroi blanc. Celui-ci l’aborda et le ramena à la réalité :
– Messire Gauvain, lui dit-il, si tu m’en croyais, tu laisserais là promenade et rêverie, car il vaudrait mieux pour ton honneur faire la guerre aux ennemis de ton roi.
Gauvain éberlué, allait répondre, mais Merlin avait déjà disparu.

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La guerre aux Saines

Flint, Sir W. Russell (1880 - 1969) combatC’est qu’en effet l’instant était grave. Les Saines, redoutables guerriers, plus nombreux que les flots de la mer, assiégeaient alors la ville de Clarence.
Or, un jour où le ciel était couleur de plomb, enveloppé de brume, les Saines furent réveillés par une multitude de lances qui, telle des bêtes sauvages, se jetèrent avec fureur sur leurs tentes, abattant les mâts, renversant les pavillons et massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage. L’armée des chevaliers, qui avait pour enseigne la bannière blanche à croix rouge, avançait ainsi inexorablement, chassant les Saines, qui tentaient vainement de se rallier au son de leurs cornes et de leurs buccins.
Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval, le « gringalet », qui pouvait courir dix lieues sans connaître la fatigue. Les rois Artus, Ban et Bohor, et combien d’autres, firent merveille. Merlin jeta des enchantements, si bien que les Saines cédèrent et s’enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux, s’embarquant sur des bateaux pour une destination inconnue.
Alors Artus partagea entre les chevaliers le riche butin laissé par l’ennemi, puis il fit duc de Clarence, Gasselin, l’un de ses chevaliers. Et il y eut cinq jours de grande liesse.

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Mariage d’Artus

guinevere and Arthur mariageLe sixième jour, ils partirent pour la Carmélide, où Guenièvre attendait Artus.
Le jour du mariage, il y eut plus de joie que jamais en un jour de fête. La salle fut couverte de joncs, d’herbes vertes et de fleurs qui embaumaient. L’été débutait, et un vent chaud avait lustré le ciel qui débordait de soleil.
Guenièvre apparut aux yeux éblouis de tous, le visage découvert, ses cheveux blonds couronnés d’or et de pierreries, vêtue d’une robe lamée d’or, si longue qu’elle traînait à plus d’une demi-toise. En cortège, les fiancés, les rois et leur cour, les barons du royaume de Carmélide, les nobles et les bourgeois se rendirent à l’église pour la bénédiction nuptiale. Ensuite, tout ce monde fit bombance, après avoir entendu les ménestriers jouer du violon, de la flûte et des chalumeaux, puis les chevaliers se divertirent à l’escrime et autres jeux, et tous dansèrent et prolongèrent ces plaisirs fort tard dans la nuit. Pas un convive n’oublia de sa vie une aussi belle journée.
Une semaine après, les rois Ban et Bohor prenaient congé d’Artus, qu’ils n’avaient pas quitté depuis qu’ils guerroyaient contre les Saines, et regagnèrent leurs terres. Ils partirent en compagnie de Merlin et, ensemble, ils traversèrent la mer pour arriver en Petite Bretagne, où ils furent accueillis avec des transports d’allégresse.
Cependant, Merlin poursuivit son chemin pour aller voir Viviane, dans la forêt de Brocéliande.

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Le lac de Diane

Ford, H. J. (1860 - 1941) Merlin et VivianeViviane reçut son ami avec beaucoup de tendresse, si bien qu’il en tomba plus amoureux encore, si la chose se pouvait. Ayant pris la peine de lui expliquer la plupart de ses jeux, c’était elle maintenant qui lisait dans ses yeux et dans sa pensée, de telle façon qu’il n’eût jamais aucun secret pour elle.
Un après-midi qu’ils se promenaient tous deux dans la forêt, Merlin conduisit Viviane au lac de Diane. Il lui fit remarquer une tombe, en marbre, où l’on voyait en lettres d’or ces mots : Ci-gît Faunus, l’ami de Diane.
Puis il lui conta cette histoire : Faunus aimait loyalement Diane, la déesse des bois. Hélas ! celle-ci lui préféra Félix et elle n’hésita point, un jour que Faunus blessé voulut se baigner dans l’eau enchantée qui se trouvait alors à la place même de la tombe, à faire renverser une pierre sur lui, celle-là même qui fermait à présent le tombeau, où gisait écrasé le pauvre Faunus. Alors Félix, indigné par l’acte criminel de Diane, la prit par sa tresse, et lui coupa la tête de son épée.
– Et qu’est donc devenu le manoir que Diane avait fait bâtir ? demanda Viviane, après un grand moment de silence.
– Le père de Faunus le détruisit dès qu’il connut la mort de son fils.
Or, devinez quelle idée vint brusquement à Viviane ? Elle émit le désir d’avoir un manoir aussi beau et aussi riche que celui de Diane.
Et aussitôt, pour lui complaire, Merlin faisait jaillir, à la place du lac, un château, si merveilleux qu’il ne s’en trouvait point de semblable dans toute la Petite Bretagne.
– C’est votre manoir, ma mie, lui dit-il. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre et aux yeux de tous, il n’y a là que de l’eau. Si, par envie ou par traîtrise, quelqu’un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaîtrait pour lui, et il se noierait en y croyant entrer.
– Mon Dieu ! fit Viviane éblouie, jamais on n’entendit parler d’une demeure plus secrète et plus belle.
À la voir si heureuse s’augmenta encore la joie de Merlin, qui lui apprit plusieurs autres enchantements, au point qu’il devint d’une imprudence folle.
– Beau Sire, lui dit-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais savoir. C’est comment je pourrais enserrer un homme sans tours, sans murs, sans fers, de manière qu’il ne pût jamais s’échapper sans mon consentement…
Merlin, qui lisait dans sa pensée, répondit :
– Ma belle amie, de grâce, ne me demandez plus rien. Vous voulez m’enfermer ici pour toujours, et je vous aime si fort qu’il me faudra faire votre volonté.
Viviane lui sourit tendrement :
– Je n’ai sans vous ni joie ni biens, dit-elle, et j’attends tout de vous. Puisque je vous aime autant que vous m’aimez, ne devez-vous pas faire ma volonté et moi la vôtre ?
– La prochaine fois que je viendrai vous voir, je vous enseignerai ce que vous désirez.
Il y avait obligation pour Merlin de retourner, à présent, au royaume de Logres, auprès du roi Artus qui réunissait beaucoup de monde à Carduel, au moment de Noël.

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Fondation des Chevaliers de la Table ronde

L'épée et les chevaliers de la table rondeEt il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles.
Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l’histoire du Graal ou l’histoire de ce vase contenant le sang du Christ. Or, d’après la légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.
– Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s’y asseoir ne jouiront d’aucune préséance. À la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l’élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura conquis le Graal.
– Qu’il en soit ainsi ! déclara Artus.
Et aussitôt qu’il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois. Et sur la plupart d’entre eux, on lisait en lettres d’or : Ici doit s’asseoir Un Tel Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n’était inscrit.
Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. On remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l’absence du roi.
Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l’obtenir, et que, si l’un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour.
Tous les Chevaliers de la Table ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu’avait fait pour eux messire Gauvain.
Ensuite, la reine Guenièvre proposa que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers.
Le roi Artus l’approuva. Et à l’unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.

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Quête de Merlin

le tombeau de Merlin La Forêt de BrocéliandePour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande.
Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d’autant plus que Merlin leur avait dit qu’il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaître au loin, sur un cheval superbement harnaché.
Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d’amour pour toujours. Mais cela, on l’ignorait à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :
– Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour.
Et tous les chevaliers l’imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins.
Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d’une selle d’ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie, passa auprès d’elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave.
Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoisie. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu’il rencontrerait.
Gauvain s’inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s »arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d’une Damoiselle. Se rappelant la leçon qu’il venait de s’attirer, il s’empressa de la saluer.
À quelque distance, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles. Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu’il n’était plus qu’un nain, dont les pieds n’atteignaient pas les étriers et la tête son écu… Sa peine fut si vive, qu’il se demanda, un moment, s’il n’allait pas en finir avec la vie.
Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d’un chevalier qui n’aurait su faire face à l’épreuve ? Et déjà, s’aidant d’un tronc d’arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment.
Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l’avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l’angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.
Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande, et c’est là qu’il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur… Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d’avancer… Et, soudain, il s’entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.
– Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m’apparaître…
– Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n’adresserai la parole qu’à ma mie, Viviane. Le monde n’a pas de tour si forte que la prison d’air où elle m’a enserré.
Et il raconta comment, alors qu’il dormait, Viviane avait fait un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s’éveilla, il comprit qu’il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté où Viviane le retenait prisonnier. Il dit encore :
– Saluez pour moi le roi, et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et contez-leur mon aventure. Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n’oubliez pas de la saluer, car ce serait folie.
À tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux. Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s’était montré, pour la première fois, plus fol que sage.
Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu’il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l’aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal. Gauvain s’élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu’il les mit en déroute.
En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu’il lui fît d’être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu’il était avant leur première rencontre.
Alors messire Gauvain chevaucha si vite qu’il arrive en même temps que les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour. Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain de raconter l’enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse.
Des clercs mirent ces récits par écrit. Grâce à eux, nous les connaissons aujourd’hui.

*** Bien sûr tous ces textes sont des adaptations modernes, recueillies comme des  » Contes et Légendes de Merlin « , inspirées par les textes anciens ….

La légende de Merlin l’enchanteur. – 2/3 –

La pierre merveilleuse

arthur15 L'épée dans l'enclumeSeize années s'écoulèrent. Uter Pendragon mourut, deux ans après Ygerne. Comme il n'avait point d'héritier direct, les barons du royaume trouvèrent une solution très simple : demander à Merlin de leur en désigner un.
– Attendez le jour de Noël, répondit Merlin.
Donc, la veille de Noël, les barons se réunirent à Londres et parmi eux se trouvait Antor avec Keu et Artus, ses deux enfants dont il ne savait à présent lequel il préférait.
En procession, ils allèrent tous à la messe de minuit, puis, selon la coutume, à la messe du jour. Quand ils sortirent de l'église, ils entendirent des cris, tout un brouhaha et ils demandèrent ce qui se passait d'extraordinaire.
On leur montra une grosse pierre au milieu de la place, venue on ne sait d'où, qui ne ressemblait à rien, avec à son sommet une enclume de fer dans laquelle une épée se trouvait fichée jusqu'à la garde. Vous pensez si les langues allaient bon train. Chacun cherchait une explication à ce phénomène.
Comment Arthur retire l'épée
– Cela vient du ciel, disaient les uns.
– Du ciel ou de l'enfer, répliquaient les autres.
– D'où qu'elle soit, il nous faut bénir cette pierre, dit l'évêque.
Tout en s'apprêtant à accomplir ce geste pieux, il se baissa et fronça les sourcils : ce qu'il venait de découvrir le laissa quelques secondes sans voix. Puis il lut clairement, de telle façon qu'ils fussent entendus de tous, ces mots inscrits en lettres d'or sur la pierre :
Celui qui ôtera cette épée sera le roi.
Il y eut alors une véritable bousculade. Tous les barons, puissants et hauts seigneurs, se précipitèrent pour lire à leur tour ces mots magiques et certains voulurent tirer au sort pour décider qui en ferait les premiers l'essai. Une querelle s'ensuivit et l'on entendait déjà le cliquetis des armes, quand l'évêque intervint en choisissant lui-même deux cent cinquante chevaliers pour tenter l'aventure.
Or, pas un, malgré beaucoup de force, d'adresse et de bonne volonté, non, pas un ne parvint à faire bouger l'épée.
Qui en fut amusé ? Keu et Artus, ces deux grands adolescents de seize ans qui observaient la scène d'un oeil critique. Estimant qu'eux aussi avaient droit à cette étrange « course à l'épée », la prenant comme un jeu, ils s'approchèrent de la pierre fabuleuse. Artus dit :
– Voyons si je pourrai…
Mais avant qu'il eût achevé sa phrase, il tirait 1'épée par la poignée et la montrait à Keu et à Antor médusés.
– Beau fils, est-ce toi qui serais désigné… ? murmurait Antor.
Déjà des barons accouraient, déjà des protestations véhémentes s'élevaient. Avait-on jamais vu un homme de naissance obscure devenir roi de Bretagne ?
Il fallut, une fois encore, l'intervention de l'évêque pour calmer les esprits.
– Or ça, Messieurs, que diriez-vous de la Chandeleur pour recommencer l'expérience ? fit le prélat.

Galaad retire l'épée du bloc de marbre vermeilLa proposition fut adoptée, et, avec quelle impatience, tous attendirent la Chandeleur. Quand ils purent de nouveau tenter leur chance, il n'y en eut aucun qui ne montra joyeux visage.
Seul Artus tira, avec autant de facilité que si elle avait été enfoncée dans une motte de beurre, la fameuse épée…
Pouvait-on imaginer, dès lors, qu'il n'était pas l'élu de Dieu ?
Artus fut donc sacré roi de Bretagne et la pierre merveilleuse disparut.
Cependant, à cette lointaine époque comme aujourd'hui, l'unanimité n'était pas facile à faire. Et des esprits chagrins contestèrent la légitimité du roi Artus. Voilà pourquoi onze des plus puissants barons s'assemblèrent bientôt ; ils décidèrent alors de lui déclarer la guerre.
Déterminés à vaincre ou à mourir, ils firent le siège du château de Kerléon où Artus s'était enfermé. Ils allaient lancer un dernier assaut contre la forteresse, quand Merlin intervint, les regardant de travers comme quelqu'un qui est très mécontent.
Du haut d'une tour, il leur expliqua qu'Artus n'était pas le fils d'Antor, ni le frère de Keu, mais qu'il appartenait, par sa naissance, à un rang beaucoup plus élevé qu'aucun d'entre eux… Et pour confirmer ce qu'il avançait, il leur conta l'histoire d'Uter Pendragon et d'Ygerne.
Allez donc convaincre des barons bretons ! Ceux-ci s'entêtèrent à déclarer qu'ils ne voulaient pas d'Artus pour roi, car c'était un bâtard.
Merlin, qui les voyait réunissant déjà leurs bannières pour reprendre le combat, fit alors un grand geste, jetant ainsi un enchantement. Instantanément, toutes les tentes des barons rebelles se mirent à flamber. L'incendie crépitait pendant que dans une terrible mêlée, les gens d'Artus et les gens des barons luttaient et s'entretuaient. Artus eut sa lance rompue. Et quoiqu'il fût assez mal en point, il tira aussitôt son épée, celle qu'il avait arrachée à la pierre merveilleuse. Elle portait un nom : Escalibor, ce qui signifie en hébreu « tranche fer et acier », et elle jetait autant de clarté que deux gros cierges allumés. Tout ragaillardi, Artus s'élança de nouveau dans le combat et tailla en pièces l'armée des rebelles, aidé de Keu devenu son sénéchal, d'Antor, et de beaucoup d'autres de ses fidèles, si bien qu'à la fin de la journée, les barons avaient fui, si honteux que plus ne se peut, laissant armes et vaisselles d'or et d'argent sur le terrain.

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Départ pour la Carmélide

Quand le roi Artus constata les grands pouvoirs de Merlin, songeant qu'il ne pouvait se passer d'un aussi précieux concours, il l'invita à venir vivre à la cour, laquelle se tenait alors à Londres.
Merlin lui conseilla de faire don, en quantité, de vêtements, d'argent et de chevaux, et d'armer nombre de nouveaux chevaliers. Artus se rendit à cet avis et ainsi se gagna les coeurs. Tous acquirent alors la conviction qu'ils ne pouvaient vivre ailleurs.

Combat de Lancelot et de Tristan lancelot du Lac vers 1470
Un jour, Merlin, qui connaissait l'avenir, dit a Artus :
– Sire, le moment est venu de vous engager comme simple chevalier au service du roi Léodagan de Carmélide. Vous en tirerez grand avantage.
Il se garda bien d'en dire plus, bien que le roi poussât de grands cris. Quoi ! Laisser sa terre pour prêter main-forte au vieillard qu'était Léodagan, lequel avait maille à partir avec de redoutables voisins… Merlin n'y pensait pas. Or, Merlin s'obstina.
– Partez, Sire, sans tant vous inquiéter, et vous verrez ce qui arrivera. Cependant…
Il s'interrompit, se lissa la barbe, et lorsque Artus lui eut demandé de poursuivre, il dit :
– Cependant, emmenez donc avec vous le roi Ban de Bénoïc et le roi Bohor de Gannes, qui sont du reste en route, à cette heure, pour vous rendre hommage. Ces deux frères, rois de Petite Bretagne, ont toutes les qualités de chevaliers.
Combat de Gauvain et d'un chevalier
Artus fut sage et vit bien que son intérêt était de faire ce que lui conseillait Merlin. Aussi se réjouit-il de la visite des deux rois et il annonça qu'il allait immédiatement donner des ordres pour qu'il y eût en leur honneur fêtes et tournois.
Merlin, cependant, soupira.
– Eh bien, dit Artus, ne dois-je point faire tendre de soieries et de tapisseries, et joncher d'herbe et de fleurs les rues de Londres ?
– Certes, répondit Merlin. Il vous sied de recevoir magnifiquement. Et je gage qu'il ne manquera à votre accueil qu'une reine…
Artus ne dit mot, se demandant vaguement pourquoi Merlin regrettait aujourd'hui l'absence d'une reine, et s'il était vraiment urgent d'en donner une au royaume de Bretagne.
Quelques semaines plus tard, quarante preux, parmi lesquels se trouvaient Artus, Ban de Bénoïc et Bohor de Gannes, parvenaient en Carmélide et se présentaient, en se tenant par la main, au roi Léodagan, qu'ils saluèrent l'un après l'autre.
Le roi Ban, qui était le plus éloquent et le plus bavard de tous, dit à Léodagan que ses compagnons et lui-même lui offraient leur service, mais à une condition.
– Messire, fit Léodagan intrigué, quelle est cette condition ?
Alors Ban lui demanda de promettre de ne jamais chercher à savoir leurs noms véritables. Comme c'était là coutume assez courante, Léodagan s'inclina.
Bientôt, les guetteurs donnaient le signal, apercevant au loin les premiers coureurs ennemis et la fumée des incendies. Il y eut grand branle-bas de combat. Artus et ses compagnons s'assemblèrent sous la bannière de Merlin, où un petit dragon à longue queue et une tortue semblaient lancer des flammes.

The CombatLa bataille fut violente, les assaillants paraissant décidés à tout mettre en oeuvre pour obtenir la victoire : et les lances se heurtèrent et les épées frappèrent les heaumes et les écus, dans un tel tintamarre que le tonnerre n'eût pu se faire entendre.
Or, il advint que les gens de Léodagan furent, un moment, en mauvaise position, enfoncés par les gens du redoutable roi Claudias de la Déserte. Léodagan fut même renversé de son cheval et pris par ses ennemis. Merlin le sut dans le même instant.
– À moi, francs Chevaliers ! s'écria-t-il en apparaissant sur le champ de bataille et en levant son enseigne flamboyante.
Artus et ses compagnons, qui luttaient avec rage, arrivèrent aussitôt au grand galop.
– On verra qui preux sera ! cria encore Merlin.
Puis il donna un coup de sifflet, et un vent impétueux se leva qui fit tourbillonner un immense nuage de poussière derrière lequel nos quarante compagnons, lâchant le frein et piquant des deux, coururent sus aux ennemis aveuglés. Ceux-ci abandonnèrent le roi Léodagan sur le champ de bataille, et, têtes baissées, sous une grêle de traits, s'enfuirent à toutes jambes.
Les gens de Léodagan s'empressèrent alors de lui donner un cheval et de nouvelles armes, puis tous repartirent à bride abattue derrière leur porte-enseigne. À ce moment, le dragon de l'enseigne de Merlin se mit à vomir des brandons enflammés, si bien que tout s'embrasa et que les derniers résistants lâchèrent pied.
Seul un géant, le duc Frolle, eut encore le courage de prendre à deux mains sa masse de cuivre, si lourde que peu d'hommes eussent pu la soulever, et se mit à en asséner des coups autour de lui. Artus s'élança à sa poursuite, son épée Escalibor à la main. Frolle tira la sienne ; elle avait nom Marmiadoise. Dès qu'elle jaillit hors du fourreau, si grande était la clarté qu'elle répandait, que le champ de bataille en fut illuminé et qu'Artus fit un pas en arrière.
Combat chevaliers
– Sire chevalier, dit alors le géant, je ne sais qui tu es, mais pour ta bravoure, je te ferai grâce. Rentre ton arme et je te laisserai aller.
À ces mots, le roi Artus sentit le rouge de la honte lui monter au visage.
– C'est à toi de mettre bas cette épée, dit-il, et sache que le fils d'Uter Pendragon ne recule pas devant la mort.
– Serais-tu donc le roi Artus ?
Et aussitôt le géant se jeta sur lui, mais Artus sut adroitement 1'éviter et se défendit grâce à Escalibor ; il lui en donna un si grand coup sur le bras que Frolle laissa choir son épée. Étourdi, il fut emporté par son cheval dans la forêt immense. Quand la nuit s'installa, le calme régnait.
Les rois Ban et Bohor demandèrent à Artus s'il n'avait point trop de mal.
– J'ai réussi au-delà de toute espérance, dit-il. C'est ainsi qu'en plus de mon épée Escalibor, qui a fait merveille, j'ai pu ramasser Marmiadoise, 1'épée du géant Frolle, qui étincelle comme un diamant dans l'ombre.


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Guenièvre de Carmélide

guenièvre pylDéjà les tables étaient mises pour le repas quand arrivèrent au palais de Léodagan nos trois rois et Merlin. Léodagan, les attendant, s'était appuyé à une fenêtre. Et dès qu'il les vit venir, il alla à leur devant et leur fit fête. On leur prit leurs chevaux, on les désarma, et on les conduisit par la main dans une salle richement ornée où une demoiselle d'une grande beauté leur présenta l'eau chaude dans un bassin d'argent. C'était la fille de Léodagan, Guenièvre, et on ne pouvait alors trouver plus belle personne en Bretagne. De sa main, elle leur lava le visage et le cou, qu'ils avaient couverts de poussière du champ de bataille, et elle leur passa à chacun un fort élégant manteau.
La reine Guenièvre par William MorrisDès l'instant où Artus en fut revêtu, il plut à Guenièvre, qui ne fut pas longue à comprendre que lui aussi l'observait à la dérobée, avec un intérêt mêlé d'admiration. Ses grands yeux bleus pétillèrent alors de gaieté, ce qui la rendit encore plus attrayante, si la chose se pouvait.
Léodagan conduisit ses hôtes à table, et il remarqua qu'Artus prenait place entre Bohor et Ban. Ignorant, d'après leurs conventions, qui ils étaient, il supposa qu'Artus était le seigneur des deux autres. « Plût à Dieu qu'il épousât ma fille, c'est un parfait chevalier et un homme de haut rang », songea-t-il.

Ruth Sanderson (1951) Arthur et GuenièvreCependant, Guenièvre offrait le vin à Artus dans la coupe du roi, agenouillée devant lui, et il la trouva si belle qu'il en oubliait de boire et de manger. Il se tourna légèrement pour que ses voisins ne vissent point son émoi, mais Guenièvre, elle, s'en aperçut très bien.
– Messire, buvez, lui dit-elle, et ne m'en veuillez pas si je ne vous appelle point par votre nom, car je l'ignore. Ne soyez pas distrait à table, ne l'étant point aux armes, comme nous avons pu le constater aujourd'hui.
Alors, il prit la coupe et but.

Fiancailles d'Arthur et GuenièvreLes nappes ôtées, Ban vint s'asseoir à côté de Léodagan. Et lui qui aimait tant discourir, il lui fit maints compliments de Guenièvre.
– Sire, lui dit-il encore, il arrive un moment où il nous faut songer à l'avenir. Or, vous n'avez pas d'autre enfant qui puisse hériter de vos terres. N'est-ce point imprudent de ne pas la marier ?
– Il y a sept ans que le roi Claudius de la Déserte me fait la guerre, répondit Leodagan en soupirant. Et je n'ai pas trouvé le temps de penser à ma fille. Mais s'il se présentait quelque gentilhomme qui puisse me défendre, je la lui donnerais volontiers et il aura ma terre après moi, je ne regarderai ni au lignage ni au rang.
En entendant ces propos, une lueur de malice passa dans les yeux de Merlin, qui émit un petit grognement amusé. Puis, ayant accompli sa mission, il partit.

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Viviane

En ce temps-là, il y avait au coeur de l'Armorique une vaste forêt qui allait de FBrickdale, Eleanor Fortescue Enid, Guinevere, et Vivianeougères à Quentin, de Corlay à Camors, et de Faouët à Redon. C'était la forêt de Brocéliande. Le vent y jouait constamment et les arbres s'inclinaient en des révérences sans fin, sur une étendue qui mesurait bien trente lieues de longueur et vingt de largeur.
À travers cette forêt erraient des créatures extraordinaires comme fées et sylphes. Il y avait Dyonas, qui était filleul de Diane, la déesse des bois, et dont la fille, Viviane, rôdait jour et nuit parmi les arbres et s'amusait avec les papillons.
Un jour qu'elle se trouvait assise près d'une source où les korrigans et les fées venaient habituellement se mirer, elle vit passer un très beau jeune homme, haut de taille et brun de cheveux, qui allait à pas de promenade, fredonnant pour lui-même. Arrivé près d'elle, il s'arrêta, s'appuyant sur une branche, et la salua, mais sans ajouter un mot de plus.

Brickdale, Eleanor Fortescue VivianeC'était Merlin, qui sentait battre si fort son coeur devant la grande beauté de cette jeune fille, qu'il redoutait de perdre sa liberté d'esprit. Eh ! oui, Merlin savait qu'il venait de rencontrer Viviane, il savait qu'il était désigné pour l'aimer et être aimé d'elle, et qu'il lui serait soumis entièrement dès qu'ils se seraient entretenus tous deux.
Or, Viviane, comme toute femme, était curieuse, et elle lui demanda :
– Qui êtes-vous, beau Sire ?
– Je suis un valet errant qui cherche le maître qui m'apprenne mon métier.
– Peut-on savoir quel métier ?
Merlin s'assit au bord de la source, prenant place près de Viviane et répondit :
– Par exemple, à soulever un château fort, fût-il assiégé par des soldats. Ou bien à marcher sur un étang sans se mouiller les pieds, ou bien encore à faire naître une rivière et beaucoup d'autres choses…

Brickdale, Eleanor Fortescue Viviane et MerlinViviane battit des mains :
– Quel beau métier ! Ah ! je voudrais vous voir à l'oeuvre. Je serais alors votre amie, en tout bien tout honneur, ajouta-t-elle, coquette.
À ces mots s"augmenta 1'émoi de Merlin, qui accepta de lui montrer une partie de ses jeux et de ses talents. Il y mit pourtant une condition :
– Que j'aie votre amour, sans vous demander plus.
Viviane jura qu'elle y consentait. Alors, avec la branche sur laquelle il s'appuyait, Merlin traça un cercle sur le sol. Ce geste étonna Viviane ; elle promenait ses yeux autour d'elle et ne voyait rien d'extraordinaire, mais, quelques secondes plus tard, surgirent de belles dames et de beaux messieurs qui faisaient une grande ronde et chantaient joyeusement. Certains se mirent à danser sous les arbres soudainement chargés de fruits, tandis qu'au loin se profilait un château devant lequel s'étendait une pelouse avec de grands parterres de fleurs. On eût dit que Merlin avait fait naître le paradis.

Cannell, W. Otway (1883 - 1969) Merlin et VivianeFascinée, Viviane observait lentement toutes choses, s'arrêtant devant les danseurs, tentant de fredonner leurs refrains.
– Que vous en semble ? dit Merlin. Etes-vous toujours preste à tenir votre serment ?
– Certes, Messire, et de coeur je vous appartiens. Mais vous ne m'avez encore rien appris…
– Je le ferai un jour, c'est promis.
Dès que la lune brilla, les belles dames et leurs cavaliers disparurent, ainsi que le château, seul demeura le verger, à la prière de Viviane, qui le nomma « Repaire de joie et de liesse ».
– Maintenant, dit Merlin, je dois partir.
– Êtes-vous donc si pressé de me quitter ? Et sans m'avoir rien enseigné encore…
– Il faut du temps, gentille Damoiselle…
Mais Viviane voulait connaître tout de suite le secret de Merlin : elle était prête à demeurer là toute la nuit et même à consentir à tout ce que Merlin exigerait, quand elle saurait comment on accomplissait de tels prodiges.
Alors Merlin lui expliqua la manière de faire couler une rivière où il lui plairait. Viviane contemplait cette eau merveilleuse avec extase, après avoir écrit la recette sur un parchemin. À peine s'aperçut-elle que Merlin la saluait en lui promettant de revenir bientôt.


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Fiançailles d'Artus

Merlin s'en retourna en Carmélide, où le roi Léodagan l'accueillit avec joie. Mais il se demandait toujours qui pouvaient bien être ceux qui l'avaient si courageusement aidé à vaincre ses ennemis. John Byam Shaw le mariage d'Arthur et GuenièvreLe seul moyen de faire taire sa légitime curiosité était, lui semblait-il, de poser la question à Merlin. Ce qu'il fit un beau jour.
– Sire, répondit Merlin, en désignant Artus, sachez que ce jeune homme est de plus haut rang que vous-même, qui êtes un roi couronné. Nous allons de par le monde pour le mieux connaître et en espérant trouver une épouse digne de ce jeune homme…

Arthur et Guenièvre dans des temps plus heureux, de la British Library, MS royale 14.E.iii, 89rVous vous doutez bien que Léodagan songea immédiatement à lui offrir sa fille, la plus belle et la plus sage qui fût… Comme Merlin l'assurait qu'elle serait acceptée de bon coeur, il la fit quérir à l'instant même.
Arthur-and-Guenievre-THE-LEGEND-arthur-and-gwen-20639571-1024-703Quand Guenièvre fut là, il manda tous les chevaliers qui étaient au palais et dit, en mettant la main de la jeune fille dans celle d'Artus :
– Messire, dont j'ignore encore le nom, recevez ma fille pour femme avec tout ce qu'elle aura d'honneurs et de biens après ma mort.
Artus, radieux, s'inclina.

the_wedding_of_arthur_and_guenievre_by_pegasusandcoMerlin révéla alors le nom des quarante preux, tous fïls de roi et de reine, qui avaient accompagné Artus, roi de Bretagne, celui-là même qui venait de se fiancer. À cette nouvelle, la joie de Léodagan et des assistants fut immense, et tous firent hommage au roi Artus.
Cependant, quelques jours après, Artus annonça qu'il se voyait dans l'obligation de s'éloigner quelque temps, car il lui restait encore des ennemis à vaincre.
Alors, Guenièvre lui donna un heaume pour se couvrir la tête, et il partit à cheval, suivi de ses quarante compagnons.

La légende de Merlin l’enchanteur. – 1/3 –

Merlin l’Enchanteur

Il était une fois, en Bretagne, une jeune femme qui mit au monde un bébé si velu qu’on n’en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l’assistaient de le porter immédiatement à l’église pour qu’il reçût le baptême.

– Quel nom voulez-vous lui donner ?
– Celui de son aïeul maternel, répondit la jeune femme.

La naissance et le baptême de Merlin ( par Blaise, pour le ramener à Dieu)

Parchemin, 435 x 315 mm. 1480-1485

Les seize premières miniatures ont été peintes en camaïeu par un artiste du Centre-Ouest de la France, le Maître de Charles de France. L’enluminure du folio 7 représente en une seule image plusieurs épisodes consécutifs à la naissance de Merlin : à gauche la naissance de Merlin, couvert de poils ; à droite son baptême, qui contrevient au projet du Diable de lutter grâce à lui contre l’action salvatrice de Jésus-Christ ; au centre le jugement de sa mère, tandis qu’on prépare déjà le bûcher pour son supplice.

C’est ainsi que le bébé fut appelé Merlin. Or, Merlin avait pour père un diable, ce que sa maman n’osait avouer. Tout en le berçant dans ses bras, elle l’embrassait malgré sa laideur et lui dit un jour :

– Parce que je ne peux désigner ton père, mon bébé chéri, tu seras appelé : « enfant sans père » et moi, selon la loi, je vais être condamnée et mise à mort. Pourtant, je ne l’ai pas mérité…

– Tu ne mourras certainement pas à cause de ma naissance. Merlin avait alors tout juste neuf mois. La stupéfaction de sa mère en l’entendant parler fut si grande qu’elle le laissa choir. Aussitôt, l’enfant se mit à hurler, ameutant tous les voisins qui voulurent connaître la cause de ce vacarme. La mère de Merlin aurait-elle voulu par hasard le tuer ?

– Figurez-vous que Merlin parle comme une grande personne, expliquait-elle à tous ceux qui l’interrogeaient. Comme Merlin gardait la bouche close, à présent, cela rendait la chose encore plus extraordinaire et plus mystérieuse. À la fin, certaines personnes, espérant l’entendre, le rudoyèrent.

– Ah ! dirent-elles, il eût mieux valu pour ta mère que tu ne fusses jamais né.

– Taisez-vous ! cria aussitôt le nourrisson, rouge de colère. Laissez ma mère en paix. Nul ne sera assez hardi, tant que je vivrai, pour lui faire du mal ou justice, hors Dieu. Si jamais gens connurent l’ébahissement, ce fut bien ceux qui entendirent ces mots. Et tous, sans exception, s’empressèrent de colporter la nouvelle à travers le village, tant et si bien, qu’elle parvint aux oreilles du juge. Or le juge se dit : « Peut-être ferais-je bien de me débarrasser de cette affaire que j’avais oubliée et de convoquer cette mère que je dois condamner à être brûlée vive. » Au demeurant, le juge ne croyait en rien tout ce qui se racontait. Aux questions gênantes qu’il lui posa, la mère ne put que baisser la tête jusqu’à ce que Merlin, qu’elle tenait dans ses bras, éternuât bruyamment et s’écriât :

merlin poilu naissance

– Ce n’est pas de si tôt que vous la condamnerez, monsieur le Juge…

– Ah ! fit le magistrat qui n’en croyait pas ses oreilles. Et tu vas me dire pourquoi, j’espère…

– Certainement, répondit Merlin imperturbable, car si l’on condamnait toutes les personnes qui ne peuvent avouer le nom du père de leur enfant, il y aurait ici quantité de gens qui seraient brûlés. Je le ferais bien voir, si je voulais. Et, ajouta le poupon belliqueux, je connais mieux mon père que vous le vôtre, monsieur le Juge, ne vous en déplaise… À ces mots, le magistrat, le rouge au front, se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »

– Qui donc est ton père ? dit-il enfin de sa voix la plus douce.

– Un de ces diables qui ont nom incubes et qui habitent l’air. De lui, j’ai la science infuse et celle des choses faites, dites, et passées. Je connais également celles qui doivent arriver…

– Les choses faites, dites et passées… répéta le juge en tremblant. Et comme il ne devait pas avoir la conscience bien tranquille, il décida de laisser la mère de Merlin en liberté. Celui-ci vécut heureux et choyé auprès d’elle jusqu’à l’âge de sept ans.

frise article 2

La tour croulante

Uther-Pendragon,-Aethelbert-_Arthur-Oswald-Paris-Epitome-Chronicles
Manuscrit enluminé ( XIIIe) montrant Uther Pendragon , Æthelbert [ homonymie nécessaire ] , le roi Arthur et Oswald de Northumbrie , de Epitome des Chroniques de Matthieu Paris

Il y avait alors en Bretagne un roi qui se nommait Constant. Il mourut bientôt en laissant deux enfants en bas âge : Moine et Uter Pendragon.
Or, le sénéchal du royaume, un certain Voltiger, homme féroce, plein d’ambition, et qui briguait le trône, donna l’ordre de tuer les enfants.
Uter Pendragon eut la chance d’échapper à cet ordre en partant clandestinement, avec de fidèles amis, pour une ville étrangère. Et Voltiger, se croyant sûr de pouvoir agir à sa guise, ne tarda guère à se faire couronner roi de Bretagne.
Mais il n’était pas digne d’une aussi haute charge. Il n’aimait que les honneurs et point du tout ses sujets. Et ses sujets le savaient bien, qui haïssaient ses petits yeux au regard méchant, et sa bouche large et mince qui ne s’ouvrait que pour blâmer et punir.
Voltiger, en dépit de cette impopularité qu’il sentait grandir autour de lui, était décidé à demeurer roi coûte que coûte. Aussi voulut-il, pour se protéger, faire bâtir aux portes de la ville une tour si haute et si forte qu’elle ne pût jamais être prise. Les maçons se mirent donc à l’oeuvre, mais à peine la tour commençait-elle de s’élever de trois ou quatre toises au-dessus du sol, qu’elle s’écroula. Voltiger convoqua ses maîtres maçons et contenant à peine son mécontentement, il leur commanda d’employer la meilleure chaux et le meilleur ciment qu’ils pourraient trouver. Et gare à eux si le travail ne s’accomplissait pas correctement ! Ainsi firent-ils, vous le pensez bien.
Hélas ! quand elle fut presque achevée, une seconde fois, la tour s’écroula. Puis une troisième, et une quatrième. Si bien que les châtiments tombaient drus sur les maçons et que le roi enrageait de plus en plus. Finalement, dans la crainte de ne jamais voir sa tour édifiée, Voltiger s’avisa qu’il valait mieux s’adresser aux mages et aux astronomes qu’aux maçons. Après onze jours de graves discussions, ceux-ci persuadèrent le roi que la tour ne tiendrait jamais si l’on ne mélangeait au mortier le sang d’un enfant de sept ans, né sans père.
– Que douze messagers partent immédiatement à travers la Bretagne et ramènent un enfant qui réponde à ces conditions, ordonna Voltiger.
Un beau matin, l’un de ces messagers rencontra sur sa route des jeunes garçons en train de s’amuser. Parmi eux se trouvait Merlin. Et Merlin, qui connaissait toutes choses, s’avança vers lui et dit :
– Je suis celui que tu cherches, Messager. Enfant sans père dont tu dois rapporter le sang a ton roi.
– Qui t’a dit cela ? demanda le messager interloqué.
Ce garçon ne ressemblait pas tout à fait aux autres garçons. Il n’avait pas le regard rieur et naïf des jeunes enfants.
– Si tu me certifies que tu ne me feras aucun mal, j’irai avec toi et je t’expliquerai pourquoi la tour ne tient pas, poursuivait Merlin. Mais je pourrais d’abord te montrer que je sais bien d’autres choses, ajouta-t-il négligemment.
– Vraiment ? dit le messager. Allons Parle…
Et il regardait Merlin avec une méfiance non déguisée.
– Eh bien, il s’agit d’une tour que le roi Voltiger voudrait bâtir, mais la tour s’écroule toujours. Alors il a réuni des mages…
Du geste, le messager l’interrompit. Il se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »
– Viens avec moi, ordonna-t-il à Merlin. Et, saisissant le bras de l’enfant, il ajouta plus doucement : n’aie pas peur.

Merlin, lisant dans sa pensée, accepta volontiers de le suivre. Auparavant, il alla embrasser sa mère qu’il rassura pleinement.
Tout au long du chemin, le messager acquit la conviction que Merlin était l’être le plus prodigieux qui eût jamais foulé le sol breton et qu’il se devait, en conséquence, de le maintenir en vie. Seulement, quand il arriva à quelques kilomètres du palais, il se demanda comment il s’y prendrait avec Voltiger. Merlin aurait-il une idée ?

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Merlin et Vortigern

– Dis au roi la vérité, répondit Merlin. Donne-lui l’assurance que je lui expliquerai pourquoi il ne parvient pas à bâtir sa tour.
Ainsi fit le messager, si bien que le roi, intrigué au plus haut point, manda Merlin, lequel prononça alors ces mots :
– Sous les fondations de la tour, habitent deux dragons. L’un est rouge et l’autre est blanc. Quand le poids de la tour devient trop pesant pour eux, ils éprouvent le besoin de se retourner. C’est à ce moment que les murs s’écroulent.
– Dans ce cas, il ne reste qu’une chose à faire, dit le roi, creuser le sol.
Et aussitôt des ouvriers se mirent au travail. Dès qu’ils atteignirent la base des fondations, ils trouvèrent deux énormes dalles qu’ils soulevèrent. Merlin avait raison : deux dragons en sortirent qui se jetèrent sauvagement l’un contre l’autre.
Stupéfaits, intrigués, Voltiger, sa cour et tous les ouvriers suivirent la bataille, qui dura deux jours. Le dragon rouge parut d’abord avoir le dessus, mais le blanc, plus agile parce que plus jeune, finit par le tuer. Cependant, son triomphe fut bref, car il se coucha et mourut à son tour.
S’adressant à Voltiger, Merlin lui dit :
– Maintenant, tu peux faire édifier une tour.
Voltiger hocha la tête. Après un temps de réflexion, il demanda :
– Saurais-tu me dire ce que signifie la bataille des deux dragons ?
Merlin sourit :
– Promets-moi d’abord de ne point me malmener pour t’avoir dit la vérité.
– Je te le promets.
– Alors, écoute bien : le dragon rouge, c’est toi, Voltiger, le dragon blanc, c’est Uter Pendragon. Dans quelques jours, vous entrerez en lutte : toi pour garder, lui pour reconquérir son royaume usurpé. Et le dragon blanc sera vainqueur du dragon rouge.
À ces mots, le roi pâlit. Uter Pendragon était-il donc encore un vivant avec lequel il fallait compter ? Le coeur lourd d’angoisse, il décida par prudence d’envoyer une armée à Wenchester. Pouvait-il se douter que lorsque ses gens verraient luire au soleil les bannières d’Uter Pendragon sur le bateau qui l’amenait de Petite Bretagne au-devant de cette armée menaçante, ils le reconnaîtraient aussitôt pour leur roi légitime ? C’est ce qui arriva pourtant et Voltiger, abandonné de ses soldats et de ses amis, n’eut que le temps de s’enfuir dans un de ses châteaux forts.
Il y demeura quelques jours en proie à la peur, puis, ainsi que l’avait prédit Merlin, il mourut pendant l’assaut qu’Uter Pendragon donna à la forteresse.

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Jeux de Merlin

Howard Pyle ~ L'Enchanteur Merlin ~ L'histoire du roi Arthur et ses chevaliers par les Fils de Howard Pyle ~ Charles Scribner ~ ~ 190Il advint qu’Uter Pendragon, devenu roi de Grande-Bretagne entendit parler de l’extraordinaire Merlin, qui non seulement connaissait toutes choses, mais possédait encore de singuliers pouvoirs.
Le roi décida donc de le faire vivre à sa cour, et envoya des messagers à sa recherche, sachant qu’il se cachait dans la forêt de Northumberland.
Un jour que l’un de ces messagers parcourait cette forêt épaisse et toute bruissante du murmure des feuilles, il aperçut, vêtu d’un bliaud élimé, les cheveux hirsutes, la barbe longue, et portant sur 1’épaule la cognée des bûcherons, un homme très maigre qui l’aborda en ces termes :
– Beau Sire, vous ne faites guère, me semble-t-il, la besogne dont vous a chargé votre seigneur…
Amusé autant que déconcerté par cette remarque, l’enquêteur s’arrêta et, d’un ton de plaisanterie, demanda au bûcheron de quoi il se mêlait.
Sans répondre directement à la question, celui-ci déclara :
– Si je cherchais Merlin, il y a belle lurette que je l’aurais trouvé ! Cependant, il m’a recommandé de vous dire qu’il se rendra au palais si le roi en personne vient le quérir en cette forêt.
Ce qui eut pour résultat de faire ouvrir des yeux tout ronds de stupéfaction à l’enquêteur.
– Merlin ! répétait-il. Tu connais donc Merlin… ?
Le bûcheron hocha la tête, puis il disparut dans un fourré après une pantomime compliquée autant qu’intraduisible.
Quand le roi Uter Pendragon apprit la chose, il n’hésita pas une seconde :
– Je pars au-devant de Merlin, dit-il.

Et c’est ainsi que le roi et ses gens chevauchaient, un beau matin d’automne, à travers feuilles et buissons odorants et jaunis. Parvenus a une clairière, ils virent un troupeau de moutons, puis le jeune berger qui les gardait. Ils l’interrogèrent.Pyle_Uther_Pendragon petit

– Connaîtrais-tu Merlin, par hasard ?
– Certes, répondit le berger.
– Tu es son ami ?
– J’attends un roi et si ce roi venait, je saurais bien le mener à Merlin.
– Eh bien, conduis-nous à lui…
Comme le berger se grattait la tête et paraissait hésiter, Uter Pendragon s’avança et se nomma.
– Je suis le roi lui-même, dit-il.
– Et moi je suis Merlin, dit le berger.
Les compagnons du roi poussèrent des cris d’indignation. Quoi ! Ce berger presque contrefait se prendre pour… Mais ils n’eurent pas le temps de terminer leur phrase : à la place du berger apparut le jeune enfant qui avait expliqué à Voltiger devant tous ses courtisans ce que signifiait la bataille des deux dragons. Alors, le roi et ses compagnons, fort impressionnés, le saluèrent et l’entourèrent.
C’est ainsi qu’on apprit, pour la première fois, en Grande-Bretagne, que Merlin possédait le pouvoir de se transformer à sa guise et de prendre l’apparence d’un autre.
Cependant, Uter Pendragon eut beau lui promettre monts et merveilles, Merlin refusa de vivre à sa cour. Comme c’était un sage, il se contenta de remercier le roi et de l’assurer de son aide, préférant laisser aller les choses et ne point donner aux courtisans des sujets de jalousie, ce dont il eût été le premier à pâtir.
Le roi s’inclina, mais dès qu’un problème se posait, qu’une question restait sans réponse, il appelait Merlin qui accourait. Ce fut ainsi que grâce à lui, Uter Pendragon put vaincre des ennemis redoutables, les Saines, et grâce à son pouvoir d’enchanteur, donner aux soldats morts, près de Salisbury, un cimetière aux pierres tombales venues d’Islande, si longues et si lourdes que nul homme n’aurait pu les soulever, même avec un engin.
Et tant que le monde durera, ces pierres seront là…

frise article 2

La duchesse de Tintagel

Uter Pendragon était maintenant fort et puissant ; cependant, au milieu de ses soldats, il lui arrivait de s’ennuyer. Il songeait alors à la présence d’une reine auprès de lui, mais aucune femme ne lui paraissait assez belle ni assez sage pour lui plaire.
Un jour, pourtant, il décida de rassembler pour une grande fête, dans son château de Carduel, au Pays de Galles, les seigneurs des environs, avec les dames et demoiselles.
Il vint beaucoup d’invités, et parmi eux, Ygerne, l’épouse du duc Hoel de Tintagel. Dès que le roi la vit, il en tomba amoureux. Mais il n’y avait place, dans le coeur de la belle Ygerne, que pour son mari, en dépit des amabilités de toutes sortes que lui prodigua son suzerain. Convaincu qu’il ne pourrait jamais la conquérir, Uter Pendra on en éprouva un si profond chagrin qu’il en serait peut-être mort, si Merlin…

Ygerne et PendragonOui, si Merlin l’enchanteur n’était accouru à son secours.
– Que faire ? Que faire ? gémissait le roi.
– Sire, pourriez-vous me promettre un don… ?
– Je n’ai rien à te refuser, Merlin…
Merlin souriait.
Le roi songeait déjà, à son intention, à quelque récompense, mais à sa grande surprise, Merlin fit simplement préparer les chevaux.
– Voudrais-tu voyager ? demanda le roi.
– Nous allons partir tout de suite pour Tintagel, répondit Merlin.
Peu avant d’arriver au château, Merlin descendit de son palefroi et cueillit une touffe d’herbe au bord du ruisseau. Puis, la donnant au roi :
– Il serait bon, sire, que vous vous en frottiez la figure, dit-il.
Se demandant ce qui allait bien lui arriver, le roi se hâta d’obéir et aussitôt, il prit la taille et les traits du duc Hoel de Tintagel. Quand il se regarda dans le ruisseau, il n’en croyait pas ses yeux.
À la porte du château, les guetteurs n’éprouvèrent aucun doute, et le firent entrer, le reconnaissant pour leur maître. Il était tard et la nuit ne se parait ni de lune ni d’étoiles.
Qui fut encore trompée par les apparences et accueillit Uter Pendragon en croyant recevoir son époux ? Ygerne, bien sûr, pour le plus grand bonheur du roi.
Hélas ! la semaine n’était pas terminée, qu’Ygerne apprenait que son mari avait été tué au cours d’un combat la nuit même où elle l’avait cru de retour. Jugez de son désarroi. La pauvre duchesse de Tintagel pleura toutes les larmes de son corps.
merlin-emportant-arthur
Cependant, Uter Pendragon l’aimait toujours et même davantage. Il s’empressa donc de solliciter sa main. Désemparée et libre désormais, Ygerne la lui accorda.
Mais, honnêtement, elle tint à ce que le roi sache ce qui lui était advenu, certaine nuit très sombre, comment elle avait cru voir son mari. Le roi hocha la tête et sourit mystérieusement.
– Ce n’est pas tout, dit Ygerne.
– Quoi donc, ma belle amie ?
Et Ygerne avoua qu’elle serait bientôt mère. Alors le roi soupira et dit doucement :
– Il ne faut en parler à personne. Quand votre enfant sera né, nous le confierons à quelqu’un qui s’en occupera.
Ce fut alors que Merlin rappela au roi la promesse qu’il lui avait faite, et sollicita, en guise de don, le nouveau-né.
– C’est entendu, dit Uter Pendragon, cet enfant est tien.
Et Merlin le remit à l’un des plus honnêtes chevaliers du royaume, Antor, qui le fît baptiser sous le nom d’Artus et qui l’éleva en compagnie de son propre fils que l’on appelait Keu.
Personne, sauf Merlin, ne se doutait du fabuleux destin qui attendait Artus.

Texte venu du web, auteur inconnu, merci à lui.

Arthur du royaume d’Albion avec Pavel Tatarnikov

Pavel Tatarnikov - Arthur of Albion CouvPavel Tatarnikov est illustrateur, il est né en 1971 dans une famille d'artistes. Il s'est formé à l'Ecole Nationale de Musique et des Beaux-Arts de Minsk, en Biélorussie.

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Pavel TatarnikovPavel Tatarnikov - Arthur of Albion 24

Du fond des âges, la légende rapporte que le nom d'Albion se rapporte aux Géants qui occupaient ce qui était l'île de la Grande-Bretagne

La Bible, mentionne ces géants – avant le déluge – et les nomme les « nephilim », par deux fois (Gn 6. 4 et Nb 13. 33), elle laisse entendre que ce sont, soit des anges déchus, ou des « fils de Dieu », ou bien, selon une lecture plus largement répandue, le fruit du l'union entre « fils de Dieu » et filles des hommes.Pavel Tatarnikov - Arthur of Albion 19

Dans l'histoire sumérienne ( Mésopotamie antique (actuel Irak)), on en parle comme des descendants d'extra-terrestres d'apparence reptilienne ( dragons), nommés : « Annunaki » et de femmes humaines…

L'Histoire du Roi Arthur fait le lien entre ces mondes et le nôtre.

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Pavel Tatarnikov - Arthur of Albion 18L'histoire nous offre d'autres liens, comme cette région du lac de Van dans ce qui est aujourd'hui le sud-est de la Turquie, et qui était traditionnellement considérée comme une patrie des Nephilim, et berceau des « Kurdes dimili » . Leur tradition fait mémoire de dragons et partage certaines images arthuriennes comme l'épée tiré depuis le sol et la table ronde.

En 175 quelques uns d'entre eux faisait partie de la troupe de soldats envoyés par l'empereur romain Marc-Aurèle à Albion sous le commandement de Lucius Artorius Castus. Au fil des générations ils se sont enracinés en Albion et se sont battus contre les envahisseurs saxons…

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Pavel TatarnikovPavel Tatarnikov - Arthur of Albion 23

 

Un manuscrit de la Quête du Saint-Graal. -3/3-

tiré de queste du Graal 11Perceval s'éveilla vers le milieu de la nuit et vit devant lui une femme qui lui demanda d'une voix terrible : "que fais-tu là ?" Perceval répondit qu'il ne faisait ni bien ni mal et qu'il s'en irait volontiers s'il avait un cheval. La dame lui dit que s'il promettait d'agir suivant sa volonté quand elle le lui enjoindrait, elle lui fournirait un cheval. Perceval, sans se douter qu'il parlait à l'Ennemi, accepta. 

tiré de queste du Graal 12

La dame disparut dans la forêt pour revenir peu après avec un grand destrier étonnement noir. Bien qu'il fut saisi d'horreur à la vue de l'animal, il fut cependant assez téméraire pour prendre ses armes et monter en selle. "Souvenez-vous que vous m'êtes redevable d'une récompense, dit la dame tandis que le cheval noir emportait Perceval. Ils s'engagèrent dans une vallée abrupte et profonde où coulait une rivière. La bête chercha à faire tomber Perceval et celui fut saisi de crainte. Ne voulant pas traverser de nuit la rivière qui n'avait guère de pont, il fit le signe de la croix. Aussitôt l'Ennemi jeta son cavalier à terre et se précipita en hurlant dans les eaux muées en brasier aux flammes claires. Quand Perceval vit cette aventure, il s'éloigna de la rivière comprenant que l'Ennemi avait voulu la perdition de son corps et de son âme. Il s'agenouilla vers l'Orient et se mit à prier jusqu'au matin.tiré de queste du Graal 15

(…)

« Au lever du soleil, Perceval regarda alentour et vit qu'il était sur une île occupée par une très haute montagne fort sauvage, peuplée d'animaux féroces. Contre lions, ours, léopards et serpents volants, il songea qu'il était plus sûr de compter sur Celui qui sauva Jonas du ventre de la baleine, que sur son épée. En se dirigeant vers un rocher qui paraissait offrir un abri, Perceval aperçut un serpent qui fuyait à flanc de montagne et tenait dans sa gueule un lionceau; un lion le poursuivait poussant des rugissements lamentables. tiré de queste du Graal 17Perceval escalada la roche mais le lion plus leste le dépassa et engagea le combat avec le serpent. Parvenu au sommet, le chevalier, protégé de son écu, infligea, d'un coup d'épée, une plaie mortelle au serpent qui succomba crachant des flammes. Le lion délivré, remuant la queue, fit grande fête à Perceval qui lui caressa le cou et la tête. Le lion resta tout le jour à ses côtés mais, vers l'heure de none, il prit son lionceau par la peau du cou et s'en retourna dans son repaire. Laissé à la solitude, Perceval se remit en prière. Quand il eut achevé, il vit revenir le lion qui se coucha à ses pieds comme une bête apprivoisée. Perceval s'allongea, la tête posée sur l'épaule de l'animal et s'endormit. Il eut alors un songe. Deux dames venaient vers lui, l'une, belle et jeune, l'autre, vieille; la première chevauchant un lion, la seconde un serpent. La jeune annonça à Perceval qu'il devait se préparer à un rude combat contre le champion le plus redouté du monde et sitôt cet avertissement elle disparut. La vieille s'approcha à son tour et reprocha la mort de son serpent au chevalier. Il se justifia mais la dame reprit : "Je veux qu'en réparation pour ma bête que vous avez occise, vous deveniez mon vassal." Il refusa, mais avant de s'en aller, la vieille lui promit que là où elle le trouverait, elle le reprendrait. Bien que fort troublé par cette vision, Perceval dormit toute la nuit. »tiré de queste du Graal 13

(..)

Au réveil, Perceval voyant s'approcher une nef; se dirige vers le rivage. L'embarcation est occupée par un prud'homme vêtu d'ornements sacerdotaux et coiffé d'une couronne. Symbole du Christ, ce roi et prêtre conseille le chevalier et lui explique le sens de ses songes.

La mise en garde du prud'homme ne fut pas suffisante pour dissuader Perceval d'écouter la requête d'une demoiselle qui se prétend injustement déshéritée. Arrivée à bord d'une nef, elle fait dresser une tente et servir au chevalier désarmé un repas accompagné du meilleur vin.tiré de queste du Graal 19

Tout échauffé, Perceval requiert d'amour la demoiselle. Il s'apprête à passer la nuit avec elle mais apercevant la croix vermeille sur la garde de son épée, il se signe. Le sortilège s'évanouit dans une fumée infernale, Le chevalier reste seul et presque nu sur le rivage tandis que la demoiselle s'éloigne sur les flots en l'invectivant.

« Après le tournoi, le Bon Chevalier chevaucha selon que le menait aventure et arriva à la nuit tombante, à deux lieues de Corbenic, devant un ermitage. Le prud'homme lui accorda l'asile comme à chevalier errant. Dans la nuit, alors que tous deux dormaient, une demoiselle heurta à l'huis en appelant : " Galaad, Galaad !". L'ermite demanda qui voulait entrer à pareille heure. La demoiselle répondit qu'elle voulait parler à Galaad. Celui-ci se leva et elle le pria de la suivre car elle devait lui montrer la plus haute aventure qui fût jamais. Le chevalier s'arma, recommanda l'ermite à Dieu et partit avec la demoiselle qui chevaucha à aussi vive allure que pouvait l'endurer son palefroi. A l'aube, ils pénétrèrent dans la forêt de Celibe qui s'étend jusqu'à la mer. Ils continuèrent leur route tout le jour et arrivèrent en un châtel où les gens de céans leur souhaitèrent la bienvenue. Après le repas et un court sommeil, la demoiselle prit avec elle un écrin de grande richesse et ils repartirent à bride abattue jusqu'à ce qu'ils aient atteint la mer. »tiré de queste du Graal 14

(…)

Galaad et la demoiselle montent à bord de la nef dans laquelle se trouvaient Bohort et Perceval. Le vent pousse l'embarcation en haute mer, loin du pays de Logres, vers une île qui abrite dans une crique, une nef merveilleuse symbolisant la Foi.

En forêt de Gaste, l'apparition du Cerf blanc mené par quatre lions, a entraîné Galaad, Bohort et Perceval jusqu'à la chapelle d'un ermitage où la vision se transforme : le Cerf est remplacé par le Fils de l'homme, autrement dit, le Christ, siégeant sur un trône accompagné non plus par quatre lions mais par les symboles des évangélistes : l'homme, l'aigle, le lion et le bœuf. Les trois chevaliers agenouillés contemplent la théophanie en présence d'un prud'homme qui s'apprêtait à célébrer la messe.  

tiré de queste du Graal 21

Un manuscrit de la Quête du Saint-Graal. -2/3-

Galaad et l'épée« Revenant du moutier, le roi Arthur et les compagnons de la Table Ronde furent en grande joie de revoir Lancelot, Bohort et Lionel. Aussi la fête commença-t-elle céans. Au moment où le roi commanda de dresser la table, un valet entra, annonçant qu'il venait de voir devant le palais une chose très étrange. Tous sortirent et virent flottant sur l'eau, un bloc de marbre vermeil dans lequel était fichée une épée dont la garde en pierre précieuse, s'ornait de lettres d'or disant : NUL NE M'OTERA SI CE N'EST CELUI AU COTE DUQUEL  JE DOIS PENDRE ET CELUI-LA SERA LE MEILLEUR CHEVALIER DU MONDE. A la lecture de ces mots, Arthur requit Lancelot pour s'emparer de l'épée. Celui-ci répondit qu'il n'en était pas digne et que ce serait folie d'y prétendre car, dit-il : " Aujourd'hui commenceront les grandes merveilles du Saint Graal." A la demande du roi, Gauvain puis Perceval essayèrent vainement d'arracher l'épée à la pierre. Les chevaliers comprenant que Lancelot avait raison, quittèrent la rive pour aller dîner. »Serment de la Quête

«  Après les vêpres, le roi fit mettre les tables, et les chevaliers reprirent leurs places. Un prodigieux bruit de tonnerre se fit entendre et voici qu'entra un rayon de soleil éclairant le palais au centuple. Ceux qui étaient là furent comme illuminés par la grâce de Notre Seigneur. Ils se regardèrent incapables de parler. Sans que personne ne pût voir qui le portait, le Saint-Graal parut, couvert d'un samit blanc, répandant de bonnes odeurs d'épices. A mesure qu'il passait près des convives, les tables se garnissaient des mets que chacun désirait. Quand tous furent servis, le vase sacré disparut.

( …) Gauvain remarqua que telle faveur n'était advenue qu'à la cour du roi Méhaigné où cependant on n'avait pu voir le Saint-Graal ouvertement.

«  Aussi, poursuivit-il, fais-je pour moi le vœu d'entrer au matin, dans la Quête et de la maintenir un an et un jour ou davantage. Je ne reviendrai pas à la cour avant d’avoir vu plus manifestement ce qui nous a été montré ici. » Quand ceux de la Table Ronde ouïrent cette parole, tous firent le même vœu. Il fut annoncé par toutes les chambres du palais que la Quête du Saint-Graal était commencée. »

tiré de queste du Graal 4Gallad récupère l'écu que Joseph d'Arimathie lui avait réservé :

Josèphe fut à son lit de mort, (…) prophétisa que cet écu garderait éternellement la fraîcheur de ses couleurs et n’appartiendrait à personne avant la venue du Bon Chevalier.

Seigneur Galaad, sachez que c’est cet Écu même que vous portez au cou. Aussitôt son récit achevé, le Chevalier Blanc disparut sans que Galaad pût voir ce qu’il était devenu.

Messire Galaad poursuivit seul ses courses hasardeuses et chevaucha mainte journée sans trouver d’aventure digne d’être contée. Mais un jour il arriva sur une haute montagne où était une chapelle. Il y entra : elle était déserte et presque en ruines. Tandis qu’il y priait il entendit une voix qui lui dit : « O toi, chevalier qui cherches l’aventure, va au Château des Pucelles et détruis-en les coutumes mauvaises. » Il repartit, et bientôt il aperçut de loin, en une vallée un grand château très fort, que baignait une rivière rapide. Il s’y dirigea ; mais avant d’y arriver il rencontra un vieux pauvre qui le salua de son mieux. Il lui demanda le nom du château.tiré de queste du Graal 2

― Seigneur chevalier, c’est le Château des Pucelles ; mais on devrait plutôt dire le Château Maudit.

― Pourquoi cela ?

― Parce que tous ceux qui y vivent sont maudits ; ils n’ont point de pitié au cœur ; ils maltraitent et violentent tout ce qui passe par ici. Aussi, seigneur chevalier, je me permets de vous dire : retournez sur vos pas au plus vite.

(…)

tiré de queste du Graal 6

Les autres l’atteignent à l’écu, sans pouvoir le désarçonner. Mais la violence du choc arrête son cheval en pleine course et l’affole ; il se cabre et manque de le renverser. Toutes les lances sont brisées ; les épées jaillissent des fourreaux, et c’est la mêlée horrible, angoisseuse. Mais le Bon Chevalier s’évertue, et sous son épée tranchante les armures éclatent, le sang coule des blessures. Les ennemis finissent par s’épouvanter de cette force qui jamais ne se lasse ; épuisés, tremblants, craignant la justice de Dieu, ils tournent bride et s’enfuient. Galaad eût pu les massacrer : il ne les poursuivit même point, mais tourna vers le château et passa le pont-levis. Là il vit venir un vieux prêtre, qui lui apportait les clefs du château. Il les prit et entra. Dès qu’il a franchi les portes de l’enceinte, il s’étonne de voir les rues remplies de jeunes filles.

tiré de queste du Graal 5(…)

Galaad entra dans une forêt déserte et redoutée qu’on appelait la Forêt Gaste. Un jour, à la tombée du soir, il y rencontra Perceval et Lancelot qui, ne le reconnaissant pas, le provoquèrent. Lancelot l’attaqua le premier et lui brisa sa lance sur la poitrine. Galaad l’envoya rouler à terre avec son cheval, puis, tirant rapidement l’épée, il se tourna contre Perceval et lui en porta un tel coup qu’il lui trancha le heaume et la coiffe de fer ; si l’épée n’eût tourné dans sa main, il le tuait. Perceval reste à terre, étourdi, ne sachant s’il est mort ou vivant ; Lancelot et lui se regardent, voient Galaad qui s’éloigne entre les arbres et se sentent hors d’état de le suivre. Tous deux en ont grand’honte.

(…)

Combien de temps a duré cette marche hasardeuse ? Lancelot l’ignore. Mais nul rayon de lune, nul scintillement d’étoile, nulle pâleur d’aube n’a traversé l’épaisseur de la futaie formidable. Une croix de pierre se dresse au croisement de deux sentes. Elle est élevée sur des degrés et sur un socle de marbre où Lancelot croit entrevoir une inscription, mais la nuit est trop noire pour qu’il la puisse lire. Près du carrefour, il aperçoit une petite chapelle très vieille ; sans doute il y trouvera quelqu’un. Il attache son cheval à un chêne, pend son écu à une branche et veut entrer dans la chapelle.

(…)

tiré de queste du Graal 7

 

Tandis qu’il sommeillait ainsi, une litière portée par deux palefrois arrivait au carrefour ; un chevalier blessé y était couché, dolent et gémissant à chaque heurt. Quand il fut devant Lancelot, il le considéra un instant sans rien dire, le croyant sans doute profondément endormi.

(…)

tiré de queste du Graal 8Longuement le chevalier se lamente dans la nuit, près de Lancelot qui semble toujours endormi. Soudain voici que sans bruit les portes de ]a vieille chapelle s’ouvrent d’elles-mêmes, et le candélabre d’argent qui était sur l’autel s’avance avec ses six cierges ardents, et derrière, sur une table d’argent, vient le Saint Graal ; mais nul être visible ne les porte, procession splendide qui glisse dans l’air ainsi qu’un rayon de lune. Quand le chevalier malade voit approcher le Saint Graal, il se laisse tomber à terre du haut de sa litière, joint les mains et s’écrie : Beau Sire Dieu, qui par ce saint Vase que je vois avez fait en ce pays tant de miracles, Père, par votre pitié, faites que mon mal soit allégé ! Il se traîne à la force des bras jusqu’au perron où s’est posée la Table d’argent avec le Saint Graal ; il se tire, il se hisse, et parvient à baiser la Table. Aussitôt il jette un long soupir et dit : O Dieu ! je suis guéri ! Puis il retombe étendu sur les degrés et reste là immobile comme s’il dormait. Après être demeuré quelque temps, le candélabre repartit vers la chapelle ; et la Table d’argent et le Saint Graal suivaient, toujours portés par des mains invisibles. Lancelot avait vu toute la scène merveilleuse ; mais soit qu’il fût trop las ? soit qu’une malédiction pesât sur lui, il n’avait pu faire aucun mouvement à la venue du Saint Graal, ni témoigner aucunement qu’il y eût pris garde. Quand le Graal fut rentré dans la chapelle, le chevalier s’éveilla, guéri, plein de force ; son écuyer vint le rejoindre avec des pièces d’armure. Tous deux s’étonnent de Lancelot, toujours étendu et inerte. C’est sans doute, dit l’écuyer, quelque chevalier maudit à qui Dieu n’a pas permis de voir la sainte apparition.

(…)

Un manuscrit de la Quête du Saint-Graal. -1/3-

La Quête du Saint Graal raconte sur le mode allégorique et mystique la recherche du Graal par les chevaliers de la Table ronde.

tiré de queste du Graal 24 tiré de queste du Graal 23

Ce texte de ce célèbre roman du Moyen-âge, après les récits de Chrétien de Troyes, est l'aboutissement de nombreuses continuations… tiré de queste du Graal 28Ce travail anonyme de réécriture et de réorganisation donne naissance entre 1215 et 1240, à trois grands ensembles qui resteront jusqu'à l'aube des temps modernes les trois cycles les plus copiés et les plus lus de la littérature arthurienne : le Lancelot-Graal, le Tristan en prose et le roman de Guiron le Courtois. Ils exerceront sur la société aristocratique, sur ses codes, ses valeurs et ses modes de sensibilités, une influence considérable.

Galaad retire l'épée du bloc de marbre vermeilLe somptueux manuscrit qui est reproduit ici, se rattache à ces différents textes en prose mais il est de beaucoup postérieur à leur rédaction. Il a été réalisé en Italie vers 1380 pour les ducs de Milan.

Le dessin rehaussé de couleurs, d'or et d'argent, la mise en scène et la perspective qui gagne de l'espace en marge, révèlent le travail d'enlumineurs lombards.

Un décor italien : Les artistes médiévaux n'avaient pas le souci de la reconstitution historique. Aussi l'enlumineur italien et ses aides, travaillant pour les Visconti, ont-il resitué les légendes de la Grande et de la Petite Bretagne, dans le contexte de la Lombardie du XIV° siècle et plus particulièrement de la cour des ducs de Milan pour laquelle ils travaillaient. Cette actualisation était d'autant plus prisée par les membres de cette haute société cultivée, éprise de littérature arthurienne, qu'ils n'hésitaient pas à s'identifier à leurs héros favoris.

frise article 2

Abbaye des nonnes
La messagère du roi Pellès arrive, en compagnie de Lancelot et de son écuyer, à une abbaye de moniales située dans la forêt non loin de Camelot

 L'Histoire, ici, commence – à la veille de la pentecôte – avec une demoiselle qui entre dans la salle de la Table Ronde et requiert Lancelot au nom du roi Pellés.

Ils se rendent dans une abbaye de nonnes…

L’enfant, élevé dans cette abbaye de la forêt de Camaalot, y est resté jusqu’à l’âge de quinze ans jusqu’au moment où un ermite lui annonce qu’il doit devenir chevalier et se rendre à la cour du roi Arthur. tiré de queste du Graal 23 b

La Quête du Saint Graal, s’ouvre sur l’adoubement de Galaad par son père, puis sur son arrivée à la cour d’Arthur, réunie à Camaalot le jour de la Pentecôte. Vêtu d’une armure vermeille, il est accompagné d’un vieillard qui le présente comme le Chevalier Désiré " grâce à qui prendront fin les merveilles du pays et des terres étrangères". Il s’assied sur le Siège Périlleux, puis réussit à retirer une épée fichée dans un bloc de pierre ce qui révèle à tous qu’il est le "meilleur chevalier du monde" destiné à mettre fin aux aventures du Graal.  

La mort du Roi Arthur

Le Morte D'Arthur, Volume 1 by Thomas MalloryPour parler de la Mort d'Arthur, en général, nous faisons appel à la version de Thomas Malory qui est devenue la quasi version officielle, puisque qu'elle représente la somme romanesque des grands textes du XIIIe s. Écrite à la fin du XVe s., elle est transmise de génération en génération dans la culture anglo-saxone. Elle est à la fois la plus grandiose et la plus tragique. Loin de la quête spirituelle, les chevaliers de la table ronde s'abandonnent à leurs passions.

Sir Lancelot lutte contre Sir mados pour défendre l'honneur de Guenièvre, regardé par Arthur, Guenièvre
Sir Lancelot lutte contre Sir Mados pour défendre l'honneur de Guenièvre …

La reine Guenièvre et Lancelot ne parviennent plus à dissimuler leur adultère dans une cour qui n'a guère d'autre distraction que les commérages mesquins, indignes bien sûr du mode arthurien. Arthur, bien qu' ébranlé par plusieurs incidents et en particulier par une visite à sa demi-sœur Morgane ( Morgue ) qui lui montre perfidement les peintures murales dépeignant l'adultère que Lancelot lui-même a réalisées sur les parois d'une chambre où elle le tenait prisonnier, Arthur, donc, refuse de croire à la trahison de sa femme et de son champion. Agravain et Mordret, deux frères de Gauvain qui ont toujours été jaloux de la gloire de Lancelot et de sa faveur auprès d'Arthur, s’arrangent pour prendre les amants en flagrant délit – ou, du moins pour surprendre Lancelot dans la chambre de la reine. Le héros s'échappe en massacrant les conspirateurs, dont Agravain, mais pas Mordret, dont on ne saura qu'à l'extrême fin du récit qu'il est le fils incestueux d'Arthur et de l'une de ses demi-sœurs…. La reine, en revanche, est condamnée au bûcher, ce qui est le châtiment normal de la femme adultère, en dépit des appels à la clémence de Gauvain.

Fripp, Innes (1867 - 1963) sauvetage de Guenièvre Lancelot et Guenièvre, illustration par NC Wyeth, pour The Boy King Arthur- Histoire de Sir Thomas Malory du roi Arthur et ses chevaliers de la Table Ronde , 1917, réédité 2006
Fripp, Innes (1867 – 1963) – Sauvetage de Guenièvre Lancelot et Guenièvre, illustration par NC Wyeth 1917

Naturellement, Lancelot intervient avec ses cousins Bohort et Lionel, pour sauver Guenièvre. Hélas dans sa fureur aveugle, il tue deux frère de Gauvain. A partir de là Gauvain, cesse de prôner la modération pour devenir l'ennemi irréconciliable de Lancelot et pousser Arthur à prendre des mesures extrêmes, désastreuses pour le royaume. Guenièvre et son champion se réfugient d'abord à la Joyeuse garde, le château que le tout jeune Lancelot a conquis lors de sa première grande aventure. La boucle est bouclée, le lieu qui symbolise la gloire de la Table Ronde devient celui où se défait sans espoir de réparation la communauté arthurienne.

Guenièvre sur le bucher
Guenièvre sur le bucher

Le pape intervient, et menace d'excommunication le royaume de Logres, si Arthur ne reprend pas sa femme légitime, l'adultère n'ayant pas été prouvé…

Lancelot retourne dans son royaume, en Gaule. Arthur – qui a laissé Mordret comme régent – et son armée, aiguillonnés par Gauvain, ne tardent pas à traverser la mer pour aller assiéger la forteresse de Lancelot.

Le siège de Trèbes est marqué par les combats singuliers entre Gauvain, qui veut à tout prix venger ses frères, et Lancelot, qui éprouve une grande répugnance à combattre son ami le plus cher. Finalement, Gauvain est très grièvement blessé, et Arthur se retire dans une ville voisine pour attendre la guérison de son neveu.

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William Hatherell – Le combat entre Arthur et Mordred

Alors qu Arthur se met en marche contre une attaque de Romains et de Sarrasins, il apprend que Mordret l'a trahi : il s'est emparé du trône et veut épouser la reine Guenièvre, qu'il retient prisonnière.

Sur la plaine de Salesbières (Salisbury dans le Wiltshire), à l'endroit même où deux générations plus tôt la victoire d'Uter et de Pendragon sur les saxons a marqué le début de l'âge d'or qui culmine avec le règne d'Arthur, va prendre place la dernière bataille, qui accomplit la destruction de l'idéal arthurien.

Frise Morte d'Arthur

Au cours de ce véritable massacre, le Roi Arthur s'oppose à son fils incestueux et le transperce de sa lance ; mais, à en mourant, Mordret donne à son père un coup probablement mortel. Sur le champ de bataille ne demeurent que trois survivants : Arthur lui-même, Girflet et Béduier, c'est à dire deux des plus anciens chevaliers mentionnés dans les les récits bretons comme des compagnons du roi.

The Death of Arthur (Mort D'Arthur) by John Mulcaster Carrick
La Mort du Roi Arthur par John Mulcaster Carrick

Dans son désespoir, Arthur, le roi ours, étouffe Béduier dans une ultime étreinte. Se sentant proche de sa fin, il intime l'ordre à Girflet de jeter son épée Excalibur dans un lac proche (1) . Girflet hésite toutefois, désolé de voir perdre une si bonne arme, qui est par surcroît l'emblème du pouvoir d'Arthur. A deux reprises, il revient auprès du roi en prétendant avoir accompli sa mission. Selon une structure classique de conte de fées, Arthur demande chaque fois ce qu'il a vu et, devant la réponse négative de son compagnon, le renvoie en insistant sur la nécessité de cette tâche. La mort dans l'âme, Girflet finit par s’exécuter : alors qu'il lance l'épée dans les eaux, un bras en sort qui attrape Excalibur au vol et la brandit trois fois avant de disparaître. Arthur, ordonne à Girflet de le laisser sur les rives du lac et de s'éloigner sans se retourner. Le chevalier, néanmoins désobéit, et voit une blanche nef à bord de laquelle se trouvent trois ( ou neuf ) dames s'approcher du rivage pour venir chercher Arthur.

« En Avalon se fit porter pour y guérir de ses blessures, il y est encore, les Bretons l'attendent. » Rex Arturus, Rex Futurus. » (Wace).

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Burne-Jones: le dernier sommeil d'Arthur à Avalon.

– (1) Selon le rituel funéraire des Celtes, l’arme du guerrier était jetée dans un lac puisque là se trouve l’entrée du monde d’en bas.

Brickdale, Eleanor Fortescue Guenièvre au couvent
Eleanor Fortescue Brickdale – Guenièvre au couvent

 

Guenièvre se fait moniale et Lancelot, ermite.